Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

12 février 978

( avertissement : texte et illustration pour public adulte !! )

Les jours suivants ne furent emplis que d’entraînements et de codes frustrants, alors que la grille trouvée avec Leslie ne donnait plus rien et que son ami Joey n’avait pas encore le temps de s’y intéresser. Célia était sur le Front depuis presque un mois, et se cassait la tête sur les codes depuis une semaine, quand Fred exigea qu’elle fasse enfin une vraie pause. Il l’emmena tirer toute la journée, plaisanta avec elle en nettoyant leurs armes, extorqua un dessert de plus à l’intendance. Lors de sa méditation du soir, elle réussit même à améliorer d’un Rang sa maîtrise de l’Héritage Lo’kindjaleph, pouvant admirer des griffes à la place de ses ongles. Du coup, elle se coucha plus détendue qu’elle ne l’avait été depuis des jours et des jours et s’endormit sans mal… pour se retrouver dans un rêve au réalisme très prononcé. Une chambre dans la pénombre, ressemblant en plus moderne à la chambre d’hôtel où Sean et elle s’étaient aimés pour la première fois, un vaste lit aux draps rouge sombre où elle était allongée… Allongée entièrement nue, les poignets retenus au montant du lit par des liens de cuir.

Bonsoir, ma Célia… ronronna un Sean sortant de l’ombre, vêtu juste d’un jean bas sur les hanches, avançant vers elle avec l’air d’un prédateur.

D’abord peu ravie de se retrouver en situation de faiblesse sur ce lit, elle avait commencé par tirer sur les liens. Mais quand elle vit Sean apparaître, elle haussa un sourcil.

Oook, là, je suis vraiment, mais alors vraiment en manque… dit-elle en regardant son Shaïness s’approcher, se mordant déjà la lèvre inférieure.

Sean monta sur le lit, s’agenouillant entre ses cuisses.

Laisse-moi t’aider à te détendre un peu… dit-il, son regard brûlant, avant de se pencher et de l’embrasser longuement, ses mains frôlant sa peau.

C’était très réel, délicieusement réel, mais ça ne pouvait être qu’un rêve : l’Art d’Apparition de la Conscience était exclusivement Elam Evir. Mais qui s’en préoccupait vraiment ? Célia avait tout sauf envie de se poser des questions. La situation lui plaisait, son Sean était là, et la suite s’engageait sur une voie particulièrement prometteuse.

Je veux des rêves comme ça plus souvent… réussit-elle à glisser entre deux baisers passionnés du Shaïness. Surtout ne t’arrête pas…

Sean sourit contre ses lèvres.

Je ne fais que commencer, ma belle Elam Evir. Tu te réveilleras plus épuisée qu’en t’endormant, promit-il d’une voix sulfureuse.

Il l’embrassa encore, puis descendit sur sa gorge, ses clavicules, sa poitrine, son ventre, jusqu’à ce qu’elle se torde de plaisir sans être comblée, ne pouvant rien faire, les jambes elles aussi retenues par des liens. Sean jouait avec son corps et ses réactions comme un musicien avec son instrument favori. Elle se sentait s’enflammer, devenir brûlante sous ses attentions. Elle s’entendait gémir, soupirer et inspirer bruyamment, laissant son corps se cambrer et se tordre sous les sensations. C’était un rêve tout ce qu’il y avait de plus charnel et Célia en avait l’esprit fiévreux. Elle était certaine de ne rien maîtriser, mais ça lui importait peu, sa résistance inutile ne lui donnait que d’avantage de sensations.

Seaaan, cria-t-elle quand une vague de plaisir pur la fit frissonner.

Sean sourit contre sa peau et ajouta un petit coup de dents taquin avant de remonter le long de son corps pour venir l’embrasser lentement.

Je vais te faire soupirer, gémir, crier de plaisir, ma Célia, juste avec mes lèvres et mes mains… promit-il contre ses lèvres, traçant des arabesques sur les parties de sa peau qui la faisaient toujours frissonner. Et quand tu n’en pourras plus, quand tout ton corps sera au bord du gouffre, hyper-sensible et réactif, alors seulement je passerai à la suite, encore et encore, jusqu’à ce que tu en perdes l’esprit…

Entre ses jambes, le grain épais du jean qu’il portait apportait juste assez de friction pour la frustrer, lui promettant plus sans rien donner.

Douce… torture… laissa-t-elle échapper, alors qu’elle tirait sur ses liens, non pas pour s’en délivrer, mais pour pouvoir mordre son tortionnaire. Le mordre, l’embrasser et le dévorer entièrement.

Il savait la rendre folle de lui et le faire alors qu’elle était limitée dans ses mouvements était juste assez frustrant pour qu’elle soit plus ardente que jamais. Son corps entier était tendu, nerveux et sensible, mais cela se trahissait surtout dans ses mains et ses pieds crispés, les muscles de son cou étirés par sa tête jetée en arrière. Ses lèvres qu’elle mordait et sa langue qu’elle y passait tour à tour. Son bassin était collé à celui de Sean et se mouvait sous l’indécence du moment.

Pourquoi faut-il que ce ne soit qu’un rêve… Oh Sean, j’ai tellement envie de toi. Contre moi, sur moi… En moi. Prends-moi, fais-moi tienne encore et encore. Fais-moi mal. Je ne veux plus me réveiller sans te sentir sur ma peau. Tes mains, tes lèvres, ton corps entier me manquent tellement… Et ta voix, ton visage, ta présence… J’ai besoin de ton ombre sur moi… Sean…

Sean se pressa contre elle, ses doigts laissant des traînées de feu sur la peau de l’Elam Evir.

Si je t’avais contre moi chaque jour, ma Célia, je te garderais ainsi enchaînée à un lit et je ne quitterais plus jamais notre chambre, je te ferais l’amour encore et encore jusqu’à ce que tu t’évanouisses…

Il glissa sa main entre leurs corps, lui électrifiant les sens.

Je ne veux plus me passer de toi, mon ivresse, ma drogue…

Célia n’en gémit que d’avantage mais secoua la tête comme pour protester.

Sean, ne m’empêche pas de pouvoir bouger à mon tour. Laisse-moi pouvoir te rendre ce que tu me donnes.

Elle frémit sous une caresse plus osée qui lui fit perdre une partie de la raison et la laissa haletante. Pourtant, elle s’accrocha à ses liens et tira dessus de toutes ses forces.

C’est trop frustrant ne pas pouvoir le faire, bredouilla-t-elle. Les liens qui m’enchaînent à toi ne sont pas de cuir… Et ils sont plus solides encore que ceux-ci…

Elle redressa la tête pour pouvoir le regarder malgré son corps qui ne lui répondait presque plus.

Fais-moi l’amour jusqu’à ce que j’en perde connaissance, aime-moi à m’en étouffer. Mais laisse-moi te donner aussi ce que mon cœur et mon corps veulent pour toi, mon amour, mon obsession, mon Démon …

Sean l’embrassa à lui en faire perdre le souffle.

Pas tout de suite, ma flamme, mon impatiente Célia. As-tu idée de ce que tu me fais, offerte comme ça, à ma merci, soupirante, demandant plus sans pouvoir le prendre ? Tu vas me rendre fou et je te rends la courtoisie.

Il tint parole, poussant son corps jusqu’au bout de l’acceptable. Célia tremblait, les nerfs en feu, le plaisir la rendant presque délirante et Sean n’avait toujours. Pas. Enlevé. Son jean !

Supplie-moi, love… dis-moi ce que tu veux… dit-il contre ses lèvres, pressant sa jambe contre elle.

Elle n’arrivait plus à avoir de pensée cohérente. Elle était complètement perdue dans les nuées du plaisir et les frissons irrépressibles de chaque contact tactile qu’elle ressentait, aussi bien du corps de Sean que du lit sous elle.

Je… Sean… Toi… balbutia-t-elle entre deux halètements bruyants. Prends… Moi ! Prends !

Elle se cambra de plus belle, son sexe contre le jean rêche et ses seins écrasés sur le torse noueux et musculeux de Sean. Elle tenait sur ses épaules crispées, sur les poignets meurtris et ses talons plantés dans le matelas. Le reste n’était qu’un cri de désir inassouvi.

La beauté du rêve permit au jean de disparaître sans que Sean n’ait à se séparer d’elle et ils furent bientôt unis, Sean enfin en elle, donnant de puissants coups de reins, cessant enfin de ralentir dès que le plaisir augmentait trop, lui permettant d’atteindre enfin un orgasme qu’il lui refusait depuis une éternité.

Crie pour moi, Célia, je veux t’entendre jusqu’à Phoenix… gronda-t-il en appuyant son pouce sur la boule de nerfs enflammés juste à la jonction de leurs deux corps. Jouis juste pour moi…

Il n’eut pas à attendre longtemps pour être exaucé. Célia s’abandonna totalement, hurlant son plaisir à s’en briser les cordes vocales à chacun de ses coups de reins, à chacun de ses mouvements. Et lorsque l’orgasme l’emporta vers ce lieu de ténèbres lumineuses, elle n’était qu’un immense frisson, glacé puis brûlant, un pauvre corps flottant pris dans une lame de fond qui la submergea des pieds à la tête. Son cri se perdit dans un appel muet alors que son corps avait dépassé ses propres limites.

Quand elle retomba sur le lit, elle n’était pas sûre de ne pas avoir perdu connaissance, ne comprenait plus rien, sinon que les draps sous elle étaient frais, presque froids, mais que c’était agréable. Elle sentit les liens de cuir disparaître alors que Sean l’attirait à lui, alors qu’elle se sentait bien incapable de faire un seul geste.

Tu es si belle, mon amour, souffla Sean en embrassant sa tempe.

Ouvrant des paupières lourdes, elle réussit l’exploit de lever assez le menton pour offrir un léger sourire épuisé vers son bourreau.

Et à toi, corps et âmes, souffla-t-elle du peu de voix qu’il lui restait. Que ce rêve ne s’arrête plus… jamais… sinon pour me réveiller… contre toi.

Les mots de Sean lui brûlèrent les lèvres mais, plutôt que d’admettre que ce n’était pas complètement un rêve, il l’embrassa lentement, longtemps, assez pour qu’une ère se termine et qu’une autre commence et qu’il soit encore là à l’embrasser.

Réveille-toi, ma Célia, le jour se lève… tu dois encore m’échapper un peu, mais ce n’est que pour un temps, promit-il, glissant sa main contre ses formes. Je t’aime.
Je ne veux pas me réveiller… Retiens-moi encore dans cette chambre. Enchaîne-moi à toi.

Elle se serrait contre lui, refusant de le lâcher, aimant toujours plus tous ses aspects, du plus lumineux au plus sombre. Elle n’avait jamais imaginé aimer à ce point.

Oh Sean, je t’aime tellement, admit-elle en plongeant son visage dans son cou, presque honteuse d’être aussi dépendante de lui.

Sean lui caressa le dos.

Souviens-toi, ma Célia, une simple parenthèse… quand tu reviendras, on ne quittera plus mon appartement pendant des jours, jura-t-il.

Elle se sentit glisser hors du rêve, alors que les bruits du monde ordinaire lui parvenaient doucement et qu’un vent désagréable lui gelait les pieds : le drap avait encore dû glisser et lui laissait les orteils à l’air.

A très vite, ma belle Elam Evir, souffla Sean avant qu’elle ne se réveille.
J’veux pas, furent les premiers mots qu’elle marmonna du fond de son lit.

Non, elle n’avait pas envie de se réveiller. Elle était bien où elle était et le lit d’un campement militaire était loin d’être le lieu idéal pour n’avoir aucun regret quant au rêve de sa nuit. Et puis, elle avait froid. A quoi servait donc cette fichue couverture verdâtre, râpeuse et difforme, si elle ne tenait même pas chaud ? Frissonnante, Célia se résigna à se redresser dans son lit, fourrageant sa tignasse en bataille et se sentant plus fatiguée encore qu’en allant se coucher.

Très ironique ça… murmura-t-elle en maugréant à moitié.

Elle s’étira pour essayer de récupérer un dos à peu près utilisable. Elle vit très vite le grand sourire de Mia, assise sur le lit en face du sien.

Helloooo, beauté. Bien dormiii ? demanda la Shaïness avec le sourire du chat qui a choppé le canari.

Célia tourna un œil un peu morne vers elle.

Salut Mia, réussit à prononcer l’Elam Evir sans trop de mal. Bien dormi ? Je te dirai ça quand j’aurai un peu moins mal partout…

Mia ricana.

Tuuuu m’étonnes !

Leslie éclata de rire en passant pour atteindre le miroir installé au fond de la tente.

C’est pas commun, Sean, comme prénom pour un Elam Evir…

Célia haussa un sourcil, ou du moins essaya, ce qui donna une grimace assez comique.

Mais Sean n’est pas Elam Evir. Il est Shaïn… et que… d’où vous connaissez Sean ? demanda la jeune femme tout à coup beaucoup moins ensommeillée.

Il y eut un silence puis Mia éclata de rire.

Ouuuh, je veux savoir ce que tu as pris avant de dormir, ma belle, ça avait l’air hot hot hot !

Tu as fait… un peu de bruit, admit Qi Lin en finissant son chignon. Rien de très compromettant, mais assez pour qu’on devine ce à quoi tu rêvais.

Présente-le, si t’es pas jalouse ! dit Leslie. Il a l’air de tenir le coup touuuute la nuit !

Célia devint automatiquement cramoisie, à en faire pâlir le roux de ses cheveux. Elle ramassa ce qui restait de son lit, du moins ce qui avait survécu à son “rêve” et tenta de se cacher derrière.

Non, il n’est pas disponible ! lança-t-elle finalement, avec assez de nervosité dans la voix pour que l’on comprenne que son agressivité venait de sa gêne. Il est à moi, c’est tout, dit-elle plus bas avec une intonation de petite fille.
Dommaaage, chantonna Leslie.
T’en fais pas, ma belle, y’a pas de honte, ce genre de rêve, ça arrive à tout le monde. Mais il avait l’air d’être de toute première qualité… sourit Mia. Tu veux pas raconter, hein ?

Célia secoua la tête de gauche à droite assez énergiquement. Ce qui fut une réponse assez explicite. Puis elle enfouit à nouveau son nez dans le drap qu’elle serrait toujours contre elle.

– … je l’ai pas revu depuis que je suis venue ici… et il me manque… beaucoup, avoua-t-elle.
On a entendu ça, ricana Mia.
Allez, on va venir à bout de ces codes et ensuite tu pourras prendre une perm’ et retourner le voir, dit Leslie. Je vais aller houspiller Joey, qu’il trouve du temps.

Célia regarda Leslie avec gratitude puis écarquilla les yeux.

Vous ne direz rien à personne, hein ? les supplia-t-elle. Surtout ne dites rien à Frédéric. Il connaît Sean et j’ai pas fini d’en entendre parler…

Mia écarquilla les yeux.

Quoi ? Ça va pas non ? On te charrie, Célia, mais ça reste entre nous, pourquoi est-ce qu’on irait crier ça partout ?

Leslie sourit.

T’en fais pas, solidarité féminine, ma belle.
Désolée, je n’ai pas l’habitude qu’on n’utilise pas mes faiblesses contre moi… Comme à l’Académie.

Elle n’en dit pas plus à ce sujet, mais une Haute-Noble qui n’avait aucun ami d’Académie, c’était assez révélateur de ce qu’elle avait dû y endurer. Avoir un nom trop connu d’une famille sur le déclin, d’un rang élevé mais sans véritable force politique, ça n’était pas un avantage. Surtout quand on était une adolescente impulsive et une forte tête inadaptée au système scolaire…

Merci d’être aussi gentilles, dit-elle d’un ton plus timide.

Puis, comme ne voulant pas montrer davantage ses failles, elle se leva d’un bon et se mit en quête de ses affaires.

Il y a quoi au programme aujourd’hui ? réussit-elle à demander sans trop grimacer, malgré ses muscles endoloris.

Le programme fut semblable aux autres jours : entraînement, tir, corvées et décodage pour Célia qui, n’étant pas militaire à strictement parler, échappait à certains désagréments. Même si se casser le cerveau sur une grille de codage qui refusait d’apparaître était loin d’être agréable. Elle en était à trois heures de recherches infructueuses quand elle en eut marre et abandonna ses dossiers pour prendre une feuille vierge. Après cette journée de recul par rapport à sa nuit, elle put se permettre d’écrire une lettre à Sean, sans en rougir à la moindre phrase. Même si l’évocation du rêve, très succincte pourtant, ne manqua pas de lui colorer les joues. Mais elle avait envie de communiquer avec lui, autrement que par rêve interposé. Mais surtout, elle avait pris une décision dont elle voulait lui faire part : L’attente était visiblement trop longue, à en faire des rêves inracontables, donc dès qu’elle aurait la réponse de l’ami de Leslie, que le code soit craqué ou non, elle viendrait à Phoenix. Sa lettre terminée, elle la glissa dans une enveloppe avec la simple indication “Pour Sean”. Qu’elle glissa dans une autre enveloppe adressée à Rayleigh Shaïness, DJ au bar des Aurores d’Acier, à Phoenix, avec “la petite rousse” en nom d’expéditeur. De quoi s’assurer que Sean recevrait bien cette nouvelle lettre qui lui apportait de très bonnes nouvelles.

LOGO PHOENIX copie

16 février 978

Elle dut se montrer encore patiente durant deux jours avant que Joey ne lui apporte enfin non pas une mais trois grilles.

Une vraie p’tite saloperie, votre code, dit-il à l’Elam Evir. Vos deux pistes étaient bonnes, les paragraphes alternent entre deux codes, selon la première lettre. Et une fois ça décodé, ça veut toujours rien dire, il y a une troisième grille pour tout lire.
Merci Joey, je te revaudrai ça !

Célia observa alors les grilles avec quelque chose de frénétique dans les gestes et ni une ni deux, s’installa pour traduire le premier dossier qu’elle avait sous la main. Elle se mit à traduire la page de couverture, espérant des noms et elle en eut. Généralement précédés de grades, indiquant des militaires, ou plus probablement, les paramilitaires de Rhodes, ils indiquaient qui avait fait la mission et qui avait écrit le rapport. Et elle en avait trente, des comme ça, en sachant qu’une page lui prenait presque une heure à retranscrire. Aaah, la paperasse. Pourtant elle s’acharna, comme elle le faisait souvent quand elle sentait qu’elle était proche de trouver enfin quelque chose. Mais elle prit le problème dans un autre sens. A partir du code, elle écrivit “Trapeglace”, “Avonis” et “assassinat”. Et elle se mit à parcourir les dossiers pour retrouver une trace de ces trois mots. Elle trouva le premier et le troisième dans plus d’un dossier, mais jamais le second, et fut interrompue avant d’aller jusqu’au bout de sa recherche.

CORDELIAAAAMARIS !  brailla Frédéric dans son oreille.

Visiblement, il essayait de l’appeler depuis dix bonnes minutes. Le poing faillit partir tout seul, mais elle arrêta son geste un peu avant le visage du Khyan.

Quoi ?!

Frédéric déglutit en voyant les doigts de Célia d’aussi près.

Ok. Donc, dix minutes que j’essaye de te dire que j’ai une perm’ maintenant au lieu du mois prochain à cause d’un changement de planning ou je sais pas quoi. Eagle vient de me prévenir. Du coup, tu rentres avec moi ? Tu as l’air d’avoir ton code, tu peux décoder aussi bien à Phoenix…

Les yeux de Célia s’arrondirent.

C’est vrai ?!

Elle se leva alors et commença à ressembler les dossiers.

Oui, bien sûr que je peux continuer à Phoenix. C’est… Oui, on peut partir ensemble. Maintenant ?
Maintenant, oui, confirma-t-il avec empressement. Y’a dix minutes, on avait un peu de temps, là, faut se magner, y’a un transporteur qui décolle bientôt.

Célia bondit de sa chaise.

Tu pouvais pas le dire avant ?!

Elle fila comme une furie vers ses affaires, plongeant par-dessus son lit pour récupérer un sac qu’elle garda vide, prit son étui à fusil, le petit écrin de son opale de feu qu’elle glissa dans une poche et elle était déjà à nouveau vers Fred à ramasser les dossiers et les mettre dans son sac vide. Dans ses affaires, aucun vêtement ni nécessaire de toilette. Frédéric ne vit pas le problème, elle était riche, elle pourrait tout acheter à Phoenix, alleeeez, Célia, magne, j’veux rentrer ! Elle le regarda trépigner et réalisa qu’elle ne valait guère mieux. Sac jeté sur l’épaule, elle le poussa dehors.

On y va, passe devant et guide-nous loin d’ici !!
C’parti !!! lança-t-il à tue-tête.

Ils attrapèrent le transporteur in extremis et trois heures plus tard, ils étaient à Phoenix, deux silhouettes anonymes sur le tarmac de l’Aérofaille.

… On va chez Sean ? Parce que j’ai pas envie d’aller à l’hôtel, en fait, dit Fred.

Célia secoua la tête.

Si tu parles de la demeure Moonshade, oublie, il n’y sera pas. Il a son propre appartement maintenant, mais je n’ai pas l’adresse. Mais viens, je sais comment le contacter.

Elle s’engagea alors vers le quartier touristique de la ville, visiblement pas dérangée par le fait de marcher en tenue militaire au milieu des gens. Après trois heures de transporteur, s’aérer la tête était nécessaire. Ils se retrouvèrent devant le bar des Aurores d’Acier et Célia entra sans hésiter. Fred siffla.

Ouaiiiiis, bonjour vous, dit-il devant l’ambiance du bar.

Le barman repéra Célia assez vite – on ne l’oubliait pas, même si elle avait été moins rousse lors de sa première venue.

Hey beauté ! Tu viens voir Ray ou c’est juste pour le plaisir ?

Célia s’approcha du bar et s’y installa.

Un peu des deux. Je cherche Ray, mais je dois bien pouvoir prendre un verre ou deux.

Elle se tourna vers Frédéric.

D’ailleurs, Fred, si tu veux quelque chose, je t’offre la première tournée.

Fred commanda et se tourna vers Célia en souriant.

Que la première ? T’es devenue radine dans le transporteur entre “tous les restos que tu veux” et “une tournée” ? plaisanta-t-il.
– … j’ai parlé de resto à volonté, pas de bar ! contra la jeune femme en détachant ses cheveux dans un soulagement évident.

Le barman fit signe à Ray qu’il y avait du monde pour lui mais le DJ était en pleine session et ils durent attendre un peu que la foule se calme.

Yo, rouquine ! sourit le Shaïness en les rejoignant finalement.
…Grand, décida Fred en se retrouvant nez à nez avec des pectoraux alors que le Khyan était lui-même très loin d’être petit.

Célia se leva et alla faire une bise au effectivement très grand Shaïness.

Salut Ray, tu as l’air de te porter toujours aussi bien. Je t’offre un truc à boire ?

Ray sourit.

T’inquiète, l’avantage d’être DJ ici, c’est que j’ai les conso gratuites.

Il s’enfila les trois bouteilles d’eau traditionnelles de la fin d’un mix et sourit.

Enfin rentrée alors ? Y’en a un qui va être content.

Célia eut un sourire équivoque.

Oui, rentrée et j’ai hâte de le voir. Reste que c’est quelqu’un de prudent. Je ne sais pas où le trouver. Je me suis dit que tu devais le savoir mieux que personne.

Rayleigh hocha la tête.

Yup, bouge pas, je te file l’adresse…

Il prit une serviette en papier et d’un marqueur fluo, lui donna de quoi retrouver Sean.

Voilà. Tu restes un peu ou tu files voir ton homme ?
Si elle file, c’est moi qui reste, mes yeux n’ont pas besoin de voir leurs retrouvailles, ricana Fred.

Du coup, en guise de réponse, Fred eut droit à un bisou sur la joue et à une rouquine qui fila sans demander son reste. Elle avait quand même laissé sur la table de quoi permettre à son ami de passer une bonne soirée aux frais de la “princesse”.

Elle se retrouva donc dans les rues de Phoenix, l’adresse entre les mains et hélant un taxi pour aller plus vite. Dans un accès de prudence qu’elle ne trouvait pas ridicule, elle ne donna pas l’adresse exacte au chauffeur et le taxi la déposa à plusieurs numéros de celle de Sean. Quelques mètres à pied et elle fut bientôt devant la porte d’entrée. Elle n’eut pas le temps de sonner. Sean était au balcon, et l’avait vue arriver, alors plutôt que d’attendre, il avait sauté par-dessus la rambarde et, merci Cosmos, une technique symbiotique rendant invulnérable pendant une fraction de seconde, avait atterri en déformant le trottoir sous l’impact pour arriver sans mal juste à côté de Célia. Elle se retrouva aussitôt après le dos contre la porte d’entrée de l’immeuble, un Shaïness lové à elle, l’embrassant à perdre le souffle sans lui laisser dire un mot. Célia le lui rendit bien. Elle lui avait vite agrippé la nuque d’une main, trouvé son dos et maltraitait sa chemise de l’autre, alors qu’il ne fallut guère plus de temps pour que ses jambes viennent s’enrouler autour de sa taille, dans un petit élan plutôt technique qui n’avait même pas stoppé leur baiser. Rien ne laissait envisager qu’ils s’arrêtent de si tôt. Fred avait très bien fait de ne pas venir…

Sean était bien parti pour continuer sur leur lancée mais, depuis deux mois, il était devenu un peu trop paranoïaque pour rester dehors et mettre Célia en danger, aussi ouvrit-il la porte, récupéra son bagage d’une main, le tout sans la lâcher, la déloger ou cesser le baiser. Et, heureusement, il y avait un ascenseur plutôt que de devoir affronter les escaliers. Le seul petit souci de l’ascenseur sur les escaliers, certes plus adaptés pour une catégorie artistique de ce qu’ils étaient bien partis pour faire, c’est que l’ascenseur avait un bouton d’arrêt d’urgence et il était évident pour Célia, que là, il y avait urgence. Elle bloqua l’ascenseur avant même le premier étage.

Sean avait découvert un autre détail merveilleux de l’ascenseur : le miroir. Célia se retrouva face à la glace, Sean la regardant par son intermédiaire, ravi de la voir aussi débraillée -et lui avec- ses bras levés pour s’enrouler autour de sa nuque et ses mains ouvrant l’uniforme militaire de l’Elam Evir. Elle en eut un léger rougissement de joues de se voir réellement impudique comme elle pouvait l’être avec lui, mais le réalisant pleinement face à ce miroir, et adorant ça. Elle resta à le regarder ôter un à un les quelques vêtements qu’elle portait, ayant pour sa part, trouver intéressant de laisser ses mains descendre vers un certain jean qui l’avait apparemment fait fantasmer assez pour en crier de plaisir une certaine nuit au camp. Dès qu’elle posa les mains sur lui, il perdit le peu de contrôle qu’il lui restait. Tant pis pour la vieille femme du sixième étage qui avait besoin de l’ascenseur. Tant pis pour l’Elam Evir du quatrième et sa jambe dans le plâtre. L’ascenseur était occupé.

Un peu après, alors que le miroir était embué et que Sean n’avait trouvé la force que de remettre son jean et rien d’autre, il lui caressa le dos, la gardant lovée contre lui.

C’était un bonsoir très enthousiaste… sourit-il. Je t’ai vue arriver et je n’ai pas résisté.

Célia, ronronnant comme un chat repu, rajusta sa position contre la sienne.

Il ne faut pas résister à ce genre d’envie, mon amour, glissa-t-elle en même temps qu’un souffle chaud dans son cou. Deux mois… elle était trop longue cette parenthèse.

Elle ferma les yeux, tirant ses vêtements sur elle, pour tromper le froid qui essayait de lui coller à la peau. Elle passa ses bras autour de son cou.

Porte-moi jusque chez nous…

Sean sourit, l’enveloppant dans sa chemise et appuyant sur le bouton du huitième.

Chez nous… répéta-t-il doucement.

Il avait soudainement une nouvelle appréciation pour son appartement qu’il aimait déjà beaucoup. Et, après tout, il l’avait pris au dernier étage pour une raison : même si on ne voyait pas toute la ville et que les nuages étaient encore loin, il avait quand même un peu de vue.

Sean souleva Célia dans ses bras juste avant que les portes de l’ascenseur ne s’ouvrent, leurs vêtements sous le coude, et se rendit jusqu’à son… leur appartement. Les clés étaient à l’intérieur, mais il était Shaïness, utiliser son Héritage pour déverrouiller la serrure lui prit à peine quelques secondes.

Bienvenue chez nous, sourit-il en allant jusqu’au salon.

Une pièce dans les noirs, blancs et gris… et un grand canapé rouge sombre. Célia observa l’endroit depuis les bras de Sean et n’arrêta jamais de sourire. Elle était curieuse du lieu, mais plus ils s’avançaient, plus elle en revint à son Shaïness. Elle était bientôt ses yeux dans les siens, au milieu de ce nouvel endroit qui ne serait qu’à eux.

Ça te ressemble beaucoup plus, love. Vraiment beaucoup plus.
Et pourtant, c’est toi que j’avais à l’esprit en achetant les meubles, confessa-t-il dans un sourire.

Pas en choisissant d’acheter l’appartement lui-même, là, ça avait été un choix pour la survie. Mais le reste, elle n’avait pas quitté ses pensées. Surtout depuis qu’elle avait utilisé son Art… Il lui montrerait le bureau et la salle de bain plus tard : il avait une chambre qui n’attendait qu’elle. Et la chambre était dans les mêmes teintes neutres mais le lit… Le lit était grand, voluptueux, aux draps de satin rouge… et ressemblait exactement à celui de son rêve. Célia en resta plus que dubitative. Observant l’endroit, elle se montra tout à coup plus mesurée dans son enthousiasme. Plus perplexe en tout cas, n’osant s’approcher des draps qui n’avaient absolument rien d’innocents à ses yeux.

Sean… Ce lit… Je l’ai déjà vu…

Sean l’enlaça et lui mordilla l’oreille.

Mmmh ? J’ai acheté les draps après ton petit… résumé… dit-il.

Peut-être qu’il n’avait pas pensé à ce détail en utilisant l’Art, mais pourquoi lui aurait-il fait l’amour ailleurs que dans son lit ? Les souvenirs de Célia pliante sous ses doigts faisaient qu’il n’achetait plus QUE des draps de ce type-là ; et remettait souvent le même jean. Elle restait quand même perplexe. Elle n’avait pas été aussi loin dans les détails de sa lettre. En particulier sur une chose bien précise.

Je n’ai jamais dit dans ma lettre qu’ils étaient rouges…

Sean rit contre sa nuque.

Et de quelle autre couleur auraient-ils été ? s’amusa-t-il. On parle de toi. Et de nous…

Ça devenait difficile de réfléchir et s’inquiéter quand il recommençait à avoir les mains baladeuses. Elle se laissa convaincre, comme à chaque fois qu’il était question de lui. Ils venaient de faire l’amour dans l’ascenseur et remettre ça ne semblait pas poser le moindre problème à la belle Elam Evir. Surtout à la vue de ces draps qui réveillaient à présent des souvenirs de rêve particulièrement… puissants.

J’en veux encore, Sean. Aime-moi, encore. Je veux m’écrouler de fatigue entre tes bras.

Sean la déposa doucement sur les draps et l’y rejoignit.

Tes désirs sont des ordres, Célia. Toujours.

Ils y étaient encore – ah, les Hauts Nobles et l’endurance – quand on frappa à la porte d’entrée de l’appartement.

Piiiitiiiié, arrêtez-vous dix minutes, j’suis bourré et crevé, j’veux juste squatter le canap’ !! implora Fred depuis le couloir.

Célia mit une bonne poignée de secondes à réaliser qu’elle n’avait pas affabulé la voix du Khyan. Elle posa ses doigts sur les lèvres de Sean et soupira.

Je vais lui ouvrir. Ça serait cruel de le laisser à la porte.

Sean soupira.

La chambre d’amis est face au canapé, marmonna-t-il.

Et pourquoi il était là, le Frédéric ? Célia eut un sourire en coin de voir Sean bougon. Elle l’embrassa doucement.

En fait, je ne suis pas contre une petite pause. Manger un morceau, boire quelque chose de chaud… Je n’ai pas mangé depuis ce matin, avoua-t-elle.

Elle roula lentement hors du lit et attrapa la chemise de Sean pour se rendre décente. Puis elle se pencha vers lui et embrassa sa nuque.

Rejoins-moi, si tu t’en sens le courage. Sinon, je reviens vite.

Elle quitta la chambre à pas feutrés pour aller ouvrir à Frédéric qui comatait à moitié contre l’un des montants de la porte.

Allez, gros malin, entre donc, Sean dit qu’il a une chambre d’ami qui sera mieux que le canapé.

Fred eut un moment d’absence en l’observant, vêtue uniquement de ce qu’il devinait être une chemise de Sean. Il ne se tira de sa contemplation que lorsque ledit Sean enlaça Célia par derrière, juste vêtu d’un jean.

Limite… z’êtes plus indécents qu’si vous étiez à poil… dit Fred. J’veux la pièce la plus loin d’vot’ chambre.

Célia, sans bouger des bras de Sean, leva un pouce en direction de la porte de la chambre d’ami.

Par ici, champion. Et si le bruit te dérange, tu peux toujours aller dormir sur le balcon, hein?

Puis elle leva le nez vers Sean.

Mais, pour ma part, je vais manger un morceau. Il y a quelque chose dans les placards ?
Laisse-moi te cuisiner quelque chose ? demanda-t-il en souriant.

Fred grimaça.

La règle dit “pas de cochoncetés là où qu’on mange” !

Il tituba jusqu’à la chambre d’amis et s’affala sur le lit qui s’y trouvait, commençant à ronfler juste après. Célia le regarda aller finir sa nuit puis entraîna Sean après elle, fermant au passage la porte de la chambre d’ami. Juste au cas où.

Tu peux toujours essayer, et si vraiment c’est raté, je me contenterai d’un peu de pain beurré et d’un café, va.

Sean l’embrassa.

J’ai appris, dit-il. Je ne pouvais pas vivre de plats tout prêts…

D’abord, parce que c’était immonde, ensuite parce que s’il prenait des habitudes, il serait plus facile à retrouver. Assez vite, il fit cuire du bacon, deux œufs qu’il posa sur deux muffins toastés et qu’il nappa d’une sauce récupérée dans son frigo et juste réchauffée. Un petit déjeuner typique de certains Shaïness. Pendant ce temps, Célia n’en avait pas démordu de la nécessité d’un café et il filtrait doucement quand elle revint vers Sean qui terminait de son côté. Elle avait son menton posé sur son épaule et les bras autour de son torse pour ne pas gêner ses mouvements.

Ça sent bon, mais je crois que je n’ai jamais mangé ce genre de chose. Tu la sors d’où cette recette ?

Sean sourit en arrangeant les assiettes.

J’ai pris un professeur, admit-il. Il est assez… exigeant. Je n’en suis qu’aux petits déjeuners et, quand il estimera que je maîtrise ceux de toutes les cultures de toutes les Maisons, on passera aux plats.

Célia alla s’installer au bar de la cuisine et s’accouda devant l’une des assiettes.

Mais c’est que c’est très intéressant ça… Ma mère avait raison, en fait, c’est bien toi qui essayes de me garder en flattant mon estomac.

Ce qui était plus qu’ironique quand on savait que jusque là, c’était bien d’autres choses qui la rendaient déjà complètement dingue de son Shaïness. Sean eut un mince sourire.

C’est sûrement ça… Comment va-t-elle ? demanda-t-il en posant les assiettes à table.

Vu que cela ne fit pas s’affadir le sourire de Célia, il eut déjà une partie de sa réponse.

Aussi bien que possible. Nathan me tient régulièrement au courant mais parfois c’est difficile à gérer quand même. Plus pour lui que pour moi, en tout cas. Elle le prend souvent pour notre père, ou elle croit qu’on est encore enfants. Et puis par moments, elle est elle-même, et on peut même discuter avec beaucoup de sérieux avec elle.

Elle soupira mais conserva son sourire, même s’il était plus doux que franc.

Sa santé lui permet d’être chez elle et c’est le plus important.

Sean opina, sortant une bouteille de jus de fruits du frigo avant de s’attabler avec elle.

Oui.

Il savait qu’il devrait lui dire d’aller la voir avant qu’il ne soit trop tard mais, égoïstement, il voulait la garder avec lui maintenant qu’elle venait tout juste d’arriver.

Dis-moi si c’est réussi, ou si c’est raté, tu es la première en dehors de moi ou de mon professeur à goûter ma cuisine.

Célia saisit alors sa fourchette mais pointa la cafetière avec son couvert.

Je goûte si j’ai mon café en échange.

Mais plus taquine qu’autre chose, elle s’intéressa à son plat et l’apprécia visiblement.

Hum, c’est bon, dit-elle la bouche encore pleine. Très bon même.

Elle enfourna une autre bouchée, se rendant réellement compte à quel point elle était affamée. Et piqua le verre de jus de fruit de Sean pour faire bonne mesure.

Je confirme, tu as fait des progrès ! Vivement que tu passes aux déjeuners et dîners, moi je dis !
Et moi donc. Certains petits-déjeuners Ven’Sakuraï ou As’Corvaz ressemblent presque à des déjeuners, mais j’ai hâte d’en découvrir plus.

Il tendit le bras pour passer un doigt le long de l’épaule de Célia.

J’ai fait mon tour en circuit, tu sais ? C’était très agréable.

Célia avala un peu rond ce qu’elle avait en bouche et regarda Sean avec cette expression candide qui lui illuminait le visage.

C’est vrai ? Ça y est, tu as pu profiter de ton cadeau ?! Je suis super contente que ça t’ait plu. Tu as choisi quelle voiture du coup ? Raconte-moi tout ! J’veux tout savoir !

Sean lui parla donc du circuit, de la vieille Dudge de 955 qu’il avait choisie, lui montra une photo et lui parla de son permis voiture passé et de celui moto en cours. Pendant qu’ils parlaient, le repas disparaissait et le Shaïness finit par sourire devant l’assiette terminée.

Tu as un peu de sauce là, dit-il, essuyant le coin des lèvres de Célia, son pouce s’y attardant.

Célia le laissa faire, le regardant avec cette expression de femme amoureuse, et ravie de l’être. Puis sans un mot, elle tourna la tête et ses lèvres vinrent emprisonner ce pouce aventureux. Elle menaça de le mordre mais resta juste à sourire avec ce doigt entre les dents avant de partir à rire.

D’abord mon café ! Vil tentateur !

Sean sourit et lui vola ledit café, buvant la tasse entière avant de venir l’embrasser. Bien sûr que c’était comme si elle l’avait bu elle-même. Célia lui frappa les épaules en guise de protestation, à l’aide de coups aussi ridicules qu’indolores. Puis elle le repoussa pour lui faire de gros yeux pas plus crédibles que ses coups.

Mufle ! lui lança-t-elle en lui échappant pour filer vers la cafetière.

Elle se servit une tasse énorme.

Il va me falloir au moins ça ! Sinon, je pars dormir comme Fred et ronfler le reste de la nuit !

Sean l’enlaça par derrière.

Oui. Ou alors, tu triches… l’Héritage Lo’k pour ne pas être fatiguée, et c’est reparti… suggéra-t-il en lui embrassant le cou.

Elle frissonna sous son baiser, mais réussit quand même à boire un peu de son café.

Je n’ai l’opale que depuis deux mois, Sean. Je n’en suis pas encore là ! J’arrive à peine à me faire apparaître des griffes… Alors pour tricher avec une plus grande endurance physique, faudra encore un peu de méditation, j’en ai bien peur.

Elle se retourna pour être face à lui, sa tasse en maigre rempart et après avoir soufflé sur le liquide brûlant, elle rebut une gorgée de sa boisson. Excellente d’ailleurs.

– … et c’est pas grâce à toi que je vais réussir à en faire, de la méditation, hum…

Le regard qu’elle lui lança au milieu des volutes blanches et odorantes était amusé et théâtral, mais explicite. Sean sourit, l’air prédateur, de quoi provoquer quelques flash-backs chez Célia.

Non, je ne crois pas. Pas tout de suite, du moins…

Il la laissa boire encore, mais elle n’avait pas besoin de sa chemise pour boire… Et s’il embrassait son cou ou son épaule, il ne l’empêchait pas de boire…

Elle prit quand même le temps de s’asseoir sur le plan de travail. Elle pouvait avoir les jambes autour de Sean, il s’occupait d’elle et elle continuait son café. Un compromis tout à fait satisfaisant pour la jeune femme… Qui finit par reposer sa tasse à moitié pleine, parce qu’un Sean motivé, ça ne vous laissait guère de choix. Elle l’embrassa à pleine bouche, les mains bientôt agrippées à la ceinture de son jean. Son dos se cambrait déjà.

Pourquoi suis-je si faible face à toi, mon amour ?

Sean lui embrassa le cou.

Parce que je suis aussi incapable de te résister, répondit-il. Dans cette faiblesse, nous sommes égaux.

Et parfois, s’il y pensait, il se rebellait à l’idée d’avoir un point faible aussi important. Si son père se rendait compte de la place que Célia avait prise dans sa vie, si c’était bien lui qui essayait de le tuer, elle se retrouverait en tête de liste des cibles à abattre.

Célia guida le visage de Sean en face du sien et son expression était de celles qui faisaient battre son cœur plus vite et oublier tout le reste. Au temps pour l’inquiétude et la prudence. Oui, elle était amoureuse et quand elle le regardait comme ça, elle avait quelque chose de plus abandonné encore que nue sur leur lit. Parce qu’elle avait ce petit quelque chose de fragile que lui seul pouvait voir, et qu’elle lui donnait la liberté totale de la protéger ou de la détruire…

Sean, allons nous coucher. J’ai envie de toi, mais j’ai envie de douceur cette fois… Tu veux bien ?

Sean opina.

Je te l’ai déjà dit, ma Célia, je te le redis encore. Tout ce que tu veux.

Elle eut l’impression d’être une véritable déesse entre ses bras, adorée, vénérée, suppliée, aimée tout en douceur et ferveur. L’abandon de Célia en fut différent. Physique oui, mais Sean avait aussi vaincu des défenses plus profondes. Parce qu’elle s’était sentie réellement aimée, pas seulement désirée. Ce n’était pas la première fois, mais pour elle, c’était ce qu’elle adorait véritablement avec Sean. Ce qui éveillait en elle ce qu’elle ne ressentirait pour personne d’autre. Quand elle s’endormit, bien moins résistante qu’elle ne l’aurait voulu, malgré sa volonté, son café et une tentative d’héritage Lo’kindjaleph, elle était d’une sérénité touchante. En paix et à l’endroit qui lui convenait vraiment en ce monde.

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6 Comments

  1. Whouhouuu ! Ça chauffe, par ici ! 😉
    J’adore. Et puis j’aime bien le côté « chandelier » de Fred qui vient s’incruster dans les retrouvailles du couple.
    Ton évocation des petits déjeuners As’Corvaz et Ven’Sak m’intrigue… tu prévois de faire des menus, pour nous renseigner ? 😀

    • Vyrhelle

      9 octobre 2016 at 13 h 24 min

      Pour les petits déjeuners, je crois qu’il y a un ou deux passages plus tard qui précise un peu plus ce qu’ils sont selon les maisons, en anecdote plus ou moins précise.
      Sinon pour Fred, être nourri et logé à l’oeil ? Il n’hésite pas une seconde !

  2. Wahou !!! J’attends la suite avec impatience.
    Par contre je m’interroge, Célia n’avait pas coupé ses cheveux ? sur l’image, ils paraissent assez longs quand même.
    ^^ la prochaine fois on peu avoir un Sean, plutôt qu’une Célia dénudée ?

    • Vyrhelle

      4 octobre 2016 at 20 h 57 min

      Pour les cheveux, oui, elle les a coupé quelques mois plus tôt. Ils ont déjà commencé à repousser, mais surtout, là, on est dans un rêve : ils ont la longueur que Sean veut 😛
      Sinon, je note pour Sean, même si je l’ai déjà fait nu ( chacun son tour quoi 😀 )

  3. Chaleur!!! Fait trop chaud dans le coin… hum hum…

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