Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

Partie III : Âmes-sœurs

9 mai 980

Il s’avéra que, dans une même volonté à prendre soin d’une femme à laquelle ils tenaient, un Ange Elam Evir, baron Fardenmorien d’une vieille Dynastie renommée, et un soldat Khyan, tireur d’élite sans nom ni titre, deux hommes que rien n’aurait dû mettre sur un même chemin, s’entendirent et s’accordèrent très vite. Nathan et Frédéric devaient s’organiser pour le bien-être de Célia et l’empêcher à tout prix de sombrer. Ne la laissant jamais seule, qu’elle fut endormie ou non, ils se dévouèrent entièrement à leur tâche, nuit et jour, délaissant tout autre préoccupation devenue totalement secondaire à leurs yeux. Une tâche qui n’avait pourtant rien d’agréable ni de simple alors qu’ils devaient faire face à l’ombre torturée que la jeune femme était devenue. Endormie la majore partie du temps, elle affichait sous ses cheveux massacrés, un visage d’une pâleur à faire peur, une maigreur plus inquiétante encore, tandis que des mouvements nerveux et incontrôlés de tout son corps meurtri empêchait tout espoir que le sommeil lui apportait la moindre paix. Pourtant, le temps que Nathan prépare le transfert de sa sœur pour le domaine familial, quand Lee estima qu’il ne pouvait rien faire de plus pour elle, Fred fut mis à contribution ailleurs qu’auprès de la jeune femme. Il se résigna à un aller-retour pour le Front, aussi rapide que possible via le transporteur Avonis et son vétéran de pilote, car Nathan avait rédigé des lettres très officielles et estampillées du sceau officiel familial, à l’adresse d’Eagle et Exclésiasth : en résumé, Frédéric serait au service du Baron pour les trois prochains mois. Durée renouvelable si l’état de celle qu’ils n’avaient pas pu protéger le nécessitait. Nathan n’avait pas mâché ses mots sur ces quelques lignes et Fred crut que son Capitaine allait s’étrangler quand il lut le courrier. Exclésiasth se contenta d’un léger sourire en coin.

C’est donc avec l’aval de ses supérieurs que Fred revint auprès des deux Avonis pour partir dans le nord du pays, pour des vacances dont il aurait préféré se passer. Il avait profité de son voyage express au Front pour récupérer toutes les affaires militaires de Célia. Et Rogue, aussi. Mais pour le petit chat, il ne savait vraiment pas s’il avait bien fait. Tout comme, au fond du sac, il y avait un certain bijou dont il ne savait pas quoi faire. Il eut la réponse à l’une de ses deux interrogations assez rapidement. Célia refusa même de regarder le pauvre petit animal. Simplement entendre son miaulement lui fit aussitôt monter les larmes aux yeux. C’est Nathan qui récupéra la boule de poil qu’il dut cacher dans sa veste pendant tout le voyage qui les ramenait au domaine Avonis. L’Elam Evir n’était pas prêt de fêter Noël à nouveau… Du coup, pour le collier, Fred n’aborda même pas la question. Il ne pourrait à l’évidence pas le faire avant pas mal de temps, quoi que Célia décide d’en faire.

En attendant, c’est un Ismaël plus sombre encore que d’habitude qui pilotait alors que Nathan s’était installé sur le siège passager. Célia s’était endormie tout contre Fred, presque dans une position similaire à celle qu’ils avaient quand il l’avait sortie de son enfer. Sauf que là, elle dormait d’être quasi droguée par les sédatifs, calmants et autres antidépresseurs. Le sac de médicaments à ses pieds, avec ses dosages pour Haut-Noble, avait de quoi faire frémir. Alors qu’il s’évertuait à apaiser et protéger Célia de quelques gestes doux dans le creux de ses bras, Fred était à la fois triste et en colère. Car ignorant de tous les tenants et aboutissants, pour lui, si Sean osait pointer son nez, il prendrait une balle, et elle ne serait pas dans la tête, seulement si l’Aigle était d’humeur !

Une fois à Trapeglace, Nathan fit aménager une alcôve de la chambre de Célia pour que Fred puisse y dormir et laissa le Khyan veiller sa sœur tout comme lui et Sinaï. Ils savaient, sans un mot, qu’ils allaient devoir se serrer les coudes pour réussir à ce que Célia ne sombre pas comme leur propre mère.

Oh, Cordélia… je suis si désolé, souffla Nathan alors qu’elle venait d’être installée dans son lit et dormait d’un sommeil qui n’était toujours pas naturel.

Le jeune homme s’en voulait tellement, sans pouvoir l’avouer, tandis qu’il caressait tendrement les cheveux trop courts de sa sœur, sous les regards peinés de Sinaï et Frédéric.

Les premiers jours furent une vrai épreuve pour les trois hommes. Célia avait beau avoir un véritable arsenal de médicaments, elle s’éveillait à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit en hurlant à plein poumons. Il fallait alors des heures entières pour la calmer, arriver à lui faire avaler un petit quelque chose par la même occasion et essayer de la faire dormir à nouveau. Un cycle abominable qui rythma la vie de toute la maisonnée mais qui, au grand soulagement de tous, devint moins systématique au fur et à mesure du temps. Le retour d’un vrai soleil de printemps sembla y être pour beaucoup. Célia eut son premier regard serein alors qu’elle était assise sur la terrasse de sa chambre, les yeux plongés dans le soleil. Mais bien plus que ça, ce fut la présence de Fred qui sembla lui apporter la plus grande aide. Il faisait de son mieux pour être égal à lui-même, et même Nathan et Sinaï durent vite reconnaître que son caractère enjoué donnait du baume au cœur à tout le monde.

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11 Juin 980

Ce soir-là, Célia était encore éveillée, assise sur une chaise longue qu’elle ne quittait rarement que pour son lit. Elle avait un grand verre de jus de fruit dans les mains et une montagne de médicaments qui attendaient sur le petit guéridon à côté d’elle. Sinaï lisait un peu plus loin, Nathan s’occupait des fleurs et Fred essayait de trouver de quoi s’occuper sans grand succès. C’est de le voir désœuvré, se balançant sur sa chaise, qui donna son premier sourire à Célia, plus d’un mois après son arrivée. Ce premier vrai sourire déstabilisa tellement Fred qu’il s’en cassa la figure. Il rit une fois par terre, sa chaise retombée sur lui.

Ça m’apprendra à me balancer !

Le sourire de la jeune femme s’élargit un peu et Célia se leva doucement pour s’approcher de son ami, à la surprise de Nathan et Sinaï qui observèrent la scène sans se faire remarquer. Elle tendit une main vers Fred.

Tu ne t’aies pas fait mal au moins ?

Fred secoua la tête, prenant la main.

Non, c’était rien. Hey, tu veux aller marcher un peu ? demanda-t-il, poussant sa chance.

Célia sembla hésiter mais finalement elle ajusta le châle sur ses épaules.

Oui, un peu.

Fred sourit.

Cool, parce que j’ai vu cet arbre aux fruits bizarres et il faut que tu me dises s’ils se mangent avant que je me pète le dos à l’escalader pour rien…

Il l’emmena jusqu’à l’arbre, fier de son initiative et heureux de voir Célia réagir. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que derrière l’arbre, on apercevait le caveau familial. Célia en redevint alors silencieuse, tout sourire envolé, fixant le petit édifice. Fred regarda la bâtisse et Célia.

…C’est pas un garage, hein ? réalisa-t-il.

Abruti de Fred ! Idiot, idiot, idiot !

Mais Célia resta plutôt stoïque. Peut-être que les médicaments fonctionnaient peut-être trop bien à présent ? En tout cas, elle regardait l’endroit sans crise de nerfs, sans début de pleurs.

Tu n’as toujours rien contre le fait que je lui donne ton prénom ?

Fred secoua la tête.

Non, ma belle, ce serait même un honneur.

Elle baissa les yeux et eut un air attendri.

Il aura au moins un nom. Et je pourrais demander à Nathan de commander une petite plaque pour le caveau. Je veux qu’il ait sa place parmi les siens. Frédérique Avonis…

Elle releva la tête en prenant une profonde aspiration. Le sourire qu’elle eut alors était bien moins agréable à voir que celui d’un peu plus tôt.

– … tu as le collier, n’est-ce pas ?

Fred eut une petite grimace et hocha la tête.

Oui. Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse, Célia ? Je peux le jeter, le cacher…
Je veux que tu demandes à Nathan de te trouver un coffret de bois. Une petite paire de chaussons pour nourrisson… et j’emmurerai ce collier avec mon bébé.

Elle tourna la tête.

– … dans le caveau. Avec tous mes autres regrets.

Fred l’attira dans ses bras sans un mot, sentant son cœur pleurer avec celui de Célia, quand les médicaments l’empêchaient de pleurer réellement. Elle ne s’attendait pas à son geste et après un instant de surprise, elle réalisa qu’elle en avait terriblement besoin. Alors elle se blottit contre lui à en fermer les yeux. Fred la garda contre lui jusqu’à ce qu’elle frissonne de froid et de fatigue et qu’il l’oblige à rentrer.

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13 juin 980

Suivant les vœux de sa sœur, Nathan se fit un devoir de commander une plaque sobre et élégante, gravée du seul nom de Frédérique Avonis et de l’année 980, ainsi qu’un petit coffre de bois laqué et des chaussons d’un vert pâle. Il avait veillé en personne à ce que les artisans qui s’en chargèrent travaillent vite et bien, ce qui permit à la cérémonie à la mémoire de cet enfant mort avant de naître d’avoir lieu rapidement, épargnant à la mère en deuil la douleur supplémentaire d’une attente trop longue. C’est ainsi que deux jours après avoir émis son souhait, en fin de matinée, les quelques occupants de la maison furent rassemblés dans le salon, dans des vêtements sobres et noirs, qui ne manquaient malheureusement pas au domaine. Les sièges, couverts de draps sombres, avaient été repoussés contre les murs et une petite table avait été installée au centre de la pièce, nappée aussi de noir et décorée d’un seul vase élancé où avait été placé un unique lys blanc. Devant le vase, la petite boîte et les petits chaussons attendaient de faire leur office. Célia était apparue au bras de Frédéric dans une longue robe droite, sans dentelle ni voile, les cheveux trop courts sans aucun artifice. Les médicaments autant que la présence de son cher Frédéric l’aidaient à rester digne et aussi calme que possible, mais sa fine main était rivée à la manche de son bras. Personne ne parlait et Nathan accueillit sa sœur en lui prenant le visage dans la coupe de ses mains et en lui embrassant le front. Toujours sans un mot, juste le recueillement.

Mais alors qu’ils allaient commencer leur petite cérémonie et que Fred sortit le collier de son sac, une opale de feu s’échappa d’un petit écrin de velours et roula jusqu’aux pieds de Célia. Le temps sembla suspendre son cours alors que le Khyan restait interdit et que Nathan redoutait une réaction de sa sœur, qui mit de longues secondes à ne serait-ce que bouger. Ils ne savaient pas trop d’où sortait cette pierre, mais sa rareté en laissait deviner sa valeur et donc sa provenance… Pourtant la jeune femme la regarda sans manifester d’autre émotion qu’une légère surprise. Elle se pencha pour la ramasser et sans fioriture, elle la déposa avec soin sur le bureau de Nathan, un peu à l’écart, avant de revenir vers Fred et faire glisser son collier entre ses doigts. Avec quelque chose de beaucoup plus cérémonieux, elle le contempla avec des yeux tristes puis, alors qu’il était visible qu’elle perdait déjà un peu plus de son sang-froid, elle se détourna pour aller déposer son si précieux bijou dans la boîte, ayant expressément tenue à le faire elle-même. Puis, comme pour ne pas perdre son peu d’élan, elle prit les petits chaussons dans le creux de ses mains. Son visage se défit et elle se pencha alors sans hâte. Pour embrasser ces petites choses que son enfant n’aurait jamais l’occasion de porter, avec tellement de tendresse que Madame Esmé dut quitter la pièce. Elle les déposa ensuite au milieu du cercle que formait le collier, dans un symbole si douloureux que Célia ne put retenir un sanglot. Et après un dernier regard, une profonde inspiration pour ne pas fondre en larme, elle avait fermé la boîte. Elle conserva un long moment ses deux mains jointes sur le petit coffret dans lequel elle venait d’enterrer tellement de choses. Quand elle le confia enfin à Nathan, les larmes coulaient sur son visage qu’elle essayait de garder dignement relevé.

Qu’il soit parmi les nôtres. Que mon cœur sache où le trouver.

Nathan posa une main sur le dessus de la boîte puis s’éloigna lentement. Célia lui emboîta le pas alors que Frédéric était venu aussitôt la soutenir. La petite assemblée fut bientôt devant le caveau et si Célia fut incapable d’y entrer, elle grava sa mémoire du moindre geste de son frère alors qu’il déposait le précieux coffret dans un emplacement qui aurait dû être le sien si elle n’avait pas survécu. Elle s’était collée à Frédéric quand l’emplacement fut fermé et s’accrocha à sa manche quand Nathan le scella. Elle pleurait à chaudes larmes mais dans un silence absolu. Fred n’avait jamais assisté à un enterrement autre que militaire auparavant et il se trouvait un peu gauche. Il garda Célia contre lui mais laissa Nathan attirer sa sœur dans ses bras quand il ressortit du caveau. Frédéric se sentit si peu à sa place face à cette petite famille en deuil qu’il préféra rester en arrière quand ils rejoignirent la maison. Pourtant, il ne resta pas sans rien faire. De tous les enterrements auxquels il avait assisté, il venait de vivre celui qu’il trouvait le plus touchant. Le plus cruel aussi, puisqu’il n’y avait même pas de corps à mettre en terre. Alors dans un élan qui lui ressemblait bien, il se mit à ramasser de petites marguerites qui ne manquaient pas dans les environs. De ses jeunes années, il avait gardé le souvenir maladroit de la façon de faire des couronnes de fleurs, et il alla poser un petit cercle de marguerites tressées un peu de travers devant l’emplacement où “reposait” symboliquement son homonyme et filleul/le. Puis il rentra à la suite du reste de la maisonnée.

Depuis une fenêtre de la maison, bien loin de là, Célia l’avait regardé faire. Quand on avait un Art dans le sang comme le sien, qui lui offrait une vision plus affûtée que celle d’un rapace, ce n’était pas un problème. Au contraire, elle avait pu le voir sans qu’il n’en sache rien. Il ne sut pas que son cadeau, cette petite couronne de fleur maladroite était à ses yeux plus belle que toutes les gerbes qu’auraient pu confectionner le plus talentueux des fleuristes du royaume. Et derrière ses larmes, elle avait eu un sourire radieux et touchant. Quand il la retrouva dans cette chambre de la maison, elle souriait toujours. A travers bien des larmes, mais elle souriait. Elle s’élança vers lui pour le serrer contre elle.

Merci… Frédéric… Merci pour tout.

Fred lui caressa les cheveux.

Hey, ma belle, c’est normal… je t’ai dit que je serais là pour toi et… pour Junior. J’ai envie d’être là. Les Aigles peuvent m’attendre.

Il la berça doucement.

Et puis, tu as une maison splendide, et moi des vacances à l’œil, j’suis gagnant.

Elle ne répondit rien, ne sachant trop quoi répondre à ça. C’était ça avoir un ami ? Un vrai ? Elle leva un bras pour caresser sa joue et poser son front contre son menton. Elle sentait son souffle dans ses cheveux. Elle se laissa bercer un moment.

Je vous en ai voulu, Fred. A toi et à Eagle. De m’avoir sauvée.

Fred déglutit. Il avait peur, encore maintenant, que Célia lâche le peu de prise qu’elle avait encore sur ce Monde et les mots de Célia n’étaient pas pour le rassurer.

Je m’en suis voulu, aussi, de n’être pas arrivé plus tôt, dit-il à Célia. Je t’interdis de faire une bêtise, tu m’entends ? Tu n’as pas le droit parce que j’ai besoin de toi, de te voir sourire de nouveau, d’un jour t’entendre rire, pour savoir que je n’ai pas servi à rien.

Elle releva les yeux et le fixa avec une expression indéfinissable.

Je ne t’en veux plus, Frédéric. A toi en tout cas, je ne peux plus t’en vouloir pour quoi que ce soit. Tu ne m’as pas abandonnée. Jamais.

Elle reposa son front contre son menton et ses deux mains glissèrent autour de ses épaules.

Je ne ferai pas de bêtise. Sinon qu’un jour, je leur ferai payer, à tous, pour ce qu’ils ont fait. Tous jusqu’au dernier de mes bourreaux. Jusqu’au dernier de mes geôliers.

Elle recula son buste juste assez pour regarder Fred dans les yeux.

J’ai tenu par la haine… Tu es celui qui m’a permise d’enfin ressentir autre chose, après ça.

Fred lui fit un sourire.

Alors je suis content. Que veux-tu faire, maintenant ? On pourrait aller à Golem, ou tu me fais visiter le Litsenshire, ou juste le domaine…

Elle ferma les yeux.

Juste le domaine… Pour le moment, juste le domaine.

Fred hocha la tête.

Va pour le domaine. Ça laisse ta cuisinière à proximité et ça, c’est un vrai avantage.

Évidement, c’est alors que Célia retrouvait un peu de paix qu’il fallut qu’un petit garçon aux cheveux blonds et des tâches de rousseur plein le visage entre dans la pièce, les yeux rouges de larmes.

Maammaaaaan ?

Fred put sentir Célia se raidir aussitôt et son visage se décomposer en moins d’une fraction de seconde. Elle aurait reçu une balle de sniper en plein cœur qu’elle n’aurait pas eu une expression différente. Puis elle tourna lentement son visage vers le petit garçon et Fred dut la retenir pour pas qu’elle ne tombe au sol, les jambes coupées. Fred ne retint même pas son juron et resserra sa prise sur Célia alors que le petit garçon se figeait aussi et reniflait.

Mamaaaaaaaan !?

Fred grimaça.

Elle est pas là, petit, tu devrais…

Mais évidemment, ça ne suffit qu’à relancer les pleurs du garçonnet et Célia perdait de plus en plus tout contrôle alors qu’elle entendait cette petite voix se répéter en écho dans son esprit. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles.

NATHAAAAAAAANN !!! cria-t-elle sans même se soucier de paniquer le petit garçon inconnu.

Ce ne fut pas son frère qui arriva en premier mais Iris et la servante écarquilla les yeux.

Benjamin !
MAMAAAAAN !

La Khyan récupéra son fils et se tourna vers Célia.

Je suis désolée, Mademoiselle ! dit-elle, décomposée et un peu apeurée. Je suis vraiment désolée, il ne devait pas sortir de sa chambre et…
Iris, vous devriez partir, dit Nathan en arrivant, l’air pincé.
Oui, oui, pardon, je suis désolée, vraiment désolée…

Célia avait les yeux rivés sur l’enfant et tremblait comme une feuille. La bouche ouverte sur des mots qui ne venaient et ne viendraient pas, elle détourna les yeux quand l’enfant disparut. Elle qui se sentait mieux, se retrouvait à nouveau à terre d’avoir vu un enfant… Son regard se perdit loin alors que ses doigts se crispaient sur les bras de Fred. Fred secoua la tête.

On a vraiment un horrible timing, hein… chuchota le Khyan en la gardant sur son cœur.

Nathan s’en arrachait presque les cheveux.

J’avais dit à Iris… je suis désolé, Cordélia, je vais lui dire de partir, de retourner au village pour un temps, tu n’as pas besoin de…

Nathan était un homme bon, et il traitait bien ses gens, mais il n’hésiterait pas à se séparer d’Iris si c’était pour la paix d’esprit de Célia. Mais Célia était bien loin de tout cela, à présent. Elle les écoutait sans les entendre, se balançant au rythme d’une petite chanson. Nathan put reconnaître la berceuse Shaïness de leur enfance que leur chantait leur père à propos d’une petite étoile… et voir sa sœur se perdre dans le passé, fut un coup violent au jeune homme. L’espace d’un instant, il vit non pas Célia mais Sarah Elinor… et cette vision le déstabilisa assez pour qu’il en vienne à s’accrocher au montant de la porte.

Frédéric… Où sont ses médicaments ? Les a-t-elle pris ?

Fred secoua la tête.

Je… ne crois pas. Ils sont… euh… je vais les chercher.

Il quitta la pièce et Nathan alla enlacer sa sœur.

Pitié, Cordélia… je t’en prie сестренка, ne me force pas à revivre ça… s’il te plaît, tu es mille fois plus forte que mère ne l’était… s’il te plaît, Cordélia, ma Cordélia, ne me laisse pas tout seul…

Dans les bras familiers de son frère et dans un silence salvateur, elle arrêta d’abord de chantonner, puis de trembler. Mais elle dodelinait de la tête, comme épuisée. Elle avait attrapé la manche de Nathan et la caressait doucement.

Non… pas seul…

Puis elle se reposa entièrement sur lui, sans plus aucune force ni volonté. Nathan eut un petit soupir soulagé, espérant que la même faiblesse de cœur et d’esprit qui avait tué leur mère épargnerait sa sœur. Fred revint avec les médicaments et le jeune Baron continua de câliner Célia jusqu’à ce qu’elle accepte de les prendre. Ces derniers assommèrent littéralement la jeune femme endeuillée et elle fut pour la énième fois ramenée à son lit.

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4 Comments

  1. Tout ce qui se passe depuis plusieurs chapitres m’a littéralement broyé le coeur (il n’y a pas d’autres mots pour ça) et de voir Célia dans cet état est véritablement bouleversant. Cependant, dans toute cette tristesse, ça me fait plaisir de voir Frédéric est réellement présent pour elle. Et moi qui rêvait d’avoir toujours plus de Fred’ dans l’histoire, voilà qui me met du baume au coeur, d’une certaine façon !

    En tout cas, j’apprécie toujours autant de venir lire cette histoire et j’attends avec toujours autant d’impatience la suite ! Je ne sais pas si c’est prévu, mais un jour pouvoir mettre la main sur une version imprimée et brochée me tenterait bien :3

    @pluche !

    A.

    • Vyrhelle

      3 mars 2017 at 19 h 28 min

      J’aurai bien aimé, mais ce n’est pas prévu. Le peu que j’ai étudié pour envisager une publication papier est très compliqué. Questions de droits d’auteur assez épineuses à régler. J’ai préféré faire une publication gratuite en ligne justement pour m’épargner pas mal de tracas.
      Et du Fred, il va y en avoir pas mal dans les prochains chapitres 😛

  2. Bon, il m’a fallut un peu de temps pour me remettre les idées en places avant de pouvoir écrire un commentaire. Tout d’abord, j’ai vu quelques fautes au début du texte, mais je t’avoue ne pas avoir le courage d’y retourner pour les lister… >_<
    Ensuite, c'est trooooop triste.
    Et l'image est juste parfaite. Pour moi elle rend vraiment la sobriété de l'instant avec toute la fragilité de Célia.

    • Vyrhelle

      27 février 2017 at 10 h 57 min

      Merci. Ce n’était pas un passage simple, ni à écrire ni à dessiner. Je n’ai même pas encore réussi à reprendre mon crayon depuis que je l’ai finie.
      Pour les fautes, je ferai avec Céline si elle est motivée pour les trouver.
      Vivement qu’on passe à du plus cool, là, même moi, je commence à avoir le moral en berne à lire et relire tout ça T__T

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