Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

15 avril 978

Au final, le lendemain, Sean ne trouva pas la voiture de ses rêves, ni même durant le reste de la permission de Fred, qui repartit en exigeant des photos s’ils trouvaient le petit bijou durant les mois à venir. Célia termina ses transcriptions avant fin février, pour arriver à la douloureuse conclusion que les SK n’étaient pas impliqués – du moins selon les dossiers qu’elle avait – dans la mort de son père. Qu’il n’y avait absolument rien sur Zamir El et que le seul nom qui était sorti de tout ça, était celui, faussement utilisé – Célia n’en démordait pas -, de Nathan.

Du coup, Sean et elle profitaient de leur appartement, allant dîner, allant danser mais, avant qu’un train-train qu’ils auraient détesté tous les deux ne s’installe, Célia reçut un message codé de Desdémone. Elle embarqua pour un mois entier de leçons, et vit du pays : l’espionne la lâchait dans des coins complètement saugrenus, et pas uniquement à Fardenmor, alors qu’elle devait s’y adapter et passer pour une locale en moins d’une semaine.

Après avoir dû se faire passer pour une Ven’Sakuraï pendant dix jours – trèèès facile avec ses yeux bleus absolument pas bridés et ses cheveux roux, hein ! -, l’appartement de Sean, son canapé et les bras de son Shaïness avaient des allures de paradis. Il était aussi ravi de la voir qu’elle, après un mois de séparation presque ininterrompu, mais il siffla de douleur quand elle glissa ses mains sous sa chemise. Célia en fronça aussitôt les sourcils. Sans lui demander son avis, elle repoussa les pans de tissu pour regarder son torse, devinant que trop bien ce qu’elle verrait, mais voulant surtout en mesurer l’étendue. Sachant qu’il ne réussirait pas à détourner son attention, Sean la laissa faire. Elle découvrit des bleus impressionnants mais surtout un bandage sur le haut de son torse, plaquant des compresses sur ce que Sean décrivit comme une profonde estafilade à la dague entre deux côtes. Heureusement pour le calme de Célia, c’était impressionnant mais pas mortel. Sauf que si elle était rentrée trois jours plus tôt, elle aurait su que le coup avait en fait été porté au katana et avait percé le poumon. Sans Vitae et l’Héritage Haut-Noble Shaïness… Sans un mot, elle passa ses doigts sur les blessures, les effleurant à peine pour ne pas réveiller la douleur. Puis elle baissa les yeux et posa son front contre le front d’un Sean toujours étendu sur le canapé.

Qui ? demanda-t-elle simplement, sachant pertinemment que Sean ne révélerait que ce qu’il voudrait.

Sean soupira en laissant retomber un bras las sur son front.

Un assassin, aux Aurores. Je suis allé voir Rayleigh et l’homme attendait au bar.

On remontait sa piste, peu à peu, et Sean savait désormais que seul son appartement était encore un secret. Célia serra les poings et releva son visage vers lui en prenant le temps d’une profonde respiration.

Envoyé par ton père ? Ou tu as d’autres choses à me cacher, Sean ?

Elle le regardait fixement, moins naïve qu’elle ne l’était peut-être un mois plus tôt. Se voilant moins la face que d’habitude en tout cas.

Tes affaires qui t’échappent ?

Sean secoua la tête.

Pas cette fois, non. C’est le commanditaire “habituel”, sûrement mon père, oui.

Il ne lui manquait plus qu’une véritable preuve. C’était peu pour argumenter sur l’innocence de Théodor. Célia passa enfin une main sur sa joue, vint mettre son visage contre l’autre et elle resta silencieuse un long moment. Avoir joué les Ven’Sakuraï avait visiblement marqué son caractère impulsif et elle en gardait des traces par une plus grande mesure et un calme étrange de sa part. C’était presque dérangeant.

S’il se sert de tes proches pour t’atteindre, alors il va falloir que je sois plus discrète. Une chance que je sois arrivée grimée jusqu’ici. Quelque chose me dit que ma jolie tignasse est sur des avis de recherches en ce moment même… Pour remonter jusqu’à toi.

La peur de Sean allait même au-delà et que Célia devienne, non pas un moyen de remonter jusqu’à lui, mais une victime. Sa plus grande faiblesse. S’il la perdait, ce serait la plus violente de toutes les blessures possibles, de celles qui ne guérissent jamais. Celui qui le voulait mort le devinerait bientôt.

Le noir te va bien, sourit-il en glissant ses doigts dans la soie sombre de ses cheveux lissés, changeant complètement le sujet. Mais je te préfère en rousse.

Elle eut un sourire, maigre mais bien présent.

Il va falloir t’y faire, je vais garder cette coiffure quelques temps, je pense.

Puis voulant dédramatiser la situation à son tour, elle se glissa contre lui, en faisant attention de ne pas lui faire mal.

Tu sais ce qu’il manque ici ? Dans l’appartement, je veux dire.

Elle releva un visage plus rieur.

De la musique.
Détrompes-toi, on peut en avoir.

Près de la télévision trônait une chaîne hi-fi et, en appuyant sur la télécommande, les premières notes d’un tango lent envahirent l’appartement. Célia en eut le visage qui s’illumina, elle abandonna aussitôt le canapé, les mains bientôt tendues vers Sean.

En douceur ?

Sean lui prit les mains.

En douceur.

Si elle n’était pas perdue dans les yeux de Sean, elle aurait vu les quelques changements de l’appartement. Le canapé légèrement différent -le sang se nettoyant très mal, il en avait carrément acheté un nouveau-, le tableau de liège où Sean avait épinglé dossiers, photos, articles, les vitrines avec des armes blanches ou à feu… Mais pour l’instant, ils dansaient. Ou bien Célia ne voulait pas voir. Parce que justement, au jeu de repérer les détails, elle était très forte. Peut-être un peu trop alors qu’au milieu de leur danse qui tenait plus du slow que du tango, elle ferma les yeux pour écouter les battements de cœur de Sean contre son oreille. Car elle ne voulait pas lui dire à quel point tout ça l’inquiétait de plus en plus. Lui rappelant que trop son propre père, lui aussi menacé qui, malgré ses efforts, ne pouvait tout cacher à ses enfants. On ne peut pas tout cacher quand on vit sous un même toit… Et tout ça recommençait avec Sean… Célia en serra un peu plus sa main contre la nuque de cet homme qu’elle aimait et enfouit un peu plus son visage dans son cou.

Sean savourait l’instant présent. Il se posait trop de questions s’il commençait à envisager plus loin que les semaines, les mois à venir. Trop d’incertitudes. Alors avoir Célia contre lui, dans l’appartement loin de tout, pour l’instant, ça suffisait. Ils dansèrent très longtemps, musique après musique, se parlant par gestes puisqu’ils ne pouvant se parler ouvertement sans se faire mal. Et pour dire quoi au final ? Que ce qu’ils redoutaient se refermait peu à peu sur eux ? Leurs mouvements étaient doux, mais leur gestuelle étaient triste autant que tendre. Dans cette autre forme d’échange, ils se disaient finalement tout. Et surtout qu’ils s’aimaient malgré tout. Célia en avait les larmes au bord des yeux, mais le sourire aux lèvres. Pour ne pas voir les premières, Sean s’empara des secondes, choisissant d’ignorer les soucis qui commençaient à les envahir. Parce qu’il n’était pas sûr de pouvoir les combattre. Parce qu’une promesse se tenait en épée de Damoclès au-dessus de sa tête, celle faite à Nathan, et qu’il voulait l’ignorer aussi longtemps que possible. Et Célia, qui ne savait rien de cette promesse, se plongea dans leur baiser. Elle l’embrassa à en avoir la tête qui tourne, à en avoir les jambes fébriles, à en arrêter leur danse pour se perdre dans les bras de son Démon. Certains disaient que l’amour était une malédiction pour les Nobles. Que plus leur Rang était élevé, plus la malédiction était grande. Peut-être avaient-ils raison…

Pendant une semaine très agréable, ils eurent l’impression qu’ils étaient juste pessimistes. Qu’ils allaient trouver des solutions pour s’adapter. Et puis, un soir…

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23 Avril 978

Célia se prélassait dans la baignoire, yeux fermés, savourant l’eau chaude, presque brûlante, ses cheveux noirs ondulant en auréole autour d’elle. Elle essayait de ne pas penser au temps considérable qu’elle allait devoir perdre à les lisser à nouveau. La porte s’ouvrit et la voix de Sean la dérangea à peine, basse, grave, comme souvent lorsqu’il la voyait nue.

Tu es belle, souffla-t-il en posant ses mains sur ses épaules, la laissant garder les yeux fermés sous la sensation agréable.

Elle eut un léger sourire en coin. Il serra doucement son cou, dessinant l’emplacement de son collier qu’elle avait ôté et déposé sur le rebord du lavabo. Il serra un peu plus fort son étreinte. Trop fort. Avant qu’elle ne comprenne, Célia avait la tête sous l’eau, ne pouvait plus respirer et une poigne d’acier la maintenait sous la surface. Elle se mit à se débattre, ne comprenant pas ce qui se passait, ayant juste l’instinct qui la poussait à vouloir une bouffée d’air. Ses pieds frappèrent la faïence de toute la force que pouvait avoir la jeune Commandeur, la fendant bientôt à plusieurs endroits. Quant à ses mains, elles étaient refermées sur les poignets de son agresseur, avec une force surhumaine mais surtout désespérée, sans parvenir à se libérer. L’homme était en position de force, incontestablement plus fort qu’elle et la maintenant aisément sous l’eau. L’air lui manquait. Elle sentait ces deux mains autour de son cou, voyait une forme floue à travers l’eau agitée, mais rien de plus, et son cœur battait à tout rompre, ses tempes et ses poumons prêts à exploser…28-noyee

Comme la force n’apportait rien, elle se mit à laisser sa Symbiose agir. Dans une tentative désespérée et instinctive, elle essaya d’endormir son agresseur par une Invocation de la Torpeur, tout en tendant ses mains devenues griffues vers ce visage indistinct. Elle prit un coup dans le plexus pour ses efforts, lui faisant cracher le peu d’air qu’il lui restait, avaler de l’eau et voir trente-six chandelles. En réponse, elle utilisa Mort par Résonance sans même le réaliser, cet Art qui pouvait désintégrer un Khyan en une fraction de seconde. Un geste ultime de défense, par le biais de cet Art qui réveillait trop de son côté sombre quand elle y avait recours, celui qu’elle appelait son Art “noir”. Elle le lança encore et encore, incapable de réfléchir, sentant son corps faiblir dans ses coups sur la faïence et dans ses doigts qui s’engourdissaient à forcer sur la poigne de fer. Elle savait juste qu’elle ne voulait pas mourir. Un instant, elle crut que ça suffirait, la poigne se relâcha… Et puis les mains se refermèrent sur les côtés de sa tête, qui fut tournée violemment sur le côté, et ce fut le néant.

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Célia ouvrit les yeux sur un plafond blanc, une gêne omniprésente dans son nez et sa gorge, les bips caractéristiques d’un moniteur cardiaque résonnant dans ses oreilles. Ses pensées lui revinrent lentement. Elle était avec Sean… avait pris un bain… Sean était rentré dans la pièce.

Il l’avait noyée.

Elle se mit à s’agiter, comme se réveillant en sursaut d’un cauchemar, voulant fuir encore. Elle sentit les entraves médicales comme les mains qui avaient essayées de la noyer, et elle se mit à tout arracher sans réfléchir, criant bientôt des “non” frénétiques. Ses mots s’étranglaient, elle s’étouffait sur le tube qui descendait dans sa gorge.

Cordélia ? Cordélia ! Calme-toi, Cordélia ! implora quelqu’un en posant ses mains sur ses épaules pour la rallonger.

Nathan.

Elle reconnut la voix de son frère et cligna des yeux, perdue, se débattant encore faiblement, ne supportant pas la sensation d’être maintenue immobile. Mais il était bien plus fort qu’elle et elle finit par retomber sur l’oreiller, la tête lourde et prête à retomber dans l’inconscience. Le monde tournait autour d’elle et elle avait mal au cœur.

Dors, dors ma Cordélia, dit doucement Nathan. Tu m’as fait tellement peur…

L’inconscience l’emporta à nouveau quand son frère n’avait eu aucune hésitation à utiliser la Symbiose d’un Art pour la rendormir. Quand elle ouvrit les yeux pour la seconde fois, plus de tube dans la gorge, mais encore un fin tuyau en plastique sous son nez. Avec ce deuxième réveil, elle réalisait déjà mieux où elle était. Son corps lui semblait peser des tonnes alors qu’elle devait fournir un effort considérable juste pour bouger son bras et venir essayer d’ôter ces trucs intolérables de sur son visage. Une main se referma doucement sur son poignet.

Non, сестра, dit doucement Nathan. Tu en as besoin, tu as manqué d’oxygène trop longtemps.

Il avait un air affreux, de profondes cernes sous les yeux, les yeux gonflés et injectés de sang, les traits tirés. Célia se laissa faire, même si avoir quelque chose sur le visage lui était plus que gênant. Elle leva les yeux au plafond. Elle tenta un mot, mais elle ne parvint qu’à tousser douloureusement. Alors elle resta ensuite immobile et tournant la tête vers son frère, elle articula un “je suis où” sans qu’un son ne sorte de sa gorge en feu.

Nathan lui caressa la joue.

Sshh, doucement. Tu es dans une clinique privée, à Froidgrange.

Elle fronça les sourcils, mimant le mouvement des lèvres de Nathan sur le mot Froidgrange. Elle savait que c’était le nom d’une ville du Duché de Listenshire, à la frontière avec le Comté de Trapeglace, la plus grande agglomération proche du domaine Avonis, mais elle ne comprenait pas ce qu’elle faisait là, si loin de Phoenix.  Parce qu’elle était à Phoenix jusque là, elle en était à peu près certaine. Puis doucement, de ce constat, elle se mit à rassembler ses souvenirs… jusqu’aux derniers. Alors elle se mit à pleurer. Pas juste des larmes, non, elle se tordit dans son lit, voulant hurler mais ne pouvant pas le faire. Ce n’était qu’un gargouillis ignoble au fond de sa gorge. Nathan essaya de la calmer mais il fut écarté par une infirmière et Célia fut forcée à se rendormir encore. Elle allait finir par détester dormir.

La troisième fois qu’elle se réveilla, sa gorge allait mieux, plus de lunettes à oxygène sur son visage et Nathan dormait à moitié sur son lit. Célia avait l’impression d’un cauchemar duquel on refusait de la laisser sortir. Elle voulait partir de cet endroit et retourner à sa vie. Elle voulait qu’on lui enlève ces images horribles d’eau devant ses yeux et cette voix qu’elle adorait qui la faisait presque vomir à présent. Elle se mit à chercher une issue dans cette chambre étrangère et sombre. Elle voulait le soleil, elle voulait de l’air et elle voulait … Non, elle ne voulait pas Sean, elle avait trop peur pour ça… Peur de réaliser que… Elle ferma les yeux et posa une main sur le bras de son frère. Elle avait besoin de lui ou elle allait s’extirper de ce lit pour fuir le plus loin possible. Nathan se réveilla immédiatement.

Cordélia…

Il s’assit sur le rebord du lit et l’attira contre lui.

Comment te sens-tu ? Parle-moi, je t’en prie, je suis terrifié, les médecins disent que le manque d’oxygène…

Si l’esprit de Célia n’était plus là… Elle prit le temps d’une respiration lente, craignant d’avoir à nouveau la gorge en feu. Mais elle resserrait déjà un peu plus le bras de son frère.

Nathan… Je veux… pas… rest… er… là.

Nathan la serra plus fort.

On va rentrer, Cordélia, on va rentrer… je te fais sortir dès que je peux, jura-t-il, soulagé.

Elle posa sa tête sur son épaule et s’y laissa bercer un moment. Un long moment durant lequel elle n’osa poser la question qui lui brûlait pourtant les lèvres. Puis fermant les yeux, elle sut qu’elle devait le faire.

Pour… qu… oi ? Je… suis là ?

Nathan lui caressa doucement le dos.

Je t’ai fait rapatrier, Phoenix est trop dangereuse en ce moment… de quoi te rappelles-tu, Cordélia ?

Elle serra ses poings sur la chemise épaisse de son frère.

Bain… on a es… sayé de me… noyer.

Sa voix allait mieux à chaque mot, mais elle avait le cœur au bord des lèvres. Nathan opina.

Vous avez été attaqués. Ils ont failli te briser la nuque, Célia. Tu es restée… ça fait quinze jours que tu es ici.
Ils… ont ? parvint-elle à articuler, avec une petite étincelle d’espoir.

Nathan ignorait qui elle avait entendu avant d’être attaquée, aussi ne vit-il pas l’importance de sa phrase.

Deux assassins, un duo assez connu, l’homme est mort mais la femme s’est échappée.

Célia eut un hoquet d’un sanglot étranglé. Elle en tremblait. Nathan mit cela sur le compte de l’épuisement.

Je vais aller dire au médecin que je te ramène au domaine, kechara. J’arrive, promit-il en la lâchant doucement.

Mais elle le retint d’une poigne très marquée sur sa manche.

Et… Sean ?

Nathan n’avait visiblement pas très envie de parler du Shaïness.

Il est vivant, à Phoenix, dit-il, laconique. On parlera à la maison, Célia, je reviens vite.

La réaction de Nathan fit plus mal à Célia que tout le reste. Elle se laissa retomber dans le lit et se mit à laisser son esprit vagabonder dans d’autres lieux pour ne plus se poser de questions sans réponse. Être le plus loin possible de Froidgrange, de Phoenix ou même de Fardenmor.

Durant tout le retour en voiture, Nathan garda Célia contre lui, caressant son dos, ses cheveux. Visiblement, il avait eu terriblement peur de la perdre. Au moins, cela eut le mérite de chasser cet affreux doute que le dossier des SK avait fait naître au sujet de Nathan. Elle se laissa faire, sans un mot. Elle sentit que, plusieurs fois, son frère voulut engager la conversation, mais qu’à chaque fois, il refermait la bouche sans dire un mot.

Une fois au domaine, Sinaï sortit pour les accueillir et aider Célia à s’installer dans le salon vide, devant la cheminée allumée, malgré le temps assez doux. Célia l’apprécia pourtant, ayant l’impression d’être frigorifiée malgré la couverture dans laquelle elle s’était enroulée. Elle se perdit dans la contemplation des flammes, fuyant encore un peu. Elle avait peur de savoir pourquoi Nathan hésitait tellement, pourquoi il était si marqué. Elle n’était pas dupe, juste trop fatiguée pour vouloir déjà savoir.

Cordélia ? l’appela son frère après qu’elle se soit perdue dans sa contemplation des flammes. сестренка, il faut que tu manges. Madame Esmé a fait de la solianka…

Preuve de l’inquiétude de Nathan qui détestait ça. Elle réprima un frisson et elle rajusta la couverture sur elle.

Je peux rester près du feu ?

Nathan hocha la tête.

Évidemment, on va manger là.

Sinaï ne restait jamais très loin, alors que l’Incarna veillait toujours d’ordinaire sur Sarah Elinor. Cette fois, c’était elle qu’il gardait toujours dans son champ de vision, prévenant. Célia le remarqua et se maudit pour ça. Elle ne dit pourtant rien et attendit qu’on lui apporte son bol de solianka. Mais elle ne réussit pas à prendre une seule cuillerée. Elle se mordit la lèvre et puis finalement, elle parla.

– … mère ne viendra pas manger avec nous ?

Et la larme qui roula sur sa joue trahît que sa question n’avait rien d’innocent. Elle avait compris. Nathan s’agenouilla à ses pieds, lui prenant les mains.

Je suis désolé, Cordélia… мать est morte il y a une semaine, dit-il doucement, la même douleur qu’elle au fond des yeux.

Célia inclina la tête sur le côté et laissa tomber son repas au sol pour venir se jeter dans les bras de son frère. Et y pleurer encore et encore. Nathan pleura avec elle, ce qu’il ne s’était pas autorisé à faire il y a une semaine, pas quand il craignait que Célia ne se réveille jamais, ou ne soit pas elle-même, et qu’il pensait devoir les enterrer toutes les deux. Et à présent, Célia devait faire face à ce qu’elle avait manqué : elle perdait sa mère sans l’avoir revue depuis plusieurs mois. Mais en même temps, comment aurait-il pu en être autrement ? Elle avait fui, fui cette maison et ce quotidien insupportable où sa mère déclinait un peu plus chaque jour. Elle se sentait méprisable par rapport à son frère et en même temps, cette douleur atroce qu’elle avait déjà connue moins de trois ans plus tôt revenait et lui fracassait le cœur. Parce qu’ils n’étaient plus que tous les deux. Frère et sœur restèrent enlacés pendant longtemps, finissant par s’asseoir l’un à coté de l’autre devant le feu que Sinaï avait ravivé. Ils ne disaient rien, juste serrés l’un contre l’autre en silence. Une pendule sonna quelque part. Et le silence ensuite fut trop lourd.

Il avait pris la voix de Sean avant de … murmura-t-elle avec l’impression de crier. J’ai cru que c’était Sean qui me…

C’était moins dur d’aborder ce sujet finalement que de demander où était enterré leur mère. Nathan se raidit.

Quoi ? Célia, est-ce que… est-ce que ça aurait pu ? Pour que tu l’aies cru… est-ce que Sean… t’a déjà… fait du mal ? s’inquiéta immédiatement Nathan, imaginant les pires choses à propos du Shaïness.

Célia hocha la tête.

Non, jamais. Il ne m’a jamais fait le moindre mal. Au contraire, il est toujours prévenant, attentionné… Je n’arrivais pas à y croire, mais l’homme est arrivé sans que je le vois, il a parlé avec la voix de Sean et …

Elle agita la tête pour chasser les souvenirs suivants.

– … et je me réveille à l’hôpital, j’ai encore l’impression d’étouffer… il n’est pas là. J’étais tellement perdue, Nathan.

Nathan soupira, soulagé.

Je comprends. Et si l’assassin a tenté la même technique pour lui, ça explique… il était furieux, Cordélia, quand je l’ai vu. Contre l’assassin, contre lui aussi surtout.

et contre son père , pensa Célia sans rien en dire, car Nathan n’avait vraiment pas besoin de savoir ça.

Alors je suppose qu’il est resté à Phoenix pour régler… tout ça, dit-elle d’un maigre filet de voix.

Et il avait laissé Nathan l’emmener loin du danger pour que ça ne se reproduise pas. Elle sut qu’elle ne le reverrait donc pas avant que la menace ne soit passée. Elle en avait la nausée. Nathan hocha la tête.

Il m’a demandé de t’emmener à Trapeglace. Il ne fait plus confiance à personne, Cordélia, c’était clair. Ni aux médecins, ni à la police, ni à cet appartement où il vous croyait en sécurité.
Je sais, soupira-t-elle. Il n’a vraiment confiance qu’en moi…

Elle porta sa main à son cou, comme à chaque fois qu’elle pensait à Sean et réalisa qu’il était nu. Elle leva des yeux ronds vers Nathan.

Nathan, mon collier ! Où est mon collier ?!

Nathan fronça les sourcils.

Quel… oh, le rubis ? Je ne sais pas, je suis désolé, je n’en ai pas la moindre idée…

Elle se leva d’un bon et le cherchant des yeux, comme s’il avait pu simplement tomber à ses pieds.

Je dois le retrouver ! Il le faut ! Je ne m’en sépare jamais ! C’est…

Elle se remit alors à pleurer, trop secouée par tout ce qui arrivait. Elle en eut un vertige et Nathan se leva aussitôt pour la rattraper.

Chhh, il n’est pas perdu, je suis certain qu’il est à Phoenix, je ne suis parti qu’avec toi, pas tes affaires. Je suis désolé, je n’ai pas pensé… Chhut, ma douce…
C’est son cadeau… son premier… j’ai besoin de…

Elle redevint silencieuse et serrée contre son petit frère. Qui était tellement plus solide qu’elle… Elle n’avait plus que lui, mais que deviendrait-elle au final sans lui ?

On pourra dormir devant la cheminée ce soir ?

Nathan accepta. Elle aurait pu exiger qu’il aille chercher son collier qu’il serait parti pour Phoenix. Elle n’avait pas idée d’à quel point il serait perdu, sans elle. Il restait son petit frère, et elle avait été son monde toute sa vie. Ils n’auraient pas été plus proches s’ils étaient nés jumeaux. Ils en dormirent l’un contre l’autre dans un véritable nid de couvertures et d’oreillers. Il ne l’aurait jamais laissé dormir seule et au petit matin, Nathan jouait avec ses cheveux quand elle émergea lentement.

Cordélia, on est le 9 mai, tu devais retrouver Desdémone… est-ce que tu veux y aller ? demanda-t-il doucement.

Elle leva le nez de derrière sa couverture.

Non. Je veux rester ici. Avec toi. J’en ai assez des intrigues, des mensonges et de tout ça, dit-elle d’un ton peu enthousiaste. Je veux dormir. Je veux juste dormir.

Nathan hocha la tête et recommença à passer ses doigts dans les cheveux de Célia, jouant avec les boucles en bataille qui portait encore quelques teintes plus sombres d’un restant de coloration noire.

J’ai eu tellement peur… le médecin a dit que c’était un miracle, que tes vertèbres n’auraient jamais dû tenir… chuchota-t-il.

Elle n’en cala que plus profondément son nez dans son épaule.

– … et pourtant, tu vois, je suis toujours là.

Nathan hocha la tête.

Et j’en remercie nos ancêtres chaque minute.

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7 Comments

  1. Pauvre Célia… elle ne sait pas encore que Sean ne va jamais vouloir la revoir de peur de la mettre à nouveau en danger… elle est loin d’en avoir terminé avec les batailles à mener.

  2. Y’a un bug, t’as une partie du texte qui chevauche l’image… c’est pas très lisible!!
    Sinon, ben, j’avais zappé cette attaque… comment j’ai pu??

  3. « Sauf que si elle serait rentrée trois jours plus tôt (…) » Petite erreur de syntaxe
    Elle aurait su, elle aurait pas venu… Que de rebondissements ! J’ai hâte de connaître la suite ! Merci pour ce moment de lecture attendu.

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