Le temps d'un tango

Fanfiction par Vyrhelle et A. Conroy

18 août 976

Au guidon de sa Queen-Drom un peu grinçante, Célia arriva juste à l’heure pour le repas du soir. Sean l’accueillit d’un sourire ironique quand elle pénétra dans le réfectoire, ses affaires encore sur l’épaule.

–Tu aurais dû attendre demain. Joaquim a attrapé je ne sais pas quoi à la chasse, c’est immonde.
– Va te faire voir, Moonshade, lui renvoya l’imposant militaire.

Mais la réaction de Célia ne fut pas celle qu’elle aurait eu d’habitude, à savoir se joindre à la conversation pour charrier un certain grand As’Corvaz. Non, elle regarda la scène durant un court instant et passa son chemin.

– Pas faim, furent les seuls mots qu’elle articula à peine.

Elle alla alors droit vers les couloirs menant aux chambres, déposer son sac dans la sienne et si elle réapparut la minute suivante, ce ne fut que pour mieux traverser la grande pièce et ressortir sans un mot, sous les regards perplexes des trois élèves encore attablés. Fusil à l’épaule, munitions en besaces à la ceinture et viseur en main, elle s’installa alors sur le pas de tir le plus proche pour reprendre l’entraînement. Ils avaient dû travailler la visée nocturne ? Parfait, la nuit serait noire le temps qu’elle s’échauffe. Sean, Joaquim et Frédéric l’avait certes regardée ressortir mais aucun n’avait pris le risque d’interpeller l’ombrageuse rousse. Deux mois qu’ils la côtoyaient quotidiennement, ils avaient appris à se méfier de certaines de ses réactions. Pourtant, envoyant bientôt le Khyan avec lequel il discutait à ses propres affaires, Sean sortit pour s’installer sans remarque auprès de Célia, dans une approche fine et en douceur. Alors qu’il l’imitait dans un premier temps, il lui fit bientôt faire les exercices que Zelk leur avait montrés pendant l’absence de l’Elam Evir, lui expliquant dans une suite logique à son attitude, la théorie qui lui manquait, pendant qu’elle tirait pour les mettre en application.

– Ta visite n’a pas été aussi bonne que tu l’espérais, déduit-il plus tard, alors qu’elle attendait que son fusil refroidisse un peu pour ne pas l’abîmer.

Elle dut se mordre la langue pour ne pas le rembarrer comme un malpropre. Ce qui n’aurait été ni juste, ni salutaire pour elle. Pourtant, ce n’était pas l’envie qui manquait. Elle prit donc le temps de s’asseoir à côté de lui, de brider son humeur et regarda ensuite ses mains serrées sur ses chevilles.

– Non, fut tout ce qu’elle trouva à dire.

Elle eut les épaules qui s’affaissèrent alors et elle leva le nez pour regarder Sean.

– Ma mère est malade depuis plusieurs mois. Elle semblait aller mieux mais, en fait, non. Elle a rapidement rechuté.

Sean en hocha la tête.

– Ça doit être… non, je ne peux pas imaginer. Je suis navré, Célia. Je peux faire quelque chose ? Au moins pour te changer les idées ?

Elle le regarda un peu plus longtemps qu’elle n’aurait dû. Elle repensa à ce qu’elle avait dit à sa mère à propos de Sean. Mais le dire à l’autre bout du pays et y repenser avec la personne en question en face de soi, ça n’avait vraiment rien à voir. Elle eut un léger hoquet ironique.

– Je n’en sais rien, Sean.

Elle passa ses mains dans ses cheveux indisciplinés et les stoppa sur sa nuque.

– Je ne suis pas sûre qu’aller me saouler à en tomber par terre soit une bonne idée. Pourtant, là, de suite, je trouve ça très, mais alors très tentant.

Sean se leva.

– Tu connais le meilleur moyen de résister à la tentation ? demanda-t-il en lui tendant la main.

Célia eut une expression surprise qui se figea en fixant Sean, la bouche à moitié ouverte de réaliser ce qu’il lui proposait.

– … oui. Y céder, continua-t-elle en prenant sa main.

Et que le Cratère entier aille se faire voir. Elle avait envie de tout oublier pour au moins une soirée. Sean sourit et l’entraînant, ils laissèrent la ferme et tout le reste derrière eux.

Montés l’un derrière l’autre sur la “grande dame”, ils roulèrent à tombeau ouvert jusque dans les rues de Phoenix. Célia avait toujours montré une certaine tendance à oublier ce petit quelque chose qu’on appelait code de la route, surtout concernant les limites de vitesse. Mais ce soir-là, ce fut pire et Sean de n’absolument rien faire pour la convaincre de ralentir. Car il se découvrait un goût plus que prononcé pour les sensations que procurait la vitesse. La vraie. Celle que peut seul vous faire découvrir un pilote émérite… ou en l’occurrence une Haut-Noble passionnée et aux capacités physiques aussi hors normes que les siennes… Et après tout, que risquaient-ils ? Un accident ? Ils avaient tous les deux les capacités d’en sortir sans la moindre égratignure, grâce à leur Symbiose, et les réflexes pour même protéger si d’autres gens étaient impliqués. Au pire, Célia risquait-elle surtout de condamner sa moto à une fin rapide ? Pas une grande perte aux yeux du jeune Moonshade qui souriait à chaque accélération.

Ils roulèrent ainsi jusqu’en plein centre-ville, pour s’arrêter à un bar accueillant et pas trop bondé. L’endroit était ouvert à tous, Khyan comme Noble, mais dès leur arrivée, Sean avait très brièvement fait apparaître la marque de son rang d’un dessin d’énergie pure sur son front, son Distinguo. Une serveuse leur avait alors donné une carte de boissons réservées aux Nobles ayant besoin d’une très forte concentration en alcool pour en ressentir les effets. Car après tout, rester sobre, ce n’était pas ce qu’avait demandé Célia… Écoutant une musique un peu trop forte, ils se mirent à boire verre sur verre, sans envisager la moindre modération, tout en parlant de tout et de rien, en se moquant de tout le monde à commencer par eux-mêmes.

Ils n’étaient plus sobres avant longtemps.

Célia s’était remise à rire en directe proportion avec son taux d’alcoolémie. Au bout d’une heure, elle en était à danser sur la piste, passant du premier cavalier venu à un autre, mais avec assez de maîtrise pour prouver qu’elle avait dû avoir pas mal d’heures de danse au programme de son éducation. Parce que même en tanguant à moitié et riant comme une idiote, elle dansait quasi parfaitement sur toutes les musiques qui passaient. Certains de ses déhanchés étaient d’ailleurs assez ravageurs pour qu’il y eut quelques mains baladeuses sur ses hanches et des regards assez explicites de certains clients du bar. Mais au bout de quelques temps, avant que ses cavaliers n’en viennent à se disputer ses faveurs, elle en eut assez de danser avec n’importe qui et elle retourna à la table où l’attendait un Sean qui cachait plutôt bien qu’il n’avait pas cessé de veiller sur elle. Plusieurs de ses cavaliers s’étaient d’ailleurs montrés tout à coup bien moins entreprenants d’avoir juste croisé le regard de glace et d’acier du Shaïness. Mais loin de revenir s’asseoir, Célia attrapa son verre et le vida complètement avant de saisir le bras de Sean.

– Allez, viens, toi aussi ! T’as l’air tout triste, là, dans ton coin !

Sean protesta en finissant aussi sa boisson.

– Je ne danse pas.

Mais reposant son verre vide, il se laissa traîner sur la piste et, comme Célia, il savait danser. Bon, il n’avait pas l’habitude du genre de danse que l’on pratiquait dans un bar, mais il restait très élégant même en cherchant ses pas. Imitant ceux que Célia lui montrait, après seulement quelques minutes de cet apprentissage improvisé, il était déjà un cavalier on ne peut plus convenable, que la belle rousse monopolisa sans scrupule alors que plusieurs clientes n’auraient pas été contre quelques pas avec le séduisant jeune homme. Tout comme certains clients n’auraient pas été contre le fait de reprendre la danse avec la flamboyante Elam Evir éméchée. Mais Sean ne semblait pas du tout conciliant sur ce point. Surtout quand une musique bien plus familière pour lui passa, ressemblant vaguement à un tango, et qu’il entraîna Célia véritablement dans la danse. Elle fut la première à en être surprise mais aussi la première à adorer ça. Les danseurs durent très vite leur laisser la place, tout en riant devant leur enthousiasme commun. Célia prouva dès lors à tous que s’ils l’avaient trouvée plutôt enthousiaste et aguicheuse jusque là, on était loin de son vrai potentiel. Elle n’était pas rousse pour rien… Célia avait un vrai tempérament de feu que l’alcool attisait. Ajouté à la danse, elle fit largement monter la température de la salle tout en jouant sans retenue avec Sean. Sauf que le jeune homme n’était pas en reste et qu’il était bien moins candide qu’il l’avait laissé croire jusque là. Résultat évident, leur jeu de danse était largement devenu un jeu de séduction où Célia était une prédatrice ivre et redoutable mais où Sean lui rendait la pareille sans l’ombre d’un scrupule, alors que quelque chose brûlait dans ses yeux. L’alcool, peut-être, le reflet des lumières ou celui des cheveux rouge feu de Célia. Mais il n’avait plus rien de l’adolescent que son âge aurait dû présenter au monde. Il était un Haut-Noble, un adulte…

Et un Démon.

Après quelques minutes très intenses, charnelles et physiques, qui leur valurent l’attention et l’admiration générale, ils s’arrêtèrent en même temps que la musique, se faisant siffler et applaudir par les clients du bar. La jambe de Célia était autour des hanches de Sean et la main du Shaïness sur la cuisse de sa partenaire était assez haute pour que certains estiment carrément qu’il la tenait par la fesse. Mais ça ne la perturbait absolument pas. Elle était les yeux rivés sur ceux de Sean sans pouvoir réussir à s’en détourner. Elle était essoufflée et ça n’avait rien à voir avec l’effort de la danse. Elle n’entendait même plus les gens autour, juste un brouhaha diffus et inintelligible, et dans cette sorte de brouillard dû à l’ivresse, elle saisit Sean par le col et l’embrassa avec quelque chose de violent dans son geste, comme une conclusion inévitable à toute cette soirée. Sean lui rendit le baiser avec la même férocité, la laissant peut-être le pousser contre un mur mais agrippant ses hanches d’une main possessive, l’autre s’emmêlant dans les mèches rousses de la Noble.

– Trouvez-vous une chambre ! rit un des spectateurs.

Célia n’entendit même pas l’exclamation, collée à Sean, les sens et la tête en ébullition, continuant avidement leur baiser plus que torride. Elle n’était pas une sage jeune noble qui n’avait jamais vu le loup, mais elle n’était pas encore assez âgée pour avoir déjà ressenti un tel élan quasi animal pour quelqu’un. Et à l’évidence, ça lui plaisait ! Sean était jeune, aussi, mais innocent, ou sage ? HA ! Il se laissait peut-être presser contre un mur, une jambe de Célia entre les siennes, mais il n’était pas en reste et, oui, peut-être qu’ils devraient se trouver un coin plus tranquille avant d’être arrêtés pour exhibitionnisme. C’est Célia qui réussit tant bien que mal à se raisonner. Un peu. Juste assez pour calmer un temps le feu qui bouillait dans ses veines. Elle stoppa leur baiser et resta sans bouger à fixer Sean.

– Partons d’ici, laissa-t-elle échapper.

Sean déglutit et trouva la force d’utiliser discrètement un peu d’Héritage Lo’kindjaleph, puisque sur la Voie de l’Archidémon, pouvoir utiliser tous les Héritages existants était l’un de ses talents. Mais il maîtrisait très mal celui de la Maison des Nobles de la Terre qui avait pourtant l’avantage, entre autres, de permettre de brûler l’alcool dans ses veines. Il n’y parvint qu’en partie mais eut quand même enfin l’esprit assez clair pour pouvoir payer, quitter le bar, embrasser Célia dans la rue, contre le mu… hum… trouver un endroit plus intime.

Il y eut quand même beaucoup d’arrêts entre le bar et une chambre d’hôtel, mais la moitié n’étaient pas de sa faute. Célia n’avait pas les dons du Démon et l’alcool puissant ne lui laissait pas beaucoup de répit. Pas plus que les élans qu’elle ressentait pour le sombre Shaïness. Ils n’avaient plus qu’une seule envie et elle était animale. Elle se surprit à malmener les vêtements de Sean tandis qu’il malmenait les siens et à en redemander. Encore et toujours plus.

– Sean… lui soupirait-elle à chacun de ses soupirs licencieux.

Elle s’abandonna bientôt à lui, à ce lit inconnu l’instant d’avant et à tous ce que deux jeunes gens comme eux, avec leurs capacités réciproques, pouvaient avoir d’envies, de pulsions et d’excès. La nuit ne fut pas sage, loin de là, et ce ne fut que peu avant l’aube qu’ils s’endormirent enfin l’un contre l’autre, en sueur, épuisés mais enfin repus et apaisés, au milieu d’une chambre à moitié dévastée.

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2 Comments

  1. Grrraou!!! Le voilà le tango!!! <3
    (bon, je me répète, mais cette image!!! *3*)

    • Vyrhelle

      20 mars 2016 at 16 h 08 min

      Je vais voir pour mettre les images en un peu plus grand dès que j’aurai bouclé ce sur quoi je travaille 😉

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