Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

27 novembre 976

Leur formation continua, prenante, exigeante, mais Sean et Célia avaient désormais leurs secrets, leurs escapades et leurs nuits pour oublier parfois la frustration de ne pas comprendre une méthode, de ne pas réussir un tir, d’avoir l’impression d’avoir encore tout à apprendre. Nathan continuait bien sûr d’écrire et d’exiger des réponses, tout en envoyant parfois, avec ses lettres, celles de leur mère toujours plus lucide et proche de son ancien “elle” par écrit. Célia était d’ailleurs installée à son bureau ce soir-là, ayant commencé une longue lettre pour les siens, mais elle était devant un dilemme de poids. Elle n’avait encore rien dit de sa relation avec Sean à qui que ce soit et elle redoutait un peu d’avouer à Nathan qu’elle avait un homme dans sa vie, et ce depuis plus de trois mois. Pourtant, elle n’avait aucune envie de lui cacher davantage. Alors elle se débattait avec ses pires ennemis qu’étaient les mots sur une feuille de papier pour arriver à annoncer la nouvelle sans provoquer un débarquement soudain et inopiné d’un certain Ange à la ferme.

– Ce n’est pas possible, je n’y arriverai jamais !

Deux bras enlacèrent sa taille et un menton se posa sur son épaule, lisant ses essais de lettre.

– J’aime bien ton deuxième essai, je pense que l’on pourrait commander une pizza en même temps que tu enverrais le message, et je suis sûr que ton frère arriverait quand même en premier… s’amusa Sean. Dis-lui que je t’ai honteusement séduite ?

Il était très, très amusé. Elle, particulièrement blasée. Son regard seul en était la preuve. Au moins, pendant ce temps, elle ne martyrisait plus son pauvre crayon.

– Moque-toi. Si j’en viens à dire que tu m’as séduite, c’est toi et moi qui allons devoir débarquer à l’autre bout du pays sur l’ordre impérieux de ma propre mère. Parce qu’on ne refuse rien à une baronne Haut-Noble, qu’elle soit malade ou non. Surtout qu’elle attend que je trouve quelqu’un depuis au moins le moment où je suis entrée à l’Académie…

Sean resta pensif.

– Tu sais, si c’est ce que tu veux… Je ne te parle pas mariage, ou même fiançailles, Célia, je crois que ni toi ni moi ne sommes du genre à prendre de tels engagements avant un bon moment. Personnellement, je veux d’abord finir ma formation et voir quelle direction va prendre ma vie avant de même penser à ce genre de chose. Mais si tu veux me présenter à ta mère, je n’aurais aucun mal à le faire.

Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il pensait peu probable que Sarah Elinor Avonis soit encore saine d’esprit ou même vivante quand sa fille pourrait se marier, et que jouer les amants éperdus pour le bien d’une femme que Célia adorait ne serait pas difficile, puisque le pot aux roses ne serait jamais découvert. Célia tourna la tête, les sourcils froncés.

– Tu es sûr ? Parce que ma mère t’adorera au premier coup d’œil. Mais j’ai peur que Nathan ne soit beaucoup plus regardant et qu’il ne te casse royalement les pieds avec ses questions.

Elle haussa les épaules.

– J’adore mon frère, hein. Ne te méprends pas. Mais justement, il m’adore aussi. Il ne laissera pas n’importe qui approcher sa grande sœur.

Elle baissa alors le nez.

– Encore plus maintenant que par le passé.

L’ombre passa et elle releva la tête.

– Prêt à passer ton premier interrogatoire mené par un Ange ?

Sean se redressa en lui souriant.

– Qu’est-ce qui te fait croire que ce sera le premier ?

Elle prit un air le plus satisfait du monde avant de papillonner des yeux.

– Dans ce cas, la question est réglée. Je t’emmène dans mes bagages à mon prochain voyage là-bas. Tu n’oublieras pas de prendre une petite laine quand même hein ? L’hiver prend toutes ses lettres de noblesse chez moi !

Sean haussa un sourcil.

– Tu oublies l’avantage de notre Voie, Célia. Je ne sais pas lesquels te viennent aisément, mais je maîtrise l’Héritage As’Corvaz juste assez pour ne sentir à volonté ni douleur, ni chaud, ni froid.

Elle soupira de sa plaisanterie tombée à l’eau autant que de constater qu’elle n’avait jamais vraiment travaillé les Héritages des autres Maisons auxquels son Rang et sa Voie lui donnaient accès, à l’instar de Sean.

– Ah oui, j’oubliais ce … détail. T’es pas drôle parfois. Si tu m’enlèves ce genre de petites mesquineries, à moi, pauvre femme, que vais-je faire pour attirer ton attention, hein ?

Elle fut la moue avant de regarder à nouveau sa lettre.

– Bon, alors, c’est décidé, je leur parle de toi et qu’on débarquera dès qu’on peut ?

Sean opina. Puis lui embrassa l’oreille.

– … et comment diable attirer mon attention, hmm ? Quand tu passes la journée dans le corset que tu as porté cette nuit, quand ta chemise est assez basse pour que je vois mes marques sur ton cou…

Célia en eut un irrépressible frisson de plaisir alors qu’elle essayait de rester concentrée sur son courrier. Elle esquiva légèrement les lèvres de Sean d’un mouvement d’épaule pas très convaincu.

– Tu es insatiable… le blâma-t-elle plus amusée et tentée, que contrariée.

Elle essaya bien de reprendre son écriture, mais rien à faire, les mots se mélangeaient dans son esprit alors que Sean ne lui laissait aucun répit. Alors, bien forcée de se rendre à l’évidence qu’il faisait d’elle ce que bon lui semblait, elle jeta son crayon et se tourna assez sur sa chaise pour rajouter une marque de plus au cou de son Démon Shaïness. Sean la prit là, sur la table, au milieu des essais de lettres, riant ensuite de découvrir que la sueur du dos de son amante avait fait déteindre l’encre, la forçant à devoir prendre un bain – c’était bête, hein -, le souci étant justement de prendre un bain à la ferme. Elle le foudroya du regard quand elle réalisa l’état de son courrier et de son dos.

– Bien, chapeau bas… Je suis chouette, tiens. On dirait que je me suis couchée en plein sur une flaque d’huile de moteur. Et ni toi, ni moi n’avons la possibilité comme Joaquim d’utiliser l’Art d’Éclat pour chauffer de l’eau à volonté ! Nous ne sommes pas As’Corvaz !

– Tu pourrais rentrer et montrer ton dos à ton frère, ça ferait passer le message… sourit-il, pas du tout repentant.

Célia en eut le regard qui s’enflamma et les joues qui s’empourprèrent d’un mélange de colère et de honte. Sean se retint de rire et désamorça la bombe Elam Evir prête à exploser.

– Tu sais quoi ? Laisse-moi dix minutes pour me faire pardonner.

Par miracle, il réussit à lui remplir un bac d’une eau presque trop chaude en un tiers du temps qu’il aurait fallu pour avoir, normalement, une eau à peine tiède. Elle en oublia de continuer à faire la fille fâchée quand elle entra dans l’eau. Après une journée de cours et l’exercice supplémentaire non prévu, mais très courant depuis quelques temps, elle en fondit de plaisir.

– Là, si tu me frottes le dos, je te jure que tu pourras me demander tout ce que tu veux, ronronna-t-elle sans vraiment prendre conscience de ce qu’elle lui proposait.

Évidemment, avec une proposition pareille, des mains glissèrent bien vite dans l’eau pour caresser sa peau.

– Tout ?

Bon, techniquement parlant, ça, c’était le ventre, pas le dos, mais… Elle rouvrit des yeux aux paupières lourdes qu’elle avait fermés.

– Tout.

Sean fut gentil, il lui frotta bel et bien le dos, ses mains presque plus chaudes que l’eau -bien que comment restait un mystère- tirant et massant les muscles fatigués de l’Elam Evir jusqu’à ce qu’elle soit une poupée de chiffon entre ses doigts. Et maintenant pour son prix…

– Embrasse-moi, Célia, demanda-t-il, ses mains glissant ailleurs.
– Insatiable… murmura-t-elle en s’exécutant, sans même donner le plus petit signe de résistance.
– Juste de toi, répondit Sean en l’embrassant. Tu m’intoxiques et je n’arrive plus à penser à autre chose que ta peau, ta voix, ton corps…

Elle rouvrit aussitôt les yeux pour se plonger dans les siens.

– Sean… Tout doux…

Elle lui caressa le visage, ayant des gestes plus retenus tout à coup.

– Ne dis pas ça… Je ne veux pas t’intoxiquer, love. J’ai l’impression d’être une fièvre que tu n’arrives pas à combattre.

Elle inclina le visage sur le côté, après avoir pris le temps d’un autre baiser, plus tendre.

– Je veux être les bras où tu oublies le reste, oui, mais je ne veux pas que tu t’y perdes…

Sean frissonna contre elle, fermant les yeux, se laissant embrasser.

– Je ne sais pas si je peux, admit-il à mi-voix avant de la sortir de l’eau comme si elle ne pesait rien, la portant jusqu’au lit et aux serviettes pour l’essuyer tout en s’efforçant d’y aller plus en douceur.

Célia le laissa faire et finit par caresser délicatement l’un de ses bras.

– Je suis sûre que oui.

Elle stoppa ses gestes et se mit face à lui, encadrant son visage de ses mains.

– Je suis là pour t’aider si besoin. Je ne vois pas une relation avec quelqu’un comme quelque chose de seulement charnel.

Elle caressa le front de Sean comme pour remettre une mèche qui tombait sur ses yeux.

– On est ensemble depuis quelques temps maintenant, et pour ma part, ce n’est pas seulement parce que j’adore faire l’amour avec toi. J’aime ta présence avant tout. Que tu sois là, parfois en retrait à simplement me regarder. J’aime te voir aussi apprécier d’autre chose, j’aime te voir concentrer quand tu tires. Te voir ailleurs quand tu te mets à lire. J’aime même te voir essayer de cuisiner.

Elle lui adressa un large sourire.

– J’aime bien plus que ton corps et ta force, Sean.

Sean la regarda, un peu surpris.

– Tu m’as vu cuisiner ?

Il était plusieurs fois allé voir la cuisinière de la ferme pour apprendre, sous prétexte de ramener du gibier, surpris d’apprécier une discipline si différente de tout ce qu’il avait appris jusque là. Mais il n’en avait parlé à personne. Son sourire était un peu crispé.

– Je n’ai pas eu d’exemples honorables d’amour, Célia. Je te regarde aussi, parce que j’ai l’impression que tu es la seule à briller sous le soleil, parce que je ne peux pas détacher mes yeux quand tu ris ou quand tu bouges. J’aime te voir travailler sur ton tas de ferraille, la concentration qui t’habite, la précision de tes mains, la façon dont tu mordilles ta lèvre. Mais j’aime aussi te voir parler avec Fred, parce que je sais qu’il peut te sourire et te faire rire mais qu’à la fin du jour, c’est dans mes bras que tu seras. Tu comprends ? Je ne suis pas… parfait.

Célia arrêta tout geste pour ne plus voir que lui et surtout ne plus arrêter de sourire. De ce sourire qu’elle n’aurait pour absolument personne d’autre.

– Sean. Je t’aime.

Elle sentit le cœur du Shaïness battre plus fort sous ses doigts, vit la surprise dans ces yeux bleu acier. Et très vite, comme voulant cacher ses émotions avec une pudeur touchante, Sean la serra contre lui, une main dans le creux de ses reins, une jambe par-dessus les siennes, comme s’il essayait de se fondre en elle, de glisser sous sa peau. Plus tendre, l’autre main lui caressait la joue.

– Advienne que pourra, Célia, décida-t-il. Je t’aime aussi.

La poitrine de la jeune femme se gonfla aussitôt sous l’effet d’un mélange d’émotions intenses et son cœur sembla s’emballer, devenir incontrôlable. Alors elle ferma les yeux, un sourire flottant sur son visage ému alors qu’elle enlaçant son Sean avec assez de force pour au moins essayer de l’étouffer.

– Oui, advienne que pourra… murmura-t-elle en essayant de ne pas penser à tout ce que ça sous-entendait pour des êtres comme eux, dans un monde comme le leur.

Les aveux

Ensuite, le silence s’imposa de lui-même dans la chambre, laissant flotter le souvenir de leurs aveux respectifs. Un silence étrangement réconfortant et doux, comme si le monde extérieur n’existait plus et que plus rien ne pouvait les atteindre, au moins pour quelques heures. Sean s’endormit même le premier, complètement lové contre Célia, comme un prédateur enfin en paix. Et pour la première fois depuis qu’ils avaient commencé leur relation, ils ne profitèrent donc pas d’un lit pour faire autre chose qu’y dormir.

Le lendemain matin, c’est toujours serein et souriant que Sean aida sa belle rousse à écrire la lettre pour son frère, entraîné à soumettre les mots à sa volonté de manière nettement plus experte que Célia. La lettre était plus que correcte quand elle partit dans les mains d’un Coureur Echo qu’ils trouvèrent sans mal à Phoenix. Ça n’empêcha pas Nathan de leur renvoyer en retour une… “invitation non-optionnelle” à venir au Domaine Avonis. Heureusement, Décembre arrivait et avec l’hiver, la seule et unique semaine de vacances que Zelk leur accorderait de toute l’année. Ils purent donc assurer l’Ange Elam Evir de leur venue pour le Solstice.

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6 Comments

  1. Je veux tellement lire la rencontre entre Nathan et Sean… haha ! 😀

  2. C’est trop court!!!
    Mais tellement meugnooooon!!!

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