Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

27 juin 977

Le domaine Avonis n’offrait vraiment pas le même visage en fonction des saisons et si Célia n’en démordait pas de sa conviction que l’hiver était le plus bel écrin du lieu, l’été était loin d’être sans charme. Pour sa part, Nathan ne tarissait pas d’éloge pour les couleurs éclatantes de l’automne et Sarah Elinor d’en aimer chaque printemps. Bref, chacun aurait pu deviser pendant longtemps sur cette question, il n’en restait pas moins que l’endroit était accueillant en toute saison et l’était toujours aux premiers jours de l’été quand Célia débarqua au domaine, passant le grand portail d’entrée sur sa moto par une belle fin d’après-midi. Elle suivit le chemin qui remontait en large cercle vers la maison et stoppa son engin devant l’escalier de marbre. Elle retira son casque ainsi que ses lunettes de soleil et s’étira quand le moteur fut éteint. Après plusieurs jours de voyage, quelques détours touristiques et quelques pointes de vitesse, elle était arrivée à bon port. Nathan sortit sur le perron pour l’accueillir.

– Enfin revenue. Alors ? Tu l’as eu, n’est-ce pas ?? demanda-t-il immédiatement.

Célia tourna la tête vers lui, laissa planer un moment de flottement en gardant une expression on ne peut plus neutre avant d’afficher un sourire retentissant.

– Tu parles que je l’ai eu !

Elle eut un geste de victoire du bras avant de sauter de son engin et de grimper les marches quatre à quatre. Nathan en fut quitte pour une sœur agrippée à son cou et qui le mitraillait de bisous sur la joue.

– Je l’ai eu !! Je l’ai eu !! Qui c’est la meilleure frangine du Cratère ?!
– J’ai droit à un temps de réflexion ? demanda Nathan en souriant. Félicitations. Je suis sûr que Madame Esmé va nous faire un festin de roi pour fêter ça.

Célia se calma juste assez pour remettre les pieds au sol.

– Merci Nathan. Et j’espère bien que la table va déborder : je meurs de faim !

Elle accompagna son frère à l’intérieur alors qu’un des serviteurs de la maison vint récupérer ses bagages. Nathan sourit.

– Je vois que tu es venue seule… pas de soucis avec Moonshade, quand même ?

Pas qu’il en serait terriblement désolé… Célia fut une moue avec la bouche en travers, pas très élégante mais très explicite.

– Tu serais trop content que ça soit le cas, avoue.

Elle reprit un air plus normal et eut un sourire plus doux.

– Non, Sean a des choses à régler de son côté. Il est resté à Phoenix. Et puis, si on reste collés à longueur de temps ensemble, je vais finir par le rendre dingue.

Nathan leva les mains.

– Comme je le comprends… la taquina-t-il.

Il esquiva une tape derrière la tête et ils se rendirent plus sagement au salon, où se trouvait Sarah.

– Cordélia, tu es rentr…. Seigneur ! Qu’as-tu fait à tes cheveux ??

Nathan fronça les sourcils de n’avoir pas remarqué la différence de coiffure de sa sœur.

– Ah, tiens… exact…

Célia leva les yeux au ciel avant d’aller embrasser leur mère et ensuite donner l’explication qu’elle jugea la plus appropriée.

– Je les ai raccourcis.

Sarah tira sur une mèche courte avec un air peu réjoui.

– Je vois ça ! On va voir ce qu’Iris va pouvoir faire, tu ne te présentes pas au dîner devant ton père comme ça.

Nathan fit une grimace.

Aïe.

Célia perdit des couleurs mais se remit à sourire aussitôt.

– Non, mère. Je vous promets de me rendre présentable pour le dîner.

Sarah opina.

– J’y compte bien.
– Je l’accompagne, mère, coupa rapidement Nathan. Qu’Iris s’occupe d’elle.

Il quitta le salon en entraînant rapidement sa sœur à sa suite.

– Je suis désolé, Cordélia, je… son état ne s’est pas vraiment amélioré. La santé, un peu, mais l’esprit… elle croit plus souvent qu’à son tour être il y a quelques années. Plus tôt, encore, parfois. Je ne te l’ai pas écrit dans mes lettres, je ne voulais pas te déconcentrer dans tes dernières semaines de formation…

Célia avait les yeux baissés au sol et ne manifestait pas beaucoup de réaction. Juste une attitude assez défaitiste.

– Merci Nathan. En effet, ça m’aurait déconcentrée.

Elle détourna la tête pour regarder le paysage au loin, à travers une fenêtre du couloir.

– Les derniers mois n’ont pas été toujours très faciles. Je crois que ça m’aidait de me convaincre qu’elle n’allait pas trop mal. Ses lettres surtout. J’aurai fait sûrement une bêtise si j’avais su qu’elle déclinait encore. Même si, en fait, je m’en doutais quelque part.

Nathan passa un bras autour de sa taille presque trop fine.

– Tes lettres lui font du bien, tu sais ? Maladie ou non, elle a toujours rêvé d’une histoire d’amour pour toi. Bon, elle te voit déjà Lady Moonshade, mais… au moins ça lui fait plaisir.

Loin de faire sourire Célia, la remarque lui fit faire une grimace plus marquée. Plus douloureuse aussi.

– Lady Moonshade… Aucune chance que ça n’arrive avant très longtemps. Surtout maintenant…

Elle ferma les yeux.

– J’suis trop jeune pour ça, de toute façon, ajouta-t-elle avec un manque flagrant de conviction.

Nathan soupira.

– Jeune, non. Prête ? C’est une autre question. Mais tant que Mère y croit… Je culpabilise un peu de lui mentir, mais ça la rend tellement heureuse…

Célia braqua un regard en colère sur Nathan, s’extirpant de son étreinte.

– De toute façon, prête ou non, le père de Sean me déteste. Non, pour être exacte, il me méprise. Je ne suis pas digne du nom Moonshade. Je ne suis pas assez bien à ses yeux. Alors prête ? Que je le sois ou non, ça changerait quoi ?

Elle se calma un peu, première à ne pas accepter l’idée que le sujet la touchait un peu trop. Elle en devenait mauvaise.

– Oui, mentons-lui encore un peu. De toute façon, ça ne durera plus très longtemps.
– Ne dis pas ça, implora Nathan en fermant les yeux.

Pas pour refuser l’inévitable mais parce qu’il détestait y penser. Célia avait passé la dernière année à Phoenix, mais lui, avait vécu ces derniers mois avec leur mère et sa santé déclinante, refusant de la renvoyer mourir dans une maison de soins mais obligé de voir chaque jour son état empirer. Célia passa une main nerveuse sur son front.

– Pardonne-moi. C’était …

Elle soupira et sentit ses yeux lui piquer. Elle tordit le cou à cette envie de pleurer et se redressa.

– … c’était stupide.

Elle abandonna le mur où elle s’était adossée et fit quelques pas.

– Je suis désolée, mais je viens de passer plusieurs mois à cacher ce que je ressentais, à vivre comme en faute, comme si j’avais commis un crime alors que je suis juste tombée amoureuse. Je rentre, je pense pouvoir enfin être moi-même. Mais non. Je dois mentir à nouveau, sourire et faire comme si j’étais heureuse.

Elle s’arrêta.

– La vérité, c’est que je suis partie il y a moins d’une semaine de Phoenix et que Sean me manque déjà.

Nathan la serra contre lui.

– Je comprends, Cordélia. Je ne doute pas que tu auras l’occasion de le revoir, et désormais, vous êtes libres de partir loin de Phoenix pour un temps ou deux si vous en avez envie.

Il regarda sa sœur. Mettrait-elle de côté leur revanche, pour profiter de son histoire d’amour ? Il ne pourrait pas lui en vouloir, si c’était le cas… Elle se blottit contre lui, regardant toujours dehors, comme si le soleil extérieur pouvait peut-être atténuer tout ça.

– Non, il ne quittera pas Phoenix. Il me l’a dit lui-même. Il a des choses à régler, d’importantes choses, je crois… Et moi… Moi, je ne pourrais rien envisager avant que notre famille ne soit en paix. Et regarde-nous, est-ce qu’on te semble en paix ?

Nathan soupira.

– Ça fait déjà plus de deux ans, Cordélia. J’ai une piste mais… ça peut encore prendre des mois, des années, si ce n’est pas la bonne. Si tu gâchais une opportunité, je m’en voudrais éternellement.

Elle resta silencieuse un moment. Comme si elle prenait le temps de sa réponse. Ou un peu de répit, peut-être. Puis elle se serra encore un peu plus fort contre lui.

– J’ai encore du temps, Sean est jeune, moi aussi. On ne s’est pas quittés. On s’est juste retrouvés séparés pour un temps. Il veut que je revienne vers lui, il me l’a clairement dit. Tout comme, je le ferai à chaque fois que je le pourrai, il le sait.

Elle se redressa assez pour être en face à face avec son frère.

– Mais là, Nathan, comment je pourrais me regarder dans un miroir si je retourne définitivement vers lui, alors que j’aurai tourné le dos à ma propre famille. A nos parents, à toi, à notre nom. Et même sans ça, notre ennemi m’a attaquée directement ! Je ne peux pas fermer les yeux sur tout ça. Comment envisager un avenir avec qui que ce soit, avec ça au-dessus de la tête ?

Nathan soupira.

– Je sais, je pense la même chose.

Il lui embrassa la tempe.

– Allez, allons voir si Iris peut arranger tes cheveux. Excuse-moi de ne pas avoir vu autant que mère la différence, mais…

Célia eut un léger sourire alors qu’elle caressait la joue de son frère.

– Tu as d’autres choses à voir, va. Ma coupe de cheveux, c’est bien la chose la moins importante qui doit te préoccuper.

Elle se tourna et lui prit le bras.

– Allons plutôt à la bibliothèque dans le fauteuil de père et parle-moi de cette piste. Iris m’arrangera plus tard.

Nathan opina.

Pour rentrer à deux dans le fauteuil d’Hughes Avonis, ils eurent un peu plus de mal que deux ans plus tôt, Nathan ayant grandi et gagné en largeur d’épaule. Mais en prenant Célia sur ses genoux, c’était encore faisable.

– Je sens toujours la pipe quand je m’assois ici…, soupira le jeune Elam Evir. Même si l’odeur du tabac que fumait Hughes Avonis avait depuis longtemps disparue.
– Je la sens aussi, Nathan, rassure-toi. Cette odeur surgira toujours de nos souvenirs à chaque fois qu’on s’approchera de ce fauteuil. Et c’est une bonne chose, je trouve.

Elle s’installa au mieux, pas tout à fait habituée aux genoux de son frère.

– Bon, cette piste alors.

Nathan opina.

– J’ai relu les rapports de police concernant la nuit où Père a été tué. Des Khyans ont aperçu un homme dans la rue à une heure indue. Il a été convoqué pour interrogatoire, mais en est sorti blanc comme neige.

Il secoua la tête.

– Au départ, je n’ai rien pensé de spécial de tout ça, mais quand j’ai relu les rapports, j’ai trouvé étrange de n’avoir de nom nulle part… J’ai fini par le trouver, et figure-toi qu’il s’agit de Zamir El As’Corvaz, qui devait vendre son haras à père pour rembourser des dettes. Si je n’avais pas trouvé les documents, cette histoire aurait été oubliée avec la mort de père, et cela l’arrange bien.

Elle en resta sceptique.

– Ça ne fait pas de lui un coupable pour sa mort non plus. Tu y croirais, toi, que ce ne serait qu’une histoire d’argent ? Ça me paraît bizarre comme mobile pour la mort de Père. Enfin, je veux dire, d’accord, oui, des gens sont tués pour de l’argent sûrement plus souvent qu’on ne le croit. Mais dans ce cas, pourquoi s’en être pris à moi, l’hiver dernier ?

Nathan secoua la tête.

– J’y venais. Ces dettes, Célia, représentent plusieurs milliers de stels. Nous sommes nantis, mais pas au point de pouvoir prêter une pareille somme sans conséquences. Sauf qu’il n’y a rien, nulle part, pour expliquer ce qu’il s’est passé, pourquoi un tel accord. La reconnaissance de dette est là, mais il n’y a aucun document dans les autres registres de Père. Je pense qu’ils ont été volés, probablement l’hiver dernier, et l’attaque… il est possible que ça n’ait été qu’une diversion.

Elle fronça les sourcils de plus belle.

– On l’aurait tué pour qu’on ne voit pas qu’on nous volait, c’est ce que tu essayes de me dire ?

Nathan se mordit la lèvre.

– Non, c’est une possibilité, mais ce que je pense, c’est qu’il y avait un accord pas très net, et que si c’est bien le coupable, Zamir a éliminé Père pour qu’il n’y ait pas de témoins. Et quand il s’est rendu compte que les papiers n’étaient pas à Phoenix…
– … il est venu à Trapeglace, continua Célia.

Célia se mit ensuite à triturer une des mèches de ses cheveux, pensive.

– Dans ce cas, pourquoi m’attaquer moi ? Si c’était pour retrouver des papiers d’une transaction douteuse, c’est plutôt dans le bureau qu’on aurait dû le trouver. Au rez-de-chaussée, pas à l’étage des chambres.

Elle continua à jouer avec sa chevelure.

– A moins qu’ils pensent que j’ai vu quelque chose. J’étais à la maison à Phoenix avec Père quand c’est arrivé.
– Ça, ou alors nous nous sommes trompés et ils étaient bien deux la nuit où tu as été attaquée. Un dans ta chambre, qui aurait attiré notre attention qu’il réussisse son coup ou pas et, pendant ce temps, un autre dans le bureau qui a récupéré les preuves. La seule raison pour laquelle j’ai retrouvé ces papiers, c’est parce qu’ils étaient dans le faux-fond du tiroir du bureau de Père. Sans ça, toutes les preuves auraient disparu.

Célia abandonna la torture de ses cheveux et serra la mâchoire.

– C’est effectivement une piste intéressante. Tu veux que je fasse quoi ? Que j’enquête sur ce Zamir El ? Que je l’espionne ?

Nathan secoua la tête.

– J’oublie que toi et les généalogies… Les El ont des liens étroits avec plusieurs commissaires de police et différents dignitaires. Sois suspecte autour d’un des leurs et on aura des ennuis à n’en plus finir. Non, avant de pouvoir enquêter sur Zamir, il va falloir que tu apprennes auprès d’un maître en la matière, Cordélia.

Elle tourna la tête vers son frère, les yeux ronds.

– Encore une formation ? Mais …

Nathan eut un mince sourire.

– Je sais, Cordélia, mais je ne te laisserai pas te jeter dans la gueule du loup sans préparation. Rassures-toi, ça ne prendra pas une autre année. Desdémone est une femme occupée, qui t’apprendra de façon intensive à différentes périodes. Entre, tu pourras appliquer tes leçons, si je trouve d’autres pistes que celle de Zamir.

Célia se rasséréna.

– Très bien. Au moins, je ne vais pas m’ennuyer dans les mois à venir. Je rencontre Desdémone comment ?

Nathan prit une enveloppe dans le guéridon à côté du fauteuil.

– Tiens. Visiblement, la première leçon, c’est de la trouver.

La lettre contenait différents documents, sans liens visibles, qui étaient censés la mener jusqu’à l’espionne. La rouquine regarda son frère d’un air blasé. Mais blasé.

– Et le pire, c’est que je suis sûre que tu trouves ça très drôle.

Nathan l’embrassa sur la joue.

– Un peu, oui.
– C’est bien ce qui me semblait, dit-elle en se levant lentement, le nez dans les différents papiers. Elle s’installa dans le fauteuil qui faisait face à celui de son frère, déjà concentrée sur sa tâche.

Nathan la regarda faire, ayant à la fois l’impression d’un pas en avant – il n’irait nulle part si Célia n’était pas là pour être le bras armé de ses recherches – et le pressentiment atroce de la lancer dans une vie dangereuse qui la tuerait. Mais loin de ces considérations, Célia s’appliquait déjà à se préparer à son prochain rôle. Ce qui ne serait pas simple. Si le maniement des armes étaient l’un de ses atouts, l’espionnage demandait certaines qualités qu’elle n’avait pas vraiment. Voire pas du tout. A commencer par la patience d’une longue réflexion sur des écrits divers et variés. Heureusement qu’il n’y avait pas de plateau d’échecs au milieu des feuillets ou elle les aurait volontiers “fait bouffer” à son frère. Pourtant Nathan la connaissait parfois mieux qu’elle-même et savait que Célia avait un esprit acéré. Ses yeux voyaient aussi bien une cible que le moindre détail et c’était vrai également pour les documents. Elle ne mit pas trop longtemps à commencer à comprendre ce qui liait ces papiers apparemment sans rapports. Mais déjà, il était presque l’heure du dîner et elle n’était ni changée ni coiffée. Ce fut l’arrivée d’Iris qui mit réellement fin à leur aparté dans la bibliothèque. La jeune Khyan au visage rond, aux cheveux châtains clairs et aux yeux verts avait le physique typique des gens de la région. Elle n’était pas très grande, même comparée à Célia, mais elle donnait l’impression d’une jeune fille énergique et solide.

– Mademoiselle Célia, mais vous n’êtes pas encore prête ? Le dîner va bientôt être servi !

Célia, concentrée, fit un mouvement nonchalant de la main, alors qu’elle était encore le nez dans ses papiers. Ce qui fit réagir Iris.

– Mademoiselle, votre mère va être fâchée, lui dit-elle, les poings sur les hanches.

Célia abandonna enfin sa lecture, en soupira, certaine qu’elle venait de perdre le fil de sa réflexion. Pour se figer, les sourcils froncés en remarquant enfin qu’Iris avait quelque chose de changé.

– … Toutes… Toutes mes félicitations Iris, bredouilla un peu maladroitement Célia devant le ventre plus arrondi de la jeune Khyan.
– Merci Mademoiselle, répondit-elle, radieuse. Mais pour le moment, vous allez me suivre et on va essayer de vous rendre présentable d’ici à l’heure du dîner. Ça ne va pas être simple.

Célia se leva en soupirant.

– Puisqu’il le faut.

Iris, comme toutes les femmes de sa famille avant elle – et sa fille après elle, espérait-elle – avait passé sa vie au service des Avonis. Elle aimait sincèrement ses maîtresses, et adorait leurs chevelures rousses qui n’étaient pas si indomptables quand on avait les bons gestes. Sa mère avait su y faire et lui avait montré comment l’imiter depuis qu’elle était toute petite.

– Couper de si beaux cheveux… j’espère que ça en valait la peine, Mademoiselle, sourit-elle en brossant les boucles. Est-il gentil ?

Célia fut surprise de la dernière question d’Iris qu’elle regarda dans le miroir avec perplexité. Mais se faire papouiller les cheveux la rendait visiblement plus docile, parce qu’elle répondit sans mal.

– Oui, ça en valait vraiment la peine, dit-elle en caressant distraitement son rubis. Et je ne dirais pas qu’il est … gentil. Ça ne lui correspond pas. Je dirais qu’il est plutôt…

Célia afficha un air plus pensif.

– Plutôt… passionné, finit-elle par admettre, en rougissant légèrement.

Les yeux d’Iris avaient été attirés vers le bijou.

– Oh, c’est un vrai chef-d’œuvre ! Vous avez raison, Mademoiselle, passionné semble plus adapté.

A force de papouilles et de brossage, ainsi que quelques coups de ciseaux savamment placés, les cheveux de Célia prirent une forme correcte et, coiffés, donnaient l’impression d’être un peu plus longs.

– Voilà ! Et maintenant, une robe ? chantonna la jeune femme, sortant sa préférée de l’armoire de Célia.

Celle-ci resta un instant à rêvasser devant le miroir, les yeux plongés dans le reflet du bijou rouge sang qui ornait son cou. Oui, passionné était le mot. Elle se leva alors et rejoignit la future jeune mère, pour ne pas être surprise du choix d’une robe Elam Evir. Mais loin de protester, elle se plia à ce choix et commença à se changer. Bientôt en sous-vêtements, Célia ne pouvait plus cacher que les dernières semaines intensives des cours lui avaient coûté quelques kilos. Elle était déjà mince de nature, mais là, elle était à la limite du maigre. Ce que Iris lui fit remarquer.

– Il faut manger, Mademoiselle, où vous n’aurez plus besoin de corsets pour mettre cette robe, et ce serait dommage, ils vous vont si bien, l’admonesta-t-elle.

Célia se regarda dans le miroir sur pied de sa chambre.

– Oui, il va falloir que je me remplume un peu, là, dit-elle en tournant sur elle-même. Bon, enfilons cette robe, que je puisse justement aller manger. J’attends ça depuis que je suis rentrée.

Ainsi fut fait. Iris aida Célia à enfiler son ample robe d’un vert sombre qui mettait le roux de sa chevelure en valeur, sans parler de son bijou de cou. Iris en était à serrer les lacets du corset noir quand Célia se remit à regarder le ventre de la jeune femme dans le miroir. Et celle-ci de le remarquer.

– Je suis mariée maintenant, Mademoiselle. Depuis cet hiver. C’est d’ailleurs pour ça que vous ne m’avez pas vue lors de votre venue pour le Solstice. Votre frère m’avait offert quelques jours de vacances pour mes noces. Et voilà le résultat…

Célia se força à sourire en se rappelant qu’Iris n’avait qu’un an de plus qu’elle…

– Alors mes félicitations pour votre mariage également. Vous semblez très heureuse et j’en suis ravie pour vous, Iris.
– Il n’est pas l’homme le plus futé du Cratère, mais il est gentil, et il prend soin de moi. Je suis heureuse, oui, confirma-t-elle, les mains sur son ventre. La prochaine fois que vous viendrez, vous verrez sans doute mon bébé.

Visiblement, être mère la rendait encore plus heureuse qu’être femme. Célia en resta déstabilisée, même si elle fit tout pour ne pas le montrer. Elle s’imagina pourtant déjà avec ce bébé dans les bras, maladroite mais attendrie devant cette petite chose toute ronde… Elle secoua la tête et la redressa brusquement.

– Oui, il faudra me le présenter. Je n’ai pas souvent l’occasion de côtoyer des enfants. Et encore moins des bébés. J’espère que je ne lui ferai pas peur, finit-elle par dire en riant à moitié.

Iris ne put qu’en rire ouvertement.

– Si vous continuez à rester aussi fine qu’un moineau, certainement pas !

Madame Esmé avait bel et bien préparé un festin pour célébrer le diplôme de Célia. Il y avait à manger pour douze, et ils n’étaient que trois. Célia fit honneur à tous les plats. Si elle n’en mangea pas de quantité astronomique, elle prit cependant de tout. Assez pour nourrir deux ou trois femmes de son gabarit. Ce qui ravit son frère et sa mère, mère qui alternait entre appeler Nathan par son prénom ou s’adresser à lui en l’appelant “Hughes”. Le frère de Célia restait impassible mais sa sœur le connaissait et voyait à quel point ça lui coûtait, d’autant que ce n’était pas une occasion isolée. Au bout de la cinquième ou sixième fois qu’elle inversa les prénoms, quelque part juste avant le dessert, Célia posa sa main sur le bras de Nathan et lui sourit doucement. Au moins, il ne serait plus seul à affronter ça pendant quelques temps. Même si elle résolvait l’énigme de Desdémone rapidement, elle avait bien l’intention de rester un peu pour le soutenir. Et de toute façon, son anniversaire arrivant à grand pas, si elle s’éclipsait avant, elle allait en entendre parler. Donc… Nathan lui fit un mince sourire et le repas se termina sur la même note douce-amère. Avant d’aller dormir, Sarah Elinor demanda à sa fille de lui parler de son beau Shaïness, souriant tout du long.

– Penses-tu qu’il viendra pour ton anniversaire ?

Célia soupira, déjà peu ravie d’avoir dû parler encore et encore de Sean alors qu’il était trop loin à son goût. Mais l’expression radieuse de sa mère valait bien quelques efforts.

– Je ne pense pas, мать. Vous savez, maintenant qu’il a terminé les cours, il doit seconder son père. Et c’est une lourde charge quand on a un nom aussi connu dans la capitale, d’une famille si proche du roi. Je doute qu’il ait l’occasion de trouver quelques jours pour faire le voyage.

Sarah soupira.

– Mais tout de même, ton anniversaire… Tu vas avoir dix-neuf ans, c’est une date importante.

Célia serra la main de sa mère. Comment lui avouer qu’elle doutait même que Sean connaisse la date de son anniversaire ? Elle connaissait la sienne, pour l’avoir discrètement demandée à Ylis Rhéa lors d’une de ses visites chez les Moonshade, mais Sean n’avait personne à qui demander, si tant est qu’il y ait pensé. C’était un homme et Célia était convaincue que ce genre de détail passait loin de leurs préoccupations, comme Nathan avec sa coupe de cheveux.

– Il m’a déjà fait un très beau cadeau pour Noël et il a été là pour moi toute l’année, dès que j’en ai eu besoin. C’est déjà beaucoup.

La mère de Célia n’en démordit pas, fixée sur cette idée.

– Mais pas suffisant. Et puis je suis certaine qu’il te fera la surprise de venir, красный, tu verras.
– Nous verrons bien, dit-elle pour pouvoir réussir à changer de sujet. En attendant, il est largement l’heure d’aller nous coucher. Le voyage a été fatiguant et j’ai hâte d’aller me reposer.

Sarah opina.

– Oui, tu as raison, Cordélia, et je vais t’imiter. Ne tardez pas trop, Hughes, voulez-vous, il fait froid, la nuit, sans vous.

La situation en devenait presque risible. Douloureusement risible pour ne pas en pleurer. Célia aida sa mère à se lever et à rejoindre sa chambre, épargnant cela à Nathan qui le faisait tous les soirs depuis des mois. Une fois bordée et couchée, Sarah s’endormit très vite, au grand soulagement de sa fille.

– Au moins, la maladie ne lui laisse pas l’occasion de se perdre trop longtemps dans les souvenirs avant le sommeil, dit-elle à Nathan en revenant au salon, se glissant dans son dos et venant passer ses bras autour de son cou. Tu mériterais une médaille de la main même du roi pour ce que tu fais. Tu le sais ça ?
– Et qu’est-ce que j’en ferais ? dit-il d’une voix éteinte. Ou une médaille pour masochisme, peut-être… je pourrais la confier à une maison de soins, je le sais mais… elle n’a plus que quelques années, peut-être quelques mois à peine, et si elle devait mourir ailleurs que dans ces murs, je ne me le pardonnerai pas.

Elle lui embrassa la tempe.

– Je sais, Nathan. Et ici, elle aura l’amour des siens constamment. L’illusion d’une famille entière et heureuse jusqu’au bout. On peut lui donner ça, au moins.

Elle soupira et posa sa tête contre sa nuque.

– Mais je m’inquiète pour toi surtout. Tu mérites un peu de paix, toi aussi.

Nathan s’appuya un peu sur elle.

– Et pourtant, quand elle ne sera plus là, je détesterai le silence de ces murs, je le sais.

L’étreinte de Célia se fit plus forte encore alors qu’elle ne trouvait plus rien à dire. Elle resta ainsi pendant un bon moment, sentant Nathan poser sa main sur l’un de ses bras. Frère et sœur, cherchant ensemble un peu de réconfort mutuel. Puis elle se redressa en soupirant.

– Bon, et ces papiers… Je crois que j’ai trouvé quelque chose tout à l’heure, mais avec le dîner, je n’ai pas eu l’occasion de vérifier.

Elle allait se rendre à la bibliothèque pour les récupérer et reprendre sa réflexion quand elle remarqua que Sinaï les avait en main. Elle s’approcha de l’Incarna de son frère et lui adressa un sourire doux de remerciement. Elle avait toujours du mal à appréhender ce jumeau qui n’en était pas un, mais commençait à mieux le tolérer. Alors elle s’installa sur le fauteuil devant la cheminée et se remit à cogiter. Nathan s’installa pour lire, lui aussi, et traîna sa sœur hors du salon quand il estima qu’il était trop tard pour elle comme pour lui.

– Tu continueras demain, Cordélia, il est tard.

Elle avait encore les papiers en main, essayant encore de lire alors que Nathan la tirait par le bras.

– Non mais attend, attend, j’y suis presque !

Nathan secoua la tête.

– Cordélia, il est une heure du matin ! Tu reprendras, DEMAIN.
– Maiiiis ! protesta-t-elle avec la plus grande des maturités… Nathan, je t’assure, je peux trouver, c’est là, juste sous mon nez !

Le fait était qu’elle avait tout sous le nez justement depuis le départ. Nathan soupira.

– Tu pourrais l’avoir collé sur la figure, ce n’est pas un argument recevable. Au lit !

Célia eut beau bouder, râler, partir dans l’explication brumeuse de sa théorie, elle se retrouva dans sa chambre, la porte se refermant sur son nez, alors que Nathan lui avait enlevé les papiers de main.

– Et dors ! lui lança-t-il à travers la porte close.

Elle lui tira la langue et finalement alla se jeter sur son lit. Elle se perdit dans la contemplation des rideaux du baldaquin de velours vert et soupira. Elle regarda la fenêtre aux volets fermés. Le mobilier de bois au style trop baroque à son goût. Dans le silence pesant qui s’était installé, elle en vint à la conclusion que c’était le pire moment de sa journée, alors qu’elle se roulait en boule en emportant la couette sur elle, sans même se déshabiller.

– Bonne nuit, Sean. A demain, murmura-t-elle en tenant fermement son rubis dans la main.

Le lendemain, Iris pousserait des hauts cris en la découvrant couchée sans s’être déshabillée, décoiffée et démaquillée. Mais les jours passèrent sur un même schéma, la seule variante étant la clarté d’esprit de Sarah. Parfois tout à fait ancrée dans le présent, parfois parlant à Nathan et Cordélia comme s’ils étaient jeunes. La pire et plus mémorable fois étant celle où elle leur avait donné des conseils pour leur prochaine entrée à l’Académie, ce qui les ramena plus de dix ans plus tôt alors qu’elle leur parlait comme aux enfants auxquels elle était persuadée d’avoir affaire. Célia n’en fut que plus indélogeable de la bibliothèque et des papiers qui devaient la conduire jusqu’à Desdemone.

LOGO PHOENIX copie

3 Juillet 977

L’anniversaire de Célia ne lui apporta pas de Sean. Ce qui ne signifia pas pour autant que le Shaïness ignorait la date ou l’avait oubliée, car un Coureur Echo arriva en fin de matinée en portant un lourd colis à son intention. A l’intérieur, un bout de moteur pour la Grande Dame, une pièce qui venait des rares garages fabriquant sur mesure afin d’adapter tout type de véhicules aux capacités de Hauts Nobles. Célia en resta un peu perplexe au début, ne se souvenant pas avoir commandé quoi que ce soit, et ensuite ne réalisant pas de suite l’utilité de cette pièce alors que sa moto roulait très bien. Merci. Ce fut en lisant la fiche descriptive de customisation qu’elle comprit d’une, sa fonction, et deux, de qui le colis venait. Il faut avouer que ça la laissa d’abord assez perplexe, puis la fit rire.

– Tu vois que tu t’intéresses finalement aux engins à moteurs, ironisa-t-elle comme si Sean était là à pouvoir l’entendre.

Elle emporta alors la pièce jusqu’à une petite cabane de chasse qui lui servait de garage. Un endroit assez éloignée de la maison, car si jamais Sarah Elinor voyait l’engin, elle aurait été capable de demander à ce qu’on ôte cette horreur de chez elle. En tout cas, Célia se mit aussitôt à la tâche. Non, bricoler sur sa moto le jour de son anniversaire ne lui parut en rien saugrenu. Heureusement que Nathan la connaissait par cœur, sans quoi toute la maisonnée l’aurait cherchée pour le déjeuner.

13-La Grande Dame

La Grande Dame

– Je croyais que ta moto était terminée ? demanda-t-il en la voyant en train de farfouiller dans son moteur.

– Sean m’a envoyé de quoi l’améliorer ! dit-elle tout en continuant son œuvre. Attends une… se….conde…. voilà !

Elle sortit la tête des entrailles de sa bête de métal pour se tourner vers son frère, le nez tâché d’huile.

– C’est un début, mais avec quelques pièces supplémentaires, y’a de quoi au moins doubler sa vitesse maximale. Et si je renforce le châssis et l’arbre-à-came, je pourrais alors passer au niveau au-dessus et la transformer en vrai monstre !

Nathan soupira. Et dire qu’il aurait pu finir par apprécier Sean…

– Je vois. Tu n’oublieras pas d’ôter le cambouis de sous tes ongles avant de venir manger dans, disons, vingt minutes ? Tu sais, le déjeuner pour ton anniversaire ?
– Nathan, tu n’es pas drôle.

Elle se leva et dut se contraindre à abandonner l’engin à sa cabane pour suivre Nathan.

– Je ne savais même pas qu’il connaissait la date de mon anniversaire… Je n’espérais même pas une lettre. Il n’a pas le même intérêt que moi pour la mécanique. Alors, oui, son cadeau me fait très plaisir.
– Oh, je ne doute pas qu’il se soit renseigné, contesta son frère. Après tout, il a fêté Noël et tu n’es pas Shaïness, je trouve logique qu’il n’ait pas oublié une occasion que toutes les Maisons de Noblesse célèbrent.

Célia baissa un peu la tête, sans s’arrêter d’avancer cependant.

– Tu ne doutes pas… et bien figure-toi que moi je doutais, justement. Et que tu ne peux pas savoir combien ça me rassure d’avoir reçu ce bout de métal.

Elle releva la tête et regarda l’horizon.

– Je me découvre amoureuse et incertaine, Nathan. Jalouse et possessive… J’ai des envies de meurtres quand j’ose imaginer une femme l’approchant. Heureusement que je sais qu’il n’est pas du genre séducteur.
– Il pense à toi de l’autre côté de Fardenmor pour t’envoyer une pièce sur mesure pour une moto qu’il, si tu m’as bien raconté, n’aime pas plus que ça. A mon avis, tu n’as pas trop de soucis à te faire, ironisa-t-il.
– Je n’ai jamais dit que mon inquiétude était fondée, dit-elle en le regardant. C’est justement le contraire. D’où ma préférence à aller m’enfermer dans un cabanon avec une pièce de moteur que d’entendre mère me poser encore mille questions sur lui. Parce que là, anniversaire ou pas, elle n’aura aucune pitié.

Nathan hocha la tête.

– Non, en effet, d’autant qu’il a deux terribles défauts à ses yeux aujourd’hui : d’abord, il n’est pas là. Ensuite, il ne t’a pas offert de bague.

Cette fois, Célia plongea son visage dans sa main.

– Misère, soupira-t-elle. Et elle prendrait mal le fait que je lui dise que c’est moi qui l’ait plutôt découragé sur cette question, hein ?

Nathan rit.

– Tu veux qu’elle te déshérite pour ton vingtième anniversaire ? Parle-lui plutôt de votre amour impossible tant que son père est vivant, ça lui paraîtra plus plausible.
– Ouais, baver sur ce cheeeer Théodor, ça devrait au moins calmer mes nerfs, bouda-t-elle.

Nathan sourit.

– Et bien voilà. Allez, j’ai faim, et Madame Esmé a fait tous tes plats préférés.
– Même du chtchi et de la solianka ? demanda-t-elle tout à coup très intéressée.
– Je ne sais pas comment tu tolères la solianka, mais oui, il y en a, grimaça Nathan.
– Fantastique ! exulta-t-elle en levant les bras en l’air. De quoi me faire exploser le ventre et du temps pour rendre Théodor coupable de tous mes malheurs. Hum, en fait, il va être très drôle cet anniversaire !

Du coup, elle prit beaucoup plus joyeusement le chemin de la maison, chantonnant presque, le pas quasi dansant et Nathan réussit à ne pas se montrer trop fier de ses manigances. Il n’était pas un fin politicien pour rien et il savait depuis longtemps comment ramener sa sœur en quelques phrases à de meilleurs sentiments. Il ne voulait pas la voir déprimée et surtout pas à cause d’un Démon Shaïness, fut-il fils de Duc de Fardenmor. Du coup, au déjeuner, Sarah râla longtemps sur l’arrogance de Théodor Moonshade mais accepta l’excuse et l’anniversaire fut une excellente journée, car même la santé de la Qabaliste sembla être de la partie.

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6 Comments

  1. Désolée pour le délai, j’ai été assez occupée ! Voilà mes corrections et mes commentaires :
    “Heureusement qu’il n’y avait pas de plateau d’échecs au milieu des feuillets où elle les aurait volontiers ”
    -> ou

    “persuadée d’avoir à faire” -> affaire

    Ah, la langueur des longues séparations… je connais, et je sympathise ! Pauvre Célia… si elle savait que Sean a failli mourir, elle aurait retourné tout le Cratère à l’heure qu’il est. XD

    • Vyrhelle

      13 juin 2016 at 20 h 08 min

      Aucun souci, c’est déjà super sympa de me faire les corrections ! Par contre, tu feras gaffe, il y a eu un nouveau chapitre vendredi et je ne sais pas si tu l’as lu du coup 😛

      … et Célia aura largement l’occasion de vouloir retourner tout le Cratère à plusieurs reprises au cours de cette histoire ! Je peux le garantir 😀 Sean aussi en aura envie plusieurs fois *3*

      • Si si, j’avais vu que j’avais deux chapitres de retard, mais il me fallait le temps de les rattraper. 😉
        Vivement la suite ! <3

  2. “Elle soupira et posa son tête contre sa nuque.” -> sa tête
    Chapitre plus posé, c’est agréable même si plus triste.
    Et Sean est PARFAIT, d’abord… xD

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