Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

22 juin 977

Sean profita des quelques heures qui restaient pour somnoler contre Célia, essayant d’envisager son avenir. Il en vint même à s’endormir sans vraiment le réaliser et quand il se réveilla, un peu brusquement, il réalisa qu’il était seul dans le lit. Sur l’oreiller près de lui, un petit bout de papier avec un “Je t’aime” griffonné, signé d’un joli “C.” Sean observa le mot, un peu surpris.

– Tu n’aimes pas les adieux, n’est-ce pas amour ?, soupira-t-il en se levant.

Résigné, il alla prendre une douche et jeter Frédéric sous la sienne, avant d’envoyer le vassali hors de son domaine, vers un héliporteur et l’armée campée au sud du pays, avec un coup de pied aux fesses. Il se retrouva donc seul, dans un domaine qu’il ne supportait plus. La grande maison était terriblement silencieuse de manière générale, mais là, c’était pire. Les serviteurs semblaient vouloir se faire oublier, quand Sean arrivait à en croiser un, et la plus grande preuve de leur présence était que tout ce qu’il déplaçait retrouvait sa place moins d’une demi-heure plus tard. C’en était presque horripilant et c’était sans parler de ce noir, omniprésent partout depuis le décès d’Ylis Rhéa. Les rideaux, les meubles, même le linge de maison… De quoi déprimer en boucle et avoir l’impression d’étouffer. D’ailleurs, Sean en vint à ouvrir toutes les fenêtres en grand, moins d’une demi-journée après le départ de Célia et Frédéric. Pour retrouver tout refermé après un simple tour au jardin.

Au soir, le dîner était servi et l’attendait quand il chercha à se restaurer. Mais à part Baptiste qu’il entraperçut, il dut se faire à l’idée de manger seul. Sean soupira mais il préférait encore manger seul qu’avec son père, ces temps-ci. Depuis la mort de sa femme, Théodor Moonshade avait enterré à ses côtés le peu d’émotions qu’elle avait su éveiller en lui. Sans appétit, Sean mangea, regrettant déjà le départ de Célia et même de Frédéric. Peut-être pourrait-il se rendre au domaine Avonis, faire une surprise… Mais ils ne pouvaient pas rester collés l’un à l’autre, ça deviendrait invivable. Cette pensée lui enleva finalement tout appétit. Il reposa ses couverts pour ne trouver que le silence pour lui répondre. Il sortit de table en laissant son plat entamé, ne se servant qu’une tasse de café et rejoignit le jardin. L’été était là, et quitte à être seul, au moins, le temps était agréable et la vue de la verdure plus supportable que l’intérieur de la maison. Le soleil ne se coucherait pas avant un bon moment, rester près du petit bassin aux poissons était le coin le plus agréable et Sean s’assit devant en se sentant plus détendu qu’il ne l’aurait cru. Peut-être un peu trop quand il en laissa échapper la tasse de café qu’il était sûr de tenir correctement la seconde d’avant. Il réalisa que ses mains étaient lentes à réagir à sa volonté. Il plia et déplia les doigts, serrant le poing, n’appréciant pas du tout ce qu’il pensait être en train de se passer.

– Merde.

Il se leva pour retourner à l’intérieur mais il fut incapable de faire plus de trois pas. Parfaitement conscient de ce qui se passait autour et en lui, il dut se rendre à l’évidence qu’il glissait peu à peu en sol, sans arriver à imposer sa volonté à ses membres ou même seulement ses doigts. Il perdait le contrôle total de son corps tout en étant toujours lucide et conscient. Le cœur de Sean battait à tout rompre. Empoisonné, au milieu du domaine Moonshade ? Est-ce qu’il était visé ? Est-ce que ça aurait dû toucher Frédéric, Célia ? Il utilisa le Grand Lai Kel’antan et ses capacités de purification interne en espérant neutraliser au moins une partie de la drogue, mais n’ayant pas grand espoir… Ça n’eut aucun effet, la substance qui le paralysait n’était donc pas d’origine naturelle…

**Baptiste !**, appela-t-il, utilisant un Lai de télépathie. **Baptiste, au bassin, venez m’aider…**

Il était immobile au sol quand il vit une ombre s’allonger à côté de lui. Baptiste arriva sur ces entrefaits et écarquilla les yeux le temps de recevoir une dague en pleine poitrine. Sean vit le vassali agoniser quelques secondes qui durèrent une éternité. Puis on lui saisit une cheville et il sentit le sol glisser sous lui alors qu’on le traînait sans ménagement. On le retourna. Il vit un visage volontairement mutilé et depuis longtemps cicatrisé, inidentifiable mais marque des assassins les plus dangereux du Creuset : les Sans-Visage. Puis il sentit l’apesanteur changer. Tout autour de lui ne fut bientôt plus que de l’eau. Peu profonde, mais bien assez pour que, paralysé, il ne puisse ressortir la tête pour respirer. Le Démon n’eut alors aucune hésitation à tricher et, bien que paralysé, commença le chant du Grand Lai des Kristaris d’Eau : il avait à présent une demi-heure d’apnée devant lui pour savoir comment se sortir de ce piège. Sauf qu’après cette longue attente, alors qu’il sentait que l’air recommençait à lui manquer, il était toujours incapable de bouger. Au moins, l’ombre avait disparu mais Sean étouffait. Des centaines de Lais à sa disposition et aucun pour lui permettre de respirer sous l’eau, de se téléporter vers un endroit qu’il ne voyait pas, de rendre la drogue dans ses veines inefficace.

Il allait mourir noyé, comme sa mère ?

Le Sans-Visage

Non, il refusait cette possibilité. Avec un sursaut d’adrénaline et d’oxygène, il utilisa un Lai de vie, une vibration harmonique que les Moonshade avaient littéralement dans le sang depuis un moment. Alors même que le Lai de vie était l’exclusivité de la Caste des Darhàn, les Seigneurs du Corps, quand Sean était Kristaris, un Seigneur de la Matière, un Seigneur de Métal, et trichait ouvertement à nouveau avec des Lais auxquels il n’aurait jamais dû avoir accès… Il utilisa plus précisément un aspect précis de ce Lai de vie. Sous son effet, les fonctions vitales du jeune Seigneur ralentirent puis se stoppèrent, changeant son énergie vivante en énergie morte. Mais tout en restant conscient de tout. Il demeura dans cette étrange stase pendant longtemps. Assez pour apprécier totalement ce qu’avait dû endurer sa mère dans son agonie, alors que personne ne réapparaissait dans son champ de vision. Si, peut-être un poisson ou deux, qui crurent trouver un nouveau repas dans les replis de sa veste. Puis, sans qu’il ne comprenne bien pourquoi, il se sentit remonter très vite. Ensuite l’air libre et un visage face au sien. Frédéric.

– Putain, Sean ! Réveille-toi ! Pitié, réveille-toi !

Sean cessa le Chant de son Lai, recommençant à respirer, ce qui lui déchira presque les poumons, privés d’air depuis un bon moment, crachant l’eau qui avait eu le temps de s’y infiltrer avant qu’il ne pense au Lai Darhàn. Frédéric l’aida à se tourner assez pour que l’eau s’écoule sans mal. Puis il l’allongea sur le sol, le laissant sur le côté, évitant la position sur le dos. Sean sentit alors qu’il pouvait bouger un peu les doigts. Les lèvres aussi. Ses yeux, son visage recommençaient à répondre à sa volonté. La drogue perdait enfin de son efficacité.

– Sean, doucement. T’es sorti de là, va.
– Peux pas… b’ger, articula Sean avec difficulté. C’mment… tu m’trvé ?

C’était agaçant, le Kristaris détesta immédiatement, avec une passion infinie, la sensation d’impuissance qu’il éprouvait.

– J’ai vu ce sale type qui essayait d’enterrer un corps. J’ai cru qu’il avait juste assassiné ton majordome, là. Je lui ai tiré dessus et je l’ai eu. Je suis allé voir son corps. Il a une sale gueule. Mais j’ai pas réalisé qu’il s’en était aussi pris à toi. C’est en revenant vers la maison que j’ai vu un bout de vêtement qui flottait sous la surface du bassin.
– T’l’as tué ?, revérifia Sean. Bien…

Il ferma les yeux, mine de rien épuisé, alors que l’effet de l’adrénaline le quittait.

– ‘de-moi à r’ntrer…

Frédéric passa l’un des bras de Sean autour de ses épaules et le souleva tant bien que mal, les jambes du Seigneur restant encore paralysées et comme un poids mort.

– Heureusement que tu as oublié d’être grand, sinon, ça serait vraiment difficile, ironisa le vassali.

Ils mirent plusieurs minutes à rejoindre le salon et à ce que Sean se retrouve allongé sur un canapé, Frédéric assis sur la table basse juste en face de lui.

– Ça commence à aller mieux ?

Sean hocha la tête.

– Un peu. Pourquoi… t’es pas dans l’héliporteur ?

Il frissonna. Accessoirement, il était trempé et dans l’eau depuis un bon moment. Le constatant, Frédéric se mit en quête de quelque chose pour lui servir de couverture. Sans toutefois avoir envie de quitter la pièce, juste au cas où.

– Le prochain héliporteur pour la frontière sud ne partait que demain matin. Je suis revenu pour demander si je pouvais squatter un lit pour une nuit.

Il trouva un grand plaid plié dans un meuble, le sortit et le posa sur la table basse avant d’aider Sean à virer quelques vêtements trempés.

– Donc, là, dans les faits, t’es en vie parce que j’avais pas de quoi me payer une chambre d’hôtel et que dormir dehors, j’étais pas très chaud.

Sean, bientôt roulé dans le plaid, se jura qu’il donnerait quelques leçons utiles à Frédéric à sa première perm, à commencer par les bases des premiers soins. Il soupira, commençant à se réchauffer avec l’aide d’un discret petit Lai de feu.

– Merci à tes poches trouées, alors…
– Ouais, elles te répondent qu’il n’y a pas de quoi.

Frédéric soupira ensuite. C’est qu’il lui avait fait un sacré coup au cœur, là, le grand couillon assis sur le canapé et que la pression maintenant retombée, il se sentait fatigué, mais fatigué.

– Tu veux un truc chaud à boire ? Ça aiderait peut-être.
– Non, gronda Sean.

Il se passerait de café pour un moment.

– Essaye plutôt de trouver quelqu’un, Baptiste s’est fait tuer mais la maison n’a pas qu’un seul serviteur, et on a deux cadavres dehors.
– Ok, je vais voir ça, répondit-il en se levant lentement.

Mais après un bon moment à tourner dans l’immense demeure, il revint bredouille. Au moins, pendant ce temps, Sean avait retrouvé une large partie de sa capacité de mouvement.

– Je sais pas ce qui se passe, mais y’a pas un chat chez toi, Sean. J’ai réussi à trouver personne.
– Quoi ?, s’exclama Sean, surpris.

La veille, il n’avait pas fait attention, après leur soirée, mais à bien y réfléchir, il n’avait vu que Baptiste depuis le matin…

– Mais, enfin, c’est ridicule…

Il se leva, vacillant un peu. Frédéric le repoussa d’une main, l’obligeant par le déséquilibre à se rasseoir. Il pourrait se vanter plus tard, d’avoir imposé le siège à un Alti.

– On se calme. J’ai pas non plus trouvé des cadavres partout. T’es sûr que personne ne leur a donné congé, genre pour la journée ? Ton majordome mort, dehors, il aurait pu faire ça ?
– Peut-être, soupira-t-il. Mais ça n’aurait pas de sens, tous en même temps… je suppose qu’on devra attendre leur retour pour le savoir, Baptiste ne nous donnera plus de réponses maintenant.

Il regarda vers le jardin.

– Laisse-moi au moins atteindre le téléphone, il faut nettoyer ce désastre avant que ça ne s’ébruite.

Oui, le téléphone, mais pas pour appeler la police. Le vassali s’exécuta et Sean fut bientôt avec le combiné entre les mains.

– Tu veux que je fasse quelque chose en attendant ? Parce que sinon, je ferai bien un tour aux cuisines, je meurs de faim.
– Évite les cuisines, Frédéric, soupira Sean. D’où crois-tu que le poison est venu ? On commandera quelque chose.
– Hein ? Ah ! Oh. Ok, vu que tu invites ton noble sauveur, ça me va, finit-il par dire en haussant les épaules, avec un sourire qui allait d’une oreille à l’autre.

Sean haussa un sourcil.

–”Noble”, donc. Tu nous as caché des choses, Frédéric.

Il appela ensuite les Instances Royales, pour régler cette histoire et s’occuper du cadavre d’un assassin des Sans-Visage. La soirée se poursuivit donc avec l’arrivée du groupe d’enquêteurs du palais, qui passèrent la maison au peigne fin, interrogèrent Sean et Frédéric pendant plus d’une heure, alors qu’on relevait les indices, enlevait les cadavres et que le salon ressemblait plus à un hall de gare qu’à une demeure de Seigneurs.

– Je dirais qu’il s’agissait d’un anesthésique, déclara le médecin qui examina Sean. Il faudrait une prise de sang pour le confirmer, mais certains anesthésiques ne laissent aucune trace une fois assimilés. Et comme vous avez eu à faire avec un Sans-Visage, j’ai peur que le résultat ne soit pas probant.
– Faites quand même, insista Sean. Un anesthésique capable d’assommer un Alti aussi rapidement, ça n’est pas à la disposition de tout le monde, peut-être que vous trouverez quelque chose.

Mais il en doutait. Le médecin s’exécuta et lui fit une prise de sang, mettant la fiole sous scellés.

– Vous ne devriez pas avoir d’effets secondaires, mais si jamais vous vous sentez bizarre, même pour un simple vertige, allez aux urgences. On ne sait jamais. On a attenté à votre vie, et certaines toxines n’agissent que plusieurs heures après leur ingestion.

Il se leva et salua Sean.

– Ne restez pas seul pendant les prochaines 24 heures. Bonsoir, My Lord.

Frédéric se leva alors et claqua des mains avant de les frotter énergiquement.

– Bon, et si on mangeait maintenant ?
– Oui, céda Sean. Mais pas ici.

Il attendit que les Instances aient débarrassé le pl… soient parties et emmena Frédéric manger dehors. Mais, comme il était le héros du jour, le futur soldat réussit à choisir le restaurant. Ce fut pour un endroit où Sean n’aurait jamais mis les pieds de lui-même et il le fit bien savoir alors qu’il n’avait aucune envie de s’imposer une expérience similaire à celle du McMo…

– … et bien justement, on risque pas d’avoir empoisonné la bouffe, argumenta Frédéric, inflexible.

C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent à la table d’un petit lieu un peu à l’écart du centre ville, dans le quartier moderne de Phœnix. Un kebab que Frédéric appelait ça.

– Oh, fais pas cette tronche, Sean. Tu vas voir, c’est super bon. Ça fait des semaines que je rêvais d’avoir de quoi me payer un truc ici. Ça paie pas de mine, mais c’est le meilleur de toute la capitale ! Parole !
– Disons que je t’accorde ça pour m’avoir sorti de ce bassin, répondit-il, peu enthousiaste. Mais ce sera bien la seule fois…

Le patron, un homme d’une vingtaine d’années, vint les voir, un accent chantant dans la voix, et leur rapporta ensuite deux assiettes monstrueuses. Visiblement, Sean était très content avec son verre d’eau pour l’instant, merci. Par contre, en face de lui, y’en avait un qui mangeait et ne faisait pas de quartier à son plat.

– P’tain Sean, c’est trop bon. Sérieux, dit-il la bouche à moitié pleine et sans lever le nez de son assiette. Jusqu’à ce qu’il réalise que le Seigneur en face, là, la tête de mule harmonique n’avait pas touché à son plat.
– Hé, t’es Kristaris, pas Kel’antan de  la Flore que je sache, alors ton verre d’eau, il ne va pas te nourrir beaucoup. Si Célia revient pour te retrouver squelettique et qu’elle apprend que j’ai rien fait, elle serait capable de venir sur le front rien que pour me trouer la peau. Après t’avoir fait passer le pire moment de ta vie. Alors, fourchette, tout de suite ! Ou je m’arrange pour que ta rouquine l’apprenne.

Sean soupira mais mangea un peu. Puis en reprit un bout.

– C’est… étonnamment bon.
– J’espère bien !, clama le patron non loin. Il s’attendait à quoi, le jeune homme ?
– Honnêtement ? Du gras frit, soupira Sean.
– Bah ! Aucun des kebabs dans cette ville ne sait ce qu’il fait, alors. Reviens chez Sahib lorsque tu voudras en manger un vrai, garçon.

Sean eut un mince sourire en découvrant que les frites étaient, elles aussi, très bonnes.

– Oui, ça pourrait arriver.

Frédéric eut un sourire beaucoup plus franc.

– Héhé, tu vois, je suis l’meilleur ! Et là, comme il dit, tu n’as pas encore le vrai kebab. Celui qui est énorme et qui se mange carrément avec les doigts, à la mode gondomarienne !

Il montra le plat de Sean de sa fourchette.

– J’me suis dit qu’une assiette, c’était déjà bien assez dépaysant pour toi pour commencer. Comme ça, je pourrai partir demain matin en me disant que tu ne mourras au moins pas de faim.

Sean leva les yeux au ciel.

– Je ne suis pas incapable, Frédéric, rappela-t-il, tout de même.
– Je n’ai pas dit ça, protesta le concerné. Je me donne bonne conscience, c’est tout.

Il enfourna ensuite une bonne fournée de viande et de crudités avant de continuer à parler plus bas, mais la bouche pleine.

– Comme si j’étais en situation de te prendre pour un incapable. T’as survécu à un Sans-Visage, Sean ! Et ce qui me fout royalement les nerfs en pelote, c’est que là, tu vas partir en croisade pour retrouver le coupable, que tu vas lui mettre la main dessus et lui régler son compte. Et que je serai même pas là pour voir ça ! J’aurai pas dit non à un peu de tir de sniper sur cible réelle avant de partir, moi. C’est toujours les mêmes qui s’amusent…

Sean haussa un sourcil.

– C’est toi qui l’a abattu, non ? Et puis, je crois que du tir sur cible réelle, tu vas en voir une bonne dose, dès que tu seras engagé.

Il soupira à nouveau, le faisant un peu trop souvent à son goût depuis quelques heures.

– Moi, mon souci, c’est que les Sans-Visage ne cessent pas tant qu’ils ne réussissent pas leur contrat. Peut-être qu’en ayant tué leur homme, je gagne du temps mais je doute qu’ils me laissent en paix. Enfin, ils ont profité d’un rare instant de vulnérabilité au domaine. La sécurité sera augmentée, je serai à l’abri chez moi, mon père va très mal prendre l’affront sinon.

Frédéric leva le nez.

– Et donc, toi, pour leur faciliter le travail, tu restes à vivre sur le lieu de la première tentative ? Ouais, non, logique, logique. Et c’est moi que Célia traite de fou suicidaire.

Sean haussa les épaules.

– Frédéric, je te parle d’une excellente sécurité. Un coup du sort pareil n’arrivera plus. Et s’ils viennent me chercher, je les attends.
– Ouais, c’est sûr. Pardon, Seigneur, Alti, tout ça. C’est vrai que les Sans-Visage ont une réputation très surfaite, ironisa Frédéric. Et une baraque comme la tienne, c’est facile à sécuriser. Pas de grandes fenêtres, ni de vues bien dégagées avec des vis à vis à portée de fusils sniper, pas de personnel à profusion corruptible/sacrifiable/monnayable, tu choisis l’option que tu veux. Pas de murs faciles à escalader, ni des gens qui vont et viennent à longueur de journée dans toutes les pièces.

Frédéric fit une grimace un peu blasée.

– Non, t’as raison, tu devrais les attendre là-bas. Eux t’y attendent pas déjà.

Sean lui lança une frite au visage.

– Tu me fatigues, Frédéric. Occupes-toi de tes oignons.

Littéralement, il voyait bien le vassali mettre de côté une partie de la garniture.

– Justement, je les ai à l’œil, ces saletés !

Il récupéra la frite tombée dans son assiette et pointa Sean avec.

– Et toi, t’as pas beaucoup de potes, hein ?

Il secoua la tête, défaitiste.

– Sincèrement, parfois, je me demande vraiment ce qu’elle te trouve. Mais bon…

Sean leva les yeux au ciel.

– Non, Frédéric, je n’ai pas beaucoup de “potes”, comme tu dis. Et si tu ne veux pas que j’en perde un malencontreusement, arrête de m’enquiquiner.
– Mouais, conclut-il. Ok, ok. Tu fais ce que tu veux. Mais si tu crèves, j’aurai le droit d’aller consoler Célia ?, ajouta-t-il avec de grands yeux énamourés et les poings sous le menton.

Sean avait très envie de lui lancer son verre d’eau à la figure.

– Tu risques d’être accueilli royalement si tu fais ça, préféra-t-il dire, sourire en coin.
– Moi, j’en suis pas si sûr. Elle m’a pas tué quand je l’ai embrassée hier. Elle aura besoin de réconfort et de soutien… Ouais, c’est jouable. En fait, tu sais quoi ? Je sais pas pourquoi je suis pas déjà dans un héliporteur, moi, là, du coup.

Sean tapota la table du bout des doigts.

– Et moi, je me demande pourquoi je ne t’ai toujours pas mis mon poing dans la figure, tu vois, comme le monde est étrange…

Frédéric se redressa, radieux.

– Ouais, complètement barge. Au point qu’on soit potes, tu te rends compte. Et qu’un pauvre vassali comme moi se soucie de ce qu’un mec comme toi va devenir dès qu’il aura le dos tourné. Sincèrement, c’est étrange.
– J’ai l’impression d’avoir cinq ans, grogna Sean. Frédéric, si jamais je me fais tuer, tu pourras dire “je te l’avais bien dit”. En attendant, laisse-moi gérer cette histoire comme je l’entends.
– Ouais, comme un gosse de cinq ans qui se croit immortel parce qu’il est Alti.

Et là, Frédéric était très sérieux. Sean perdit aussi son sourire et se leva.

– Merci pour le repas, Sahib, dit-il au gérant en payant pour les deux assiettes, avant de quitter le restaurant.

Ce fut au tour de Frédéric de soupirer mais il resta assis à la table.

– Fais comme tu le sens, Sean. Mais là, tu vas te faire avoir pour une fierté mal placée.

Le vassali se leva alors lentement, salua Sahib de la main et quitta finalement le restaurant, bien après Sean. Au temps pour la consigne du médecin de ne pas rester seul durant les prochaines 24 heures…

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13 Comments

  1. Ouhlà, y a du sport ! Oo
    Sean devrait effectivement s’acheter une tour de verre géante, et se cacher tout en haut.
    Ah bah bravo, ils font un beau couple, avec chacun des assassins aux fesses ! :p

    Corrections :

    “Baptiste arriva sur l’entre-fait”
    -> Sur ces entrefaites

    “in-identifiable”
    -> inidentifiable

    “Au point qu’on soit pote”
    -> potes (ici le “on” vaut pluriel)

    • Vyrhelle

      28 mai 2016 at 11 h 07 min

      Ah, ce sont des Altii, avoir des ennemis, ça va avec le rang 😛 C’est s’ils en avaient pas que ce serait surprenant et y’aura pas d’histoire.
      ( Concentrées, mes fautes, cette fois XD … 3 sur 4 dans moins de trois phrases \0/ )

      • Oui, mes Hauts-Nobles aussi ont des p’tits soucis de vendetta familiale, de complots, de tentatives d’assassinats… 😉 Mais même à plus petite échelle ça commence déjà, en fait. XD

        (pour les fautes, ce devait être un moment où tu étais tellement prise par l’histoire que tu as fait moins attention, vu que c’est justement LE moment clé du jour ! 😉 )

        • Vyrhelle

          29 mai 2016 at 13 h 14 min

          Sans ces petits soucis de “politique”, le Creuset ne serait pas ce qu’il est 😀

          ( et ouais, y’a de fortes chances que ça ait joué 😛 )

          • “Sean devrait effectivement s’acheter une tour de verre géante, et se cacher tout en haut.”…
            En voilà une idée!!

  2. Eh bien ! Eh bien ! Tu m’avais prévenu qu’il y aurait un peu plus de “Frédéric” dans la suite, et je t’avoue que j’adore ce que je viens de lire. Le coup des oignons était tout simplement merveilleux. Au moment où Sean parlait je me suis dit “Dans un Kebab, y’a des oignons… Est-ce qu’il … ?” Et le Khyan n’a pas manqué à me faire le plus fantastique plaisir qu’il soit !

    J’en profite pour rajouter que je continue à beaucoup apprécier cette histoire et que j’ai hâte d’avoir un peu plus de détails sur ceux qui veulent la mort des Moonshades et des Avonis. (Mon petit doigt me dit que ce n’est pas forcément déconnecté, mais j’aurais le temps de voir ça :3)

    En tout cas c’est vraiment un plaisir de lire ceci ! Une petite déception cependant, une illustration de Frédéric pointant Sean d’une frite aurait probablement été de très bon goût également :3 ! (Mais c’est un avis purement personnel ! :D)

    C.

    • Vyrhelle

      30 mai 2016 at 13 h 06 min

      Avec ma co-auteur, on est d’accord depuis qu’on a mis en place le premier jet de l’histoire: Fred est merveilleux ! Et il est loin d’avoir encore montré tout son potentiel 😀

      Quant à l’intrigue, je dis rien, tout sera dans l’histoire. Je garde donc tout le mystère de ce côté-là. Et pour l’illustration, j’avoue que ce serait une illustration très sympa à réaliser, mais faute de temps, je la mets sur ma liste des idées. Mais même si je n’ai pas l’occasion de la faire, il y en aura d’autres avec Fred 😉

  3. Aaaah les sans-visage!!! Qu’ils sont A-DO-RABLES!!
    Lecture un peu tardive pour moi, j’ai passé ma semaine avec Karel Farden et mon weekend avec Opale Coeur de Lion et Beltan… Dur dur, mais du coup je n’ai rallumé mon ordi qu’aujourd’hui.
    Dur de lâcher quand on s’y met!! Et Sean et Fred ne sont pas ceux qui me feront abandonner… loin de là!!
    Vivement la suiiiite!!!

    • Vyrhelle

      31 mai 2016 at 18 h 26 min

      Accro !! Et plus que moi XD J’ai abandonné l’idée de lire toutes les histoires parallèles/reboots et autres versions alternatives de A. et C. depuis un bon moment. Je m’y perdais à force XD

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