Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

19 Décembre 976

A chacun de ses temps libres, Célia continuait les améliorations sur son imposante et large moto qui commençait à ressembler à quelque chose de vraiment correct, et, du coup, l’utiliser pour voyager avec Sean était tout à fait possible. Surtout que l’assise prévue pour accueillir un passager était confortable. Mais Célia dut à nouveau et à contrecœur la délaisser sous son appentis, car aller de Phoenix aux terres des Avonis, au nord-ouest du comté nordique de Trapeglace, et ce, en hiver, était loin d’être rapide en moto. Dès qu’on s’éloignait trop de la Capitale, beaucoup de routes étaient vites impraticables autrement qu’en moto-neige, en véhicule tout-terrain ou pire, à cheval. Alors avec seulement une semaine de vacances, si les deux tourtereaux voulaient en profiter un minimum, le transporteur s’imposa. En parlant de transporteur, ils durent d’ailleurs se rendre à l’évidence que Nathan avait envie de les voir très vite : ils étaient à prendre leurs bagages pour rejoindre l’Aérofaille de Phoenix quand Ismaël atterrit avec l’appareil Avonis à deux pas de la ferme. Avec l’ordre inconditionnel de ramener Célia et Sean au domaine.

– … On est TRES attendus… laissa échapper Célia.

Sean eut un petit rire.

– Tu es SÛRE que ton frère est Ange ?

Quelques instants pour laisser les moteurs de l’appareil ralentir et Sean monta à bord avec assurance, ignorant le regard scrutateur d’Ismaël. Célia le suivit de près, salua le vieux pilote avec chaleur et ils s’installèrent sur les sièges arrière.

– Parle-moi de Trapeglace, je n’y suis jamais allé…
– Qu’en dire ? commença-t-elle. C’est un comté bien plus médiévaliste que Phoenix, tu t’en doutes. Et Elam Evir, dans sa culture. Du coup, même si c’est loin d’un paysage du royaume purement Elam Evir d’Endrogèn, les routes y sont droites et la végétation souvent géométrique dans les coins les plus habités. Dès que possible, tout est maîtrisé dans une sorte d’obsession pour la symétrie… Les maisons sont blanches aux toitures de chaume ou d’ardoise gris-bleu. Mais une grande partie de la région est heureusement plus sauvage. Boisée très souvent, et vallonnée. Très belle en hiver. Splendide quand on peut voir la chaîne des Montagnes Frontières du Cratère se dessiner sur l’horizon. C’est une région du nord qui révèle toute sa beauté sous la neige. Donc tu vas la découvrir sous son plus beau jour.
– Je n’en doute pas, sourit-il. Reste à savoir si ton frère ne va pas profiter de toute cette neige pour essayer de m’y ensevelir.

Célia étouffa un rire et prit la main de Sean dans la sienne alors que le transporteur s’élevait dans le ciel gris.

– Je te protégerai de lui, va. Mais s’il en vient à vraiment vouloir te pourrir l’existence, il le ne fera pas physiquement. Pas son genre. Par contre, politiquement, il peut être redoutable.

Sean n’était pas trop inquiet sur ce point.

– Je ne joue pas encore beaucoup en politique. Mais ton frère ne devrait pas s’attaquer aux Moonshade, je ne veux pas que mon père s’en prenne aux Avonis.

Pas alors qu’ils avaient déjà un ennemi essayant de les détruire. Ils ne survivraient pas à une attaque supplémentaire, surtout dirigée par Théodor Moonshade. Elle lui adressa un autre de ses sourires complices.

– Il ne le fera pas. Après tout, il me semble que tu es sincère vis à vis de moi, non ?

Elle haussa les épaules.

– Reste à voir combien de temps un Ange et un Démon peuvent rester sous le même toit sans qu’il y ait de catastrophe, plaisanta-t-elle en jouant des clichés sur les deux Voies… Faut-il que je vous aime tous les deux…

Sean eut un sourire et n’ajouta rien, passant son bras autour des épaules de sa belle. Il disait rarement ‘je t’aime’ à Célia mais les mots n’en prenant que plus de sens. Surtout que certaines de ses attentions et certains de ses gestes parlaient pour lui. Ils en restèrent une bonne partie du reste du voyage à somnoler, lovés l’un contre l’autre, profitant de n’avoir rien à faire durant quelques heures, pour prendre un peu de repos agrémenté de tendresse.

– J’oublie parfois qu’être un Ange veut dire un Incarna… déclara Sean sans préavis alors qu’ils approchaient de leur destination. Je vais donc devoir affronter tes deux frères, c’est ça ? s’amusa-t-il.

Entrouvrant lentement les yeux, Célia le rassura sur ce point.

– Non. Sinaï est un bon gestionnaire et un vrai rat de bibliothèque mais il est moins investi dans ma vie. Il n’a pas le même attachement à mon égard que peut l’avoir Nathan. Nathan, c’est mon petit frère, nous avons grandi ensemble quand Sinaï n’est avec nous que depuis deux ans, depuis l’adoubement de mon frère, qui est un peu plus jeune que toi. Il protégera ceux de sa maison, il gère le domaine, mais il ne s’occupe pas de mes amours… En fait, je ne suis même pas sûre qu’il nous parlera beaucoup. Il est généralement très discret et réservé.

Sean hocha la tête.

– Je vois. C’est un jeune être de Symbiose, et même s’il est l’incarnation de la deuxième âme de ton frère, son attitude traduit encore beaucoup les Gemmes et les sentiments de son Principal, je suppose.
_ Il semblerait. Même si j’ignore s’il changera avec le temps, confia Célia. C’est la première fois que j’ai à faire à un Incarna, un Incarna Elam Evir de surcroît. Il me met assez mal à l’aise, pour dire vrai.
_ Personne de tes proches sur la Voie de l’Ange jusqu’à présent ?
_ Non. Ma mère est Qabaliste, sur la Voie de l’Archonte. Et mon père était comme nous… C’est tout. Ma famille n’est plus très grande. Et tu n’auras vraiment à t’inquiéter que de Nathan, donc. Ce sera déjà pas mal.

Sean regarda alors le paysage par le hublot, cessait un sujet qui glissait peu à peu vers quelque chose qu’il savait et sentait plus douloureux pour Célia.

– Il ne fait jamais très chaud à Fardenmor durant l’hiver, mais je crois qu’on va battre des records ici…

Profitant du changement de sujet, Célia acquiesça de la tête avec un petit air désolé, avant de s’étirer comme un chat engourdi.

– Tu vas l’aimer l’Héritage As’Corvaz, crois-moi…

Mais ensuite elle prit une expression plus sérieuse et baissa le volume de sa voix pour ne pas être entendue par Ismaël.

– Par contre, je préfère te prévenir, mais… comment dire… Ma famille a gardé un mode de vie très Elam Evir. Et… enfin, voilà, disons que je ne suis pas sûre qu’on pourra… se réchauffer tous les deux… sous la même couette, durant notre séjour.

Elle fit une grimace explicite.

– Pas sans provoquer un scandale.
– Et tu ne me le dis que maintenant, quand je ne peux plus faire demi-tour ? dit Sean, d’un ton dramatique pour ensuite afficher un air plus amusé. Je m’en doutais, va. Je me doute même que si ce n’était pas le cas, ton frère nous aurait quand même mis dans des chambres de chaque côté de votre demeure.

Célia eut un léger rire crispé.

– Oui, y’a des chances. Au moins, tu n’auras rien à redouter de ma mère. Quand elle aura un peu de forces pour pouvoir te voir, elle ne pourra que t’adorer.

Sean lui prit la main.

– Et c’est pour ça que je suis venu.

Il voyait bien que Célia y tenait. Par un improbable coup du sort, elle était tombée amoureuse alors que sa mère était encore vivante et en état de s’en réjouir. Alors oui, elle tenait à lui faire ce cadeau. Elle avait même menti pour ça, même si Sean n’était pas censé être au courant de ce dernier point.

– Merci, love, dit-elle en lui embrassa les doigts qui tenaient sa propre main.

Sean lui sourit, caressant la peau à portée.

– Tu ne m’en demandes pas beaucoup.

A cause de la neige, le transporteur se posa à l’Aérofaille près du domaine et non au domaine lui-même, peu après midi. Sean rit en sortant, prenant une bouffée d’air si frais qu’il en était presque glacial, tandis, qu’à part l’Aérofaille elle-même, il n’y avait que de la neige à perte de vue.

– Voilà un paysage que je n’avais jamais vu.

Il reçut alors une boule de neige en plein dans le dos, sous les rires de Célia. Ça n’avait même pas déclenché sa Symbiose Dormante.

– Toute mon enfance, compléta Célia. Enfin, pas tout à fait. Mais ça, avec un peu plus d’arbres, c’est son plus habituel décor. J’en ai des souvenirs avec ces valons enneigés comme arrière-plan. Et un bon nombre de batailles de boules de neige avec des Haut-Nobles !

Elle partit devant à grandes enjambées, plongeant presque tête baissée dans cette neige épaisse et poudreuse. Elle découvrit alors que si Sean savait extrêmement bien viser -normal- il n’avait aucune technique pour la formation de boules de neige et ses projectiles se désagrégeaient souvent bien avant de la toucher.

– Mademoiselle Célia, attendez peut-être d’être au domaine ? finit par intervenir Ismaël. Je suis sûr que votre frère vous attend avec impatience.
– Oui, Ism…

Blaf, elle se prit de la neige à peine tassée en pleine figure qu’elle essuya avec des doigts déjà rouges de froid et en recrachant ce qu’elle avait à moitié avalé.

– Sean ! lui cria-t-elle dessus en riant à moitié.

Elle finit de se désenneiger en se frottant le nez du revers de sa manche.

– Oui, on y va Ismaël. Nathan est patient de nature, mais j’ai très envie de le voir. On a beaucoup de choses à se dire.

Le pilote voyait ça, oui… Ils montèrent en voiture, de ces voitures tirées par des chevaux et quasi absentes du paysage de Phoenix. Sean prit les mains de Célia dans les siennes pour les réchauffer. Une fois de plus, elles étaient anormalement chaudes. S’il n’était pas Shaïness, elle aurait vraiment pu croire qu’il utilisait à nouveau l’Art As’Corvaz d’Eclat. Car s’il avait accès à l’Héritage des cinq Maisons du Cratère, ce n’était pas le cas pour les Arts spécifiques à chacune d’elle. Un Shaïness ne pouvait pas utiliser Éclat, c’était tout simplement contre nature. Non ?

– C’est un beau domaine, dit le Démon quand ils approchèrent du Manoir Avonis, coupant court à la perplexité de Célia face à ses mains trop chaudes.

Elle se pencha sur son épaule pour mieux voir par sa fenêtre à lui. Ce qui était une bonne excuse pour se coller encore un peu.

– Oui, magnifique. Les Avonis sont parmi les familles les plus vieilles de Fardenmor. Les vieux livres de notre famille disent que quand Farden est monté sur le trône, il y a neuf cent soixante-seize ans cette année, il offrit des terres à ceux qui lui étaient le plus fidèles. Mon ancêtre Samson Jacob Avonis demanda cette partie de l’Ouest de Trapeglace dont il était originaire et tous les Avonis y sont nés, sans exception, et ont vécu au moins une partie de leur vie ici. La tradition veut même que nous ayons tous une gemme de zircon sur notre Destin et maîtrisions au moins un Art d’Hiver.

Elle eut le nez qui se retroussait.

– Je n’aime pas spécialement lire, mais j’ai toujours aimé écouter mon frère le faire. Et lui adore toutes ces histoires.

Sean sourit.

– C’est fascinant… Les Moonshade ne sont devenus aussi puissants que lorsque Ian Shaïness a pris le manteau du Phoenix. Duke Moonshade et lui étaient des amis proches.

Contrairement à tous les habitants du Cratère, la Noblesse de Fardenmor savait bien que leur roi, Farden, n’était ni unique, ni immortel. Mais le laisser croire au plus grand nombre lui donnait une aura quasi légendaire qui convenait à tous. Il était moins su, en revanche, que la Dynastie royale avait changé trois fois, au long de divers coups d’état secrets. Duke Moonshade avait aidé Ian Shaïness, premier du nom, Démon et ancêtre du Ian actuel, à prendre le trône après que Noah Shaïness, le roi de l’époque, ait perdu l’esprit et fait tuer ses héritiers, se pensant réellement immortel.

– Je me souviens des grandes lignes, dit-elle, pensive. C’est une histoire connue quand on navigue un tant soit peu dans les sphères de la royauté. C’était le cas de mon père.

Elle se redressa un peu.

– J’ai délaissé tout ça quand il est mort, mais il y a de fortes chances qu’en fait nous nous soyons déjà croisés, tous les deux. Il y a quelques années, nous étions souvent à Phoenix et assez régulièrement au palais de Farden. D’ailleurs si ma mère n’était pas si malade, je pense que Nathan serait plus certainement à la Cour, qu’ici, loin de tout.
– Oui, peut-être que j’ai croisé Cordélia Amaris à telle ou telle cérémonie de cour…

Il profita d’un dernier baiser, à l’abri de la voiture, avant de devoir aller rencontrer le reste des Avonis. La voiture s’arrêta en même temps que le bruit des sabots des deux lourds chevaux sur le gravier enneigé, s’immobilisant devant le grand escalier de marbre qui menait au magistral perron de l’entrée de la vieille mais riche demeure Elam Evir.

– Mais je préfère Célia, conclut-il après un instant de silence.
– Moi aussi, conclut-elle en laissant Sean descendre en premier, comme le voulait la bienséance dont ils allaient devoir faire preuve à présent.

Sean s’exécuta et lui offrit son bras pour l’aider à faire de même, mais ce fut elle qui l’empêcha de glisser sur une plaque de neige gelée sur le chemin vers le manoir. Elle lui fit signe avec discrétion de se méfier des marches, dont le choix du marbre comme matériaux de réalisation frôlant la bêtise dans une région pareille. Quoi que, ça faisait un piège particulièrement vicieux en hiver à toute tentative d’assaut… Devant les portes, Nathan les attendait, preuve de son impatience, sans quoi il aurait été dans le salon. Elle accompagna son Shaïness pour ne l’abandonner qu’à quelques pas de Nathan et pour pouvoir mieux aller serrer son frère dans ses bras. Le protocole s’était bien, mais il ne fallait pas trop en faire non plus. Célia par son geste voulait bien faire passer le message. Vu que Nathan serra sa sœur contre lui avec autant de force qu’elle, elle fut assez confiante sur le fait que son souhait soit exaucé.

– Tu m’as manqué petit frère, lui avoua-t-elle à mi-voix.

Puis elle se redressa et tourna ses épaules vers Sean qu’elle invita à s’approcher d’une main tendue.

– Et je te présente Sean. Sean, mon frère Nathan.

Le jeune Baron tendit la main pour serrer celle de Sean.

– Un honneur de vous rencontrer, Messire Avonis, dit Sean en liant le geste à la parole.
– Pour moi aussi, Messire ? demanda l’Elam Evir, ayant bien noté que le détail important du nom de famille de Sean n’avait pas trouvé son chemin jusqu’à la lettre de sa sœur.
– Moonshade.

Il était heureux que Nathan ait déjà lâché la main de Sean à cette annonce. Ce qui fit qu’au lieu de broyer les doigts de leur invité, il se contenta d’un regard incrédule à l’adresse de sa sœur. Moonshade ? Ils étaient face à un ennemi politique inconnu, et elle s’associait au fils du pire requin de tout Fardenmor ? Célia eut un sourire exagérément large, comme une petite fille prise en faute.

– Oui… Je sais. On n’allait pas te l’annoncer par courrier quand même hein ?

Nathan soupira presque tragiquement.

– Non, en effet. Entrons, un blizzard se prépare, vu les nuages, le vent ne va pas tarder à vraiment souffler. Et il fait meilleur à l’intérieur.

Dans le salon se trouvait la mère de Célia, qui l’accueillit d’un grand sourire, se tenant debout pour une rare fois, preuve de sa forme actuelle. Bien qu’elle fut très couverte malgré le feu ronflant dans la cheminée juste derrière elle.

– Cordélia, quel bonheur de t’avoir pour le Solstice…

Célia en oublia tout le reste pour venir enlacer sa mère. La voir si bien, comparé à l’accoutumée, était un vrai bonheur que la jeune femme appréciait à sa juste valeur. Elle lui fit le câlin d’une fille aimante à sa mère adorée, repoussant pour une fois, sa crainte de la briser entre ses bras.

– Mère, vous êtes radieuse. Je suis si heureuse de vous voir enfin.
– Et moi plus encore, de te voir si souriante.

Sarah jeta un œil par-dessus l’épaule de sa fille.

– Je vois que tu as cédé à ma requête. Présente-moi, Cordélia, ait pitié de la curiosité de ta mère.

Obéissante, Célia lui offrit son bras et l’escorta jusqu’à son Shaïness. Elle prit une inspiration avant de faire les présentations en bonne et due forme comme l’attendait la maîtresse de maison.

– Mère, je vous présente le Démon Sean Shaïness de la dynastie des Moonshade. Sean, voici ma mère, la Qabaliste Sarah Elinor Elam Evir de la dynastie des Avonis.

Sean s’inclina devant la mère de Célia, lui prenant la main pour un baisemain à l’Elam Evir parfait.

– Madame, c’est un honneur de faire votre connaissance.
– Et c’est un plaisir de vous rencontrer, Sean. Ma fille a visiblement beaucoup de talent pour choisir ses compagnons.
– Je me considère le plus chanceux des deux, Madame.

Sarah envoya un regard appréciateur à sa fille. Excellent choix. Célia eut discrètement un regard amusé vers Sean. Elle lui avait bien dit que sa mère l’adorerait au premier coup d’œil. Par contre, ça serait une autre affaire pour l’ombre “fraternelle” qui se tenait derrière Sean. Mais pour le moment, on allait rester dans le courtois et l’agréable tandis qu’elle accompagnait sa mère au salon pour s’asseoir à côté d’elle. Sarah d’être très curieuse d’en apprendre plus sur ce nouveau et charmant venu.

– Vous vous êtes donc rencontrés à vos cours de perfectionnement de tir ? Avec maître… comment m’as-tu dit qu’il s’appelait déjà, ma chérie ?
– Maître Zelk, mère, répondit Célia en souriant toujours, ses mains incapables de lâcher celles de sa mère.
– Exactement, opina Sean. Nous apprenons beaucoup avec lui, mais également l’un avec l’autre. Je ne savais pas chasser, avant de rencontrer votre fille. Or notre Magister a été clair, si nous voulons de la viande, nous devons aller la chercher nous-même. Elle est un excellent professeur.

Cela fit rire Sarah.

– Confirmez-vous la rumeur qu’un homme ne se gagne qu’à travers son estomac, Sean ?
– Je dois avouer que ça aide, Madame.

Nathan fit une moue. Est-ce que ce garçon voulait bien arrêter de faire rire leur mère et rester profondément antipathique, s’il vous plaît ? Célia, elle, devait avouer que ça la soulageait que l’ambiance soit de plus en plus agréable et détendue. Elle avait déjà quelques idées quant à savoir comment remercier Sean d’être un invité et surtout le prétendant parfait.

– Mais vous savez, mère, Sean n’est pas en reste dans ce domaine. Il apprend à cuisiner lui-même depuis quelques temps, et je dois avouer qu’il apprend vite.

Sarah eut un sourire moins candide et regarda Sean.

– Pardon, je crois qu’en réalité, c’est vous qui allez gagner ma fille au travers de son estomac.

Sean eut un air gêné artistiquement travaillé.

– Je dois vous avouer que ça m’a traversé l’esprit, Madame. Votre fille est unique en son genre et mérite des qualités que n’importe quel Noble venu ne pourra pas lui offrir. J’ai bien l’intention de rivaliser avec un chef étoilé si c’est pour lui faire plaisir. Mais pour l’instant, j’en suis loin.

Sarah Elinor eut une nouvelle fois un air appréciateur qui, dans le secret du dos de Sean, fit lever les yeux au ciel à Nathan dans une imitation parfaite de ce que pouvait parfois faire Célia. Une Célia qui le vit faire et le regarda alors très fixement.

– En parlant de repas d’ailleurs, nous passons bientôt à table ? coupa Célia comme si de rien n’était. Tu vas voir, Sean, madame Esmé est un vrai cordon bleu. Sa cuisine est typique d’ici, donc très Elam Evir, mais tu devrais aimer.

Elle eut son petit air de comploteuse qu’elle prenait quand elle devenait piquante.

– Ça change des pizzas et du Mac Mo…

Sean prit un air effronté.

– Tu ne me traîneras pas vivant dans un Mac Mo et tu le sais très bien, grimaça-t-il.
– … Qu’est-ce que c’est que ça, Cordélia ? Le… Mac Mo ? demanda Nathan, ayant peur de la réponse.

Célia fit une bouille de vraie gamine fière d’elle.

– Le Mac Mohan, du nom de son créateur à Eden. On appelle aussi ça du fast-food. Des restaurants de ce genre se sont ouverts récemment à la Capitale et le Mac Mohan est le plus connu. On y sert des pains briochés avec des ingrédients au choix au milieu. Avec souvent des pommes de terre frites en accompagnement et une glace en désert.
– Je ne vois pas en quoi cela vous rebute autant, Messire Sean, demanda Sarah, surprise.
– Mère, ce n’est pas ça le problème. C’est que tout est prévu pour que ce soit vite préparé et vite mangé, pour le coût le plus bas. Ce qui fait que tout est de mauvaise qualité, mal cuit et débordant de graisse, de sel et sucre pour cacher la pauvreté des aliments.
– Oh… Et les pizzas sont du même acabit ?
– C’est, disons, en fonction, du restaurant où l’on va. Certaines sont délicieuses, d’autres… il vaut mieux les fuir.

Sean opina.

– Et même une excellente pizza reste une pâte à pain avec différents ingrédients mélangés dessus. Très bon quand c’est bien préparé, mais ce n’est pas de la grande cuisine.

Alors que ce que Madame Esmé amena sur la table…

– Vous avez engagé un trésor, décida Sean. Je ne connaissais pas la plus grande partie de ces plats, mais je n’aurais aucun problème à en manger à nouveau.
– Personne ne reste de marbre face à sa cuisine, compléta Célia, alors que sous la table, elle s’arrangea pour venir caresser le pied de Sean avec le sien.

Oui, Nathan était assis à sa droite, oui, sa mère était en face… et alors ? Ça restait discret et raisonnable, non ?

Elle vit l’instant de surprise de Sean à la façon dont il cessa de couper la fin de sa part de tarte. Mais il reprit bientôt la dégustation de son dessert, imitant Célia, avec juste l’ombre d’un sourire aux lèvres. L’Elam Evir dut faire un effort de concentration pour ne pas sursauter quand une fléchette de glace, si minuscule qu’elle ne fit que la chatouiller -et la surprendre-, lui percuta le genou. L’air innocent, une main sous la table, l’autre tenant son verre pour cacher son sourire, Sean la regardait. Elle dut faire un effort encore plus surhumain pour ne pas lui faire les gros yeux. Elle se contenta de le fixer, en cherchant déjà le moyen de se venger de ce coup en traître. Elle plongea sa cuillère dans sa tarte et en monta avec lenteur une part à sa bouche, alors que sous la table, son pied montait le long du mollet de Sean à la même vitesse. Elle vit une étincelle bien connue s’allumer dans le regard de Sean et sut qu’elle avait parfaitement réussi sa vengeance. Ce qui ne voulait pas dire que Sean ou elle oubliait où ils étaient. S’ils arrêtaient tous deux de participer à la conversation, ils seraient démasqués, aussi le Shaïness continua-t-il de répondre à Nathan comme si de rien n’était. Ce qui n’empêcha pas Célia de sentir le bout de ses doigts frôler sa cheville avant qu’il ne doive faire paraître ses deux mains au-dessus de la table pour ne pas éveiller les suspicions.

En bout de table, Sarah eut un sourire. Son fils était encore jeune, assez innocent sur cet aspect de la vie, et ne remarquait rien. Mais elle était peut-être malade, et savait l’Existence de ses âmes sur le bord de la rupture, mais cela ne la rendait pas idiote. Ah, être jeune et amoureuse… Célia, qui malgré son attention très portée sur Sean gardait quand même toujours un œil du côté de sa mère, fut surprise de la voir plus souriante tout à coup. Elle l’imita en la regardant avec tendresse.

– Quelque chose vous amuse, mère ?

Son pied avait retrouvé une position plus raisonnable au sol, mais toujours contre celui de Sean. Sarah, elle, fixait sa fille d’un air complice et doux.

– Des souvenirs, ma chérie. J’ai aussi été jeune et… impulsive.

Son commentaire pouvait correspondre, un peu, au récit que Sean faisait de leurs cours, mais Célia sut tout de suite que ce n’était pas ce à quoi sa mère faisait référence. La mèche de cheveux qu’elle remit derrière son oreille en fut la preuve évidente. Mais elle parvint quand même à ne pas trop rougir. Au moins, sa mère avait compris beaucoup de choses et, visiblement, ça ne l’offusquait pas. Célia en sourit de plus belle.

– Oui. Tout le monde dit que je vous ressemble beaucoup sur certains points.

Elle reprit de la tarte pour éviter de dire une bêtise de trop, mais regarda Sean sans pouvoir s’en empêcher. Et elle rougit de plus belle. Nathan haussa enfin un sourcil, comprenant qu’il avait raté quelque chose, mais n’arrivant pas à comprendre quoi. Sean sourit et ne dit rien, gardant son pied sagement posé contre celui de Célia.

Oups.

Mais un ange passa et Célia bondit sur ses jambes pour mettre rapidement fin à ce petit vide.

– Quelqu’un veut encore quelque chose à boire ?

08-La partie d'échecs

La partie d’échecs

La fin de repas se termina sagement, dans un calme agréable, pour laisser place ensuite à une séparation méticuleusement orchestrée : Sarah prit le bras de sa fille pour qu’elle l’accompagne dans le jardin d’hiver alors que Nathan offrait à Sean de lui montrer le manoir et sa future chambre. Il ne fallut pas plus d’une minute dans les larges couloirs de la demeure centenaire avant que Nathan n’invite Sean à entrer dans la grande bibliothèque familiale où se dressaient impérieusement et sur plusieurs niveaux, de hauts et nombreux rayonnages de livres. L’endroit aux boiseries omniprésentes n’avait pas grand-chose à envier à la bibliothèque royale elle-même quant à son contenu, car il y avait là, c’était presque certain, plus de livres rares que n’en avait jamais vu Sean. Nathan s’installa dans le fauteuil qui semblait le plus usé de tous devant une cheminée au feu paresseux, le seul éclairage de toute la pièce, et invita le Démon à prendre le siège jumeau qui lui faisait face. Il y avait un jeu d’échec entre eux deux et Nathan prit les pions blancs.

– Pourquoi êtes-vous là, Sean ?

Ouverture des hostilités, cavalier blanc en C3. Sean avança un pion noir sans vraiment regarder le plateau.

– Célia voulait me présenter à sa mère. Elle m’a parlé de sa santé, m’a dit que c’était important pour elle… comment aurais-je pu dire non ?

Nathan regarda le plateau, délaissant Sean au confort de son siège.

– Ça, c’est l’évidence. Ce que je veux savoir c’est la raison réelle. Celle qui fait que vous, un Moonshade, êtes aujourd’hui dans cette vieille demeure Avonis.

Il leva ses yeux bleus, semblables à ceux de Célia, mais avec quelque chose de plus posé et réfléchi.

– Ne me faites pas vous mâcher le travail, messire. Elle est ma sœur.

Il déplaça un pion. Sean déplaça son fou noir, prenant le pion et se mettant en directe ligne pour le cavalier blanc.

– Célia m’avait dit que le passionné de la politique dans la famille, c’était vous. Mais, croyez-le, ça n’a rien à voir avec mon nom ou le vôtre. Si ça n’avait pas été pour votre mère, nous aurions continué à faire de cette relation un secret. Au-delà de votre domaine, c’en est toujours un.

Il laissa Nathan jouer et reprit.

– Je n’ai pas honte d’elle, ou de nous. Je voulais juste la garder loin des manigances de cour. Vous n’avez pas besoin de ça en plus.
– Exact, répondit aussitôt l’Elam Evir en prenant le fou offert. Il reste, que ça, c’est ce que j’ai envie d’entendre. Et j’aimerai vraiment pouvoir vous croire sur parole. Mais si je sais que ma sœur n’est pas idiote, reste qu’elle est passionnée dans beaucoup de domaines et qu’elle ne prend pas toujours le temps d’avoir du recul. Je le fais souvent pour elle.

Il abandonna le plateau pour aller s’enfoncer un peu plus dans son fauteuil.

– Je n’ai rien contre vous, Sean. Mais elle est en danger même si elle refuse souvent de le voir. Vous en avez conscience ?

Il baissa les yeux.

– Et qu’elle s’est lancée dans ses cours de tir pour assouvir une véritable vendetta ?

Sean abandonna aussi le plateau, conscient que la vraie partie ne se jouait pas là.

– Une vendetta que vous partagez, il me semble. Oui, je le sais. Tout comme je sais que nous ne nous dirigeons pas vers un conte de fées, quelle que soit l’image que Célia veuille donner à notre relation pour apaiser le cœur de votre mère. Elle a sa vengeance, j’ai mon avenir, et ni l’un ni l’autre ne seront doux. Mais c’est ça qui rend l’autre aussi indispensable, pour elle comme pour moi. Un petit coin à l’abri du reste, une ancre.

Pour se stabiliser. Ou pour couler, irrésistiblement, aussi. Devant cette image au sens ambigu, Nathan ne répondit pas de suite, laissant les paroles de Sean se perdre un peu dans le silence de la bibliothèque.

– Alors espérons que votre nom n’apparaisse pas dans la liste des cibles de notre vendetta. Et que le nôtre ne vienne pas contrecarrer votre avenir, Messire Moonshade… Car finalement, Célia et moi n’avons plus rien à perdre que nous-mêmes et je crois que vous en avez conscience.

Il déplaça son fou, même si ça n’était pas son tour de jouer et frappa le fou noir d’en face pour le faire tomber et prendre sa place auprès du roi… Pour illustrer ses propos.

– Nous sommes fidèles au roi, à notre famille. Et c’est notre malédiction.

Sean rapprocha un cavalier noir du duo roi noir-fou blanc.

– Tant que ça sera vrai, vous ne trouverez pas mon nom sur votre route, Nathan. Pour l’instant, je n’ai pas encore endossé le rôle qui sera le mien auprès du roi. Mais d’ici quelques années, ce sera le cas. Parce que je suis l’héritier du Duc d’Umbras, que je suis né pour être l’ombre de Farden et que ce futur rôle me convient parfaitement.

Comme se devait de le faire tout Moonshade qui se respectait depuis l’avènement de la nouvelle dynastie régnante. Nathan eut un mouvement de tête appréciateur.

– Bien.

Il soupira et afficha enfin un léger sourire alors qu’il se laissait un peu plus aller dans son fauteuil.

– Si votre relation est sincère, et je crois qu’elle l’est, je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’elle reste secrète. En fait, je vous demande même comme un service qu’elle le reste. Comme vous le disiez, mieux vaut laisser Célia loin des manigances de la Cour. Elle n’est pas faite pour ça.

Il soupira légèrement, comme un peu soulagé d’un poids qu’il était encore jeune à devoir porter.

– Vous la faites sourire, Sean. Mais je vais être très clair : je veux que vous disparaissiez de sa vie le jour où ça devait changer.

Sean observa le frère de Célia et essaya d’imaginer un tel jour, bien qu’il ne pensait pas qu’il viendrait. Pas quand il était amoureux pour la première fois et complètement prisonnier du regard de son Elam Evir. Mais il se connaissait, mieux que personne, il connaissait l’ombre qui pouvait le saisir. Il savait comment était son père, comment avait été son grand-père, son arrière-grand-père… Il avait même rencontré Ahriman Moonshade, ancêtre de leur Dynastie devenu un être ni vivant, ni mort, un Noble des Abysses… il put imaginer le jour où il ternirait le sourire de Célia.

– Si ce jour vient, alors vous avez ma parole, promit-il d’un ton aussi sombre que sérieux.

Nathan l’étudia un moment encore. Puis il se leva, s’approcha de Sean et lui tendit la main.

– Je suis heureux de vous rencontrer, Sean Moonshade.

Sean se leva et serra la main d’une poigne ferme.

– Je vous retourne le sentiment, Nathan Sinaï Avonis.

Pendant ce temps, à quelques distances de là, dans le jardin d’hiver, Célia avait droit à un peu près la même conversation. Mère et fille avaient pris place sur une large banquette recouverte de coussins de soie brodée et entre les feuilles des plantes en pot, observaient la neige qui recouvrait entièrement le paysage familier qui se dévoilait au-delà de la grande verrière.

– Dis-moi honnêtement, красный, ce que Sean Moonshade vient faire ici. Je sais que tu t’inquiètes pour moi, mais ne va pas donner ton cœur au premier venu pour exaucer mes souhaits.

Célia tourna la tête vers sa mère, un peu surprise de sa question.

– Je peux vous assurer que ce n’est pas le cas, мать.

Elle se remit à regarder dehors, ce paysage enneigé qu’elle aimait tant et que de nouveaux flocons peaufineraient encore.

– Je n’ai pas imaginé un seul instant que je rencontrerai quelqu’un en partant à Phoenix. Encore moins que ça serait Sean quand je l’ai vu la première fois.

Elle en revint à sa mère, toujours sérieuse.

– Il est vrai que j’ai envie de vous faire plaisir. Mais sa venue n’est pas une manigance, je vous l’assure. Il n’est pas non plus le premier venu.
– Alors me voilà rassurée, soupira Sarah tout en prenant la main de sa fille. Promets-moi d’être prudente, Cordélia. Il a l’air très bien mais nous avons tendance à aimer passionnément, nous les femmes Avonis. Au mépris, parfois, des conséquences.

Cette fois, la jeune femme sentit son humeur s’assombrir alors qu’elle posait ses yeux sur les mains de sa mère.

– Vous me demandez d’être raisonnable ? Je ne peux pas vous le promettre, justement, et vous le savez bien. Mais j’essaierai quand même. Aujourd’hui, je suis heureuse. J’ai envie de le rester.

Sarah serra les mains de sa fille.

– Je ne te demande rien d’aussi impossible. Juste de savoir quand tu passes la ligne entre passion et déraison. Ne te perds pas, Cordélia.

La fille releva le nez et sourit à nouveau.

– Nathan ne me laissera jamais faire.
– Et j’en suis heureuse, dit Sarah.

Toujours assise, elle détourna le regard pour imiter Célia et observer la neige d’un air absent.

– Je sais que je ne serai pas là encore très longtemps, красный.

Célia sentit sa gorge se nouer brutalement d’entendre l’évidence sortir de la bouche de sa mère, comme rendant l’inéluctable encore plus dur à accepter. Elle en resta figée, le souffle court et les poings soudain serrés sur ses genoux.

– Mais vous l’êtes encore, pour le moment, articula-t-elle avec douleur.

Elle céda alors à son amour et fit face à sa mère pour ensuite la serrer dans ses bras.

– J’aimerai tellement trouver le remède qui vous rendrait toutes vos forces et votre vie…

Sarah lui caressa les cheveux.

– Tu cherches la panacée, Cordélia. J’ai toujours eu une santé fragile et avec la mort de ton père, mon esprit s’évade auprès lui dans les plaines Célestes. J’ai deux âmes, ma chérie, et les deux l’ont aimé passionnément. Je prouverai qu’on peut mourir d’un cœur brisé.

Célia se mordit l’intérieur de la lèvre pour ne pas se mettre à pleurer, et retint son étreinte qui allait être trop puissante pour une mère trop fragile. Mais maintenant que Célia goûtait à l’amour, elle commençait à comprendre la douleur de Sarah et d’Elinor. Avoir vécu tant d’années auprès d’un homme qu’on aime, avoir tout partagé, lui avoir donné des enfants et le perdre brutalement ? Célia n’imaginait même pas sa douleur si elle venait à perdre Sean demain. Alors si elle le connaissait pour ainsi dire depuis toujours ?

– Vous le retrouverez de l’Autre Côté. Alors je saurai que le jour où nous vous perdrons, vous serez à nouveau heureuse.
_ Oui, je le retrouverai enfin, mentit cette mère aimante qui, Qabaliste et donc plus au fait du Monde Céleste, savait que trop bien qu’en renaissant dans le Monde des Morts, elle n’aurait pas ses souvenirs. Sa fille n’avait pas besoin de le savoir.

Les larmes coulèrent alors et mère et fille restèrent enlacées un moment, avant que Sarah ne frissonne.

– J’ai froid, ma chérie. Rentrons. Ton frère doit avoir fini t’intimider ton ami.
– Tout de suite, мать, lui souffla-t-elle alors qu’elle se levait en lui tenant le bras.

Elle la garda quand même contre elle, même si elle se retint de passer un bras autour de ses épaules pour lui offrir un peu de chaleur supplémentaire. Célia avait tellement l’impression qu’elle aurait pu la briser d’un souffle.. Elles rejoignirent ensuite le salon, au cœur de la maison et Célia l’installa près de la cheminée.

– Sinaï, peux-tu t’occuper d’elle, s’il-te-plaît ? Je vais aller voir ce que font Nathan et Sean.

L’incarna de Nathan opina et abandonna son livre de compte pour placer une couverture sur les genoux de Sarah, ouvrant ensuite un autre livre et en faire la lecture d’une voix chaleureuse. En se dirigeant vers la bibliothèque, là où une Célia qui connaissait son frère savait avoir de grandes chances de le retrouver, elle fut interceptée au détour d’un couloir par deux bras familiers qui l’attirèrent à l’abri d’un rideau.

– Tu as la mine de quelqu’un qui a pleuré, dit Sean contre son oreille, la serrant contre lui, à la fois consolateur et possessif.
– Oui, avoua-t-elle, souriante à nouveau mais en s’essuyant les yeux.

Elle se tourna pour se lover contre lui et s’y réchauffa les âmes.

– Elle l’aimait tellement…

Elle se remit à pleurer de plus belle. Sean la garda contre lui, embrassant ses joues, séchant ses larmes.

– Donne juste l’ordre, Célia, et nous sommes partis. Je ne sais pas quoi faire quand tu pleures.

Si. Il voulait tuer les responsables, mais dans ce cas précis, il n’avait aucune cible connue. Mais elle se calma rapidement, malheureusement habituée à cette douleur depuis plusieurs mois. Plus d’une année même… Le temps passait si vite. Elle lui adressa un sourire derrière ses dernières larmes.

– Je pleure parce que je l’aime et que je la perds chaque jour un peu plus. Elle est déjà à vouloir être de l’Autre Côté et rien, ni personne ne la retient vraiment. Pas même moi ou Nathan.

Elle eut un léger rire nerveux.

– Je trouve magnifique ce qu’elle ressent. Cruellement magnifique. Et j’en viens à souhaiter qu’elle parte vite, maintenant.

Elle se mordit la lèvre.

– Restons encore un peu. Je peux tenir alors qu’elle ne sera peut-être plus là, la prochaine fois…

Sean opina et la garda contre lui.

– Ton frère m’a donné une chambre dans l’aile ouest. Je suppose que la tienne est à l’est ? dit-il, essayant de la faire sourire.

Il y parvint, parce que Célia retint difficilement un hoquet.

– La plus à l’est de toutes, mais ça ne t’arrêtera pas, hein ?

Sean lui embrassa le cou.

– Tu pourrais être à Kadam Hel que ça ne m’arrêterait pas, promit-il.

Il se retrouva avec des lèvres au goût salé sur les siennes et des bras blancs et fins qui entourèrent ses épaules. Mais ce n’était pas le baiser passionnel et furieux qu’ils avaient souvent. Mais un baiser plus doux et plus intense quelque part. Peut-être même plus sincère encore que les autres. Célia n’avait plus rien de flamboyant, elle était comme une braise qu’on devait tenir dans les creux des mains et couver avant de pouvoir la laisser s’embraser à nouveau.

– I love you so much… murmura-t-elle d’un ton empreint de beaucoup de sentiment.

Sean savait comment s’occuper de la flamme brûlante et brillante, mais il apprenait comment faire pour que la braise ne s’éteigne pas. Car il se rendait compte que s’il cessait de se réchauffer au feu de Célia, c’est son cœur qui aurait froid. Ce constat l’incita à se lover un peu plus contre elle. Son amour et sa faiblesse.

– Je t’aime, Célia.

Un serviteur ou deux passa près des rideaux pendant qu’ils s’y cachaient mais personne ne les dérangea. Ces quelques instants loin de tout, un peu comme hors du temps firent un bien fou à la jeune femme. Elle leva bientôt un visage plus serein et surtout à nouveau souriant, preuve que Sean n’avait pas à faire grand-chose pour ranimer sa flamme. Juste à être présent, attentionné et tout simplement amoureux. Elle scruta ses yeux bleus et dessina le contour de son visage d’un doigt.

– C’est bon que tu sois là. Tu n’imagines pas à quel point. J’ai l’impression d’être plus légère pour affronter tout ça.

Elle eut alors une expression étrange, d’un sourire qui était presque effrayant.

– Et je les tuerai tous pour ce qu’ils ont fait.
– Je te passerai le fusil, promit Sean avec déjà une expression plus froide et plus dure que jamais.

Ils finirent par quitter le rideau, mais après avoir visité le domaine, profité de l’abri du bois enneigé pour s’embrasser, avoir dîné et recommencé leur petit jeu de pieds du midi, la nuit tomba, sonnant l’heure d’une séparation de bienséance. Célia profita alors des luxes d’un bain brûlant et d’une jeune servante engagée depuis peu qui s’occupa longtemps de sa chevelure dans l’isolement silencieux et agréable de sa chambre. Elle était couchée depuis moins d’une heure quand une lueur bleue et une silhouette sombre devant la fenêtre annoncèrent qu’elle n’était déjà plus seule. Elle se leva rapidement, impatiente et enfilant un déshabillé léger de dentelle sur sa chemise de nuit en mousseline diaphane, le tout dans un style très Elam Evir qu’elle ne portait que dans la demeure familiale. Sans faire de bruit, elle s’approcha de la fenêtre et regarda cette silhouette sombre qui se tenait devant.

– Sean ?

Sauf qu’une fois assez près, elle remarqua que la silhouette ne correspondait pas totalement à celle de son amant. Les cheveux étaient juste un peu trop longs. Les épaules un peu trop carrées. De petits détails, certes, mais elle connaissait si bien Sean… Puis, un rayon de lune se refléta sur la lame d’acier que l’homme tenait dans sa main, juste avant qu’il n’attaque. Célia écarquilla les yeux de stupéfaction, loin de s’être attendue à cette brutale déconvenue. Elle eut un bon mouvement réflexe de recul qui lui épargna la morsure froide de l’arme mais elle ne sentit pas les automatismes du combat lui venir pour se défendre. Elle n’avait jamais été très assidue en combat rapproché à l’Académie. Elle fit alors volte-face, tentant de quitter la chambre, pour juste fuir. Un poids lui atterrit sur le dos alors que son assaillant l’attaquait à nouveau, et elle sentit la lame frôler ses côtes, parvenant à l’égratigner de ne pas avoir été assez violent pour enclencher son Héritage. Ils furent ensuite tous deux distraits : la chute les avait projetés contre un guéridon, brisant le meuble et la carafe qui se trouvait dessus, les arrosant copieusement. Et faisant du bruit.

La seule pensée de Célia fut alors de retenir la lame qui la menaçait encore et se contorsionna tant bien que mal pour venir saisir le poignet de la main armée de son agresseur. L’effet de stupéfaction commençant à passer, elle se mit à parler. D’abord à mi-voix, puis très vite de plus en plus fort alors qu’elle sentait le poids de cet homme sur elle.

– Nathan…. NATHAN !!! NAAAATTTHHHAAAAAANNNN !!!!

Elle prit une gifle pour son effort, l’assaillant récupérant sa lame dans la main qu’elle ne tenait pas, levant le bras.

Il ne put jamais frapper.

Une autre silhouette venait d’arriver par le même chemin que l’assaillant et voir Célia attaquée, paniquée, rendit ce nouvel arrivant fou de rage. Il attrapa le meurtrier en puissance par le cou et le lança avec force contre un mur qu’il percuta avec un “crack” de mauvais augure. Sean s’accroupit aussitôt près d’elle, inquiétude et fureur en égales mesures dans ses yeux, au même instant où Nathan défonçait presque la porte pour entrer.

– Célia ?
– CORDELIA !!

La jeune femme prit une seconde pour réaliser ce qui se passait, complètement déboussolée avant de s’agripper avec panique à la chemise de Sean.

– Il… Il m’a attaqué… j’ai cru… que c’était toi… j’ai…

Avec l’Elam Evir paniquée et rivée à lui dans la pénombre, Sean put sentir l’humidité de sa chemise de nuit mais pas voir que ce n’était que de l’eau. C’est ce qui avait rendu Sean si furieux. Malgré l’obscurité, il avait senti l’odeur métallique du sang, vu les reflets humides de la tenue de Célia, et crut qu’elle était blessée, mortellement peut-être, avec tout ce “sang”…

– Doucement, doucement, on va te soigner, montre-moi… dit-il, toujours partagé entre peur et rage.

Si Célia avait été inconsciente, il l’aurait probablement laissée à son frère pour massacrer le tueur. Mais c’est Sean que Nathan avait failli attaquer, en ne voyant pas immédiatement la forme inerte de l’assaillant, pensant trop vite qu’il avait voulu faire du mal à Célia malgré leur conversation du midi. Mais l’Ange se calma en comprenant la situation -du moins, autant qu’il pouvait se calmer-, et alluma les lampes à huile, apportant à tout le monde une vision plus claire.

– Cordélia, tu es blessée ? Parle-moi, сестра

Première à ne pas trop savoir l’étendue de sa blessure qu’elle ne sentait pas beaucoup sur son corps tremblant, elle attendit que la lumière se fasse pour regarder son flanc. Elle était encore un peu ailleurs, ne réalisant pas vraiment ce qui venait de se passer.

– Je vais… bien. Je crois, dit-elle avec une mâchoire encore crispée.

Elle découvrit l’écorchure sur ses côtes et grimaça un peu en décollant le tissu qui la pressait, mais rien de grave. Alors elle se passa une main sur le front.

– Il n’a pas réussi à … la lame m’a juste frôlée.

Elle sentit Sean se détendre contre elle, comprenant que l’humidité sous ses doigts n’était que de l’eau, et il la serra contre lui.

– J’ai cru qu’il t’avait tuée…

Nathan s’accroupit près d’elle, soulagé.

– Tu n’as rien ? Tu es sûre ?

Elle se laissa trembler encore un peu dans les bras de Sean, mais vint serrer le poignet de son frère pour le rassurer.

– Ou… oui. Je t’assure, ça va aller. J’ai… J’ai juste eu très peur, je ne m’attendais pas à… Pas ici…

Elle se sentit paniquer à nouveau, réalisant vraiment ce qui venait de se passer et se serra un peu plus contre Sean en renforçant la prise de ses doigts sur le bras de Nathan. Puis elle écarquilla les yeux.

– Et мать ! Où est мать !

Elle sentit Nathan se figer aussitôt même s’il essaya ensuite de la rassurer.

– Sïnaï est avec elle, Cordélia, elle va bien, je t’assure. Je vais aller voir, mais il n’y a pas de raisons de s’inquiéter, je te le promets.

Nathan se redressa, désireux de reprendre la situation en main et alla voir l’attaquant.

– Mort, conclut-il.

Oui, un Démon furieux qui vous broie la gorge avant de vous projeter à toute vitesse contre un mur de pierre, ça ne laissait pas indemne… Un peu rassérénée, Célia se redressa et s’appuya sur l’épaule de Sean pour se remettre debout. Elle grimaça un peu, autant de sentir l’égratignure la gêner que ses muscles protester d’être encore perclus par les restes de peur. Mais rien de plus, elle fit quelques pas pour pouvoir observer, sans trop s’approcher toutefois de son agresseur.

– Un tueur à gage ? Comme pour… papa ?

Nathan soupira.

– Je suppose. Mais il ne pourra pas vraiment répondre.

Sean passa un bras autour des épaules de Célia.

– N’attendez pas de remords de ma part. Célia, viens, pour ta blessure…

Elle soupira mais se laissa mener par Sean jusqu’au lit où elle s’assit. Pendant qu’il l’examinait, n’en souffrant toujours pas beaucoup, elle cacha ses yeux dans une main.

– Je n’ai même pas réussi à me défendre correctement. J’ai tellement été prise au dépourvu que… j’ai juste paniqué, admit-elle. Je ne suis pas douée pour ce genre de combat. Je ne l’ai jamais été. Et puis, père a été tué à Phoenix. Je ne m’attendais pas à ce qu’on vienne s’en prendre à nous jusqu’ici, si loin de tout.

Elle semblait se mettre à parler pour évacuer son stress pendant que Sean vérifiait l’entaille de la lame à même la peau de Célia, ne disant rien sur sa crainte que la lame avait peut-être été empoisonnée.

– Pourquoi s’en prendre encore à nous d’ailleurs ? On n’a encore attaqué personne, on n’est même plus à la Cour depuis des mois, on s’est replié sur nous-mêmes depuis la mort de père. On dirait que le simple fait que l’on existe pose problème !

Ses doigts se crispèrent sur son visage.

– J’ai été si faible ! Sans arme, je ne vaux rien !

Avant que Nathan ne proteste ou ne vienne la rassurer, Sean avait pris son menton entre ses doigts et la forçait à le regarder, yeux dans les yeux.

– C’est faux, Célia. Tu vaux cent hommes comme lui. Tu dois juste le découvrir.

Il appuya son front contre le sien.

– Je te montrerai. Comment te servir d’une dague, de tes mains, d’une épingle à cheveux s’il le faut.

Célia eut une expression douloureuse de réaliser que la violence venait de traverser la distance sécuritaire que lui donnait la portée de son fusil et que c’était difficile à accepter. Tout comme de comprendre qu’on ne lui laissait plus le choix. Elle regarda Sean avec une supplique dans ses yeux bleus rougis.

– Ne me laissez pas toute seule cette nuit, s’il-vous-plaît, supplia-t-elle alors, aussi bien à Sean qu’à Nathan.
_ Tu ne le seras pas, je te le promets.

Puis Sean l’embrassa doucement, peut-être son baiser le plus doux jusque-là, mais Nathan s’assit derrière elle et l’attira à lui dès que le Shaïness se recula un peu.

– Je reste auprès de toi, dit-il d’un ton doux mais avec un regard dur pour Sean alors que l’Ange ne souffrirait pas de contradiction, surtout qu’il comprenait l’impératif de surveiller qu’aucun poison ne coulait dans les veines de sa sœur, autant qu’il refusait l’idée de laisser un Démon, fut-il futur Duc, l’évincer de son rôle de frère protecteur.

Sean ne lui contesta pas ce droit et remit une mèche de cheveux de Célia en place.

– Vous devriez aller voir votre mère, rester en famille ce soir.
– Mais Sean, et toi ? demanda-t-elle aussitôt, bien consciente à sa tournure de phrase qu’il ne s’incluait pas dans la “famille”.

Elle lui avait saisi la manche sans réfléchir et Nathan en cacha une grimace. Sa sœur ne pouvait pas être aussi amoureuse que ça et elle se mariait pas avant au moins cinquante ans, merci bien.

– Ne t’en fais pas pour moi, la rassura Sean. Tu as besoin de te calmer, Célia. Je vois bien que tu t’inquiètes encore pour ta mère. Et même si elle m’a apprécié, je doute qu’elle prenne bien ma présence dans son lit pour un câlin familial.

Ça eut le mérite de secouer les épaules de Célia d’un rire inaudible et de lui redonner un début de semblant de sourire, très crispé.

– D’accord. Je… bredouilla-t-elle sans trop savoir quoi dire.

Elle se blottit un peu plus contre Nathan qui l’enserra de ses bras et l’incita à se lever. Le frère et la sœur prirent alors la direction du couloir et eurent tous deux un dernier regard à l’adresse de Sean. Deux regards très différents, car si Célia le suppliait d’être prudent, Nathan semblait lui donner l’autorisation de faire ce qui était nécessaire. Car si Célia n’était pas en état de réaliser, il restait un cadavre dans sa chambre dont il allait falloir s’occuper et une nouvelle piste à remonter.

Ils disparurent dans le long couloir de l’étage et ils rejoignirent la chambre de leur mère qui dormait encore sans se douter de ce qu’il venait de se passer, sous la surveillance d’un Sinaï sur le qui-vive. Leur entrée fit bondir l’incarna sur ses jambes mais il resta immobile à les voir s’approcher du lit. Nathan fit comprendre à son double inquiet, sans qu’aucun mot ne soit nécessaire, que tout allait bien et qu’ils verraient ça ensemble plus tard. Il aida Célia à s’allonger près de Sarah. Avant de lui-même s’asseoir dans le lit, dos à la tête de lit, pour veiller sur les deux femmes de sa vie. Sarah remua dans le lit, ouvrant un œil et souriant en voyant ses deux enfants.

– Que dirait votre père… murmura-t-elle, se rendormant avant qu’ils ne puissent savoir si c’était dit avec ou sans la conviction qu’Hughes Avonis était en vie.

Célia en fondit en larmes et pleura si longtemps que Nathan dut utiliser un Art Elam Evir pour réussir à la faire enfin s’endormir.

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7 Comments

  1. Bonjour

    Pour être tout à fait honnête au début, le lexique et les terme un peu spécifique m’ont rebuté, je trouvais ça fastidieux d’aller chercher les significations à chaque fois. J’ai d’abord laissé de coté cette lecture. Puis en voyant les publications facebook et les beaux *–* dessin, j’y suis revenu, plus sérieusement. Et maintenant je suis plongée dans cette histoire, je me suis attachée aux personnages, j’ai envie d’en savoir plus et j’attends chaque nouveau chapitre avec impatiente ! J’espère que vous continuerez longtemps et que tu tiendras bon les publications (et pourquoi pas le tout dans un format livre un jour !).

    • Merci pour ce commentaire, et c’est ce genre de réaction qui me fait, personnellement, sourire et éclaire toute ma journée. Savoir que, malgré le jargon de PriaX, l’histoire et surtout les personnages sont attachants, je suis ravie.
      En toute honnêteté, on a pas mal de chapitres d’avance, donc la publication continuera ! A la semaine prochaine ^^

    • Vyrhelle

      21 avril 2016 at 16 h 52 min

      Je partage les sentiments de ma complice, sean_moonshade. Le jargon de l’univers est parfois déstabilisant, et je fais mon possible pour l’alléger, mais savoir que les personnages et leur histoire arrivent à vous faire passer outre, c’est un vrai compliment ^_^
      Et promis, il n’y aura plus trop de jargon supplémentaire à partir de maintenant 😉

  2. le début des hostilités!!
    ” Est-ce que ce garçon voulait bien arrêter de faire rire leur mère et rester profondément antipathique, s’il vous plaît ? ” => J’adore!!!

    Sinon, j’ai remarqué quelques fautes, principalement dans des tournures de phrases pas très claires, mais je retrouve plus le passage. Et à la fin, “Sean ne lui constata pas ce droit”, c’est pas plutôt “contesta”?

    Sinon, que dire, si ce n’est grrraou!! Sean!! Je veux le même!! ^^

    • Ouais, mais c’est le mien 🙂
      Je vais aller corriger les coquilles, merci pour ton oeil de lynx ^^

    • Vyrhelle

      21 avril 2016 at 16 h 46 min

      Comme l’a dit A., merci pour la relecture. Je vais revoir ça quand j’aurai un peu de temps libre et surtout un peu plus de recul par rapport au texte. Je finis par plus voir les erreurs à force de les lire et les relire XD

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