Le temps d'un tango

Fanfiction par Vyrhelle et A. Conroy

3 octobre 977

Après quelques jours à s’acharner, les indices de Desdémone avaient fini par avoir du sens et, malgré l’envie de Célia de rester auprès de son frère pour le soutenir, celui-ci l’avait convaincue de repartir à la mi-juillet pour la ville universitaire de Bosth, à l’Est du pays. La maître-espionne s’y faisait passer pour une secrétaire dans une des unités du pôle étudiant. Du coup, comme première évaluation, Célia dut s’y inscrire. Qu’importait les cours tant qu’elle pouvait prétendre être une élève de l’université. Heureusement du haut de ses dix-neuf ans, ce ne fut pas difficile et après avoir jugé si l’Elam Evir était apte à recevoir ses cours, l’espionne lui prodigua son enseignement au travers de leçons plus ou moins limpides mais toujours difficiles. La récolte d’informations, la récupération d’indices, comment se fondre dans la masse, savoir rester discrète autant qu’être capable de faire diversion, tenir une conversation sur n’importe quel sujet, etc. Au final, Célia en ressortit un trimestre plus tard avec des unités validées en cryptologie et mécanique – autant prendre des cours intéressants – et de bien meilleures chances pour aller espionner Zamir El As’Corvaz. Mais Célia devait avouer qu’elle fut soulagée de pouvoir enfin quitter le milieu scolaire. Trois mois et elle ne rêvait que de deux choses : d’abord, quitter l’horrible uniforme d’étudiante qu’elle y portait tous les jours et qui se résumait en un long et large manteau noir sur une jupe plissée tout aussi colorée, une chemise blanche et un pull encore noir. A part une écharpe aux couleurs de la section d’étude à laquelle on appartenait, ce n’était pas dans le genre excentrique. Ensuite, elle rêvait de se laver les cheveux. Depuis son arrivée à Bosth, elle les colorait pour qu’ils soient moins voyants, et le brun noir lui donnait un air triste et maladif avec sa peau trop claire de rousse. En plus, elle les avait toujours attachés en chignon. Bref, aussi sinistre que sa tenue. Mais au moins, personne n’aurait pu reconnaître la pétillante rousse en la croisant, ce qu’apprécia particulièrement Desdémone. Sauf que là, Célia était libérée de sa formation et qu’elle trépignait d’impatience alors qu’elle attendait le taxi qui allait la mener à sa chère moto. Célia retrouva Desdémone… au volant du taxi. Ce n’était pas le genre de surprise inhabituelle, tout comme le fait que Célia ne reconnut l’espionne que lorsque cette dernière lui rendit sa monnaie avec une enveloppe contenant de nouveaux documents pour la retrouver d’ici huit mois pour les prochaines leçons. Autant pour l’ego de Célia qui réalisa qu’elle avait encore énormément à apprendre en matière d’espionnage et de déguisement, mais surtout d’attention aux détails et ce à tout moment. Parce que oui, elle avait une bonne aptitude à remarquer les choses, si tant est qu’elle se concentrait. C’était encore loin d’être naturel et elle en eut une fois de plus la preuve.

– Merci madame de me rappeler à l’ordre, répondit-elle sur un ton très bien joué de sincérité. Encore, pensa-t-elle avec beaucoup plus de sarcasme.

Là-dessus aussi, elle avait progressé : mentir. Et découvrait que parfois, ce n’était pas une si mauvaise chose. Disons que de son point de vue, ça dépendait de qui était le dindon de sa farce. Après tout, alors qu’elle évoluait sur un mode de pensée qui la guidait sur la Voie de l’Archidémon, ce n’étaient pas les scrupules qui allaient l’étouffer.

Elle fut déposée près de la petite Aérofaille de Bosth, où elle retrouva enfin sa chère moto garée dans un parking gardé. Elle jeta à la volée manteau et écharpe, défit son chignon, secoua sa chevelure folle et démarra dans un bruit de tonnerre.

– Enfin liiiiibre !! hurla-t-elle au monde en prenant à pleine vitesse la rue principale.

C’est ainsi que sonnèrent le début de vacances improvisées pour la jeune femme qui comptait bien se rendre à Phoenix. Elle n’avait pas prévenu Sean de la date de son arrivée, elle voulait lui faire la surprise d’arriver pour son anniversaire. Mais si elle était impatiente de le voir, elle avait quelques jours de battement devant elle, à tuer avec quelques détours, histoire de combler en chemin son envie de dépaysement et sa soif de nouveaux horizons.

LOGO PHOENIX copie

Pendant ce temps, justement du côté de Phoenix, Sean avait aussi été très occupé durant ces trois derniers mois. Chercher les Mille-Visages ou le commanditaire de la tentative d’assassinat qui l’avait visé ne l’avait mené nulle part. Mais ce n’était pas ce pourquoi il avait vraiment eu fort à faire. Car son père semblait peu enclin à le mêler aux affaires des Moonshade, alors, en digne héritier qu’on essayait visiblement d’évincer, il n’avait donc pas attendu son aval pour commencer à prendre les choses en main. S’intéresser aux relations publiques et politiques de sa famille, surveiller la comptabilité et mettre en place son propre réseau de relations, aussi bien officiel qu’officieux. Car les Moonshade étaient craints aussi bien pour leur pouvoir politique que pour leur implication dans des milieux plus douteux. Sean avait donc trouvé tout à fait logique et même nécessaire de remplacer une partie des hommes de la pègre, loyaux à son père, par les siens, et plonger son nez dans toutes sortes de dossiers sensibles. Le tout en se préparant à prendre la place d’homme de l’ombre pour le prince héritier de Farden, Ian Shaïness, dès qu’il rentrerait de Kadam Hel. C’était plutôt pas mal pour un seul jeune homme, Haut-Noble ou pas, qui allait fêter ses seize ans…

Depuis mi-septembre, en tout cas, Sean commençait enfin à récolter le fruit de ses efforts. Il contrôlait de plus en plus les marchés parallèles de la ville, aussi bien que les institutions plus honorables dépendantes de la famille Moonshade. Et ce, à la barbe de son père qui ne pouvait voir que ce qu’on lui rapportait, via de plus en plus d’hommes de Sean. Un an à ce rythme, maximum deux, et Sean avait bon espoir de faire de son propre père un vrai homme de paille. C’est que le jeune Shaïness avait une ambition dévorante, une soif d’indépendance sans borne et les outils à portée de main pour les assouvir.

Ce soir-là, il était installé à son bureau, comme souvent après le souper – qu’il préparait de plus en plus souvent lui-même – à relire les rapports officiels que son père consentait à lui donner comme os à ronger. Sans le moindre intérêt donc. Pourtant, il eut la surprise de voir Moonshade Père débarquer dans la pièce.

– Bien, comme prévu, je sors. Je t’apporte de quoi être assez occupé pour ne pas venir me rejoindre à la Cour, lui lança-t-il avec autant de dédain que le dossier qu’il avait en main sur la table de travail. Ça aura le mérite de t’occuper sainement.

Il se dirigea alors vers la sortie, toujours aussi acerbe. Un trait de caractère que le veuvage avait très largement accentué à l’encontre de Sean.

– D’ailleurs, en parlant de chose saine, je suis heureux de ne pas avoir revu cette Elam Evir échevelée sous notre toit, ni te tourner autour. Elle avait une très mauvaise influence.

Sean l’affronta du regard.

– Vous serez donc déçu d’apprendre que c’est juste parce que nos emplois du temps respectifs sont bien remplis. Elle m’a souhaité mon anniversaire comme moi le sien, et je pense aller la voir si elle ne passe pas avant Noël. Bonne soirée, père.

Théodor n’eut pas le début d’un frémissement de réaction.

– Ton anniversaire ? Il n’est pas encore passé. Il aurait été judicieux de sa part de ne pas se tromper de date dans ce cas. Et si ça t’intéresse, je comptais fêter justement dignement tes seize ans. J’espère qu’elle sera trop occupée avec quelqu’un d’autre pour ne pas être des nôtres.

Sean ne précisa pas que Célia n’avait pas su si elle serait disponible en octobre et avait pris de l’avance, et que lui n’avait pas encore ouvert le présent. A quoi bon ?

– Inhabituel de votre part de vouloir fêter une quelconque date, mais je suppose qu’à cheval donné…
– C’est bien, tu commences à comprendre les règles du jeu. Sois disponible, présent et présentable pour ton anniversaire. Tu devras évoluer parmi des gens fréquentables et il serait dommage que tu me fasses encore honte. Sur ce, bonsoir, mon fils.

Il sortit du bureau, pour quitter la demeure elle-même quelques minutes plus tard, en limousine noire. Sean leva les yeux au ciel. Si Célia n’avait pas été si opposée que ça au mariage, il aurait été capable de la demander en fiançailles juste pour contrarier Théodor. Avec un dernier soupir, il saisit le dossier laissé par son père, le parcourant d’abord rapidement, puis avec assiduité. Pour une fois le dossier était un peu plus intéressant que les autres. Il contenait différentes listes d’approvisionnement en alcool et en denrées alimentaires avec plusieurs quantités entourées de rouge. En comparant les listes et les bilans, il y avait effectivement des incohérences. Tout cela concernait plusieurs bars et restaurants de la ville appartenant à un associé des Moonshade, un certain Blanks. Sean prenait des notes et il sentait qu’il allait s’offrir un tour du côté de certains bars. Ce soir, il avait envie de prendre un verre et de voir quelques irrégularités de près.

C’est pourquoi, il se retrouva une heure plus tard devant l’entrée d’un établissement à l’enseigne lumineuse tape-à-l’œil, à la décoration au goût douteux et qui ne donnait pas bien envie de faire un tour à l’intérieur. Ce ne fut pas mieux quand Sean franchit la porte d’entrée, la tête enfoncée dans le col relevé de son imperméable sombre. L’endroit était presque désert avec en fond sonore un flash d’information à la télévision et une musique d’ambiance ringarde depuis au moins deux décennies. Il n’y avait là que trois hommes, en comptant le barman qui regardait la télé en se curant les dents. Sean se fit discret, les épaules en dedans, le dos voûté, les mains dans les poches de son jean, soupirant en s’asseyant et commandant une bière qu’il but en trois gorgées. Une autre suivit avec plus de modération, puis une autre encore, avant d’aller aux toilettes sans attirer l’attention. Dès qu’il fut dans la petite pièce, il se servit de Fantôme de Corps, son Art de téléportation, pour passer par la lucarne et aller voir ce qui l’intéressait vraiment du côté du bureau du patron.

Le bureau n’avait rien de particulier. Il était surtout sombre et aussi petit que mal rangé. Pourtant, il y avait des papiers et des notes de frais qui étaient déposées à la vue de tous. Et en y jetant un coup d’œil, Sean retrouva au moins deux des incohérences constatées dans le dossier de son père. Quant au patron lui-même, pas de trace, mais Sean s’en moquait. Il photographia les preuves – inutile d’alerter l’homme en les récupérant – et retourna dans les toilettes. C’est que s’il avait plusieurs bars et autres établissements du même standing à visiter dans la soirée, il avait intérêt à être rapide à chaque passage. Quand il réapparut dans la salle principale, rien n’avait changé. L’un des deux clients s’était juste rapproché du bar pour venir commenter et peut-être faire un pari ou deux avec le barman sur un match d’hydromako qui commençait. Sean paya ses bières, grogna un “ ‘ne soirée” et quitta le bar, cherchant dans ses souvenirs quel autre établissement était le plus proche. Sean se retrouva à faire trois bars au standing approchant, avec plus ou moins de clients mais n’offrant rien de plus que des confirmations de ce sur quoi il enquêtait. Ce n’est qu’en arrivant devant le cinquième lieu, sous une fine pluie d’automne, qu’il y eut du changement. Déjà, ce n’était pas un bar, mais un restaurant. Avec beaucoup plus de classe et surtout beaucoup plus fréquenté. Les tables étaient presque toutes pleines de clients, qui même s’ils n’étaient pas fortunés, n’étaient pas à plaindre non plus. C’était un endroit accueillant, lumineux et bruyant, contrastant avec le temps maussade, gris et pluvieux des rues de la ville. Moyennant quelques stels, une serveuse “trouva” une place libre pour Sean qui commanda un repas qui s’avéra simple mais assez correct. Il paya d’avance ses consommations, jouant au citadin pressé, et observa la salle. Son regard accrocha un homme assez petit, brun, et sa dégaine comme son maintient correspondaient aux descriptions et rares photos de Blanks que contenait le dossier. Il garda donc un œil sur l’homme et après l’avoir observé discuter pendant un bon moment avec l’un des serveurs, Sean put le voir se diriger seul et d’un pas énergique vers la partie “privée” de l’établissement. L’héritier Moonshade quitta donc sa table et le restaurant lui-même, puis se servit des ruelles pour en faire le tour, longeant les fenêtres et se servant de ses sens aiguisés pour retrouver la voix qu’il avait entendue pendant plus d’une demi-heure. Il la retrouva assez vite, alors qu’elle sortait légèrement déformée d’un soupirail fumant qui s’ouvrait sur la rue humide. L’homme n’était pas seul et la discussion était assez animée. En se penchant un peu plus, Sean put deviner la silhouette du deuxième homme et écouter leur conversation. Mais ils parlaient malheureusement de choses on ne peut plus ordinaires sur des caisses mal entreposées et une chambre froide mal approvisionnée. Sean avait entendu plus d’une conversation insipide et ordinaire ce soir-là, il attendit patiemment que ça se termine et que le deuxième homme s’en aille. Une fois Blanks seul, il rabattit la capuche de son manteau sur sa tête, une ombre semblant le couvrir partiellement et dissimulant son visage, puis il utilisa Fantôme pour apparaître juste devant l’homme d’affaires véreux. Ça faisait toujours son petit effet.

– Vous n’avez pas été très réglo, Mister Blanks, dit-il, Aphasie recouvrant les murs de la pièce et assurant qu’ils ne seraient pas entendus par-delà.

L’homme sursauta mais quand il vit Sean, il ne se montra pas très impressionné. Il croisa les bras devant ce nouveau-venu qu’il détailla du mieux qu’il put en plissant les yeux.

– Réglo par rapport à quoi, mister “j’me la joue un peu trop” ?

Sean haussa les épaules.

– Oh, la liste est longue, Blanks. Je commence par quoi, les irrégularités dans les comptes, le détournement d’alcool pour la revente au marché noir, les deals sous la table dans différents bars… Je continue ?

L’homme imita Sean dans son mouvement d’épaule puis sembla se remettre à travailler en inspectant caisses et tonneaux.

– Même si c’était le cas, en quoi ça peut bien vous concerner, exactement ?

Il entra dans la chambre froide, en laissant la porte ouverte pour que Sean reste quand même dans son champ de vision.

– Je crois pas te connaître mon gars et généralement, je parle pas trésorerie avec le premier mec venu avec une capuche sur la tronche.

Sean sourit et ses dents, elles, étaient visibles malgré les ombres.17-Shaytan

– Oh, je m’en doute, ou vous ne seriez pas si prospère. Mais vous connaissez le cliché, si je devais vous le dire…

Un éclat métallique d’une arme de poing à la hanche de Sean finit la phrase à sa place.

– Mais mon visage, de toute façon, ne vous serait pas familier. Mon nom, en revanche, peut-être. Shaytàn.

C’était le nom qu’il avait pris pour son alter ego de la pègre et ce avant même qu’il ne mette vraiment le nez dans les affaires familiales alors qu’il enquêtait à Phoenix pour essayer, en vain, de sauver sa mère. Soit presque un an. Blanks connaissait donc forcément cet ambitieux nouveau venu et savait qu’il n’était pas à prendre à la légère. L’homme en eut un instant d’hésitation, regardant vers son invité surprise, puis reprit son inspection en s’enfonçant un peu plus dans la chambre froide, dont Sean réalisa qu’il ne voyait pas le fond.

– Shaytàn ! Rien que ça. Wow, je suis impressionné. Et en quoi, le nouveau venu de la pègre locale, et ça reste à prouver que c’est bien vous, est intéressé par mes affaires ?

Sean fit un pas en avant en faisant mine de laisser traîner ses doigts sur un carton.

– Vous ne voyez pas ? Je suis le nouveau venu, peut-être. Je suis aussi efficace et il paraît qu’après plusieurs mois sans avoir disparu, je suis aussi à prendre au sérieux. Jusqu’ici, les business qui m’ont aidé ou suivi continuent de prospérer et ceux qui m’ont envoyé bouler ont eu quelques soucis. Vous voyez où je veux en venir, j’imagine.

L’homme s’était encore éloigné et sous ses airs de gros durs, il commençait à n’en mener pas large.

– Pas la peine de me menacer, mon gars. Si t’es là pour parler business, on va parler business. Mais me menace pas. J’suis pas non plus le premier venu et si je suis dans le métier depuis aussi longtemps, c’est que je sais comment gérer mon affaire.

Il disparut derrière une étagère, mais on l’entendait toujours.

– T’es pas le premier à venir me menacer. Parce que ouais, dans ce milieu, tout le monde n’est pas réglo. Et si on doit s’allier à des mecs qui ont les moyens de protéger tout ça, t’es pas encore le big boss. Alors décampe avant que je te fasse mettre dehors.
– Le mot important de la phrase, c’était “encore”, dit Sean, s’avançant pour le récupérer dans son champ de vision. Ceci n’est pas une menace, c’est un choix intelligent : avoir un accord avec moi maintenant, ou un accord plus tard, mais évidemment moins arrangeant et profitable.

Mais l’homme ne répondit pas. Sean grinça des dents. Bordel… il avança dans la chambre froide pour voir où se trouvait l’autre. Il s’avança assez pour le trouver, mais n’apprécia pas la vue. L’homme était au sol, inconscient mais apparemment encore en vie. Sean fronça les sourcils. Il avait imaginé… autre chose. Qu’il s’était échappé, qu’il l’attendait pour l’attaquer – ça aurait été drôle – mais pas ça. Il regarda autour de lui, cherchant le responsable. Mais il n’y avait personne d’autre, il ne lui fallut pas longtemps pour le constater. Il n’y avait pas non plus de sortie de secours secrète ou de porte dérobée. Juste un homme qui était au sol, recroquevillé sur lui-même. Sean se demandait bien ce que signifiait tout ce cirque quand il se retourna brusquement : la lourde porte de la chambre froide s’était refermée trop vite et trop brutalement. Sean leva les yeux au ciel. Sérieusement ? Enfermé dans une chambre froide ? Il était… atterré. Le Démon approcha de la porte, côté gonds, et entreprit de la défoncer. Il avait quand même la force d’un Haut-Noble à ne pas ignorer. Sauf qu’il réalisa très vite que la porte lui résistait de manière étrange. En grattant le givre, il constata que le métal avait des reflets inhabituels. Du moins, inhabituels pour la plupart des gens. Mais Sean avait des affinités non négligeables avec le Monde du Dessous, le redouté Monde Lunaire. Alors il savait parfaitement reconnaître un alliage Lunaire, un alliage rare que l’on n’aurait certainement pas utilisé pour une chambre froide ordinaire. Il en fronça les sourcils.

Alors celle-là…

Il retourna près de Blanks et le réveilla. En douceur, si, si, d’une belle claque. L’homme émergea en grognant, se frottant la nuque d’où il sortit une aiguille. Il regarda Sean, l’œil vitreux et l’esprit vraiment pas clair.

– Connard… fut son seul mot avant de sombrer à nouveau dans l’inconscience.

Sean était las. L’avantage d’être Démon, c’est qu’il y avait autre chose de “défonçable” que la porte, comme les murs, le plafond et pas juste à la force brute mais aussi aux Arts. Hormis qu’il découvrit rapidement ce petit détail que cette chambre froide, c’était un seul bloc hermétique, et en l’occurrence ici, entièrement de ce même alliage Lunaire, qui avait dû coûter une véritable fortune. Comprenant que la force brute n’avait aucun intérêt, Sean tenta sa chance avec les Arts. Mais il allait falloir y aller fort. Très fort pour contrer la résistance d’un métal pareil. Favorablement, celui qui avait prévu ce piège ignorait, à l’évidence, certaines petites choses sur les capacités de Sean. Et c’était une bonne chose, surtout quand il entendit le son caractéristique d’un gaz qui s’échappait de son contenant. A ce sifflement très reconnaissable, Sean cessa de tergiverser et attaqua à grand coup de lances de lave de l’Art As’Corvaz d’Éclat à pleine force contre le mur, suivies de celles d’Hiver, créant un chaud-froid qui aurait fendu n’importe quel alliage. C’était une bonne option, mais les Arts ne procureraient pas une ouverture suffisante avant plusieurs longues minutes, et Sean ignorait de quelle nature était le gaz. Il aurait peut-être dû s’en inquiéter quand l’odeur qu’il perçut bientôt fut celle du méthane alors qu’il maniait un Art As’Corvaz de feu… Il sut immédiatement que son choix n’était peut-être pas judicieux. Le dilemme fut alors que s’il cessait d’utiliser son Art, il resterait bloqué dans cet endroit. Mais que s’il continuait et que le concentration en méthane devenait trop grande, c’était le feu d’artifice assuré. Sean avait un petit avantage : il lui suffisait d’une petite ouverture, de juste VOIR de l’autre côté de la chambre froide et Fantôme de Corps l’y emmènerait. Il prit donc le risque et continua sa combinaison en se concentrant sur un tout petit espace.

Le risque paya. Il vit un trou minuscule se former à la surface du métal alors que l’Art lui coûtait de plus en plus de Symbiose et donc d’énergie simplement physique tandis que le gaz sentait de plus en plus fort, devenant irrespirable. Mais un trou pas encore assez profond pour traverser l’épaisseur de la paroi de la chambre. Et alors qu’il était proche de toucher au but, une détonation entre ses mains, fulgurante, violente, le projeta en arrière et embrasa toute la chambre en un instant. Sean percuta le mur du fond sous sa force. Même avec la Symbiose Dormante, empruntée à l’Héritage Elam Evir, qui lui épargna les conséquences physiques des chocs consécutifs, et même combiné avec son propre Héritage Shaïness de métallisation qui lui offrait une carapace protectrice, il se retrouva au sol. Et avec le manque d’oxygène que l’explosion avait brûlé, Sean crut sa dernière heure arrivée, à nouveau. Il n’arrivait plus à respirer et désespérait même de se sortir de ce tombeau métallique quand il sentit un filet d’air frais arriver jusqu’à son visage brûlé et vit un rai de lumière dans les ténèbres qui l’entouraient. Une lumière extérieure qui traversait une ouverture dans ce qui avait été un montant de la porte déformée par l’explosion. Sans savoir comment il en trouva l’énergie, Sean se téléporta dans la cave elle-même, hors de la chambre froide, rampant ensuite sur le sol, le corps en grande partie brûlé sous sa coque de métal symbiotique, et l’impression qu’un semi-remorque était passé sur sa poitrine. Sa respiration était sifflante. Il entendit des pas précipités venant de plus loin, et puis plus rien. Il avait perdu connaissance.

LOGO PHOENIX copie

<- Chapitre précédent                                              Chapitre suivant ->

4 Comments

  1. Corrections :
    “pour la jeune femme qui comptant bien se rendre à Phoenix.”
    -> comptait

    “Car les Moonshade étaient craint”
    -> craints

    “à relire les rapports officiels que son père consentaient à lui donner”
    -> consentait

    “Soit disponible, présent et présentable ”
    -> Sois

    “se servant de ses sens aiguisés pour retrouver la voix qu’il avait entendu pendant plus d’une demi-heure.”
    -> qu’il avait entendue

    “Et avec le manque d’oxygène que l’explosion avait brûlé, Sean crut sa dernière heure arriver, à nouveau.”
    -> arrivée

    Le suspense est “insoutenible” comme on dit chez moi. 😉
    Décidément, les ennemis de nos deux tourtereaux ont des moyens puissants pour essayer de les réduire à néant ! Et dans les deux cas, des histoires d’argent…
    Je préfère les secrets d’état, c’est plus chic, mais souvent, l’argent et le pouvoir sont liés, n’est-ce pas ? ^^

    • Vyrhelle

      15 juin 2016 at 0 h 21 min

      Ah, ils sont encore jeunes et au début des intrigues. Je peux déjà dire sans spoiler que l’argent n’a rien à voir avec tout çaaaaa … mais ils ne le savent juste pas encore 😛

      ( par contre, pour la dernière correction, je ne comprends pas pourquoi mettre un adjectif plutôt qu’un verbe à l’infinitif )

      • Bon, de toute façon, l’argent est toujours un prétexte de façade. Les gens intéressants ne se préoccupent pas de ces détails. 😉

        Pour “aller” : en fait l’expression “croire sa dernière heure arrivée” est une vieille expression de la langue française, dans laquelle il faut sous-entendre une subordonnée : “croire que sa dernière heure est arrivée”. Une des curiosités de la langue, une construction particulière au verbe croire. Par exemple ça marche aussi avec : “croire sa dernière heure venue”, pas “venir”. Je ne sais pas si je suis claire ?

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

© 2018 Le temps d'un tango

Theme by Anders NorenUp ↑