Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

9 avril 982

Le lendemain matin, alors que Célia nouait le nœud papillon du smoking de Fred, toute la maison bourdonnait d’activité depuis longtemps. Le mariage était prévu à dix heures et Sofia, levée aux aurores, était nerveuse au possible, extrêmement consciente que personne ne s’attendait à ce qu’un Baron de l’acabit de Nathan n’épouse… personne, au final. Beaucoup des invités n’étaient là que pour les convenances. Elle n’en avait quasiment pas fermé l’œil de la nuit. Ce fut Célia qui vint à sa rescousse dans un élan spontané que personne n’aurait pu lui empêcher d’avoir. Elle avait vu la future mariée tourner en rond dans le couloir de l’étage, à la recherche d’un gant qu’elle ne trouvait pas, quand il y avait bien assez de serviteurs pour le faire à sa place. Célia, qui venait de finir de se préparer, s’approcha de sa future belle-sœur et lui prit la main.

– Viens, dit-elle simplement, délaissant le vouvoiement que Sofia s’efforçait toujours d’user avec elle.

Elle la mena à l’ancienne chambre de Sarah Elinor et la fit rentrer alors qu’elle envoyait Iris à la recherche du gant perdu. Elle obligea ensuite Sofia à arrêter de tourner en rond et la fit s’asseoir. La pièce était calme et silencieuse, apaisante d’être un sanctuaire. Célia ajusta le voile de la jeune femme.

– Tu es magnifique, Sofia. Nathan va en rester tout bête quand il va te voir.

Sofia déglutit.

– Lui, je ne m’en inquiète pas, je suis certaine de nos sentiments. Mais tous les autres, Célia, je ne suis pas sûre de savoir comment affronter leurs regards alors qu’ils me jugent, et perdent de l’estime pour Nathan parce qu’il m’épouse…

Célia soupira et se pencha pour mettre son visage à hauteur du sien dans le miroir qui leur faisait face.

– Leur avis ne compte pas, Sofia. Demain, ils ne seront plus là et leur jugement n’aura plus aucune importance.

Elle lui sourit par reflet interposé.

– Tu rends mon frère heureux. Heureux comme il n’aurait jamais pensé l’être. S’il doit y perdre un peu de l’estime de Nobles qui ne voient que prestige, terres et héritages, il n’en aura rien à faire. Au contraire, il sera fier d’avoir été au-dessus de tout ça. Par amour.

Sofia fit un sourire à Célia par l’intermédiaire du miroir et garda pour elle l’argument principal de sa crainte et qui était que Nathan, en tant que politicien, avait besoin d’alliés et de paraître responsable. Mais Sofia préféra faire confiance à sa très bientôt belle-sœur.

– Merci, Célia.

Elle eut droit à un léger baiser sur la tempe.

– A ton service, моя сестра. Et si tu te sens à nouveau nerveuse, je ne serai pas loin. Fais-moi juste signe.

Sofia lui sourit à son tour, réalisant à quel point Célia avait toujours été de son côté. Peut-être par simple esprit anticonformiste, certainement par amour pour son frère, mais une alliée devenue une amie à n’en pas douter, et finalement, une vraie sœur de cœur.

– Oh, je serai sans doute nerveuse jusqu’à ce soir, mais oui, si jamais ça ne va pas, je n’hésiterai pas, promit-elle.

Au bout de la même aile de la maison, Nathan était probablement aussi nerveux que sa fiancée. Célia le réalisa, quand ayant laissé Sofia entre les mains d’Iris pour les tous derniers préparatifs, elle trouva Sinaï en train de tourner en rond comme un lion en cage dans la bibliothèque. Elle en eut un rire amusé.

– Nathan est bientôt prêt ? demanda-t-elle, le sourire aux lèvres.

Sinaï soupira.

– Oui, ce qui ne l’empêche pas d’être nerveux et, par procuration, m’empêche de me concentrer, dit l’Incarna. Tu es splendide.

Il roula des yeux tout en secouant la tête.

– Il va me rendre fou, il a la stabilité émotionnelle d’une gerbille !

Célia en eut un rire peu charitable.

– Sofia ne vaut pas mieux. Dis-moi donc où il est, je vais voir ce que je peux faire pour vous aider.
– Le bureau de votre Père, l’informa l’Incarna aussi blasé que consterné. Si tu y arrives avant qu’il ne cède et ne sorte la bouteille cachée dans le placard, je t’en serais particulièrement reconnaissant.

Célia leva à son tour les yeux au ciel.

– Je m’en occupe !

Elle fila donc vers ledit bureau, courant dans le couloir. Au moins, elle n’était pas prête de déprimer pour ce mariage… Ils ne lui en laisseraient visiblement pas l’occasion et elle en avait un sourire qui lui dévorait le visage. Elle entra dans le bureau après avoir rapidement frappé à la porte.

– Nathan ?
– Si c’est Sinaï qui t’envoie, je n’ai pas l’intention de boire !, clama l’Elam Evir en soupirant, lui souriant juste après.

Il n’avait que sa chemise et son pantalon, tout le reste posé sur le grand fauteuil du bureau. La première chose que fit donc Célia fut d’aller lui faire un câlin. Puis de lui prendre tendrement le visage dans la coupe de ses mains.

– Tu veux un coup de main pour t’habiller ?

Nathan se laissa faire, retrouvant avec nostalgie, les gestes de sa sœur qui, durant leur enfance, le rendaient présentable pour apparaître devant leurs parents. Il y avait peut-être une éternité. Plus de dix ans, en tout cas.

– Je ne fais pas une erreur, n’est-ce pas, Cordélia ? Je ne vais pas tout gâcher ? demanda-t-il presque à mi-voix.

Elle ajusta le col de sa chemise avec douceur avant de répondre d’une voix plus dure.

– Il y aurait quoi comme alternative ? Tu annulerais tout, pour épouser une femme de notre condition ? Pour y gagner quoi ? Un peu de notoriété ? Te faciliter un peu la tâche politiquement ? Quelques terres et un peu d’argent ?

Un sourire se dessina ensuite sur son visage.

– Non, Nathan. Tout ça, tu es assez doué pour le gagner seul, avec un peu de temps. Ce que tu gagnes avec Sofia, tu ne le trouveras pas ailleurs.
– Elle est unique, acquiesça Nathan, les yeux brillants.

Il roula des épaules pour ajuster sa veste.

– De quoi j’ai l’air ?

Célia eut une expression plus attendrie mais toujours sérieuse.

– D’un homme, Nathan.

Elle s’approcha de lui et ajusta une mèche de ses cheveux roux qui tombait sur son front, puis déposa un baiser tendre sur sa joue.

– D’un grand homme.

Nathan l’attira contre lui et posa son front sur son épaule, restant juste quelques minutes ainsi, en silence. Si elle avait su à quel point il ne se sentait pas à la hauteur des attentes de sa sœur, à quel point il s’en voulait sans pouvoir lui avouer… Célia fut un peu surprise de sa réaction, mais finalement, elle l’enlaça et respecta son silence. Puis elle eut un léger rire.

– Allons, maintenant, il va falloir s’y mettre. Tu vas devoir entrer dans l’arène.

Elle lui leva le menton.

– Tu as une certaine Elam Evir encore plus nerveuse que toi qui va finir par ruiner sa manucure si tu la fais trop attendre.

Nathan, à défaut d’avoir chassé sa culpabilité, s’était au moins débarrassé de ses derniers doutes.

– Tu as raison, allons-y.

La petite chapelle où allait se tenir la cérémonie avait été rénovée dans son style d’origine. Très Elam Evir, les murs blancs étaient décorés de panneaux de bois sombre et vernis, aux nombreux bas-reliefs floraux entourant des scènes de la vie paysanne du domaine, deux siècles plus tôt. De hautes tapisseries d’un camaïeux de bleu et d’argent, aux armoiries de la famille Avonis arborant une tête de loup sur une épée et un arc, tombaient de chaque colonne de l’allée centrale. Au bout, l’autel en bois sombre avait été décoré de candélabres d’argent à trois branches sur une nappe bleue. Et toute la petite chapelle avait été fleurie d’innombrable bouquets de fleurs blanches et de guirlandes de satin tout aussi claires. Quand Nathan et Célia y firent leur apparition, les invités emplissaient déjà tous les bancs et profitaient de la fraîcheur du lieu, alors que d’autres avaient été installés sur des chaises à l’extérieur par manque de place. Messire Sitwell du Litsenshire était là avec sa femme, mais aussi avec leur jeune fille que Célia voyait pour la première fois. L’Héritière Avonis eut un sourire à la pensée qu’il n’y avait toujours aucun fils à lui faire épouser et que Hughes avait été le plus avisé des hommes d’avoir refusé tout mariage arrangé… Il y avait aussi le Baron de Bosth évidemment, en tant que parents de Sofia, et son jeune suzerain, Julian, Comte d’Ardénie qui depuis quelques années déjà, pouvait être qualifié d’ami de Nathan. Malgré leur bien dix ans d’écart et le fait qu’ils ne se voyaient qu’occasionnellement, les deux jeunes Nobles discutaient toujours avec réel plaisir. Même le vieux Comte de Trapeglace que l’âge rendait peu enclin à se montrer en société avait fait le déplacement pour soutenir le choix du Baron Avonis d’une union d’amour plutôt que politique. Il y avait aussi des gens moins importants politiquement, bien sûr, et même bon nombre des habitants des villages du domaine, mais quelques fussent leurs rangs, tous attendaient paisiblement le début de la cérémonie et les visages étaient souriants. Avec juste plus ou moins de sincérité selon les cas. Mais ni le Baron Avonis ni sa sœur n’y prêtèrent la moindre attention. Réussissant à être à la fois serein et nerveux, le jeune héritier de la Dynastie Avonis n’avait de pensée que pour sa promise. Célia, qui l’escortait dans sa robe corsetée noire, lui tenait le bras mais ne manqua pas d’offrir un sourire à son sniper, très classe en smoking, qui se tenait debout sur l’extérieur du premier rang de sièges. Mais elle remarqua bien vite que pour toute sa nonchalance habituelle, le Khyan était aussi sur le qui-vive. Elle s’approcha alors de lui après avoir mené son frère jusqu’à l’autel. Frédéric se pencha légèrement vers elle pour ne pas parler trop fort.

– Je ne sers pas à grand chose pour les traditions et tout ça, mais en ce qui concerne la sécurité, je peux être utile, lui dit-il, ses yeux, entraînés plus que tout le reste, surveillant la salle et les alentours.

Ces quelques mot suffirent à faire redescendre la jeune femme de son petit nuage aussi sûrement que si on lui avait lesté les jambes de plomb. Elle réalisait que ce mariage était une occasion terriblement belle pour leur ennemi. Elle fut glacée à l’idée qu’elle ne l’avait pas réalisé jusque là. Elle en perdit quelques couleurs et l’éclat de son sourire alors qu’elle jeta un œil par-dessus son épaule à toute l’assemblée derrière eux.

– Je te fais confiance. Je vais ouvrir l’œil aussi. Rien ne doit venir gâcher cette journée.
– Ouaip. Mais toi, tu vas rester ici, touuut devant et bien regarder ton frère faire des sourires idiots à la femme de sa vie, et vice-versa. Tu les protégeras mieux en ne les quittant pas du regard qu’en observant les toits, dit-il, conscient du pouvoir de l’Héritage Elam Evir.

Elle en eut un soupir de soulagement.

– Tu as raison. J’y vais. Alors fait gaffe à tes arrières. Si je reste ici, je ne serai pas derrière toi cette fois.

Fred se glissa donc le long des murs pour rejoindre le fond de la chapelle et s’atteler à la tâche qu’il s’était donné pendant que Célia montait sur l’estrade de l’autel pour rejoindre sa place de sœur du marié. Et surtout de témoin de celui-ci. Pas que Nathan ait hésité une seconde à choisir sa sœur, mais en fin de compte, il n’y avait qu’elle pour endosser ce rôle. On évitait généralement de demander ça à son propre Incarna…

Les discussions chuchotées cessèrent quand la silhouette de Sofia se dessina dans l’encadrement de la haute double porte de la petite chapelle. Elle était au bras de son père, rayonnante, resplendissante même et sa nervosité n’apparaissait pas sur son visage. Dès son entrée, Nathan et elle ne se quittèrent plus des yeux de toute la cérémonie, alors que le Prêtre de Kéo mélangeait avec art les dogmes de sa religion et les traditions Elam Evir, laissant les époux passer un anneau d’or à la main de l’autre avant de lier leur poignet d’un large tissu blanc. Rien ni personne n’aurait pu les empêcher de s’embrasser à la fin de la cérémonie.

Célia les regarda, le cœur à la fois gonflé de bonheur et saignant de peine. C’était déstabilisant et difficile, alors qu’elle faisait son possible pour se concentrer sur son rôle de sœur, protectrice et vigilante, et ne pas trébucher sur ses propres blessures. Son sourire était rayonnant, sincère et douloureux derrière ses yeux qui brillaient beaucoup trop. Leur baiser lui laissa échapper une maudite larme.

Le vin d’honneur, le banquet et le bal qui suivirent la cérémonie furent bien moins emplis d’amour et de sincérité que la cérémonie, sauf pour Nathan et Sofia qui respiraient le bonheur et la joie de vivre. Fred fit une plaisanterie ou deux sur le fait qu’ils allaient finir par se casser la figure ou buter dans une porte s’ils ne cessaient pas de se regarder dans les yeux.

– Ils sont heureux, c’est tout ce qui compte, avait répondu Célia en vidant son verre de vin.

La journée commençait à lui peser. La cérémonie avait été trop longue à son goût, quelques conciliabules qu’elle avait surpris lui avaient donné envie de bondir et elle avait un peu trop bu.

– Fred, tu crois que tu arriverais à me faire danser ?
– L’utilité de mes cours, plus d’un an après, sourit-il en lui prenant la main.

Il ne maîtrisait toujours que la valse, mais c’était bien suffisant. Célia le suivit avec soulagement. Elle avait envie de trouver quelque chose de plaisant à faire, or danser avec Frédéric était ce qui lui faisait envie. Ils marchèrent lentement jusqu’à la piste de danse et là, s’inclurent sans ostentation parmi les couples dansant déjà. Fred la fit valser sur plusieurs musiques, pas toutes des valses d’ailleurs, tant qu’elle souriait et se sentait bien. A la fin de la troisième, il fut exaucé alors que la jeune femme affichait enfin un air plus paisible et détendu. De la voir ainsi, Frédéric faillit lui proposer à nouveau de l’épouser. Juste là, à ce moment précis, parce qu’il la trouvait belle et qu’il voulait plus que tout la garder souriante et heureuse, en lui offrant l’espoir d’une vie meilleure à l’horizon. Mais la seconde d’après, alors qu’il n’avait même pas ouvert la bouche, il se souvint de Sean, de ce qu’elle avait dit, de son regard douloureux au matin, et il ne dit rien. Et Célia dansait, sans se douter un instant qu’un autre non-dit, qu’un autre secret venait de rejoindre tous ceux qui s’amoncelaient autour d’elle. De la part de gens qu’elle adorait et qui le faisaient pour la protéger, pour ne pas la blesser et tenter de faire son bonheur. S’ils avaient su, à quel point ils se trompaient tous… Qu’en ce jour bien particulier, si Fred avait fait sa demande, elle n’aurait peut-être pas refusé…

Mais ignorante, elle dansait.

Fred assista à la fête jusqu’à ce que Célia en ait assez, parce qu’il n’était pas venu pour le buffet, la danse ou le mariage ou même pour Nathan et Sofia. Il était là pour Célia, qui eut pitié de lui après l’avoir vu bailler à s’en décrocher la mâchoire. Alors quand elle fut certaine que plus rien n’arriverait à Nathan et Sofia, elle les confia à Sinaï et elle proposa à son fier futur capitaine s’il voulait qu’elle lui montre sa chambre. Ils finirent bien sûr dans celle de Célia, se préparant bientôt à dormir pour ce qui restait de la nuit.

– Quand veux-tu repartir ? demanda-t-elle alors qu’elle ôtait la dernière pince qui tenait sa chevelure.

Fred s’était vautré dans le lit en ayant enlevé chaussures, veste et rien d’autre.

– Mfichm, répondit-il, la tête dans l’oreiller.

Célia continua de se préparer pour la nuit, se démaquillant bientôt.

– Je pensais rester un peu demain, mais reprendre la route en moto dans la journée. Tu en penses quoi ? Tu serais d’attaque pour rejoindre le Front par la route ?

Fred marmonna un “ok” avant de commencer à ronfler. Il n’était ni du matin, ni du soir. Célia jeta un œil dans le reflet de l’endormi dans son miroir, leva les yeux au ciel mais termina tranquillement de se préparer pour dormir. C’est après avoir enfilé une longue chemise de nuit fluide et légèrement brodée qu’elle s’assit à côté de Fred et lui caressa le front. Avant de lui retirer lentement ses vêtements superflus, afin qu’il puisse dormir au mieux. Elle se glissa ensuite contre lui et remonta les couvertures sur eux.

– A demain, mon doux capitaine.

Un baiser sur le front et elle ferma les yeux pour dormir à son tour.

LOGO PHOENIX copie10 avril 982

Elle se réveilla à l’abri des bras du Khyan qui s’était pratiquement fondu contre elle durant la nuit, plus chaud encore que le nounours à son effigie. Un vrai chauffage personnel qu’elle n’eut aucune envie de quitter. Elle réussit l’exploit de s’étirer comme un vrai chat, tout en restant bien calée contre sa bouillotte brune aux yeux verts. Imitant un Rogue qui avait quand même dû quitter son cou dans le mouvement. Fred fronça les sourcils et remua un peu, pris dans un rêve peu agréable comme les soldats en avaient tous parfois, et il se rencogna un peu plus contre elle. S’il était une bouillotte, elle était son doudou. Célia en vint à ne plus vouloir bouger sinon pour se tourner lentement vers lui et le prendre dans le creux de ses bras. Puis elle ferma les yeux et se laissa somnoler sans se soucier de l’heure ou de quoi que ce soit d’autre. Il y avait des serviteurs pour les invités restants, ni Fred ni elle n’avaient le moindre impératif et on ne parlait même pas de Sofia et Nathan qui devaient profiter de leur première nuit ensemble. Célia décida de n’y être pour personne hormis Fred et se rendormit finalement sans vraiment l’avoir voulu.

Le second réveil se fit grâce aux caresses de Fred sur sa peau, le Khyan la regardant comme si elle était faite d’or. Ou, connaissant Fred, d’un mélange d’armes EV de pointe et de sucre.

– J’ai dû être un putain de saint dans ma vie précédente…

Elle fronça un peu les sourcils, comme pas sûre de comprendre ce qu’il voulait dire alors qu’elle était encore à moitié endormie. Elle eut un sourire si perplexe qu’il en était comique.

– Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-elle avec une candeur surprenante.

Le sourire de Fred apparut et s’élargit lentement alors qu’il continuait de la contempler.

– Parce que j’ai rien fait de très bien ou de très exceptionnel dans cette vie et j’ai quand même le boulot de mes rêves et, surtout, je t’ai toi. Tu sais combien de personnes trouvent leur âme-sœur ? J’en sais rien non plus, mais quelque chose me dit que c’est pas beaucoup.

Elle eut un léger rire, alors qu’elle avait encore du mal à avoir les yeux ouverts.

– Tu as ce genre de réflexion au réveil, toi ?
– Souvent, quand je me réveille à côté d’une déesse, lui dit-il après un léger rire. Sinon, je me demande à quoi sert la vie, qui a inventé le mot “casserole”, pourquoi on a décidé de payer les choses avec du métal et pas des coquillages, et est-ce que si j’attache un chat et une tartine et que je les laisse tomber ils tourneront de façon infinie sans jamais toucher le sol, conclut-il très sérieusement.

Il eut droit à un baiser pour le faire taire, alors que Célia riait contre ses lèvres. Il eut droit aussi à ses doigts fins dans ses cheveux en bataille et à une jambe qui s’enroula sur sa taille.

– D’accord, qu’est-ce que tu vas essayer de me demander maintenant que tu as réussi à m’amadouer ?

Fred lui fit un grand sourire.

– Je pourrai un peu conduire sur le retour ?

Célia rit de plus belle, se laissant retomber sur l’oreiller, mais les yeux dans ceux de son incorrigible binôme.

– Si je dis oui, j’y gagne quoi ?
– Je croyais que je t’avais amadouée ! rit-il avant de lui caresser l’épaule. Je ne sais pas, qu’est-ce que tu désires ?

Ça, c’était une question piège. Parce que les premières choses qu’elle désirait, plus que tout, elle ne pouvait plus les avoir. Elle mit, du coup, une longue seconde à répondre.

– Un café ?
– Un café ? Tu oses me demander de quitter les draps ? demanda-t-il, amusé. De traverser touuuuus les couloirs et touuuute la maison jusqu’à la cuisine ?
– Tu oses me demander de conduire ma Grande Dame. Ça se mérite ça !

Elle se redressa ensuite assez pour approcher ses lèvres de son oreille.

– Sinon, je pourrais aussi te demander de me refaire l’amour comme avant-hier, mais est-ce que tu t’en sens le courage ?

Fred était assez près d’elle pour qu’elle sente le frisson général qu’elle provoqua avec ces mots, et l’intérêt quasi-immédiat qui suivit.

– Gods, Célia… souffla-t-il avant de l’embrasser.

Elle répondit à son baiser en fermant les yeux, soupirant bientôt alors qu’il quittait ses lèvres pour son cou. Les mains à nouveau dans ses cheveux courts, elle accompagnait son mouvement vers ses épaules, sa gorge. Mais elle n’avait pas le même élan que deux jours plus tôt. Pas la même gestuelle ni les mêmes réactions. Elle était plus douce, plus câline et au final, plus demandeuse d’affection que de réels élans charnels.

– Rends-moi heureuse Frédéric, lui murmura-t-elle bientôt, alors que sa chemise de nuit ne cachait plus grand chose de son corps nu.
– Aussi longtemps que je pourrai, jura le Khyan, et il ne parlait pas juste de leur étreinte présente.

Dieux ce qu’il pouvait vouloir la voir rire, sourire, faire disparaître les ombres dans ses yeux… Sean s’était planté ? Frédéric était bien déterminé à faire de son mieux pour réussir. Et contre toute attente de la jeune femme, c’est dans ses bras qu’elle commençait à sentir une lueur légère et fragile mais bien réelle de trouver une nouvelle vie, de nouveaux espoirs et de nouveaux rêves. Elle n’osait pas encore l’accepter, terrifiée, de manière irrationnelle et instinctive, à la simple possibilité de se brûler encore les ailes. Mais plus le temps passait et plus elle laissait ce qu’elle voyait comme de la stricte amitié devenir bien plus profond. Depuis quelques mois déjà, elle ne pouvait déjà plus du tout parler d’amitié. Et depuis quelques jours, elle commençait à se faire à l’idée qu’elle avait déjà entre ses bras ce qu’elle cherchait trop loin.

Au final, ils firent plus un câlin très intime qu’autre chose, mais ça leur convenait, et leurs ventres réclamèrent avant longtemps que l’un d’eux ne parte en chasse du café promis et de tout ce qui allait avec. Galant, Frédéric finit par se lever, l’embrassa, passa un pantalon et une chemise pour aller faire les yeux doux à Madame Esmé et ramener de quoi nourrir un régiment. Célia profita donc encore un peu de la chaleur du lit, paressant comme un Rogue au soleil et n’abandonna la chaleur des draps que pour s’asseoir dans le lit quand le petit-déjeuner arriva. Elle eut son café, ses pavés aux amandes, du chocolat et même un long baiser de Frédéric pour aller avec. Elle en souriait d’aise, comme un félin repu. D’ailleurs, c’est avec un troisième pain au lait en bouche que Fred fut persuadé qu’il avait trouvé le moyen d’emmener Madame Esmé avec eux au camp ou, du moins, tous les restes du banquet.

En attendant, avec tout ça, la matinée était depuis longtemps derrière eux quand ils sortirent du cocon qu’était la chambre de Célia pour en revenir au reste du monde. Les invités étaient tous partis, du moins, ça en donnait l’impression, et Célia était curieuse de voir comment allait le reste de la famille. Pour Rogue, la question ne se posait pas, il avait décidé de quitter le lit pour rejoindre avec courage le nounours géant à au moins deux mètres de là… Mais l’Elam Evir était plus curieuse à propos de son frère…

Officiellement, son frère était levé depuis la première heure du jour pour saluer les invités, leur souhaiter bon retour, échanger quelques mots et poignées de mains… Officieusement, Sinaï s’en était chargé alors que Nathan était toujours dans ses quartiers avec Sofia. Quand Célia constata que malgré l’heure, il n’y avait que Sinaï de présent au rez-de-chaussée, elle en eut un sourire absolument ravi. Son frère avait visiblement trouvé plus d’intérêt à être avec sa femme qu’avec ses livres. Une preuve que son frère n’était pas trop parfait, mais bien un homme avec, lui aussi, des faiblesses bien humaines !

Ça méritait un deuxième café !

Malgré tout, il fallut bien partir et puisque les deux Aigles rentraient en moto, ils durent laisser leur mascotte féline préférée au domaine. Ils le récupéreraient une autre fois, à l’été ou au Solstice, mais à le voir se vautrer sur le canapé au moment du départ, ils n’eurent pas beaucoup d’inquiétude à son sujet. Après avoir réussi à voir les deux jeunes mariés assez longtemps pour des au-revoir dignes de ce nom, ils prirent la route. Rejoindre le camp leur prit plusieurs jours et, d’un accord tacite, ils évitèrent Phoenix, même juste pour prendre un transporteur pour le reste du trajet. Voyager à moto fut un peu plus long, mais leur convint très bien. Fred eut bel et bien le droit de prendre le guidon, plusieurs fois même, quand Célia constata qu’il était plutôt à l’aise à conduire le puissant engin. Il fallait avouer que se caler contre lui et se laisser guider avait aussi son charme et elle profitait pleinement des paysages. Quant aux nuits, elles furent câlines. Plus ou moins intimes selon leur humeur, mais toutes furent des bulles de douceur alors qu’ils savaient qu’ils seraient bien trop fatigués au camp pour faire autre chose que dormir ensemble. Mais une chose était sûre, Célia était souriante malgré son retour sur le Front, vers lequel elle retournait trop souvent à reculons. Et une fois au camp, irrémédiablement, entre les missions qui reprirent, et même pendant certaines d’entre elles, Fred persista à faire sourire Célia le plus souvent possible.

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8 Comments

  1. Ah bah Melckia a été plus rapide que moi pour signaler la phrase/faute que j’ai aperçue hier soir en lisant le chapitre. ^^

    C’est vrai que cette parenthèse de vie fait quand même du bien à lire.. les ombres et regrets semblent s’éloigner un peu pour le moment. Douceur oui c’est le mot…
    Je note que Rogue est un chat malheureux et abandonné !!! xD Sera bien content de retrouver ces deux-là la prochaine fois, la vie de pacha semble lui convenir.

    Je trouve que l’image retransmet bien le lien fraternel entre ces deux-là, malgré les épreuves… même si Célia s’est pas laissé dessiné facilement cette fois.

    Bon.. plus qu’à patienter pour en savoir plus encore ! Merci ! 🙂

    • Vyrhelle

      10 juillet 2017 at 14 h 35 min

      J’avais vraiment envie de montrer le lien entre Célia et Nathan. Je n’en avais pas eu vraiment l’occasion avant et même si j’étais très tentée de dessiner à nouveau Fred et Célia, j’ai préféré faire le frère et la sœur dans ce petit moment bien particulier. Après tout, ce lien a un rôle crucial dans la destinée de Célia. Elle n’aurait pas fait certains choix si elle n’avait pas été aussi proche de Nathan. Fallait vraiment que je le montre ^_^

      … et vu ce qui arrive dans les prochains chapitres, fallait vraiment un moment de calme et de douceur… <__<;

      • Aaaah ? Bon j’éloigne pas la boite de kleenex en somme, compris. Après c’était trop beau, doux et calme pour durer pour l’heure !
        En tout cas, on le ressent bien ce lien fort entre frère et sœur sur l’image, ce lien qui embarque Célia dans des situations pas possibles… ^^ très belle image. C’est sympa de voire les deux ensemble.

        Bon bah.. je veux en savoir plus sur la suite maintenant, c’est malin ! :p

        • Vyrhelle

          10 juillet 2017 at 18 h 56 min

          Je ne dirais rien !! Sauf qu’il ne reste que 3 chapitres avant la fin du premier livre.
          Et oui, garde la boîte de kleenex pas trop loin. La mienne est déjà prête <___<;

  2. Instant douceur dans ce monde de brut!! <3
    "Hughes avait été le plus avisé de homme d’avoir refusé tout mariage arrangé…"
    "le plus avisé deS hommeS", non?

    • Vyrhelle

      10 juillet 2017 at 14 h 29 min

      Oui XD … C’est horrible de passer à côté de fautes si évidentes après autant de relectures. Mais bon, y’a toujours un moment où on ne lit pas complètement et on survole les phrases de trop les connaître. Un jour, j’arriverai à me relire vraiment sans me faire prendre par le fil de lecture, j’y crois… XD

      • c’est pour ça aussi que j’en signale pas plus, je ma laisse prendre dans la lecture, mais là j’avoue, j’ai buté et j’ai mis un temps à comprendre la phrase, d’où le signalement!! ^^

        • Vyrhelle

          10 juillet 2017 at 18 h 50 min

          C’est justement les fautes que je veux corriger en priorité. Je sais que j’aurai jamais un texte totalement corrigé, mais si on ne butte pas dessus à la lecture, c’est le plus important.

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