Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

13 juin 979

Comme toute la Haute société de Phoenix, frère et sœur Avonis arrivèrent en voiture, et Célia fit tourner bien des regards dès qu’elle mit un pied hors de la limousine louée pour l’occasion. Mais pas juste parce qu’elle était splendide : l’uniforme d’apparat qu’elle arborait était imposant, surtout sur une femme et avec les grades qu’elle avait commencé à pouvoir y accrocher, elle pouvait marcher la tête haute au bras de son baron de frère. La salle du trône du palais était pleine à craquer, on y croisait toutes les figures importantes du Royaume et tous les nobles qui avaient assisté à son anniversaire l’été précédent, comme le duc de Dragobress, le Comte d’Ardénie, le Duc de Senne et bien sûr le baron de Bosth et toute sa famille… Célia remarqua immédiatement le moment où Nathan repéra Sofia. Ça se vit à son sourire un peu candide et naïf. Sur l’estrade principale se trouvait Farden, la reine et un jeune homme blond en grande tenue à leurs côtés. Au premier rang, l’insigne du Duc d’Umbras sur le torse, il y avait bien sûr Sean. Dans un premier temps, Célia se força à ne pas regarder vers lui. Il y avait trop de monde, trop de langues de vipères potentielles pour qu’elle leur laissa l’occasion de faire leur office. Non, elle prit le temps d’examiner Ian. Pour être exacte, elle le scruta pendant un bon moment, cherchant dans le peu qu’elle pouvait voir en quoi il pouvait être un ami pour Sean. Mais difficile d’en juger depuis le milieu d’une grande salle de réception officielle débordante de monde. Puis elle réalisa qu’elle ne voulait pas passer inaperçue : Ian saurait qu’il ne l’évincerait pas facilement des côtés de Sean si l’envie lui en prenait, parce qu’il faudrait faire avec sa présence, qu’il le veuille ou non. Elle s’arrangea donc pour écourter la discussion de son frère avec Julian d’Ardénie et le rapprocher de Sofia. Puis, quand son frère eut son radar à catastrophes Célianesques brouillé par la présence de la jeune fille, la sœur se faufila jusqu’au devant de la foule. Elle avait les cheveux détachés, flamboyants qui tombaient sur ses épaules, le costume militaire blanc et or, parfaitement ajusté pour mettre sa silhouette sculpturale en valeur, elle avait un sabre d’apparat à la ceinture, seul privilège des militaires en ce jour, et des cuissardes noires à talon interminables. Elle ne s’arrêta qu’une fois à côté de Sean, qu’elle ne regarda pas, fixant la famille royale. Sean, lui, resta immobile mais elle vit le coin de sa bouche se soulever.

Lady Avonis, salua-t-il pendant un discours particulièrement protocolaire.
Messire d’Umbras, lui répondit-elle sur le même ton.
Lord Moonshade, voyons, nous sommes amis.

Elle laissa le discours se poursuivre, sans un mot. Mais intérieurement, elle avait l’impression que les battements de son cœur, qui s’étaient accélérés à la simple voix de Sean, étaient plus bruyants que des tambours de guerre Lo’kindjaleph. Et puis, elle savait qu’elle n’avait rien à dire pour son petit jeu. Elle venait déjà de briser le protocole en se mettant à un rang qui n’aurait pas dû être celui de la fille Avonis. Mais par contre, c’était celui de Célia la Rousse, la tireuse d’élite de l’armée, là, proche du roi pour montrer son allégeance sans équivoque pour Farden. Ce qui se remarquait peut-être moins, c’est qu’elle se tenait à gauche de Sean… place généralement donnée aux fiancées ou aux épouses. Mais pas toujours. Ce qui laissait plané un certain doute… Sean s’en amusait aussi. Par contre, elle ne cessa à aucun moment de poursuivre son étude du Ian en terrain royal jusqu’à ce que Sean lui envoya un regard d’avertissement : Farden ôtait son masque pour le passer à son fils. Il ne s’agissait pas vraiment du sien, mais d’un nouveau masque qui était également le Destin du jeune monarque, qui allait être adoubé. Et l’adoubement d’un Archinoble… la vague de Symbiose allait faire mal et il allait falloir ne pas perdre la face. Célia le savait. Nathan lui avait suffisamment rabâché, mais elle avait connu bien pire, non ? Elle se crispa quand même légèrement au moment fatidique, retenant de ses poings fermés l’envie de prendre la main de Sean pour se rassurer. Surtout qu’elle refusait de lui faire honte. Quand Ian reçut le masque sur le visage, son Distinguo scintilla à travers le métal et la vague de Symbiose pure fut écrasante, impossible à tolérer, presque à en devenir fou. Autant par respect que par nécessité, les Nobles finirent à genoux, ceux des premiers rangs prenant le gros de la vague. Leurs Distinguos brillaient par réflexe, pour les protéger un peu et le rang de Commandeur de Célia n’aurait pas dû l’aider autant que ça. A ses côtés, Sean n’avait qu’un genou en terre, comme si ce n’était pas si terrible mais elle, qui le connaissait bien, voyait à quel point ça lui demandait de se concentrer. Car il l’aidait. Et à dire vrai, elle n’aurait certainement pas tenu sans mettre au moins les mains au sol sans cela. La pression était inimaginable. La désagréable sensation d’étouffement étant la plus difficile à supporter pour Célia. Elle en avait les veines du cou qui s’étaient gonflées et les tendons qui s’étaient tendus au maximum sous la tension. Pas à cause de la Symbiose, mais bien du souvenir d’un an plus vieux qui lui intimait l’ordre de retrouver son souffle. Elle vacilla un peu vers Sean, le regard un peu paniqué mais refusant de se laisser abattre, enragée comme elle pouvait l’être parfois.

La vague passa et Sean tendit immédiatement la main vers elle, par “pure galanterie” évidemment, pour l’aider à se relever. Elle sentit la légère pression sur ses doigts avant qu’il ne lâche sa main et ne se joigne aux applaudissements polis. Célia mit une petite seconde à l’imiter et à applaudir à son tour. Elle reprenait aussi son souffle et si elle avait pu, elle en aurait fermé les yeux de sentir à nouveau l’air dans ses poumons. Ça n’avait duré que quelques secondes, mais Célia n’était pas prête d’oublier cet adoubement. Elle se remit à regarder le maintenant nouveau roi et reprit une attitude plus posée assez rapidement. Elle n’aurait voulu la place de ce jeune homme blond pour toutes les gemmes du monde…

La cérémonie fut suivie d’une fête grandiose et, pour Sean et Célia, se “croiser” par hasard pour une danse un peu guindée, à une table ou sur un balcon, ne fut pas bien complexe. Mais ce n’est qu’en se retrouvant à l’abri relatif des jardins que les masques purent tomber. Elle s’était éclipsée la première, par une des hautes portes vitrées donnant sur les jardins, croisant le regard de Sean pour qu’il comprenne qu’elle attendait qu’il la suive. Quand il la trouva, elle était debout, adossée à un mur, derrière un gigantesque if taillé. Elle l’accueillit avec ce sourire complice et tendre qu’elle avait dû se retenir de lui offrir toute la soirée. Elle tendit une main vers lui.

Sean…

Il prit la main mais se laissa attirer à elle que pour amorcer un élan qui ne s’arrêta que tout contre elle, la pressant contre le mur pour venir l’embrasser.

Célia… Célestes, ce que tu m’as manqué… souffla-t-il contre ses lèvres.

Et cet uniforme ! Si les femmes de l’armée portaient des cuissardes, il serait au courant ! Elle allait le rendre fou. Elle ne lui répondit pas de suite, incapable de se maîtriser encore, le dévorant presque avidement. Son élan était un cri à lui seul. Elle arriva à abandonner ses lèvres uniquement parce qu’elle voulait le sentir encore plus contre elle, sentir son souffle dans son cou et respirer l’odeur de ses cheveux que ses doigts exploraient nerveusement. Elle était comme une assoiffée à une oasis, une étheromane plongeant dans un puits de Symbiose.

Sean… Sean… j’ai compté les jours, les heures, les minutes… Et tu es enfin là !

Sean lui dévora ces mots à même la bouche, n’arrivant pas à se rassasier d’elle. Le jardin les cachait mais pas assez pour qu’ils laissent cours à leurs envies, or il avait l’impression qu’il allait exploser s’il ne posait pas ses mains sur elle, goûtait sa peau…

Célia…
Aaaaaaw, je savais bien que j’avais repéré la bonne rouquine ! Sean, y’a une troupe de demoiselles en chaleur en approche, c’est pas l’moment.

Célia crut que son cœur allait arrêter de battre. Elle s’était figée, comme gelée par son propre Art de Zone Blanche, quand elle avait reconnu le roi, du moins Ian, qui débarquait au plus mauvais moment. Ça avait le mérite de calmer un peu les ardeurs, surtout après ce que la cérémonie de l’adoubement lui avait laissé comme souvenir impérissable.

Ma… Majesté ? bafoua-t-elle maladroitement.

Le Roi la regarda et… grogna, faisant une moue.

Tu ne m’as pas dit qu’elle était POLIE, dit-il à Sean, et ça semblait être une insulte.

Sean grogna à son tour, le front sur l’épaule de Célia.

Ian…
Quoi, des semaines que tu m’en parles.
Je t’ai parlé d’elle deux fois.
Quand on te connaît, c’est comme si tu la fermais pas ! Et je plaisante pas, y’a des filles en approche.
C’est toi qu’elles poursuivent, andouille.

Célia passa par plusieurs émotions assez différentes en moins de quelques secondes : surprise, perplexité, incrédulité pour finir assez blasée, ce qui eut le mérite de lui remettre les pieds sur terre alors qu’elle était plutôt bien partie avec Sean et que…

Bravo, vous avez trouvé la seule qui justement ne vous court pas après. La sortie des jardins, c’est par là…

Non, elle ne parlait pas au roi, elle s’en était vite rendue compte : elle parlait à Ian et elle voyait de suite la “subtile” nuance. Il en ricana.

Ah, mieux. Mademoiselle, j’ai hâte de faire plus ample connaissance, demain. Sean, personne n’entrera dans mon ancienne chambre ce soir, bonne soiréeee !

Célia haussa un sourcil en le regardant s’éloigner, du moins, courir loin du danger.

Il vient de nous proposer sa chambre, là, j’ai pas rêvé ?
Son ancienne chambre, soupira Sean. Celle d’un enfant de dix ans.

Ah ah ah, l’humour de Ian. Célia en était à sa énième expression dubitative en moins de deux minutes et elle sentait que ça allait être très récurrent comme phénomène à partir de maintenant. Mais elle refusa de se laisser démonter. Elle s’approcha alors de Sean et lui prit le bras.

Bon, je préviens Nathan que je m’éclipse et on va chez toi ?

Sean eut un sourire en coin.

Dois-tu vraiment le prévenir ?

Elle le regarda en coin avec le même genre de sourire.

Il va m’en vouloir…
Mais en même temps, il a retrouvé sa jolie Elam Evir… dit-il doucement avant de lui prendre la main.

Et de l’emmener loin du palais, fuyant comme deux enfants en pleine école buissonnière. Ils s’engouffrèrent dans les rues désertes de la ville, courant l’un après l’autre à en perdre haleine, en riant parfois. L’appartement où Sean guida son Elam Evir n’était pas le même, évidemment, et il la stoppa au pied d’une grande tour de verre.

Devine où est le mien… sourit-il.

Célia en eut les yeux brillants d’euphorie.

Celui dans les nuages…

Une fois de plus, l’ascenseur fut témoin de passions pour lesquelles il n’était pas conçu mais, cette fois, pas de bouton d’arrêt d’urgence aussi durent-ils rester relativement sages, du moins très relativement car il était tard et qu’ils étaient seuls, et ce, jusqu’à l’appartement. Il fallait un code pour que l’ascenseur monte jusqu’au dernier étage, ce qui offrait à Sean le luxe de ne pas avoir besoin de clé, et donc de ne pas avoir à lâcher Célia pour les chercher et ouvrir la porte. L’appartement impressionnant, la grande baie vitrée, la large table, la machine à café très chère sur le comptoir de la cuisine encore plus chère, la chaîne Hi-Fi, l’écran géant qui devaient coûter tout autant, les vitrines d’armes, les rares tableaux, Célia ne vit rien de tout ça alors que Sean l’embrassait contre à peu près tous les murs possibles jusqu’à trouver sa chambre. Ils semèrent uniforme et tenue d’apparat, élément par élément, un peu violemment parfois quand les gestes étaient incontrôlés, alors que Sean découvrait que Célia avait tout prévu dans sa tenue, et que sous la tenue militaire se cachait ce qui n’avait rien de martial ou de réglementaire : c’était des pousse-au-crime de dentelles et de satin. Célia se retrouva sur un lit, dans le noir de n’avoir même pas pris le temps d’allumer une seule lampe. Ni même d’avoir eu l’idée de le faire. Elle était complètement ivre, elle perdait la tête, l’univers se résumant à Sean et ce qu’il lui faisait. Ils ne retrouvèrent des pensées cohérentes qu’après un long moment à se fondre l’un dans l’autre, à perdre pied, à ne vivre que dans les soupirs de l’autre.

Plus jamais… souffla Sean contre elle. Plus jamais séparés aussi longtemps… un an…
Non, plus jamais, répéta Célia sur un volume de voix tout aussi bas. Sean, je me suis fait violence tellement de fois de ne pas me précipiter ici pour te rejoindre…

Elle en eut un frisson, entre reste de plaisir et souvenirs déplaisants de solitude.

J’ai eu si froid parfois, Sean…

Sean l’embrassa et sa peau se réchauffa légèrement, trichant éhontément de ses Arts.

J’ai commencé à croire en l’homme que je suis sans toi… dit-il à voix basse. J’ai besoin de toi…
– … et moi, de toi, Sean.

Elle se laissa fondre sous la chaleur mais surtout contre le corps encore brûlant du Shaïness.

Notre vie à deux, j’en rêvais chaque nuit. Entre les souvenirs que je chéris de notre appartement, d’autres que j’aurai voulu avoir plus nombreux et ceux imaginaires que je créais de toute pièce en espérant à l’avenir…

Sean lui caressa une épaule, tirant sur les mèches enfin longues de Célia.

Ne te perds plus dans des rêves, Célia, on l’a déjà trop fait. L’appartement a changé mais l’idée est la même. Je suis libre de beaucoup plus de choses, à présent, je ne doute pas que, bientôt, toi aussi.

Elle eut un sourire qui se dessina lentement mais très largement sur son visage apaisé. Car même si elle n’était pas convaincue d’être proche du but, de découvrir celui qui l’empêchait d’avoir un avenir digne de ce nom, elle avait envie d’y croire.

Je l’espère de tout mon cœur, Sean. Je vais adorer découvrir ce nouvel appartement. Un vrai chez nous, à nouveau.

Elle eut un léger rire.

Je vais te revoir cuisiner et te voir me regarder quand je me réveille. Faire déborder la baignoire et faire l’amour dans toutes les pièces !

Sean rit et l’embrassa.

Excellent programme.

LOGO PHOENIX copie14 juin 979

Mais le lendemain, ils furent réveillés tous les deux par un intrus dans leur chambre et un flash qui les tira du sommeil en quelques secondes. Sean avait tiré avant même de voir qui était là. Célia était restée figée. Tétanisée était plus exact, alors qu’elle venait d’être sortie du sommeil avec bien trop de violence à son goût. Un coup de feu. Elle se retrouvait sur le Front, on venait de lui tirer dessus ? La défense fut instinctive. Et tout autour d’elle fut gelé sur plusieurs mètres. Toute la chambre devint blanche.

Putain mais vous êtes pires au réveil, en fait ! La vache, ça gliiiisse…

Sean baissa son arme et grogna.

Ian ?
Hello ! J’ai attrapé ta balle mais j’me suis cassé la gueule, quelqu’un peut remettre le chauffage ?
Démerde-toi, marmonna Sean en enlaçant Célia et utilisant Éclat pour dégeler et sécher les draps.

Ce ne fut pas un luxe, Célia était tremblante de la tête aux pieds. Pas de froid, véritablement, mais de peur. D’avoir eu la sensation qu’on l’attaquait à nouveau. Comme à Trapeglace, ou pire, l’ancien appartement. Elle retrouvait Sean et au matin, une attaque ? Elle sentait quelque chose monter en elle qu’elle allait avoir du mal à contrôler.

Foutez-le camp… Dehors…

Sa voix allait crescendo alors que la peur la faisait encore trembler finalement inutilement.

– … dégagez de … chez… nous… espèce de sale gosse gâté qui ne trouve rien de plus amusant que de faire la blague la plus lamentable de l’histoire du royaume, parce que ça ne fera marrer que lui alors que tout ce que je demandais, c’était d’avoir au moins quelques putains d’heures de tranquillité avec mon fiancé après un an de séparation, bordel, d’enfoiré de Shaïness de merde de roi de pacotille de guignol du dimanche !!!

Elle était … un peu remontée…

J’ai dit DEHORS !!!

Ian était très, très impressionné.

Ouh, tout ça sans respirer. Je sors, je sors, Sean, je veux des pancakeees !

Il quitta donc la chambre alors que Sean marmonnait des insultes contre l’épaule de Célia, réchauffant toujours la chambre.

…foiré d’Archinoble je vais commettre un régicide…

Célia ne savait pas si elle devait rire jaune ou pleurer. Mais ce qu’elle sut, c’est qu’elle devait bouger. Alors elle se sortit des bras de Sean, un peu brusquement, attrapa ce qu’elle put comme vêtement et commença à se rhabiller. Ce qu’elle faisait maladroitement parce qu’elle était encore sous le choc. Sean ne la laissa pas faire et l’attira contre lui, l’enlaçant.

C’est un idiot, mais il n’est pas méchant, jura-t-il à l’Elam Evir. Reste avec moi, oublie cet imbécile…

Célia réprima le geste réflexe qui voulait qu’elle repoussa Sean. Mais justement, il s’agissait de Sean et elle se laissa faire.

Vous m’avez fait tellement peur tous les deux ! Sean, je vis sur le qui-vive depuis des mois. Les infiltrations, les missions de tir, les cours de Desdémone… On a essayé de me tuer deux fois quand j’étais près de toi. Et je ne compte plus les fois où je me suis fait tirer dessus au Front depuis que ma tête est mise à prix ! J’ai besoin de calme, Sean, pas qu’on me rappelle dès le réveil que l’on veut attenter à ma vie !

Sean allait tuer Ian, le jeter par la fenêtre…

Je sais, Célia, je sais… pourquoi crois-tu que je dors avec une arme sous le matelas ? Je suis aussi nerveux que toi et pour ne pas avoir respecté ça, je vais avoir une discussion sérieuse avec Ian… Mais je suppose qu’il est juste… stupide…ment heureux, probablement pour moi, et qu’il veut tout savoir. On ne s’est pas vus pendant plus de cinq ans, après tout.

Il l’embrassa sur la tempe.

Détends-toi, d’accord ? La salle de bain est juste à côté, et pendant ce temps, je vais aller pourrir cet idiot.

Se doucher eut le mérite incontestable de calmer l’Elam Evir et lui permettre de relativiser ce qui s’était passé. Une simple plaisanterie d’un ami, qui pour n’importe qui d’autre lui aurait valu un oreiller dans la tête. Mais avec Sean et elle, ça avait viré au grand n’importe quoi. Il allait vraiment falloir qu’ils arrivent à se détendre… Elle sortit de la douche et fut quand même touchée de voir que Sean avait anticipé sa venue en prévoyant un minimum d’affaires. Elle trouva de quoi sécher et coiffer sa chevelure, des produits pour sa peau et un peu de maquillage qu’elle utiliserait sûrement plus tard. Quand elle repassa par la chambre, la pièce était encore un peu gelée à certains endroits. Mais Célia put prendre le temps de l’observer. Elle était familière. Plus grande que l’ancienne, elle en gardait des teintes et un style très similaires. Les draps étaient rouges, évidemment. Les meubles d’un brun noir sobre et élégant, le reste jonglant sur toute une palette de nuances grises. Non, la seule vraie différence, c’était la vue. La pièce entière donnait sur une immense baie vitrée à en donner le vertige. Sauf que c’est ce qui plu vraiment à Célia : elle les avait ses nuages à porté de main.

Dans l’armoire, elle trouva une robe fourreau bordeaux qui lui en rappela une qu’elle possédait déjà, comme ce fut le cas pour plusieurs autres vêtements qui se trouvaient là. Elle avait la sensation de retrouver ses affaires alors qu’elle savait que tout était neuf. Elle s’habilla de la robe, d’un gilet léger en laine angora blanche, de souliers plats d’intérieur et se décida à rejoindre la salle principale du gigantesque loft.

Comme dans la chambre, son regard fut de suite happé par la vue. Cela la fit doucement sourire et quand elle arriva vers les deux jeunes hommes qui discutaient depuis un moment, elle était vraiment beaucoup plus sereine.

J’ai droit à un café ? demanda-t-elle d’une voix douce, les interrompant volontairement.

Sean lui sourit et Ian se leva.

Bonjour ! Navré pour le réveil, hein, mais j’ai pas pu résister, expliqua-t-il, pointant un appareil photo sur le comptoir.

Ce qui expliquait le flash. Sean posa une tasse devant elle, caressant son bras. Elle la saisit, posant son regard sur son Shaïness avec autant de douceur que l’était sa main sur elle.

Hum, du Hama… je n’en ai pas bu depuis un an, dit-elle en mettant son nez dans les vapeurs odorantes de sa boisson. Et Ian ?

Elle attendit qu’il tourne son attention vers elle.

Si la photo est jolie, j’en voudrais bien une copie.

Ian lui fit un grand sourire.

Yup. Bon, avant que Sean ne fasse le petit-déjeuner, deux choses. D’abord, bonjour, Ian Shaïness, on s’est vus hier, Sean m’a beaucoup parlé de vous mais comme c’est un bâtard paranoïaque, j’ai même pas de prénom, et ensuite, tout à l’heure, z’avez dit fiancés ? C’est quoi cette histoire, pourquoi personne me parle de rien ?

La jeune femme se mit à rougir légèrement.

Célia, Célia Avonis Elam Evir.

Elle regarda ensuite vers Sean, se mordillant légèrement la lèvre.

Et pour le “fiancés”, disons que… ça m’a échappé.

Sean lui prit la main et l’embrassa doucement.

On se l’est promis, Célia, que le délai d’un an soit un peu… étendu n’y change rien.
Aaaaaawww…

L’expression tendre de Sean se transforma en long soupir.

Ah, c’est vrai que tu es un incontrôlable romantique.
Non, j’aime juste les histoires d’amour !

Célia eut un léger rire et caressa la joue de Sean et pour faire bonne mesure, après avoir fait un clin d’œil rapide à Ian, elle tira Sean vers elle et l’embrassa avec douceur. Si Ian aimait les histoires d’amour, il allait devoir si faire, il en aurait une à suivre.

Sean… Non, ça ne change rien. Mais si tu me rendais mon collier pour commencer…

Ce cadeau, ce lien qu’elle portait comme certaines auraient porté une certaine bague, mais sans rien en dire. Sean sourit.

Oui, il est temps.

Il tira un livre de sa bibliothèque qui s’avéra être en réalité un écrin, dans lequel reposait le bijou. Délicatement, il le repassa au cou de Célia. Ian regardait le tout avec des yeux brillants mais, heureusement, il réussit à ne pas parler pendant l’instant précieux pour Sean et Célia. La jeune femme sentit son cœur battre un peu plus vite quand elle eut les doigts de Sean sur son cou et le métal familier glisser sur sa peau. Son sourire trahissait que trop bien ce qu’elle ressentait pour Sean et ce que ce collier représentait à ses yeux. A leurs yeux pour être plus précis. Elle toucha le rubis du bout des doigts alors de son Shaïness refermait le bijou. Elle en ferma les yeux mais les rouvrit vite, un peu mal à l’aise d’avoir un spectateur même discret. Elle le vit les dévisager et elle eut un léger rire. Elle avait à nouveau son précieux collier, Sean était tout près d’elle. Tout reprenait enfin un cours normal.

– … son premier cadeau de Nöel, expliqua-t-elle à Ian qui la faisait rire par son expression.

Ian hocha la tête.

Mmmhmh ! Faites pas attention à moi, je savoure le spectacle d’un Sean amoureux. Oooh, vous savez que quand il était petit…

Ian prit l’écrin sur le coin de la figure avec assez de force pour le jeter à bas de sa chaise.

Sean ! protesta Célia mi-amusée mi-outrée. Pourquoi as-tu fait ça ? Ça m’intéresse, moi, de savoir comment tu étais petit !

Par contre, s’inquiéter du roi qui venait de se ramasser n’était pas une priorité. Il était Archinoble, il s’en remettrait, non ? Sean haussa les épaules.

Il n’y a rien d’intéressant, surtout quand il va tout inventer.
C’est même pas vrai !

Le jeune Shaïness se redressa en se frottant la tête.

La vache, il est en quoi, ton écrin, en fonte ?

Célia se plongea dans sa tasse à café pour ne pas rire. Au moins, la présence de Ian avait un petit quelque chose de similaire à celle de Frédéric et si c’était étrange de pouvoir comparer Farden et un Khyan, la jeune femme appréciait. Ça la mettait de bonne humeur et elle devait avouer que si ça avait mal commencé, cet ami un peu particulier de Sean l’impressionnait moins qu’elle ne l’aurait cru.

Il n’empêche que j’aurai bien voulu voir à quoi tu ressemblais enfant. A quoi vous ressembliez tous les deux. Vous vous connaissez depuis quel âge exactement, d’ailleurs ?
Depuis le berceau ! clama Ian.
Faux, contra Sean.
A la crèche !
Tu n’es PAS allé à la crèche, Ian, et moi non plus. Nos parents nous ont présentés quand Ian avait trois ans et moi six, répondit-il à Célia. Et depuis, …
Meilleurs amis !
…je l’endure, conclut le Démon.

Célia savait qu’il exagérait, Sean n’avait jamais eu une parole mauvaise en mentionnant son ami d’enfance, et le simple fait qu’il soit aussi détendu avec Ian, quand il ne l’était normalement qu’avec elle, était une preuve en soi. Si en plus, elle considérait le point important que Sean avait utilisé Eclat devant son ami, trahissant le plus grand secret des Moonshade… Célia les écouta en finissant son café, commençant à vraiment réaliser ce qui liait les deux hommes. Et quelque part, avec des caractères bien différents, ça lui rappelait ce qui la liait à Nathan.

Oh mince, Nathan ! Sean, faut que je contacte mon frère. Il va déjà pas être joyeux que je lui ai faussé compagnie hier soir, mais si je ne le préviens pas que je vais bien, il va me le faire payer ! Et je refuse qu’il se mette en tête de m’apprendre le Fardenmorien ancien ou pire, le Lunaire, pour me voir souffrir !

Ce qui lui fit oublier la remarque sur la différence d’âge des deux hommes face à elle. Ian agita la main.

Naaah, relax, je suis parfait, la rassura un Ian sûr de lui.

La seule raison pour laquelle Sean ne se pinça pas le nez, c’est parce qu’il tenait un plateau brûlant de pâtisseries sortant du four.

Ian, le rapport ?
Et bah, depuis hier, j’ai un Incarna, ce qui est GENIAL, et donc “Farden” a prévenu le frangin qu’il devait parler à sa sœur de… j’en sais trop rien, en fait, mais il a dû trouver une excellente excuse. Est-ce que c’est inquiétant que mon Incarna soit plus malin que moi ?

Célia resta surprise.

Je… euh, merci dans ce cas. C’est… C’est juste que je ne savais pas que vous en saviez assez sur moi pour savoir que j’avais un frère. Quand vous ne saviez même pas mon prénom…

Elle se sentit ridicule d’être suspicieuse tout à coup, mais c’était plus fort qu’elle. S’en voulant, elle essaya de changer de sujet.

– … au fait, votre incarna se nomme comment ?

Ian avait cette expression entre sourire et embarras qui prouvait qu’il savait très bien qui elle était bien avant d’avoir demandé. Mais il essayait juste d’être poli !

Erei, répondit-il, ravi du changement de sujet.
Il faudra nous présenter à l’occasion. Maintenant excusez-moi, j’ai envie d’un peu de musique.

Célia se sentait un peu mal à l’aise. Elle avait du mal à savoir de quoi parler en fin de compte avec celui qui était son roi, l’ami d’enfance de son presque fiancé, mais surtout un inconnu. Elle se dirigea vers la chaîne hi-fi qui s’affichait sur un long buffet. Elle mit une musique d’ambiance, douce et agréable et sa tasse à café pourtant vide toujours en main, elle rejoignit la baie vitrée. La vue était stupéfiante. La cité de Phoenix étalait ses rues et ses bâtisses sur des kilomètres aux alentours, mais la brume matinale baignait le tout d’une atmosphère qui donnait à l’appartement des allures de vaisseau volant. Sean vint l’enlacer, appuyant son menton sur son épaule. Derrière eux, Ian récupéra la moitié des pâtisseries et s’éclipsa.

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4 Comments

  1. Une si belle femme en uniforme… Ca me laisse tellement rêveur !
    De manière assez amusante, l’idée de « Célia La Rousse » me rappelle un personnage d’un univers de figurines (type Warhammer, etc.) avec lequel je jouais beaucoup : « La Lionne Rousse » et vu comment elle se défend au réveil, notre Célia n’est pas loin d’être une lionne également !

    Ceci dit, une seule question demeure : devra-t-elle supporter Ian ET Fred en même temps ! Car ces deux-là risquent de bien s’entendre autour de leurs estomacs :3

    Dans tous les cas, j’ai énormément apprécié ces derniers chapitres (même si je n’ai pas commenté tout du long) et, comme toujours, j’attends la suite avec impatience !

    A.

    • Vyrhelle

      17 décembre 2016 at 3 h 47 min

      J’ignorais l’anecdote sur la lionne rouge, mais ça pourrait effectivement être un surnom de Célia, puisque la lionne est sont totem et que je m’inspire souvent de cet animal, tout comme de toute l’imagerie du feu, pour la définir 😛
      Sinon, non, pas de rencontre Fred/Ian de prévue. On aurait pu, mais l’occasion ne s’est pas présentée dans le cheminement des événements. Un jeu bout en train à la fois, c’est mieux pour la survie des nerfs de Sean…
      Maintenant, faut profiter des prochains chapitres « champêtres », je préviens de suite, ça va pas durer !

  2. Iaaaaaannnn!!! <3
    J'adore les uniformes!! Très belle image!!! je retombe amoureuse de Sean!! xD et p't'être aussi de Célia… Mais IAN quoi!!! xD

    Et en plus y'a le début d'une future routine du jetage de gens par la fenêtre qui s'installe, même s'il l'a pas fait pour l'instant!!! 😛

    • Vyrhelle

      10 décembre 2016 at 16 h 59 min

      Ah, le jetage de fenêtre/toit, c’est une spécialité qui viendra plutôt de l’époque de Matt, quand il y aura un balcon à l’appartement de Sean et une piscine sur le toit. Là, Sean n’a pas encore eu l’occasion de faire travailler assez son imagination face aux extravagances de Ian…
      Sinon pour les uniformes, pour un pays en guerre depuis plus de 900 ans, je voyais pas les tenues officielles d’apparat faire dans le froufrou. J’ai épluché un certain nombre de sites de galerie d’uniformes militaire du XVIII au XX siècle, anglais, français, russes et américains. Je suis très contente du mix pour nos deux dangereux tourtereaux.

      Et Ian… Entrée en matière qui donne le ton 😀

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