Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

9 décembre 980

Comme toujours dès qu’il en avait l’occasion, Fred resta au lit une bonne partie de la matinée. Chose plus surprenante, Célia l’imita pour une fois. Pas qu’elle ait été une adepte du lever tôt, mais faire la grasse matinée juste pour le plaisir de dormir n’était pas dans ses habitudes. Sauf qu’après plusieurs semaines de camp et de missions, elle adopta le credo de Fred d’en profiter quand on pouvait. Elle fut quand même la première à ouvrir les yeux et si, en temps normal, elle se serait levée sans s’attarder, ce matin-là, elle prit le temps de regarder son Fred endormi. Elle devait avouer qu’elle le trouvait absolument adorable avec son air candide et ses cheveux bruns en bataille. Elle déplaça d’ailleurs doucement une mèche qui risquait de lui chatouiller le nez à la longue. Elle le regarda et elle soupira en se demandant encore comment tout ça allait bien pouvoir évoluer. Avec Sean, ça avait été impulsif, animal, violent, passionné, fusionnel et peut-être aussi quelque part désespéré. Rien à voir avec ce que Fred éveillait chez l’Elam Evir aux âmes meurtries. En fait, c’était même l’opposé total, comme si Célia à s’être brûlée les ailes au métal du Démon Shaïness cherchait à panser ses plaies dans la douceur et la simplicité du Khyan. Il finit par ouvrir les yeux, l’instinct d’être observé, et, après avoir déterminé qui était en train de faire ladite observation, eut le grand sourire que Célia espérait voir.

Bonjour, salua-t-il. Bien dormi ?

Célia, avec les yeux rieurs et le visage radieux, se pencha pour lui offrit un petit baiser.

Très bien. Et toi ?

Fred sourit d’autant plus.

Comme un bébé. Je propose d’appeler pour demander un brunch monstrueux et de ne pas bouger jusqu’à ce qu’on ait touuuut mangé.

Célia se redressa pour s’étirer comme un chat.

Bonne idée. J’ai envie de chocolat, de fruit et d’un vrai café ! Quelque chose te ferait envie, demanda-t-elle en se tournant à nouveau vers lui.

Fred retint le “toi” qui manqua de lui échapper. Doucement, ils avaient dit !

Je vais prendre ce téléphone, ne pas regarder la carte et leur demander le plus gros brunch qu’ils peuvent nous monter, rit-il à la place.

Célia replia ses jambes sous la couverture et s’accouda à ses genoux.

Bonne idée, parce que je meurs de faim ! Et comme c’est Ian qui paye…

Fred mit un temps à percuter.

Hein ? Ah… mouais, plus directement, c’est Eagle et Exclésiasth maiiiis ça me fait pas culpabiliser des masses, rit-il.

Il commanda donc une montagne de nourriture et ne quitta le lit que pour aller chercher le tout à la porte. Mais dans l’après-midi, il fallut bien se lever, ils restaient en mission, et ils avaient de la reconnaissance à faire.

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Tu veux vraiment le faire demain chez les Acäcio ? demanda Fred après avoir revu les deux demeures.

Célia était assez partagée. Elle avait étudié les deux possibilités avec le regard le plus objectif possible mais elle avait beau se triturer les méninges, les deux présentaient des avantages mais surtout de gros inconvénients. Assise sur le lit, se massant les pieds d’avoir trop marché en talons, elle faisait un peu la grimace.

Je veux tenter le coup chez les Acäcio. Je me dis que si on voit que c’est trop chaud, on pourra toujours se replier discrètement et si on n’a pas été grillés, agir chez le Lord ensuite. Mais tu sais comme je peux être assez peu objective sur mes choix. Ça te paraît absurde comme proposition ?

Fred secoua la tête.

Non, mais on va devoir penser à de sacrés plans B et façon de sortir blancs comme neige de la débandade après le tir. Mais je suis d’accord avec toi, si pendant la soirée on trouve trop de mauvais signaux, on pourra attendre le lendemain.

Elle se passa des doigts un peu nerveusement sur le front.

Bon, on part comme ça. Maintenant, essayons de trouver ces fameux plans B…

Ils se mirent à réfléchir à la question, reprenant dans leurs expériences passées ce qui aurait pu convenir à la configuration des deux lieux, essayant de prendre le maximum de paramètres en compte, même s’ils n’avaient pas pu visiter les demeures à proprement parler. En tout cas, une évidence s’imposa assez vite : ils s’éclipseraient tous les deux des fêtes, comme deux amants en quête de tranquillité, ils passeraient sous les toits pour rejoindre le plus haut point de tir possible, donnant l’impression que le coup viendrait des bâtiments alentours et ils reviendraient jouer les amants surpris en pleine action, mal rhabillés pour “l’après”. Fred y avait pensé dès le début de leurs réflexions, mais avait donné d’autres idées avant celles-là, toujours dans l’optique de ne pas presser Célia. Mais puisque ce fut elle qui commença à lancer la suggestion, ils mirent leur plan en place sur ces bases-là. Il fallut sortir l’un des fusils et voir comment ils pouvaient en cacher les pièces détachées sur eux sans qu’on ne les devine. L’avantage de ce genre de soirée mondaine, c’est qu’on ne faisait pas de fouille au corps sur les invités. Mais cacher les plus grandes pièces se révéla assez comique. Ils arrivèrent à la conclusion, après une longue concertation, que c’est Célia qui ferait le tir. Elle dut donc aussi voir dans ses affaires ce qu’elle pouvait porter sous sa robe pour pouvoir l’enlever rapidement et se déplacer dans la demeure Acäcio le plus silencieusement possible, sa tenue de soirée n’étant ni discrète ni silencieuse. Mais elle avait le sérieux avantage de se mettre et de s’enlever d’une simple fermeture dans le dos. Ce qui n’était pas le cas du smoking de Fred et en cas de problème, ils seraient plus à l’aise tous les deux pour même escalader des murs.

Bref, ils passèrent une bonne partie de la soirée à tout mettre au point. Mais quand ils commandèrent le dîner, tout était quasiment prêt. Célia était assise en tailleur sur le lit, et picorait dans son assiette, toujours assez songeuse, la tête encore dans leurs préparatifs. Fred restait tout aussi pensif, envisageant les pires scénarii pour quitter le manoir Acäcio, où cacher le fusil après le tir… Ils furent donc très distraits tous les deux. Ce ne fut qu’après une douche rapide, à l’heure du coucher, que Célia s’était remise à regarder Fred avec plus d’insistance. Mais comme il était encore absorbé dans ses pensées, elle se contenta de se pencher vers lui et de l’embrasser avec presque de la timidité.

Je vais me coucher. Tu ne tardes pas trop ?

Fred lui rendit le baiser avec tendresse.

J’arrive. Je regarde juste ça…

Il alla se coucher, plus confiant mais pas serein. Célia non plus n’était pas très sereine vis à vis de la mission. Faire un tir en pleine soirée dans la demeure même du Comte de Tournerive. C’était un sacré coup, dangereux mais à la hauteur de la légendaire “Célia la Rousse”. Alors qu’elle s’installait sous les couvertures, elle réprima un frisson en repensant à Hyl’ioss et ses dernières paroles. Elle ferma les yeux en se disant que parfois elle jouait vraiment avec le feu.

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10 décembre 980

Le lendemain, ils profitèrent encore du luxe de leur chambre jusqu’à midi. Fred récupéra leurs tenues lavées à la réception de l’auberge et après une longue et minutieuse préparation, ils se présentèrent à la demeure Acäcio parmi une belle vague d’autres invités. Célia devait avouer qu’avoir une crosse de fusil attachée sur l’intérieur de la jambe, un silencieux au mollet et un canon entre les seins, ce n’était pas des plus agréables, surtout quand on devait continuer à avoir une démarche naturelle. Le rez-de-chaussée et le premier étage de la demeure étaient noir de monde, avec tous les Nobles que devait compter les environs rassemblés en un seul et même lieu. Quelques tenues militaires firent se tendre la jeune femme à leur vue mais on les laissa relativement en paix, même s’ils attirèrent des regards de pas mal de gens qui se demandaient qui il étaient. Heureusement, ils trouvèrent rapidement une occasion de s’éclipser, rejoignant une chambre au deuxième étage où détacher et dissimuler les éléments du fusil, ainsi que les munitions. Mais ils retournèrent ensuite à la fête, pour que les gens continuent à les assimiler aux invités. Célia, beaucoup plus à son aise, attira particulièrement l’attention, mais Fred dut reconnaître que lui non plus ne passait pas inaperçu. Pour un Khyan fardenmorien de Bosth à une soirée du noble gratin de tout un comté Hélian, c’était assez ironique. Au moins, la curiosité qu’ils suscitaient leur permit de faire un tour lent et scrupuleux des invités et Célia eut alors deux bonnes surprises. La première, aucune trace d’un certain Traqueur Encyclique, même grimé. C’était la plus grande crainte de la jeune femme à chaque mission depuis longtemps, mais c’était devenu obsessionnel depuis les événements de Rougecendre. Ensuite, elle eut enfin la possibilité de mettre un visage sur le Comte de Tournerive dont Desdemone lui avait parlé. Mais hormis un regard bleu assez reconnaissable, le Comte Acäcio était l’homme brun d’une quarantaine d’années qui n’avait rien de remarquable physiquement. Il était même désespérément banal, avec une carrure moyenne, une taille toute aussi classique et un visage passe-partout. Mais tout à leurs observations, les deux Aigles en négligèrent un point important. A savoir que leur duo devait se faire passer pour un couple de jeunes mariés amoureux. Après quelques questions de ses interlocuteurs qu’elle trouva alarmantes, Célia finit par attirer Fred dans un coin plus tranquille et le regarda bien en face.

Embrasse-moi, Zack. Sans retenue. Comme tu n’as même jamais rêvé de m’embrasser.

Oui, là, elle était très sérieuse. Fred déglutit mais il comprit rapidement le pourquoi de sa demande. Il en avait envie, vraiment, mais décida de faire plus ou moins semblant, une main sur la joue de Célia pour les cacher un peu, pour que leur baiser soit motivé par une nécessité d’acteurs…

Dès que ses lèvres touchèrent celles de Célia, ses décisions filèrent par la fenêtre.

Célia dut retenir son envie première de calmer la situation, se sentant trop vite dépassée par ce qu’elle avait elle-même demandé. Mais s’ils voulaient que leur subterfuge fonctionne, ils devaient être crédibles… Il ne fallut pas plus de quelques secondes pour qu’ils le soient, Célia ayant finalement laissé tomber les barrières qu’elle maintenait jusque là désespérément levées. Ce n’était pas Coralie qui embrassait Zack, mais bien Célia qui embrassait Frédéric à en perdre haleine, son corps collé au sien, ses bras autour de son cou, ses mains perdues dans ses cheveux. Elle se laissait emporter pour la première fois depuis un an et elle en avait les larmes au bord des yeux.

Elle sentit le pouce de Frédéric essuyer une larme avant qu’elle ne coule et ne ruine maquillage et couverture. Le Khyan appuya son front contre celui de Célia jusqu’à ce qu’elle ouvre les yeux pour le regarder. En apparence, deux amants essayant de se contrôler pour ne pas être incorrects en public. En vérité, un homme inquiet scrutant le visage de sa meilleure amie, sa partenaire, son âme-sœur dans le sens le plus littéral, vérifiant que tout allait bien. Elle lui répondit par un sourire touchant, alors qu’elle se sentait plus secouée qu’elle ne l’aurait voulu. Elle cligna des yeux lentement pour lui montrer qu’elle se calmait et que ça irait. Mais elle avait encore le cœur qui battait à tout rompre et le souffle court. Surtout qu’elle ne savait pas si c’était parce que la situation était stressante, si c’était parce qu’elle était encore trop fragile ou si c’était parce que ses sentiments pour Frédéric évoluaient. Ou peut-être tout ça en même temps. Elle ferma les yeux et se lova contre lui, cherchant la paix qu’il lui apportait chaque nuit. Fred la serra contre lui, caressant doucement son dos. Mais il aperçut alors, du coin de l’œil, leur cible sortir dans les jardins avec un homme et il soupira.

La mission avant tout.

Tu veux… t’éclipser un peu, ma chérie ? souffla-t-il contre sa peau. Leur signal.

Il pouvait aussi un peu attendre, mais le moment était plutôt idéal. C’eut le mérite de remettre d’aplomb la belle rouquine. Passer à quelque chose de moins personnel et intime lui convenait beaucoup plus. Elle eut un air de vraie tentatrice.

Oui, mon cœur, j’en ai très envie, dit-elle en le dévorant des yeux comme elle ne l’avait jamais fait qu’avec Sean.

C’est là que Fred su qu’elle jouait de nouveau et s’était reprise : il n’était pas Sean et ce qu’il avait avec Célia n’avait rien à voir avec ce qu’avaient partagé l’Elam Evir et le Démon Shaïness. Il lui prit la main et ils retournèrent dans la chambre, Fred laissant Célia se débarrasser de sa robe et glisser dans sa tenue de tir alors qu’il assemblait le fusil.

A très vite, souffla-t-il contre les lèvres de l’Elam Evir.

Sa grande main glissa sur sa joue à la peau douce alors qu’elle s’éloignait déjà, partie pour accomplir ce pour quoi ils étaient là. Célia se retrouva à remonter les couloirs vides des étages privés de la grande demeure. Elle savait qu’il y avait des gardes qui faisaient des rondes régulières, mais en étant prudente, ce n’était qu’un inconvénient qu’elle pouvait aisément contourner. Elle monta l’escalier principal et se retrouva au dernier étage. Mais ce n’était pas encore assez haut, elle devait atteindre au moins une pièce sous les toits. C’était souvent les chambres des serviteurs, des greniers ou des espaces laissés vides quand ils n’avaient pas d’utilité. Célia se mit donc à chercher un escalier plus discret, réservé aux domestiques. Au moins, avec la fête, elle ne risquait pas d’en voir beaucoup dans les parages, ceux qui ne travaillaient pas devaient dormir pour assurer le rangement du lendemain.

Elle trouva l’escalier en question derrière une porte entrouverte. Il était étroit et raide, assez pour que Célia en mette son fusil à l’épaule et monte en posant presque ses mains sur les marches. Arrivée en haut, elle était juste sous les combles. Et une échelle y menant était là, comme attendant la jeune femme. Surprise, elle prit un instant pour voir si celui qui avait mis ça là n’allait pas débarquer au pire moment. Mais ne voyant rien, elle continua son ascension, plus sur le qui-vive que jamais.

Elle ne vit rien de particulier sous les combles poussiéreuses envahies de toiles d’araignées, et put s’installer. Le tir était difficile, peu de marge de manœuvre alors que sa cible était sur un balcon à sa droite. La balle devrait presque frôler le mur pour l’atteindre à coup sûr. Sans compter qu’à tout moment, la courtisane et son amant pouvaient bouger, être rejoints par quelqu’un qui lui boucherait la vue, retourner à l’intérieur… Accroupie devant l’une des rares lucarnes du grenier, elle se mit à régler son fusil ayant confiance dans le montage de Fred, mais ajustant les éléments au tir et à la situation. Elle jetait régulièrement des coups d’œil vers sa cible pour vérifier qu’elle n’avait pas bougé. Une fois tout réglé, elle plaça l’arme contre son épaule, prête à se tourner et s’installer à la fenêtre pour tirer en restant le moins longtemps possible le canon exposé. Une dernière vérification. La courtisane était toujours en place, son amant aussi. Célia se tourna alors, posa le fusil en appui sur son bras, ajusta sa visée, bloqua sa respiration et tira.

Il y eut un silence, alors que son tir faisait mouche, tuant courtisane et amant. Il y eut un mouvement dans son dos, discret et très léger, mais mouvement quand même. Et avant qu’elle ne puisse se défendre, la personne se fit connaître.

Waaaaaah c’est formidable ça !! Dis madame, je peux regarder ton fusil ?

Célia tomba nez à nez avec la bouille d’un petit ange de six ou sept ans à peine, aux yeux bleus rieurs, un sourire ravi sur les lèvres, et l’air de porter l’innocence du monde sur son visage. En dehors, peut-être, de cette étincelle au fond des yeux indiquant “je prépare une connerie et ça va beaucoup m’amuser”. Célia s’était figée devant ce petit bonhomme qui avait réussi à la surprendre et qui maintenant pouvait la dénoncer ! Elle regarda derrière le gamin pour vérifier qu’il était seul puis par la fenêtre pour voir si l’alerte avait déjà été donnée. Voyant que la fête continuait, elle expira lentement. Elle avait un peu de temps pour s’occuper de l’enfant vers qui elle ramena son attention… et le canon de son fusil. Elle le baissa aussitôt, incapable de tirer sur un enfant. Elle se sentit blêmir rien qu’à la pensée de l’avoir envisagé pendant une seconde et mit son fusil à l’épaule pour poser une main sur l’épaule du garçon.

Tu ne devrais pas être là, dit-elle en Stellaire. Si on apprend que tu étais là, tu vas avoir des ennuis, non ?

Il fit une petite grimace puis mit ses mains dans son dos, en se dandinant un peu, avant de lui faire une autre bouille d’ange.

Ben… ça dépend, si tu dis pas que je suis là, personne saura.

Son regard changea, toujours amusé, mais aussi presque calculateur. Sauf que chez un si petit bonhomme, c’était impossible. Non ?

Et puis, toi non plus, tu ne dois pas avoir le droit d’être là, alors si tu ne dis rien, je ne dis rien.

Il lui fit un grand sourire.

Je peux voir ton fusil, s’il te plaît, madame ?

Non mais il était quand même bien élevé. Célia eut un sourire en coin.

T’es un petit malin, toi.

Elle s’approcha de lui, restant quand même accroupie et ramena son fusil entre eux deux, mais sans la moindre menace cette fois.

Tu peux le voir puisque tu promets de ne rien dire sur ce que tu as vu ce soir.

Le petit garçon eut des yeux brillants et il garda sagement ses mains dans son dos alors qu’il observait le fusil.

Oooooooh. Dis, madame, il n’est pas comme les fusils d’ici. Celui des gardes de père, il ne sont pas comme ça. Ils ont un bout de métal, ici, plus grand – il indiqua le chien – et le bout rond, là – la crosse – est beaucoup plus large. Et ils sont très longs. Le tien, il n’est pas long, pourquoi ?

Célia regarda le garçon pendant un instant sans répondre. Les gardes de qui ?! Aucun Noble invité n’aurait amené un enfant de cet âge à une fête comme celle de ce soir. Restaient les enfants du Comte lui-même, résidant dans les lieux… Célia regarda le garçon aux grands yeux gris-bleu plus remarquables encore que ceux du Comte, en souriant tout à coup en coin, un léger rire silencieux au fond de la gorge.

Un fils Acäcio… murmura-t-elle.

Elle resta un instant à regarder ces yeux d’un bleu fascinant… Puis elle secoua la tête, comme pour se dire qu’elle n’était pas elle-même en train d’halluciner et elle commença à se redresser.

Mon fusil est plus moderne. Bien meilleur que tous ceux des gardes de ton père, mon grand. C’est l’un des meilleurs fusils de Gaëon et je peux tirer à l’autre bout de la ville avec. Mais maintenant, il va falloir que je parte.

Elle lui tendit une main pour le saluer comme un homme, amusée.

Et je suis une demoiselle, pas une dame.

Le petit garçon haussa les épaules.

Il faut savoir tirer à l’autre bout de la ville, même avec un bon fusil, pis c’est trop loin, on peut pas !

Mais il fit un sourire et lui serra la main avec une gravité et un sérieux touchants. Sans dire qu’une demoiselle, à son âge, beeen, c’est une dame, quoi !

Alors je vous souhaite une bonne soirée, mademoiselle.

Puis il la lâcha et fila, lui faisant un signe de la main.

Au revoiiiiiiir !

Et il disparut.

Célia le regarda s’éloigner en souriant. Un sourire qui s’évanouit bientôt pour un air bien plus grave. Elle avait épargné un enfant, mais elle espérait qu’elle ne venait pas de gâcher ses chances de filer en perdant trop de temps. Elle revint à la fenêtre et observa discrètement la situation extérieure. Pas encore d’alerte ? Elle devait vraiment avoir de la chance, ce soir. Elle fila alors à son tour, reprenant le chemin qui la mènerait à Frédéric. Si possible sans se faire surprendre par un garde…

Elle rejoignait la chambre quand l’alerte fut donnée et Fred s’empressa de démonter le fusil et d’en cacher chaque morceau pendant que Célia se changeait. Il dut pratiquement lui sauter dessus pour qu’ils aient l’air “occupés” quand les gardes Acäcio commencèrent à passer dans les chambres à la recherche du tireur.

Un certain petit garçon fut trouvé par lesdits gardes près de sa chambre – et pas dedans – et on lui demanda s’il avait vu quoi que ce soit, qui que ce soit. Ledit petit garçon garda pour lui le vilain juron qui lui vint quand il se fit prendre, et prit son air le plus innocent possible. Ce qui, il le savait, ne suffisait pas à duper sa gouvernante, elle le connaissait trop bien, mais avec un garde, c’était l’un de ses passe-temps favoris.

Non messire, je viens juste de sortir de ma chambre, j’ai entendu du bruit et je ne savais pas ce qu’il se passait. Vous cherchez quelqu’un ? continua-t-il avec un graaaand sourire, l’air de dire “j’peux vous aider” ?

Pendant ce temps, Célia devait essayer de calmer son cœur qui battait si fort dans sa poitrine qu’elle en avait la nausée. Avec ces gardes qui allaient débarquer, le stress d’être découvert et un Fred qui avait les mains sur elle, elle ne voulait même pas savoir où, elle n’avait pas réussi à retenir un cri de panique quand la porte s’était ouverte à la volée.

Pendant que le fils Acäcio était renvoyé sans cérémonie au lit, avec une nounou en armure, Zack roulait sur Coralie pour protéger sa modestie, tirant les draps qui cachaient que, une fois la taille passée, peut-être qu’ils n’étaient pas si nus que la situation le laissait croire. On leur offrit sur un plateau d’argent le temps nécessaire à ce qu’ils se rhabillent et quittent la chambre, fusil de nouveau parfaitement dissimulé et combinaison impeccablement cachée. Restait à quitter la réception impunément, plus tard, et le tir serait un parfait succès.

Célia hésitait vraiment entre éclater de rire ou tomber par terre, les jambes coupées. Au moins, elle n’avait absolument aucun mal à jouer l’invitée secouée par la situation. Même son teint blême était parfait. Elle avait trouvé refuge sur un fauteuil du salon et observait d’un œil hagard les gens autour d’elle. Ils furent interrogés, bien entendu, mais ils n’étaient personne d’important et n’avaient même jamais croisé Messire Ravhill, l’homme abattu, ou sa compagne. La chance voulait que l’on pense l’homme être la victime principale à cause d’une sordide affaire en cours, et que des suspects probables étaient présents et plus crédibles qu’un couple de jeunes mariés en lune de miel. Deux heures après le tir, on laissa partir une grande partie des invités, eux compris. Fred attendit d’être à l’abri de leur chambre à l’auberge avant de sourire et de soulever Célia pour la faire tourner en l’air. Célia éclata de rire.

Attend, Fred, j’ai encore le Tregan sur moi !!

Mais elle n’avait pas fait de geste pour l’empêcher de continuer à fêter leur victoire.

Je sais !, rit Fred. Et si je n’étais pas au courant, je n’aurais jamais pu le deviner ! Tu as été parfaite !

Il la reposa, souriant toujours.

Parfaite… répéta-t-il en la regardant dans les yeux, se souvenant soudain de ce à quoi elle ressemblait sans le haut de cette robe, de la douceur de sa peau sous ses mains…

Célia se mordit la lèvre, inconsciente des pensées de Fred. Prise dans l’élan et l’excitation, elle lui vola un baiser avant de reculer pour commencer à enlever les éléments de fusil qui se cachaient sur elle.

Je n’ai jamais eu autant de chance sur une mission. Le tir n’était pas évident, j’ai dû tirer sur l’amant et finalement, c’est ce qui nous a sauvé vraiment la mise.

Un canon entre les seins en guise de baleine de corset, un silencieux attaché au mollet, elle finit par défaire la fermeture de sa robe, prête à l’enlever pour retirer ce qui restait de l’arme sur elle. Toujours inconsciente de l’indécence de plus en plus marquée de sa tenue.

Et j’en reviens pas que le gosse n’ait rien dit !

Fred avait été obligé de se retourner.

Gosse ? Quel gosse ? demanda-t-il, faisant face au mur.

Célia était à présent en sous-vêtements, enlevant la crosse attachée à sa cuisse.

Un des gamins Acäcio. Il a quoi, six, peut-être sept ans. Il était dans le grenier et il m’a vu tirer. J’ai eu la trouille de ma vie… J’ai réussi à négocier avec lui de ne rien dire.

Elle prit un air plus sérieux.

C’était qu’un petit garçon, je ne pouvais pas lui faire du mal, quand même.

Elle se remit à redevenir euphorique.

Et comme il avait fugué sa chambre et qu’on n’avait pas le droit d’être là ni l’un ni l’autre, j’ai promis de garder son secret s’il gardait le mien. Un sacré petit bonhomme…

Elle eut un air plus pensif, avec un sourire plus nostalgique alors qu’elle venait de retirer toutes les parties du fusil et les déposait sur la table.

– … intelligent, avec de beaux yeux gris-bleus.

Elle baissa la tête. Fred hocha la tête, toujours pas retourné.

Personnellement, j’ai une préférence pour les yeux verts. Célia, j’ai très très envie de te prendre dans mes bras parce que ta voix a pris cette note triste que je déteste, mais tu n’es vraiment pas assez habillée et on a dit doucement et là, tu testes trop mon contrôle, admit-il, un peu honteux de ne pas arriver à passer outre.

Célia releva la tête et constata sa tenue.

Oh, pardon, j’suis désolée, dit-elle alors qu’elle cherchait de quoi se rhabiller un peu plus. Elle trouva l’un des peignoirs fournis par l’auberge et revint vers Fred en en nouant la ceinture.
Désolée, j’ai pas fait attention.

Fred eut un petit rire.

C’est rien, je suis juste faible, dit-il, pensant très fort à des choses horribles, des chatons morts, Eagle en tutu, Exclésiasth en drag-queen, voilaaa c’était mieux.

Il se débarrassa de sa veste et de ce maudit nœud-papillon en se retournant. Célia s’était assise, en veillant à être sage dans sa posture et rangeait le fusil dans son étui.

Mais tu aurais dû voir ce petit garçon, Fred. Je sais pas, il avait quelque chose dans sa petite bouille et dans ses yeux qui me parlait. Si je m’étais écoutée, je l’aurai suivi rien que pour en savoir plus sur lui.

Elle agita la tête de droit à gauche.

Il avait l’air très intéressé par le fusil en tout cas !

Fred la rejoignit, admirant ledit fusil.

Et il a bien raison, c’est une vraie beauté, ce fusil.

Il sourit et embrassa sa joue.

Mais je connais plus beau.

Célia fit la moue.

Plus beau qu’un Tregan ? Tu as… Oh, fit-elle en croisant son regard. Tu ne parlais pas de… fusil.

Elle se mit alors à rougir tout en souriant de sa maladresse.

Nope, dit-il, les yeux pétillants.

Puis il se frappa le torse.

Je parlais bien évidemment de ma magnifique personne.

Célia se leva en riant à moitié, mais quand elle se tourna vers lui, elle avait un sourire en coin qu’il ne lui avait pas vu souvent.

Menteur, souffla-t-elle en le regardant fixement, appuyée sur la table derrière elle.

Fred en fit un sourire moins rieur, moins plaisantin.

Complètement, admit-il.

Célia le regarda un instant, sans bouger. Comme si le temps venait de se suspendre. Elle le regardait avec un air qui n’avait rien d’aguicheur, mais qui pourtant lui fit battre le cœur plus vite tout à coup. Le sourire de la jeune femme se fit plus large mais aussi plus intense. Elle tira doucement sur la ceinture de son peignoir. Fred se retrouva figé sur place, incapable de se retourner à nouveau, mais ne pouvant, ne voulant pas l’arrêter.

Célia ? demanda-t-il, la voix rauque.

Elle continuait de le regarder, sans rien dire et s’approcha de lui, ayant enlevé la ceinture qu’elle laissa tomber au sol. Le peignoir s’entrouvrit, laissant voir à nouveau la dentelle et la peau nue. Lui, avait instinctivement reculé, pour trébucher de ne pas regardé où il mettait les pieds, et finir les fesses sur le lit.

Frédéric, lui donna-t-elle en guise de réponse.

Fred serra les draps dans ses mains pour résister à la tentation. Est-ce qu’on pouvait s’étrangler avec juste de l’air ? Bon sang qu’elle était belle !

Célia, si tu… je ne sais pas si je pourrais m’arrêter, dit-il honnêtement en la regardant en face.

Elle était juste devant lui, le fixant toujours avec un aplomb que lui n’avait pas du tout. Elle approcha son visage du sien et prit ses mains dans les siennes pour venir les guider sur ses hanches.

Je ne te demanderai pas de t’arrêter, dit-elle.

Elle approcha ses lèvres des siennes.

Parce que j’en ai terriblement envie aussi.

Fred laissa filer le souffle qu’il retenait et embrassa Célia, ses mains glissant sur les hanches, sous le peignoir. Il aurait pu caresser la peau satinée durant des heures. Malgré toutes ses affirmations sur sa faiblesse, il trouva la force de se détacher de ses lèvres alors que sa chemise s’était évaporée et qu’il avait les mains confortablement placées sur des fesses parfaites.

Tu es sûre ? souffla-t-il.

Elle eut un sourire amusé.

Oui, Frédéric, j’en suis sûre, dit-elle en insistant un peu sur ses mots. Je ne serais pas là, si ça n’était pas le cas.

Et pour qu’il arrête avec ses questions et sa touchante attention, elle retourna l’embrasser, passant un bras autour de son cou, caressant sa nuque, l’autre venant entourer son torse, pour caresser son dos. Fred étant particulièrement sensible, et en temps normal, horriblement chatouilleux, il frissonna contre elle et cessa de se poser des questions, l’embrassant avec toute l’envie qu’il refrénait depuis un bon moment déjà. Célia lui rendit le baiser avec tout autant d’élan, lui montrant pour la première fois cette facette d’elle qu’elle avait ignorée pendant de longs mois. Tous ces désirs qu’elle avait délaissés pour ne pas en souffrir. Mais le temps avait fait son œuvre et elle se sentait prête à franchir le pas. Surtout avec cet homme qui lui avait offert son âme sans rien demander en retour.

Ils se laissèrent tomber sur le lit, abandonnant un à un leurs vêtements au sol, découvrant réellement le corps de l’autre dans des gestes qu’ils n’avaient pas osé jusque là et se murmurant des mots qu’ils n’avaient jamais prononcés non plus. Fred ne croyait pas à sa chance mais il se soucierait des détails et des réflexions plus tard. Là, il savourait l’instant présent.

Ça n’eut rien à voir avec Sean. Pas mieux ou moins bien, juste complètement différent, et c’était sûrement une bonne chose. La seule vraie différence notable fut peut-être que Fred n’était pas Haut-Noble et ne put pas continuer toute la nuit, s’endormant avec Célia lovée contre lui, ses lèvres dans son cou. Quant à la belle Elam Evir, elle s’endormit sans aucun regret, retrouvant après leurs ébats, la douceur et la paix des bras de son Fred, avec peut-être un petit sourire en coin en plus… Elle avait aimé ce qu’ils venaient de faire, ça n’avait pas réveillé de souvenirs, elle était juste… bien.

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7 Comments

  1. « Il était dans le grenier et il m’a vue tirer.  » -> si je ne m’abuse, je dirai que c’est plutôt « vu »

    Bon bon bon.. sont craquants ces deux là faut avouer !
    L’enfant attire la curiosité, on a envie d’en savoir bcp plus sur lui !!!

    Merci pour ce nouveau chapitre. 🙂

    • Ah une autre aperçue en passant :
      « Célia fut la moue. – Plus beau qu’un Tregan ?  » -> « fit la moue » je pense. ^^

    • Vyrhelle

      20 mai 2017 at 15 h 53 min

      Rhaaa, c’est vrai que suivi d’un infinitif, on fait pas l’accord… Ah la grammaire française…
      Merci pour les corrections et je te rassure, on va en apprendre plus sur l’enfant ^_^

  2. « de l’indécente de plus en plus marquée de sa tenue. » -> « l’indécence » non?
    Sinon, voilà, un cap de passé!! C’est meeegnon!!!
    Et Mathias est siiiii mignon!! Et il a cette petite lueur dans le regard, vraiment fidèle au texte!!! Crapule!! xD

    • Vyrhelle

      19 mai 2017 at 17 h 53 min

      Oui, « crapule » lui va bien 😛
      Quant à Célia et Fred, perso, j’adore leur relation un peu atypique, qu’on comprendra mieux dans les prochains chapitres. En même temps, comment peut-on résister à un Fred ? *3*

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