Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

15 novembre 979

Lee libéra les deux Avonis de la clinique quelques jours plus tard, dialyse et nouveau sang ayant purifié le corps de Nathan, et le repos supplémentaire n’ayant pas été du luxe pour Célia. Frère et sœur ne partirent que le lendemain avec un moral peu reluisant qui laissa le Ven’sakurai assez dubitatif. Mais il ne pouvait rien de plus pour eux. Il était médecin, pas psychologue. Sean n’était pas reparu de tout ce temps et Célia en avait le cœur en cendre, mais elle trouva finalement que c’était mieux ainsi. Elle aurait eu plus de mal à partir s’il avait été là. Elle prendrait le temps à son retour pour tenter de réparer ce qui pourrait l’être avec lui. D’ici là, elle se consacrerait uniquement à ses objectifs, laissant encore sa vie entre ces maudites parenthèses, tout en portant son collier pour se rassurer. Ismaël fut leur pilote dans le transporteur familial. Le vieil engin encore robuste dénotait un peu sur le tarmac de l’Aérofaille de Phoenix, mais il était fiable et confortable. C’est tout ce qu’on lui demandait. Et à la tombée de la nuit, ils furent au domaine Avonis.

Nathan assura dès le lendemain qu’il pouvait prendre soin de lui.

– Je préfère te voir partir maintenant, et utiliser la culpabilité d’Eagle pour te voir au Solstice, que te garder quelques jours et ne pas te voir avant des mois, sourit-il.
– Je dois t’avouer que je n’ai pas très envie de rester, non plus. Des jours à tourner en rond et à me morfondre… Non, je préfère m’en passer et aller essayer de nous faire garder un peu d’espoir. Je sais que Sinaï veillera bien sur toi. Et que tu seras d’autant plus prudent maintenant.

Elle posa son doigt sur son nez, en se forçant à rire.

– Plats approuvés par Madame Esmé uniquement et port du gant obligatoire pour tout courrier ! On n’ouvre aucun colis suspect soi-même et on fait un énorme câlin à sa sœur avant qu’elle ne parte.
– Promis, dit-il avec un léger sourire en coin qu’elle avait réussi à faire naître sur son visage. De toute façon, Sinaï ne me lâche plus.

Il la serra dans ses bras.

– Et toi, on ne provoque plus de Traqueur Encyclique, compris ?

Elle leva une main solennelle.

– Promis, craché, juré. Si je mens, j’vais chez les Lunaires !

Nathan marmonna de laisser ces barbares où ils étaient, merci bien. Moins d’une heure plus tard, elle était repartie et Ismaël avait insisté pour la ramener directement sur les lignes, ayant encore quelques contacts pour lui permettre de survoler le Front, même dans un transporteur civil. Ce qui fit que Célia fut de retour rapidement dans le décor morne du camp, sous un ciel crépusculaire et délavé.

– Sois prudente, petite fille, lui dit le vétéran bourru.

Elle le fixa avec un air qui ne laissait aucune place au doute.

– Plus prudente que jamais, Ismaël. Et toi, veille bien sur mon frère.

Elle fit alors volte-face, prenant la direction du camp d’Eagle d’une démarche déterminée, sans se retourner alors que le transporteur décollait dans un bruit de tempête.

Directement rendue sous la tente de commandement des Aigles, Eagle proposa de suite à Célia de ne plus prendre les tirs à Kadam Hel, de n’envoyer que des doublures. Il faut dire que l’image que renvoyait la jeune femme n’était pas celle d’un enthousiasme forcené. Pourtant il parut autant surpris que satisfait quand elle refusa. Elle-même n’identifia pas bien ce qui la poussa à faire ce choix, à prendre plus de risques que nécessaire. La colère, la rancœur et beaucoup de fierté sans doute. Mais comme ça arrangeait bien le militaire, Eagle ne discuta pas la décision de la jeune femme. Il ne remit pas non plus le fiasco de Torin et la mort de deux Aigles et d’une Ombre sur le tapis, mais lui colla entraînements et exercices dès le lendemain pour la remettre sur le terrain dans la semaine. Elle voulait reprendre son poste, elle allait devoir être à la hauteur…

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3 décembre 979

Bien consciente qu’elle devait refaire ses preuves, Célia ne se ménagea à aucun moment. Elle avait une motivation d’un genre différent à présent et quelque chose de brisé en elle qu’elle devait apprendre à gérer. Elle se faisait alors plus exigeante pour ne pas céder à ses envies soudaines de pleurer. Elle avait même une rage inhabituelle durant les combats en corps à corps qui en laissa plus d’un assez surpris. Mais si elle avait été distante durant sa présence en été, c’était pire cette fois-là. Elle donnait l’impression de ne plus vouloir s’attacher à rien, ni personne. Elle en évitait même ouvertement Fred et “dormait” toujours quand les filles entraient dans la tente.

Les trois filles la laissèrent faire. Pas Fred. Au retour d’une mission, groggy de fatigue et ayant eu quelques flashbacks désagréables en voyant Hyl’ioss débarquer, heureusement, au moment du repli, le Khyan l’intercepta sans mal, la collant dans l’armurerie avant qu’elle ait le temps de protester. Il ferma la porte et s’assit devant, les bras croisés sur le torse. Célia le regarda sans manifester d’autre expression qu’une neutralité dérangeante.

– Je suis fatiguée. Laisse-moi aller me coucher.

Fred pointa un doigt sur le front de son amie.

– Ok. Si tu promets de venir me voir pour un café demain.
– Si tu veux, dit-elle, avec la ferme intention de lui faire faux bond.

Sauf qu’il n’était pas stupide. Il avait appris quelques trucs à force de fréquenter des Nobles.

– Promets, Célia. Sur l’honneur de ta Dynastie.
– Frédéric, arrête. Je veux aller dormir.
– Non, insista-t-il. J’en ai assez de te voir m’éviter. Promets ou on discute maintenant.

Le regard qu’elle lui adressa n’avait aucune étincelle. Totalement éteint.

– Qu’est-ce que tu veux me dire Fred ? Tu veux qu’on discute, alors vas-y, parle.

Fred la regardait avec une inquiétude marquée.

– Qu’est-ce qui t’arrive, Célia ? Je sais qu’à Torin, ça a dégénéré, mais tu es plus solide que ça, alors quoi ? Pourquoi est-ce que tu ressembles à un zombie ? Pourquoi tu m’évites ? Je ne te laisserai pas faire, tu m’entends ? Je suis ton ami, tu t’es engagée à vie avec ça, y’a pas de retour au magasin.
– Je ne veux plus m’attacher à des gens que je risque de perdre, répondit l’Elam Evir d’une voix sans intonation. Je fais mes missions, je finis ma liste et je rentre.
– Super, appelle ton premier gosse Frédéric, je l’ai mérité. En quoi ça me concerne ? J’estime que tu es déjà attachée à moi, alors au final, je rentre pas dans ton petit plan. C’est trop tard.

Elle baissa les yeux et elle sembla se retrouver avec un poids énorme sur les épaules.

– Les attaques contre ma famille ont recommencé. J’ai failli perdre mon frère. Sean a failli se faire tuer par Hyl’ioss de vouloir me venger… Alors oui, j’ai tendance à vouloir arrêter de me lier à des gens. Mes proches semblent vouloir trop souvent flirter avec la mort.

Fred haussa les épaules.

– Je suis plus têtu qu’elle. Ou que toi.

Célia le regarda à nouveau.

– Qu’est-ce que tu veux, Fred ? Qu’est-ce que tu attends vraiment de moi ?
– Pas grand chose. Un seul truc.

Il tendit les bras.

– J’veux un câlin.

Célia eut le visage qui se défit aussitôt. Mais après un pas sur le côté et un mouvement hésitant d’épaule, elle se laissa aller dans les bras du Khyan, s’asseyant sur ses genoux et cachant son nez dans le col de sa veste. Fred la serra contre lui et lui caressa les cheveux.

– Bah ma pauvre vieille, certains mecs dans ta vie sont vraiment des andouilles, heureusement que je suis parfait.

Elle ne parvint même pas à en rire, agrippé à lui sans plus donner l’impression de vouloir en bouger. La Commandeur donnait l’impression d’être une Khyan et le Khyan, un Commandeur. Fred la garda dans ses bras et lui raconta des centaines de bêtises et d’histoires de tous les jours. Elle s’endormit avant même qu’il en ait commencé à parler des dernières anecdotes du camp. Fred ne la ramena pas dans la tente des filles. Il vira les quelques Aigles de la sienne, ceux qui n’étaient pas en mission, avec leurs amantes ou à l’infirmerie, et la garda contre lui pendant qu’elle dormait.

– Qu’est-ce que vous faites comme bêtises, Célia, Sean ?

Difficile d’avoir une réponse alors que la jeune femme dormait. Mais une chose était sûre, sous le bandana noir, autour de son cou, il pouvait deviner de près le léger éclat rouge de son collier. C’était une réponse sans vraiment en être une et Fred finit par s’endormir. Du coup, Célia passa une nuit tranquille, lovée contre son ami et au petit matin, aucune chance de se débarrasser de lui ! Mais il avait rempli son mug d’anniversaire de café brûlant, car il savait se faire désirer. Elle respirait l’odeur familière en essayant d’émerger. Au moins, elle n’était pas assez réveillée encore pour rejouer son petit numéro d’Elam Evir en pleine constipation émotionnelle. Elle but une gorgée brûlante en fermant les yeux.

– Merci, Fred.

Debout devant elle, Fred se pencha pour venir l’embrasser sur la joue.

– Mais je t’en prie. Ça va mieux ?

Elle le regarda étrangement pendant quelques secondes, comme un peu perdue, puis elle baissa les yeux, retournant à son café, comme gênée.

– Ou… oui. Un peu mieux.

Fred agita son doigt devant elle.

– Ah-ah-ah, pas de rechute ! Ou je te câline encore jusqu’à étouffement !

Elle eut son premier début de sourire, qu’elle cacha derrière une nouvelle gorgée de café. Puis, elle tendit une de ses mains vers la veste de Fred et en attrapa un pan du bout des doigts. Mais comme si elle ne savait pas ce qu’elle voulait, elle resta là, sans trop quoi faire. Fred lui envoya un regard en coin.

– Déjà à vouloir me déshabiller, Mademoiselle Avonis, my, je suis flatté, mais n’allons-nous point trop vite ?

Elle lâcha la veste aussitôt et baissa un peu plus les yeux, ne disant toujours rien. Elle en revint à son café.

– … Dé… désolée.

Fred fronça les sourcils.

– Hey, en temps normal, j’aurais pris un taquet mais j’aurais eu au moins un rire ! Je suis si rouillé que ça ?

Elle tortilla ses doigts autour de son mug, les yeux toujours baissés.

– Ce n’est pas de rire dont j’ai besoin.

Elle leva un regard étrange qu’elle rabaissa aussitôt. L’expression de Fred s’assombrit.

– Tout le monde a besoin de rire, Célia. Allez, dis-moi ce qui cloche.

Elle serra ses bras autour d’elle.

– J’ai froid.

Fred ôta donc sa veste et la lui passa autour des épaules.

– Problème résolu, fallait demander plutôt qu’essayer de me l’arracher, sourit le Khyan, passant en plus un bras autour des épaules de l’Elam Evir après s’être assis à ses côtés.

Elle se recroquevilla aussitôt contre lui et n’en bougea que pour boire son café. Lentement et en silence. Elle l’avait presque fini quand elle parla enfin.

– Sean ne voulait pas que je revienne sur le Front. Que c’était trop dangereux…
– Et pourtant tu es là, dit Fred, commençant à voir le problème. Qu’est-ce qu’il a dit ?
– Avant ou après qu’il est claqué la porte pour ne plus donner signe de vie ?

Fred grimaça.

– Aïe. Donc, pas content. Un conseil, ma belle : laisse-le venir ramper. Tu pourrais aller le voir, t’excuser et péter des arcs-en-ciel, mais tu fais ce que tu veux. S’il n’est pas déjà venu, c’est qu’il sait qu’il a tort. Mais il viendra, Célia, ça j’en suis sûr.

Elle se serra un peu plus contre lui, si c’était possible.

– Il me manque tellement.

Fred lui embrassa la tempe.

– Yep, c’est le problème de faire dormir les andouilles sur le canapé, tu es abstinente aussi pendant ce temps-là, dit-il avec un grand sourire.

Il eut droit à un petit coup d’épaule et à un demi sourire en coin. Satisfait de l’avoir fait sourire, Fred lui remplit à nouveau son mug -merci le thermos- et sortit sa dernière barre de chocolat de sa poche. Célia but son deuxième café consciencieusement en lorgnant assez ouvertement sur la barre de chocolat. Il fallait dire que quand elle était dans cet état, le sucre avait tendance à être une vraie drogue.

– Je peux en avoir un morceau ?

Frédéric lui abandonna toute la barre “à condition que tu m’en ramènes une boîte à ta prochaine perm !”

– Tu en auras deux, promit Célia avec un sourire de plus en plus présent.

Elle mordit délicatement dans le chocolat. Fred se fit une petite holà de victoire. Ouaiiis.

– Quand est-ce que tu rentres ? demanda le Khyan.

Elle haussa les épaules.

– J’ai négocié avec Eagle pour avoir quelques jours pour le Solstice. Je vais passer Noël avec mon frère à Trapeglace. Après, vraiment rentrer ?… Je n’en sais rien.

Fred bailla.

– Déjà, les vacances, c’est bien. En plus, tu auras ton compte de neige chez ton frangin.

Sur le Front, la neige finissait trop souvent en boue.

– Je te ramènerai ton chocolat, compléta la jeune femme avec un semblant de sourire. Madame Esmé en fait toujours pour un régiment.

Puis Célia posa sa tasse et s’étira.

– L’entraînement commence à quelle heure ?

Fred regarda sa montre.

– Y’a vingt minutes… oups.

Célia eut un énorme soupir synchrone avec l’affaissement de ses épaules.

– … et merde. Eagle va nous démonter.

Alors elle se leva et au moins, elle était déjà en tenue, ne s’étant pas changée de la veille. Fred ricana.

– Bah, on aura des corvées quoi. On pourra papoter.

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Frédéric ne lâcha jamais vraiment Célia jusqu’au Solstice, toujours présent et souriant. Ce fut la meilleure chose qu’il aurait pu faire pour la jeune femme. A s’isoler complètement, elle aurait fini par faire une faute, par se perdre dans ses pensées au mauvais moment, à ne pas avoir le bon réflexe nécessaire. Elle se serait sans doute mise en danger sans même le réaliser. Alors que de se savoir soutenue, elle en devint plus sereine et plus attentive. Ses missions en furent toutes parfaitement exécutées et Célia retrouva finalement bien plus de confiance en elle qu’elle ne le pensait.

Mais le Solstice arriva bien vite et elle avait hâte de partir pour retrouver Nathan. Elle avait plié ses affaires et en attendant l’heure du départ, elle se réchauffait avec un énième café soluble, imbuvable mais le seul que l’on trouvait au camp. Fred, en mission, ne la vit pas partir en perm’ une heure plus tard avec les soldats chanceux qui avaient obtenu de pouvoir rentrer pour Noël. Ce fut transporteur de l’armée jusqu’à l’Aérofaille de Phoenix et, de là, Ismaël l’emmena à Trapeglace. Nathan l’accueillit à bras ouvert et, de toute la permission, il se fit un devoir de ne pas parler une seule fois du Front, des noms, de l’assassin ou de Sean. Ces vacances étaient pour lui et Célia.

Ils passèrent la plupart de leur temps dans la bibliothèque où Nathan reprit leur vieille habitude de faire la lecture à sa sœur qui se laissait somnoler au son de sa voix. Ils firent aussi quelques balades par le jardin, faisant l’inventaire de ce qui serait bien de faire sur le domaine pour son entretien. Ils parlèrent aussi d’organiser un autre bal pour le printemps, à la perm’ suivante de Célia, quand les beaux jours seraient de retour. Célia prit aussi le temps de passer par le caveau familial et déposa un verre de kvas, un alcool Elam Evir, devant la tombe de son père et un rameau de houx devant celle de sa mère. Mais tout de suite après, elle rejoignit Nathan pour lui offrir un cadeau qu’elle avait eu le temps de trouver à l’Aérofaille de Phoenix. Elle lui tendit le paquet avec un très large sourire, ce qui, même si ce n’était pas rare, n’était pas habituel depuis son arrivée.

– C’est pour toi…

Nathan haussa un sourcil.

– Contaminée par la mode de Noël, je vois, sourit l’Elam Evir qui ouvrait son paquet, curieux.

Il découvrit bientôt une petite sacoche qui contenait ce que l’on aurait pu trouver de mieux dans une Aérofaille en matière d’appareil photo. Ce n’était donc pas du haut de gamme, mais suffisamment bien conçu pour être tout à fait acceptable pour un photographe en herbe ou amateur. Il y avait aussi deux objectifs et un joli stock de pellicules.

– Je n’y connais pas grand chose, il faudra sûrement que tu te trouves un bouquin pour savoir comment s’en servir vraiment correctement, mais je me suis dit que ça pourrait te plaire… Avoir des souvenirs tangibles de nos moments heureux. J’avoue que Ian m’a fait découvrir ça pour mon anniversaire et je trouve ça fantastique de pouvoir avoir des images bien réelles de moments que l’on ne veut pas oublier.

Nathan, touché de l’intention derrière le cadeau, ne cacha pas ses sentiments.

– Oui, c’est une excellente idée !

La première photo, prise par Sinaï, fut d’eux, lovés dans le fauteuil autant que leurs tailles respectives le permettaient, Célia tenant le chaton roux que Nathan lui avait offert. Lui aussi, semblait avoir aimé l’idée des cadeaux de Noël. Il faut dire qu’il n’avait pas pu résister au pelage de la petite boule de poil, de la même couleur que les boucles couleur feu de sa sœur. En tout cas, Célia fut très vite inséparable du chaton qui trouvait toujours très intéressant tout ce qui se rapportait à sa maîtresse : les lacets de ses bottes, les pans de sa jupe, les boucles de ses cheveux. Ses doigts pour le jeu et ses genoux pour les câlins. Avant la fin de la première journée, Célia lui avait trouvé son nom. Et Rogue de prouver que son nid préféré c’était dans le cou de Célia où il s’endormit sans vergogne. Nathan prit plusieurs photos de l’attendrissant duo.

– Que préfères-tu ? L’emmener, ou le laisser ici ? demanda-t-il à sa sœur alors qu’ils buvaient un chocolat avant d’aller dormir, Rogue ronronnant dans le creux du cou de la jolie Elam Evir.

Célia lui grattouilla le menton, pensive.

– Je l’emmènerai bien, je dois l’avouer. Il est trop mignon. Mais est-ce que ça ne va pas poser de problème au Front ? Je ne suis pas Lo’kindjaleph, je pourrai difficilement le gérer s’il décide de n’en faire qu’à sa tête.

Nathan eut un petit rire.

– Tu es dans un camp de plusieurs milliers d’hommes, probablement des dizaines de chats, des milliers de mètres carrés de tentes et d’espaces libres, de la paille, des souris, des centaines de soldats qui lui donneront quelque chose s’il miaule plaintivement, et tu penses qu’il sera remarqué s’il fait des bêtises ?

Célia se gratta le haut du crâne.

– Vu comme ça… Oui, je dois pouvoir l’emmener. Et on verra bien. Au pire, s’il devient ingérable, je le remmènerai ici à ma prochaine perm’.

Nathan sourit.

– Parfait. Et je vais aller dormir, Cordélia. Fais de beaux rêves, сестра.

De beaux rêves ? Non. Même de simples rêves, elle espérait ne pas en avoir du tout.

– Toi aussi, брат. Dors bien.

Elle le laissa partir, regardant sa silhouette devenue de plus en plus carrée au cours des dernières années et qui disparut dans le couloir. Puis elle retourna à son livre, pour lire et empêcher Rogue de sauter sur les pages. Elle ne dormirait que lorsqu’elle tomberait de fatigue… justement par peur de rêver. Peut-être que Sean attendait qu’elle fasse le premier pas. Peut-être qu’il avait peur de le faire. Quoi qu’il en soit, elle n’avait eu aucun rêve guidé depuis leur dispute, une première depuis qu’elle était avec le Shaïness et ce constat avait un effet à double tranchant sur la jeune femme. D’un côté, elle avait besoin de prendre du recul par rapport à ce qui lui était arrivée ces trois dernières années. Sans compter qu’elle en voulait à Sean de l’avoir laissée au moment où elle avait besoin de lui et de son soutien. Mais d’un autre côté, il lui manquait tellement qu’elle en avait mal, qu’elle espérait autant qu’elle redoutait qui la contacte, parce qu’elle avait peur que ça tourne mal à nouveau. Mais elle avait encore plus peur qu’il ne la contacte plus du tout. Une peur douloureuse que ce Noël n’apaisait pas.

A la fin de sa permission, elle prit affaires et chat pour repartir vers l’Aérofaille de Phoenix. Le transporteur pour le Front partait une fois par jour uniquement et elle avait presque cinq heures à attendre. Évidemment, elle ne se rendit pas à l’appartement, pas en ne sachant pas où elle en était avec Sean, et surtout pas quand elle repartait pour le Front. Elle posait ses affaires dans la soute du transporteur vide qui ne partait pas avant plus de deux heures quand on lui attrapa violemment le bras pour la retourner et la plaquer contre le mur de métal.

Avant d’avoir pu penser à se défendre, se débattre ou même tirer, malgré son bras toujours emprisonné, on l’embrassait. Un baiser violent, presque désespéré, mais familier. Elle mit une bonne seconde à réaliser qu’elle n’était pas en train de rêver, de s’être endormie dans le transporteur. Les yeux écarquillés à regarder ce visage contre le sien, immobile, elle finit par se sentir fondre au rythme de ses paupières qui se fermaient et elle rendit le baiser avec autant de violence, son bras libre venant saisir la nuque de son impétueux Shaïness et de bientôt enrouler une jambe autour de sa hanche. Ses doigts se crispèrent sur le cuir chevelu de Sean, se fermant sur ses cheveux noirs, l’empêchant d’oser mettre fin à ce qu’il faisait. Elle était assoiffée de lui et se rendait finalement compte à quel point il lui avait manqué.

Mais son baiser eut bientôt un goût de sel et ses joues lui brûlaient du froid de deux traînées humides qui les barraient. Elle l’embrassait encore et encore, incapable de s’arrêter… jusqu’à un miaulement de protestation venant de l’intérieur de sa veste. Malheureusement pour Rogue, car ladite veste termina sur le sol deux secondes et demies plus tard, avec le long manteau noir de Sean. Les protestations du chaton ne furent pas entendues ni prises en compte. Le Shaïness se pressait contre son Elam Evir, une cuisse entre les siennes alors qu’il l’embrassait toujours, ses mains possessives redessinant ses courbes.

Célia ne savait tout à coup plus trop comment réagir, elle avait envie de lui, oui, mais pas seulement de s’unir à lui comme ça, elle avait besoin de sa voix, de ses yeux. Elle n’avait que ses lèvres et ses mains… Elle se sentait soudain frustrée et elle lui saisit le visage pour le faire reculer assez pour le regarder dans les yeux. Les siens étaient baignés de larmes et elle n’avait pas le visage d’une femme sereine. Mais celle d’une femme bouleversée qui ne savait plus ce qu’elle voulait ou espérait.

– Sean… doucement ! J’t’en prie… calme-toi…

Les yeux de Sean brûlaient d’une faim ardente qui ne serait pas distraite longtemps. Il essuya les larmes du revers du pouce, caressant ensuite ses lèvres.

– Tu repars… tu me fuis, tu m’échappes, Célia… Ne te refuse pas à moi… dit-il doucement, la voix grave, à la fois comme un ordre et une supplique.

Elle lui rendit sa caresse d’une jumelle sur sa joue.

– Sois doux, Sean… s’il te plaît… Ne me fais plus mal… je t’en prie…

Elle posa son front contre le sien.

– Parce que je ne m’échappe pas, je ne peux pas… Une partie de moi est toujours avec toi… Toujours Sean… alors sois doux, parce que ça fait parfois mal de t’aimer…

Elle vit que sa phrase blessa le Shaïness mais, avant de pouvoir parler, s’excuser, s’expliquer, il l’embrassait à nouveau, essayant de faire passer dans ses baisers ce qu’il n’arrivait pas à dire.

Il y avait encore de la passion et un arrière-goût de violence dans ses gestes mais il fit de son mieux pour ne pas précipiter les choses et il ne fut certainement pas le seul à profiter de l’étreinte. En colère ou non, non-dits ou pas, il avait toujours été un amant attentionné qui savait comment lui procurer du plaisir.

Une nouvelle fois, elle se perdit dans les bras de son Shaïness, dans les caresses qu’ils échangeaient, dans les attentions trop passionnées de son Démon. Elle ne pouvait se refuser à lui, jamais plus que le temps d’un mot de protestation à peine prononcé avant de sombrer dans ses yeux d’acier ou sous le goût enivrant de ses baisers. Il était son autre, son amant et son amour, son poison et son remède. Elle en était aussi bouleversée qu’elle en était furieuse, aussi transportée qu’heureuse. Elle ne savait plus où elle en était, sinon que les soupirs qu’elle laissait échapper par sa faute lui faisaient oublier tout le reste.

Elle se donna à lui sans plus aucune retenue, redécouvrant à chaque seconde combien elle lui appartenait corps et âme, quoi qu’elle fasse. Elle sentait son rubis danser contre son cou comme le glas de sa liberté qu’elle avait au final abandonné depuis longtemps : Sean était le geôlier de son cœur.

Voir le collier au creux de sa gorge, malgré leur dispute, n’avait pas aidé Sean à se contrôler. Malheureusement, entre leur frénésie de se retrouver encore et encore, et les horaires de Célia, ils n’eurent pas le temps de parler -ayant tout juste évité d’être surpris dans une position compromettante par un soldat venant lui aussi déposer ses affaires.

Rhabillés à la hâte, déçus de déjà se séparer, Sean caressa la joue de Célia avec une profonde tendresse.

– On parlera quand tu reviendras, promit-il. On va devoir apprendre à faire des concessions, tous les deux, ou ça ne marchera jamais. Je m’en vais, avant de t’enlever de force. J’attendrai.

Il l’embrassa encore. Elle ne voulait pas sentir ses lèvres se séparer des siennes. Elle voulait que le temps s’arrête. Elle voulait … tant de choses finalement, comme à chaque au revoir. Elle caressa son visage anguleux et, de manière surprenante, mal rasé, le contemplant avec un amour infini, les yeux encore trop brillants.

– Oui, on parlera… Je ne veux plus qu’on se dispute comme on l’a fait.

Elle eut un rire étranglé, triste.

– Tu me manques déjà…

Sean lui caressa la joue.

– Toi aussi. Reviens-moi vite et en un seul morceau, ordonna-t-il, avant de se forcer à la quitter.

Célia le regarda descendre du transporteur alors que d’autres soldats montaient déjà. Célia alla alors récupérer Rogue qui protesta, pour sentir encore la chaleur d’une présence et tromper le vide qu’elle ressentait. Elle s’assit à sa place et fit un au-revoir de la main à travers le hublot du transporteur, regardant la haute silhouette immobile de Sean se tenir sur le tarmac, dans son lourd manteau noir d’hiver, debout devant l’Elit. Une image qui marqua l’esprit et le cœur de Célia au point qu’elle se remit à pleurer. Elle voulait tellement descendre de ce maudit transporteur et le rejoindre…

Mais les moteurs s’animèrent bientôt et l’appareil bougea. Elle se leva pour garder Sean dans son champ de vision le plus longtemps possible. Puis il n’y eut plus que l’horizon et le ciel. Elle se rassit sur le premier siège venu, serrant Rogue contre elle et le cœur en déroute. Rogue se vautra contre elle, léchant son visage et lui donnant des coups de tête. Le petit chaton se retrouva porté jusqu’au cou de l’Elam Evir, et ses doigts glissèrent doucement dans son pelage, seul geste qu’elle fit pendant un bon moment, les yeux très loin de là.

Évidemment, Fred l’attendait au camp et remarqua immédiatement la petite nouveauté.

– Célia, tu feras gaffe, tu as un rat roux sur l’épaule.
– Tu tiens pas tant que ça à ton chocolat visiblement, lui répliqua-t-elle en papouillant d’autant plus le petit chaton.

Fred eut l’air malheureux.

– Tu oserais te parjurer ? Céliaaaa, j’suis en grave manque de chocolat, un mois que j’attends ça !
– Me parjurer ? Mais, le chocolat, je te l’ai ramené. Comme promis. Mais reste à savoir si je vais te le donner si tu continues à insulter le cadeau de Noël de mon frère.

Fred s’avoua vaincu.

– Je plaisante, je plaisante. Il est mignon.

Il grattouilla la tête du chat et rit quand le chaton essaya d’attraper son doigt.

– Trop mignon, fais gaffe, il tiendra plus sur ton épaule avant la fin de la semaine, il va être gâté.
– Tant qu’il ne se sauve pas à l’autre bout du Cratère, c’est tout ce que je lui demande, à cette petite terreur.

Elle se pencha pour ouvrir son sac et le chaton en profita pour sauter à terre, histoire de découvrir le monde. Célia sortit deux paquets rectangulaires absolument énormes qu’elle tendit à Fred.

– C’est sous cette forme que le chocolatier qui travaille souvent pour nous envoie le chocolat à la cuisinière… et ça, c’est ce que j’appelle une tablette de chocolat digne de ce nom.

Fred faisait déjà un câlin à ses deux boîtes.

– Je t’aimeeee !

Il sourit à Célia.

– En parlant de ça, ma belle, tu devrais… peut-être ajuster ton écharpe, dit-il en tapotant le côté de son cou.

Sean avait passé pas mal de temps sur ce point en particulier, maintenant qu’elle y repensait. Elle en rougit alors qu’elle ajustait effectivement son bandana et son écharpe. Puis elle se releva et mit son sac sur l’épaule.

– Merci, j’aimerai autant qu’on me taquine pas trop sur le sujet, avoua-t-elle en souriant pas tout à fait franchement.

Fred fronça un peu les sourcils mais opina.

– Ça marche. Holà, toi, je suis pas un arbre à gratter ! dit-il à Rogue qui essayait d’escalader sa botte.

Il récupéra le chaton pour accompagner Célia jusqu’à la tente des filles. Rogue fut immédiatement proclamé mascotte du lieu même s’il fallait avouer que c’était quand même perturbant de voir ces femmes, dont le métier était d’abattre des cibles humaines avec efficacité et maestria, des tueuses implacables, fondre littéralement devant cette toute petite boule de poil rousse qui trouvait très agréable d’être le centre d’intérêt de tout ce joli monde. Surtout quand on le grattouillait ou qu’on lui offrait un morceau de viande séchée.

Célia rangea ses affaires avant de se joindre à elles pour observer et participer au spectacle. Rogue était un vrai clown, roulant sur lui-même, petite queue en l’air et tête entre les pattes pour mieux essayer d’attaquer les doigts de Mia. Même Qi Lin, d’ordinaire plutôt stoïque, s’accroupit pour caresser le ventre tout doux du chaton et lui offrit une paire de clochettes qui rendirent vite Rogue complètement fou. Le chaton dut se faire à ces clochettes, car Célia décréta assez rapidement qu’elles feraient un excellent collier. Certes, ça ne l’aiderait pas à chasser les souris, mais avec ce petit bruit, elle saurait le retrouver plus vite s’il allait se faufiler dans un coin. Il eut donc bientôt un petit ruban noir avec les deux clochettes qui décorèrent son petit cou.

Ensuite, Célia d’aller profiter d’une rapide douche et d’aller se coucher. Elle était fatiguée du voyage et surtout elle avait besoin de prendre le temps de savoir comment elle devait prendre exactement la visite éclair de Sean. Elle n’osa pas utiliser les rêves pour le recontacter ce soir-là, même si elle en eut terriblement envie. Surtout qu’elle avait la désagréable impression d’avoir oublié quelque chose d’important avec tout ça…

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  1. Encore une fois j’ai adoré lire ce chapitre, et j’ai plus que hâte de lire le suivant. Et arrêtez de maltraiter les deux tourtereaux, on le sens que ça va mal finir, mais moi je veux pas, je veux qu’ils aillent vivre sur l’île avec Rogue et qu’ils vivent de mer chaude et de noix de coco !
    P.S : petite coquille = Il ferma la porte et s’essaya (=s’assit, c’est du passé simple) devant, les bras croisés sur le torse).
    Et encore une fois quelle splendide illustration (tu nous proposeras un skeetchbook où elles seront regroupées ? ou mieux le livre en édition avec l’illustration pour chaque chapitre. Je suis sûre qu’avec un site genre lulu.com ça se fait !

    • Vyrhelle

      29 janvier 2017 at 1 h 26 min

      Ah oui, là, j’ai carrément mis un mot pour un autre XD Ça m’arrive souvent en plus …
      Sinon, je réfléchis à un sketchbook, oui. Peut-être plusieurs sketchbooks d’ailleurs, vu que parti comme c’est parti, va y’avoir une cinquantaine d’images pour chaque livre… Mine de rien, on en est à plus de 40 déjà.
      Quant au livre, comme c’est une fanfiction, écrite à deux co-auteurs en plus, c’est compliqué. Je dois me renseigner si c’est faisable, à quelles conditions exactement. Je voudrais pas faire de gaffes. Donc pour le moment, mieux vaut ne pas l’attendre.

      • Merci pour ta réponse ! C’est sûr que ce serait génial mais déjà les skeetchbooks j’adorerai ! Et sinon rassure-moi après les 3 prochains chapitres on aura la suite ? J’ai trop hâte d’être à vendredi je suis impatiente !

        • Vyrhelle

          30 janvier 2017 at 22 h 15 min

          Ah oui, la suite est prévue. En fait, au niveau écriture, je travaille sur les livres 2 et 3 actuellement, le livre 1 est terminé et je me contente de relire une dernière fois les chapitres avant de les publier. Donc, y’a de la marge, j’ai de l’avance !

  2. L’expression de Sean sur cette image est juste… parfaite… douloureusement parfaite.
    Et je commence déjà à avoir envie de pleurer… ça va être dur pour la suite… -_-

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