Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

14 Juin 980

Assommée par les médicaments, Célia n’avait ouvert un œil que le lendemain après-midi. Le soleil éclairait le visage de la jeune femme, tout comme le pelage roux de Rogue qui tentait fréquemment de retourner auprès de sa maîtresse. Fred était endormi à quelques pas de là dans une position improbable sur un fauteuil. Célia resta un bon moment à simplement prendre le temps de se concentrer sur l’instant présent. Le soleil lui réchauffait la peau et le cœur, le contact doux du pelage près de son cou n’était plus si insupportable. Non, il était même agréable finalement. Mais elle n’y plongerait pas ses doigts. Elle se contenta d’observer la scène d’un Fred un peu ridicule mais tellement touchant. Elle le considéra pendant un long moment, juste pour voir s’il allait bouger dans son sommeil. Évidemment Fred bougea et le miracle fut qu’il parvenait à rester sur le fauteuil alors que les lois de la gravité indiquaient qu’il aurait dû tomber.

Cela eut le mérite de faire rire Célia. Le chat en bougea de son refuge, levant des moustaches froissées devant le son insolite de son oreiller aux boucles rousses : Fred avait réussi son objectif et il n’était même pas réveillé pour le voir ! Alors que Rogue se mettait à ronronner – il ne manquait plus que sa tasse de lait et des grattouilles et tout était comme avant – Fred remua une fois de trop et termina par terre, les jambes encore sur l’accoudoir.

…pas moi c’pas vrai !

Le rire de Célia illumina la chambre alors qu’elle se redressait doucement dans son lit, les yeux rieurs à observer Fred. Son inimitable Fred. Il en resta stupéfait, ne bougeant plus, l’observant dans sa position ridicule, avant de lui faire un gigantesque sourire. Le rire s’arrêta doucement mais il laissa un sourire amusé et agréable à voir sur le visage baigné de soleil de Célia. Elle semblait renaître enfin. Même si ce n’était peut-être que pour un moment, c’était une vision qui donnait de l’espoir. Elle eut cette main qui se tendit vers Fred et qui lui disait de s’approcher. Il se leva avec un peu de gymnastique et la rejoignit, prenant la main et la serrant dans la sienne, souriant.

Comme ça fait du bien de t’entendre rire…

Elle lui rendait toujours son sourire et sa deuxième main vint se poser sur la sienne.

Me faire rire envers et contre tout, Il n’y a jamais eu que toi qui soit capable d’une telle prouesse.

Elle se pencha et embrassa doucement sa joue.

Je peux avoir un café, tu crois ?

Fred opina.

Et je vais même te le faire moi-même !

Il revint cinq minutes plus tard avec des biscuits mais pas de café.

En fait, mieux vaut laisser Madame Esmé faire. Ça arrive, dit-il, sa chemise tâchée de reconnaissables auréoles brunes.

Ce n’était vraiment pas son truc. Dès que le café n’était pas soluble, il n’y arrivait pas. Pour sa peine, il eut le droit t’entendre un nouveau rire. Un rire cristallin qui emplit le clair-obscur de la chambre alors que Célia était toujours assise dans son lit, le plus si petit Rogue étendu à côté d’elle. Le chat ronronnait sous les grattouilles qu’elle lui faisait presque machinalement depuis un moment. Elle était incapable de le prendre dans les bras, mais l’avoir comme ça, juste à côté, ça allait. Mais surtout, elle riait à nouveau et c’était le plus important.

On peut commencer les gâteaux en attendant.

Fred eut un sourire en coin.

J’avoue, j’ai déjà commencé.

Il s’assit sur le rebord du lit et posa le panier entre eux. Évidemment, Rogue se leva dans la seconde. Bonjour, qu’est-ce ça sent bon… Célia l’ignora et piocha dans les gourmandises sucrées. Elle savait qu’il n’y en avait pas de meilleures dans tout le comté. Ils étaient encore tout chauds, comme tout juste sortis du four. Elle en croqua un avec délice.

Humm, aucun pâtissier ne lui arrive à la cheville…

Fred faillit faire un commentaire, se rappela de quel autre pâtissier il allait parler et croqua plutôt à nouveau dans son pain au chocolat.

Mmmmmmh ! dit-il, s’affalant sur un oreiller et manquant d’écraser Rogue.

Célia eut un large sourire.

Ah, tu vois, toi aussi tu n’y résistes pas.

Puis elle croqua dans son biscuit aux amandes avec un air plus lointain. Mais elle agita ensuite la tête et reprit un autre petit gâteau. Elle avait une véritable vénération pour les palets aux amandes de Madame Esmé et la cuisinière avait abusé sur la dose. Rogue finit par avoir droit à son petit bout de douceur sucrée quand Célia voulut qu’il s’éloigne un peu. Elle était encore assez partagée sur l’effet de la présence du petit animal sur elle. Mais le soleil, lui, avait tous les bienfaits et Célia s’étira bientôt pour se laisser retomber non loin de Fred. Posant bientôt sa tête sur son épaule, croquant dans son biscuit.

L’été sera bientôt là.

Fred opina.

Oui. Fin juillet, il faudra…

Il soupira.

Nah, ça peut attendre. Oh, café ! sourit-il quand une servante apporta la précieuse substance.

Célia haussa un sourcil. Elle prit la tasse de café qu’on lui servit mais elle regardait toujours Fred.

Qu’est-ce qu’il faudra ? demanda-t-elle, ne voyait pas ce qu’il avait essayé de ne pas dire.

Fred soupira.

Eagle m’a donné jusqu’au 31 juillet. Mais si tu ne vas pas mieux à ce moment-là, je reste encore, ne t’inquiète pas pour ça. C’est encore loin, plus d’un mois.

Elle sembla perdre de son éclat.

Tu resteras encore si besoin, hein ? Tu le jures ?

Fred hocha la tête.

Je te le jure, Célia, dit-il. Je te le jure.

Soulagée au point que toute sa posture le trahit, elle lâcha sa tasse de café qui répandit tout son contenu au sol et vint se blottir contre le jeune homme, roulée en boule comme l’aurait fait Rogue. Elle prit sa main pour être sûre qu’il ne s’éloignerait pas. Fred lui caressa les cheveux, le dos.

Je ne pars pas, répéta-t-il.

Rogue revint se lover contre sa maîtresse, la servante ramassa le café en silence et la matinée passa doucement. Alors que l’heure du déjeuner approchait, Célia se remit à bouger et ouvrit les yeux sans se souvenir de s’être assoupie. Elle tenait toujours la main de Fred qui s’amusait avec Rogue de l’autre. Elle leva les yeux vers la petite boule de poil qui s’acharnait sur les doigts ennemis mais le spectacle la laissa un peu indifférente. Elle en vint à se tourner lentement vers Fred.

Je crois que j’ai faim…

Puis comme si c’était une suite logique, elle inclina la tête en fronçant légèrement les sourcils.

– … est-ce que tu sais danser, Fred ?

Fred fronça les sourcils.

Me bouger sur un rock, ouais. Danser comme toi et… les autres Nobles ? Nope ! se rattrapa-t-il tout juste.

Célia eut un sourire plus triste qui trahit qu’elle luttait contre des souvenirs. Puis elle releva la tête.

Ça te dirait que je t’apprenne ?

Fred fit une moue.

Et à part être ridicule, le buuut ? sourit-il.
Me donner quelque chose d’utile à faire en attendant que je sois capable de faire plus ? lui dit-elle en reposant sa tête contre son épaule. Je suis sûre que j’arriverai à ce que tu ne sois pas ridicule sur au moins une danse.

Fred sourit.

Pari tenu. Si je gagne, tu te teins en blonde platine pour deux semaines ! Tes termes ?
Je ne sais pas, avoua-t-elle très sincèrement, avec un visage devenu moins lumineux… Je ne sais pas ce que je veux…

Fred lui embrassa la tempe.

Alors ça reste en suspens.

Il accepta les cours de danse et Nathan était partagé entre la joie de voir sa sœur se remettre et l’agacement, ou peut-être la peur, de la voir si vite dans les bras d’un autre homme. Il fallait avouer que le lien qu’il y avait entre Célia et Frédéric était assez ambigu pour tout œil extérieur. Alors pour un frère devenu terriblement protecteur et attentif, il y avait de quoi se poser certaines questions. Mais pour Célia, son ami était devenu indispensable. Il était tendresse, appui et surtout l’incarnation même d’une joie de vivre forcenée, une ancre à son existence qui avait déjà prouvé à quel point il l’empêcherait de sombrer. Ce qu’elle ne pouvait mettre sur les épaules d’un frère qui avait déjà trop sacrifié pour leur propre mère. C’est cette raison qui lui fit prononcer les paroles les plus improbables pour Nathan, un soir, au cours du souper.

Tu organiserais un autre bal ici, si je te le demandais ?

Nathan eut un air surpris mais il opina par habitude. Comme s’il avait pu lui dire non…

Oui, oui si tu veux…

Célia regarda son assiette avec un regard pensif, souriant doucement. Elle ne mangeait pas spécialement, jouant avec sa fourchette.

Il faut que cet endroit continue de reprendre vie, Nathan… Il le faut.

Nathan hocha la tête.

Alors va pour un bal, avant le départ de Frédéric, je suppose ?

Le Khyan opina.

Eh, qu’apprendre à danser ne serve pas à rien !

Célia eut un regard reconnaissant pour son frère qui la connaissait assez et était assez fin pour ne pas avoir proposé de fêter son anniversaire approchant. Elle reposa sa fourchette et soupira doucement.

Je ne sais pas encore si je serai capable d’y danser, pour être honnête. Nous n’aurons qu’à dire aux invités que je reviens du Front. Me pardonneront-ils alors de ne pas être aussi radieuse que l’année dernière.

Nathan se leva pour l’embrasser sur le Front.

Tu fais ce que tu veux sans avoir besoin d’excuses, Cordélia. Ceux qui ne seront pas contents pourront partir.

Un miaulement plaintif attira alors leur attention, coupant court à leur conversation. Près de la chaise de Célia, Rogue était couvert de terre et marchait sur trois pattes, la dernière coincée par des plantes. A bien y regarder, il s’était complètement emmêlé dans… des fleurs tressées… Célia regarda les petites marguerites, perdant des couleurs de nouveau à vue d’œil.

Fred… Ta… couronne…

Elle bondit de sa chaise et regarda Rogue avec plus d’humeur que nécessaire, avec un mouvement de recul, une main menaçante levée…

Maudit chat ! Tu n’as donc pas pu t’empêcher de … de…

De commettre un vrai sacrilège à l’évidence aux yeux de la jeune femme en deuil. Fred s’accroupit aux pieds de Célia avant que la mésaventure ne se transforme en catastrophe.

Oh, Célia, regarde-le… Il est malheureux comme pas deux. Ne t’en fais pas, ma belle, je vais refaire une couronne, jura-t-il. Ce n’est pas comme si je pouvais laisser les fleurs sécher et se ternir quand je suis là.

Il souleva Rogue et quand le chat roula dans ses mains pour essayer de se dépêtrer, il eut même un rire.

C’est Patachon ou Maladroit que tu aurais dû l’appeler, Célia…

Elle avait baissé sa main et regardait le chat. Mais elle n’arriva pas à trouver la scène touchante, bien au contraire. Elle s’éloigna dans un mouvement brusque mal contrôlé, faisant tomber sa chaise au passage.

J’aurai préféré que ce soit lui dans cette boîte !!

Elle quitta la pièce en claquant la porte. Fred regarda Rogue.

Idiot de chat, soupira-t-il en le dépêtrant de la couronne de fleurs. Grosse andouille.

Il alla cueillir assez de marguerites pour en refaire une et chercha Célia. Il n’eut pas à la chercher bien longtemps. Elle s’était arrêtée sur les quelques marches de la véranda, au seuil du jardin. Assise, elle regardait les plantes dans la lumière déclinante du soir et sans surprise, elle pleurait mais en se faisant violence pour reprendre le dessus.

Fred s’assit contre elle sans un mot et commença à tresser les marguerites. Elle se calma aussitôt à observer ses mains œuvrer sur les délicates petites fleurs et se focalisa dessus, essayant de ne plus penser. Juste le voir faire sans un mot. Fred ayant cueilli assez de fleurs pour se faire une vraie guirlande, il garda les plus petites, les plus délicates, pour remplacer ce que Rogue avait détruit mais fit deux autres couronnes.

Ma Dame Pâquerette, nous voilà Empereurs du jardin ! déclara-t-il en lâchant l’une d’elles sur les trop courtes boucles rousses de Célia et passant la dernière.

Célia ne sut comment réagir. C’était tellement absurde… Elle leva les yeux sur le haut du crâne de Fred, sur sa couronne. Mais elle n’arrivait pas à rire de ses facéties cette fois. A ses yeux, il portait une couronne mortuaire sur la tête… C’était… Elle saisit la couronne et lui enleva avant de se jeter à son cou.

Non, toi, tu es vivant.

Mais elle n’avait pas ôté sa propre couronne. Fred la garda contre lui.

Mais toi aussi, Célia. Et, souviens-toi, ma belle, ce n’est pas juste une fin. Ça promet un renouveau. Il viendra, tu verras.

Elle glissa pour se retrouver sa tête reposant sur les genoux de Fred et elle s’y recroquevilla à nouveau, comme à chaque fois qu’elle se sentait vulnérable. Elle avait déjà connu le deuil. La perte. Elle savait qu’il y aurait des jours meilleurs. Et des pires aussi.

– … quand ma haine sera étouffée, peut-être.

Fred lui caressa les cheveux.

Tu es plus complexe qu’une seule émotion, crois-moi, dit-il doucement. Je vais déposer nos couronnes et dire bonjour. Est-ce que tu veux venir ? Sinon, je reviens vite.
Reviens vite, dit-elle en se relevant lentement et en se rasseyant sur sa marche de pierre.

Fred lui embrassa le front et s’absenta quelques minutes avant de revenir l’enlacer, lui racontant d’où venait le titre de Dame Pâquerette qu’il lui avait donné, un conte pour enfant que sa tante lui racontait quand il était petit. Elle l’écouta sans beaucoup parler avant de raconter à son tour une vieille fable avec quelques similitudes. Ils finirent dans la bibliothèque avec un livre pour enfant qui avait bien vécu mais toujours vaillant que Célia semblait connaître par cœur. Mais bientôt, les médicaments eurent raison de ses forces et elle s’endormit sur la lecture, un petit Rogue chaudement couché le long de sa cuisse.

Plusieurs fois, Rogue recommença sa bêtise, au point que Fred essaya d’imprégner les fleurs de diverses substances censées le tenir à l’écart, sans succès. Célia finit par s’en faire une raison. Mais inévitablement, Fred refaisait une couronne à chaque fois.

LOGO PHOENIX copie

<- Chapitre précédent         Chapitre suivant ->

3 Comments

  1. Fred est génial!
    « déclara-t-il en lâchant l’une d’elles sur les trop coures boucles rousses de Célia » -> trop courtes
     » rire. Cristallin alors que Célia était toujours assise dans son lit, le plus si petit Rogue étendu à côté d’elle à ronronner sous les grattouilles qu’elle lui faisait presque machinalement depuis un moment » -> j-ai du relire 10 fois la phrase pour la comprendre… -_- et une petite erreur de ponctuation au début de la phrase… ^^
    Et je sais que y’a une autre faute, mais je la retrouve plus…

    • Vyrhelle

      4 mars 2017 at 20 h 01 min

      Oulà, un exemple de ma manie de faire des phrases alambiquées, que moi seule arrive à comprendre… Généralement, je les simplifie de moi-même, mais parfois y’en a qui m’échappe. J’ai corrigé ça 😛

      • c’est surtout la partie « le plus si petit », j’ai is un temps fou à comprendre ce que ça faisait là… en fait j’ai capté quand j’ai copié-collé la phrase… xD

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

© 2017 Le temps d'un tango

Theme by Anders NorenUp ↑