Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

16 juin 979

Ian avait bien envoyé Erei prévenir Nathan que Célia n’y serait pour personne pour la nuit suivant le couronnement. Et si l’Incarna ne donna pas spécialement de raison à son absence, l’Ange Avonis ne fut pas long à arriver à un certain nombre d’hypothèses tout à fait plausibles. Son rôle de légende militaire en était une. Sean en était une autre. Et dans un cas comme dans l’autre, ça n’était pas pour ravir Nathan. Alors quand Célia réapparut à la demeure Avonis de Phoenix, son frère entendait bien savoir la raison de son absence… de deux jours. Il apparut sur les marches de l’entrée de la vieille demeure et ne put que remarquer, lorsque Célia descendit de son taxi, qu’elle ne portait plus son uniforme militaire mais une robe qu’il était certain de ne lui avoir jamais vue porter auparavant. Il lui ouvrit quand même les bras pour l’accueillir et Célia de le rejoindre sans hésitation.

Bonjour Nathan. Tu ne t’es pas trop inquiété ?
Inquiété, non. Avoir l’incarna du roi qui vous prévient, c’est surtout inattendu. Mais rentrons, tu vas m’expliquer tout ça n’est-ce pas ?

Célia eut un sourire un peu crispé.

Il ne t’a donc rien dit ?

Elle allait tuer Ian… Nathan haussa un sourcil.

Oh, il m’en a dit assez pour que je ne m’inquiète pas. En revanche, je crois n’avoir jamais vu un Incarna aussi agacé avec son Principal. Pas le jour même de sa création. Je crois que le message se résumait à “votre sœur est avec le Roi et le Duc d’Umbras, tout va bien, prétendez que j’ai donné une excuse valable et excusez-moi pendant que je retourne faire comme si c’était moi l’être humain”.

Il regarda sa sœur intensément.

Tu n’as rien à me dire ?

Concernant le roi, il s’en moquait un peu, c’était surtout toute la partie “duc d’Umbras” qui était plus problématique. Célia eut un rire un peu jaune et elle baissa le nez.

Rentrons, j’ai effectivement à te parler.

Ils se retrouvèrent dans la salle à manger, Nathan sachant pertinemment que Célia ne mettrait pas un pied au salon. Ils étaient assis à la grande table quand Célia écarta le foulard noué autour de son cou et dévoila son collier retrouvé.

Je suppose que tu comprends.

Nathan soupira.

Est-ce que vous vous êtes réconciliés, ou jamais quittés, Cordélia ?

Comme il la connaissait bien… Elle en eut un léger étirement des lèvres.

Nous ne nous sommes pas vus pendant plusieurs mois, mais nous ne nous sommes jamais séparés. Nous avons juste pris la distance nécessaire pour se protéger l’un l’autre.

Nathan donna l’impression d’avoir avalé un citron.

Alors… je comprends que c’était sans doute pour vous protéger mais… pourquoi m’avoir menti à moi, Cordélia ?

Elle baissa les yeux sur ses mains.

Sincèrement Nathan, je n’en sais rien. Je sais que j’aurais pu te le dire et que tu en gardes le secret. Je ne veux pas que tu croies que je ne te fais pas assez confiance pour te confier un secret de cette importance.

Elle releva la tête et regarda à nouveau son frère.

C’est difficile à expliquer, mais c’est en moi que je n’avais pas confiance. Si tu l’avais su, je me serais trop souvent reposée sur toi. Je n’aurais, du coup, pas pu trouver la force de caractère pour supporter l’éloignement d’avec Sean. Et résister à l’envie d’aller le voir à Phoenix…

Elle le fixa plus intensément.

Quand je ne devais y retourner sous aucun prétexte.

Nathan soupira.

Cordélia… Non, tu fais ce que tu veux, tu es grande. Mais j’aurais compris, tu sais. Je t’aurais aidée, dit-il, comprenant mais blessé malgré tout.

Elle ne lui avait jamais menti, avant, et il ne savait pas s’il appréciait le changement. Célia secoua la tête de droite à gauche.

Non, Nathan. Justement, tu ne comprends pas. Je ne pouvais pas t’impliquer là-dedans. C’était… Tout le monde devait nous croire séparés. Absolument tout le monde.

Elle cherchait ses mots. Elle hésitait à tout lui dire.

Nathan, la tentative d’assassinat a tout déclenché… parce que Sean et moi avions de forts soupçons sur le commanditaire. Voilà pourquoi il était si en colère. Et… les soupçons se sont avérés exacts.

Elle prit alors la main de son frère dans la sienne et la serra fort dans les siennes.

C’est le propre père de Sean qui a essayé de nous faire tuer. Il a multiplié les tentatives contre son propre fils… Et il m’a laissée tranquille justement parce qu’il a cru à notre mensonge. Sinon, il aurait recommencé. Un soupçon de sa part, le moindre, et je redevenais une cible, pour mieux atteindre Sean. Alors oui, tu aurais compris, oui, tu aurais essayé de m’aider. Mais la moindre tentation et ça aurait tout gâché… Je devais résister, seule. Je devais…

Elle baissa la tête à nouveau. Elle avait dû mal à expliquer ses raisons quand la principale, l’Art interdit d’Hégémonie que possédait tous les Moonshade, était un secret qu’elle devait garder à tout prix pour elle. Que c’était cela qui avait rendu Théodor Moonshade trop dangereux pour parler de son amour pour Sean à qui que ce soit. Nathan l’attira contre lui.

Pardonne-moi, Cordélia. Je n’ai pas l’habitude que tu aies des secrets pour moi. Mais je comprends, je t’assure. Si, désormais, tu peux faire à ton envie et que tu es heureuse, alors cela me convient.

Elle resta tout contre son frère.

Mais je n’aime pas te mentir, petit frère. On a toujours tout partagé et je veux que ça reste ainsi.

Elle releva le nez.

Alors, maintenant que je peux tout te dire. Oui, je suis avec Sean. Je l’aime, Nathan. Il y a de bonnes chances que l’on reste ensemble encore longtemps. Et ça, ça me rend heureuse rien que d’y penser.

Nathan lui sourit.

Alors moi aussi. Fais quand même attention, hmm ? Tu sors avec un homme qui sera proéminent dans la politique du pays.
Je sais. Et je crois qu’il fera son possible pour que tout ça me concerne le moins possible. Parfois, j’ai l’impression qu’il me surprotège… D’ailleurs, il m’a déjà présentée au roi. Ou du moins, le roi s’est présenté à nous… Et il est… spécial.

Nathan haussa un sourcil.

Raconte-moi ça ?

L’Elam Evir fut stupéfait par le récit de sa sœur et pas tout à fait sûr qu’il y croyait, mais Célia n’avait aucune raison de lui mentir là-dessus.

Je suppose que tu ne dors pas ici ce soir non plus ?

Célia eut un sourire sans équivoque.

Non, et tu sais que Sean n’est pas la seule raison qui fait que je ne dormirai pas dans cette maison.

Elle se retourna et jeta un œil en direction du salon.

Un jour, j’arriverai à entrer à nouveau dans cette pièce… Quand le responsable sera découvert, peut-être.

Elle en revint à Nathan.

Mais en attendant… oui, je dors chez Sean.

Nathan hocha la tête.

Alors restons à Phoenix jusqu’à ton anniversaire, accorda-t-il, malgré son opinion profonde. Il a dû te manquer.

Il se retrouva avec une Célia pendue à son cou et eut même droit à un bisou sur la joue.

Tu es le meilleur frère des Trois Mondes !

Nathan l’embrassa sur le front.

Et tu es une tornade. Ouste, file ! Profite de tes deux semaines.

Célia ne se fit pas prier. Nathan en fut quitte pour un deuxième baiser et sa sœur fila comme la digne tornade qu’elle était.

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Sean ne devait pas s’attendre à la revoir si tôt, car elle entendit le bruit de la douche en entrant dans l’appartement. Sans hâte, elle retira sa veste et ses chaussures, écoutant les bruits venant de la salle de bain. Bientôt pieds nus sur le béton ciré du sol, avec un petit sourire en coin, elle se dirigea vers la seule agitation très relative de l’appartement. Elle poussa lentement la porte qui la séparait de la pièce d’eau et entra sans gêne.

Sean ? Je suis rentrée.

Sean l’observa à travers les vitres de la douche – obscènement grande quand Sean avait quelques goûts de luxe auxquels il tenait – et sourit.

J’en conclus que ça s’est bien passé, dit-il en ouvrant légèrement la porte de la douche.

Pas pour sortir, non. De toute façon, ça aurait été bête, Célia était justement en train de dégrafer sa robe… qui tomba au sol avant qu’elle n’ait atteint le milieu de la pièce. La jeune femme ne portait plus que son collier et de légers sous-vêtements, idéals pour l’été qui commençait et qui s’enlevaient presque tout seuls. Quand elle entra sous la douche, son bijou était tout ce qu’elle avait gardé et elle savoura avant tout l’eau chaude sur sa peau et sa chevelure.

Sean lui prit le menton pour l’embrasser lascivement sous le jet d’eau, prenant tout son temps maintenant qu’ils l’avaient. Il portait à nouveau le bracelet de cheveux tressés à son poignet. Quand Célia le remarqua, son sourire devint immense et son baiser ensuite se fit plus passionné encore, alors que sa main glissait sur le bras de Sean jusqu’à caresser rapidement le bijou de cheveux. Tandis que son autre main trouvait l’intéressant rebondi d’un fessier musclé tout à fait à son goût. Célia non plus n’était pas pressée, elle était partante pour continuer ainsi tout le reste de la journée.

Ce ne fut ni le temps, ni l’eau continuellement chaude qui les chassa de la douche mais le bruit de leurs estomacs. Ils étaient sous l’eau depuis presque deux heures. Sean sourit contre ses lèvres.

Déjeuner ?
Seulement si tu apparais quelque part au menu, lança Célia, un rire au fond des yeux.

Sean prit tout juste la peine de couper l’eau, sortit avec Célia et ils s’enroulèrent dans d’épaisses serviettes rouge sang qui disparurent le temps que le repas soit prêt, Sean et Célia ne s’embarrassant pas de détails tel que des vêtements, deux chaises séparées ou même une seconde assiette, s’aimant encore dans la cuisine, sur la chaise, la table…

Ils avaient un an de rêves à rendre concrets et de temps à rattraper. Et aucune envie de laisser quoi que ce soit les distraire. Tout était une excuse à des gestes d’affection, innocents ou non, à des mots doux, des promesses et des envies. Célia donnait même l’impression d’être incapable de ne serait-ce que rompre complètement le contact physique avec Sean. Elle lui tenait toujours au moins la main, enroulant sa jambe autour de la sienne, enserrait son torse, caressait ses cheveux. Déjà de nature tactile, la belle Elam Evir en abusait avec son beau Shaïness, comme un besoin vital.

Après un déjeuner plus qu’intime, ils finirent dans un salon où ils étrennèrent le canapé et la table basse. Avant de finir sur l’épais tapis, enlacés comme deux racines d’un même arbre, incapables de se séparer. Et Célia en somnolait presque, bercée par la respiration de Sean. Lui hésitait entre l’imiter ou la réveiller pour reprendre encore leurs ébats mais la décision fut prise pour lui.

Hey, Sean, il AAAaah mes yeux mes yeuuuux !

Sean lova Célia contre lui pour la cacher un peu plus, tirant le plaid du canapé et riant doucement contre le cou de l’Elam Evir. Bien fait pour Ian.

Célia était de trop bonne humeur pour prendre ombrage de l’arrivée inopinée. Déjà, elle ne pouvait pas être pire que celle du matin même. Ajouté au fait que vivre dans un camp militaire avait rendue la jeune femme nettement moins pudique, elle apprécia le geste galant de Sean et se contenta du plaid. Elle resta au sol, mais se releva assez pour regarder du côté du roi.

On n’entre pas chez un jeune couple sans frapper, Ian… Sinon, voilà ce qui arrive.

Ian avait les mains plaquées sur ses yeux.

Habillez-vous !
Tu es chez nous, mets des lunettes, contra Sean.
S’il vous plaîiiit !

Célia s’accouda à son genou, le plaid cachant le nécessaire mais guère plus.

Je ne vois pas où est le problème, Ian. Moi, je suis bien comme ça, et franchement, après ce qu’on vient de faire Sean et moi, je n’ai aucune envie de faire le moindre effort.

Elle s’adossa au torse de Sean, avec ce petit sourire en coin qui lui allait si bien. Ian ôta ses mains de ses yeux pour se boucher les oreilles, poussa un petit cri en réalisant qu’il avait les yeux encore ouverts et se tourna.

Vous êtes pire que que que que des adolescents !

Célia éclata de rire.

Non, Ian, des adolescents ne nous arriveraient pas à la cheville. On est bien pires ! N’est-ce pas love ?

Sean rit, et le son était rare.

Exactement. Tu voulais quelque chose, Ian ?
Ouais, j’avais un truc à dire, à la base ! Mon père m’envoie chez Lahey, pour que j’ai un titre militaire réel, donc ça va faire plusieurs mois où il suffit juste d’un peu d’école buissonnière pour être libre… J’veux en profiter, avec toi, pis Cordélia, du coup.
Célia ! corrigea aussitôt l’Elam Evir comme si c’était le plus important dans tout ce qu’avait dit Ian. Il n’y a que mon frère qui m’appelle Cordélia.
Et bah tant que y’a pas de vêtements, y’a moi aussi ! contra Ian.

Puis, il alla se servir dans le frigo.

Célia se mit à faire la moue. Pour s’habiller, il fallait se lever, se séparer de Sean, aller à la chambre, donc se séparer de Sean et trouver quoi se mettre, loin de Sean. C’était bien trop de conditions. Elle se contenta d’ajuster le plaid sur elle et croisa les bras sur sa poitrine couverte.

Bon et c’est quoi cette histoire de titre militaire. Qui est Lahey ?

Sean avait daigné attraper le pantalon qu’il avait passé brièvement pour cuisiner.

Un ancien colonel qui a ouvert une école militaire lorsqu’il a été démobilisé. L’équivalent de Zelk pour les officiers, dit-il à Célia.
Que vient-on faire dans cette histoire ? L’école est où exactement ? Parce qu’il est mignon, mais moi, c’est sur le Front que je vais devoir retourner d’ici peu.

Ian agita la main.

Naan, l’école est juste en banlieue, et c’est un internat, mais c’est pas comme si je pouvais pas sortir quand même et je veux profiter de vous voir et d’aller faire des trucs ! Le temps que Cordélia reparte et puis quand elle passe !

Célia resta de marbre. Il la cherchait à continuer à l’appeler Cordélia ? Elle n’allait pas lui laisser le plaisir de la faire craquer pour si peu.

Faire des trucs, c’est vague. Tu as des idées ? Je suis en perm’ assez longue, donc c’est envisageable, en fonction de ce que tu proposes…

Sean soupira et Ian opina.

Oui ! On va en boîte, on va au cinéma, on va voir des matchs d’hydromako !

Célia afficha un sourire visiblement appréciateur.

Oh, le cinéma ! Je n’y suis pas allée depuis des années !

Sean grogna. Et merd…

Oui !! Il y a “Partie avec le vent” qui vient de sortir, et “East Block Story” eeeet “Un transporteur nommé désir” qui sont sortis !
Doucement, Ian, je n’y connais strictement rien. Les seules fois où j’y suis allée, j’étais enfant et j’ai vu la Belle au Bois Charmant et les Aristochiens.

Ian écarquilla les yeux. Catastrophe !

Quoi ! Il faut qu’on…
Rien du tout, grogna Sean. Tu as des devoirs aujourd’hui, et vas-y ou tu seras le premier Noble assassiné par son propre Incarna. On verra pour demain soir.

Célia eut un léger rire. C’était amusant de voir Sean se conduire d’une manière aussi… paternelle. Célia aima beaucoup cet aspect de son beau Démon.

Il a raison Ian. Fait correctement ton travail et on ira ensemble au cinéma. Et ho ! J’y pense, Fred m’a parlé d’un kebab qu’il faut que je teste. Il paraît que tu le connais, Sean. On pourrait y aller aussi ? Une vraie soirée dans la plus pure tradition Shaïness !

Sean opina et Ian leva les bras au ciel.

Ouaiiiiis, et hydromako et hot-dogs aussi !

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Le Shaïness tint parole. La journée, il était en école d’officiers, laissant les deux tourtereaux vaquer à leurs occupations, s’occuper entre eux, et venant les enquiquiner le soir venu. Il fit l’erreur, pour leur première sortie, de les emmener en boîte. Pourtant, il aurait dû se douter de quelque chose. Célia avait une tenue qu’elle était allée chercher spécialement pour l’occasion et avait même investi dans une nouvelle paire de chaussures. Mais surtout, Sean était enthousiaste. A sa manière bien sûr, mais c’est le qualificatif qui était pourtant approprié. Ça aurait vraiment dû mettre la puce à l’oreille de Ian. Et puis, ce ne fut pas un taxi qui les mena à la boîte la plus huppée de Phoenix, mais une limousine, mais comme l’anniversaire de Célia arrivait à grand pas, les deux amis n’avaient pas envie de voir à la dépense. Ian, avec son optimisme habituel, décida qu’ils voulaient juste lui faire plaisir et s’impliquer dans ses envies de sortie.

Ils s’installèrent à une table et commandèrent quelques verres, tous sur la carte spéciale Haut-Noble, mais bientôt, Ian voulait danser et les attirait sur la piste. Célia ne se fit pas prier. Sean un peu plus, mais ils furent bientôt tous les trois à danser. Rien de compliqué, juste de quoi bouger sur la musique. Mais Célia remarqua rapidement que même si Ian n’était pas ridicule, il manquait visiblement d’expérience. Elle se mit à lui montrer quelques pas de base pour qu’il les imite.

Mais tu n’as jamais appris ? demanda-t-elle devant le constat qu’il apprenait très vite.

Ian secoua la tête.

Que des danses de salon, je n’ai jamais mis les pieds dans une boîte de nuit avant ! rit-il.
Alors, tu apprendras vite. Les danses en boîte sont plus simples que les danses de salon et en reprennent parfois quelques pas, en version plus libre.

Elle lui prit la main et l’entraîna dans une suite de pas qui étaient justement issus de danses que Ian reconnut très vite.

Tu vois, ça n’a rien de compliqué. Je te laisse t’entraîner maintenant ? Je vais aller danser un peu avec Sean.
Ça marche, merci Cordélia !

La perspective de danser “avec” quelqu’un sembla plaire énormément à Ian et, le temps que Célia rejoigne Sean, il avait trouvé une partenaire. Sean et Célia dansèrent sans attirer plus de regards que d’habitude jusqu’à ce que le DJ passe un rythme plus endiablé, entre le tango et la salsa. Ils ne leur fallut même pas un regard complice pour aussitôt que les mouvements s’adaptent et se complètent. Au bout que la deuxième mesure, ils avaient déjà oublié le reste du monde, mais le monde les remarquait, lui.

La robe de Célia avait été choisie juste pour ce moment : une petite robe de cocktail noire et courte, fendue devant la cuisse gauche, cintrée et avec des manches qui n’étaient que des pans de tissus savamment accrochés aux épaules et virevoltant à chaque mouvement. On ne voyait que sa silhouette et ses jambes que ses chaussures à talons rallongeaient encore. On ne pouvait que voir chacun de ses pas, de ses mouvements et de sa gestuelle. Sean était plus sobre en chemise blanche qui brillaient sous la lumière noire et pantalon d’excellente coupe mais ce n’étaient pas ses vêtements qui attiraient le regard, c’était ses mouvements, précis, contrôlés, comme un prédateur qui se retenait juste à peine. Et puis, il y avait surtout la façon dont il regardait Célia.

Mais mais mais quesskilfooon ?, s’étrangla Ian en les voyant traverser la piste avec des pas rapides et savants.
Ils dansent. Et sacrément bien, lui répondit sa cavalière qui n’avait d’yeux que pour le duo, ou peut-être uniquement pour Sean.

Oui, ils dansaient et un bon tiers de la piste de danse s’était vidée pour les laisser évoluer dans ce rythme de plus en plus endiablé, bien plus rapide qu’un classique tango. Mais ils semblaient ne faire qu’un avec la musique mais surtout, ils étaient une incarnation d’une histoire d’amour qu’on disait volontiers “à l’As’Corvaz”, brutale, passionnée, changeante et fusionnelle. Et derrière la violence des gestes et des émotions, une indécente et brûlante attirance physique et émotionnelle. Animale malgré la sophistication des pas. Célia était la proie de Sean, mais une proie qui n’avait rien de docile et mordait autant qu’elle le désirait.

La chance qu’elle a, laissa bientôt échapper la cavalière de Ian, provoquant plusieurs soupirs autour d’eux, de danseuses qui partageaient son avis.

Ian marmonna.

Ils dansent pas, ils font l’amour sur la piste, oui ! Ils sont plus indécents là que chez eux…

Et ils vivaient à poil chez eux ! La cavalière haussa les épaules.

Mais ils sont tellement beaux, soupira-t-elle encore. Je rêverais d’avoir son physique. C’est pas juste d’avoir un corps pareil… Doit pas y avoir beaucoup d’hommes pour lui dire non. Suffit de voir comment il la regarde. Il donne l’impression de vouloir tuer celui qui osera l’approcher. Ouais, c’est carrément indécent de faire ce qu’ils font, je suis jalouse !

Ian grogna.

J’sais danser aussi…

Mais de façon beaucoup plus classique. Il observa donc les deux obsédés sur la piste et dut admettre qu’il était d’accord avec sa cavalière. Ils étaient amoureux, et beaux, et tout ça. Mais il y avait un soupçon de quelque chose qui mit Ian légèrement mal à l’aise.

La musique arriva à sa fin, laissant Célia et Sean dans cet instant en suspend où ils étaient prêts à se sauter dessus, d’amour, de désir, mais aussi de jalousie et de colère. Des sentiments que la danse réveillait, exacerbait et qui laissait les deux Hauts Nobles sur la Voie du Démon prêts à se sauter dessus, avec à chaque fois plus de folie. Ils étaient l’un tout contre l’autre, leurs poitrines se soulevant à chaque respiration, les jambes de Célia autour de celles de Sean, ne touchant même plus le sol. Il tenait sa nuque, sa cuisse et leurs lèvres s’appelaient avec trop de force. Ils n’avaient ni la force ni l’envie de résister et s’embrassèrent avec passion sous les applaudissements et les sifflets. La musique changea, la piste fut réinvestie, mais ils étaient toujours au milieu, enlacés, et Ian grogna.

Oh… Eh, Sean… Wooh ooh… Cordéliaaa ? Youhouuh ?

Célia se retourna aussitôt, lionne furieuse d’avoir été interrompue.

Quoi ?!

Ian nota : prénom complet = réaction rapide.

On est encore en public. Au milieu de la boîte de nuit. Avec plein de monde. Vous êtes complètement indécents, même habillés.

Célia grogna mais, même si Ian avait raison, elle n’avait pas envie d’être raisonnable. Elle en revint à Sean.

Et alors, on n’est pas à la Cour, que je sache.

Note numéro deux : interdire les tangos à la cour.

Nooon, mais y’a du monde et des règles sur la décence, tout ça, rappela-t-il.

Elle ne fit que tourner un regard assassin vers lui. Il pouvait visiblement se les mettre où il pensait ses règles ou sa décence. Pourtant, Ian avait brisé la magie ensorcelante de la danse et Célia soupira. Elle se redressa plus sagement, mais resta contre Sean.

Tu pourrais dire quelque chose, toi aussi, lui envoya-t-elle sans préavis. Et mon prénom c’est Célia, renvoya-t-elle à Ian dans la foulée.

On ne contrariait pas la rouquine quand elle était en chasse. Sean sourit contre ses cheveux.

J’essaye de résister à l’envie d’obéir à Ian, de le planter là à peine une heure après qu’on soit arrivés et te ramener à l’appartement, admit-il, ses mains toujours autour de sa taille.

Ian grogna. Célia avait retrouvé son sourire.

Tu sais quoi, mon amour ? On va faire exactement ça.

Et si Sean hésitait, le petit coup de hanche qu’elle eut contre lui n’avait absolument rien d’innocent.

Mais on arrivera pas jusqu’à l’appartement et tu le sais très bien. On va reprendre la limousine et profiter des vitres teintées pour ne plus être indécents en public… On recommencera ensuite dans l’ascenseur, sur le palier…

Célia dévisageait Ian, le mettant au défi de faire une remarque. Ian avait enfoncé ses index dans ses oreilles et chantonnait en secouant la tête.

J’vous déteste jvous déteste jvous détesteeeeelalalala !

L’Elam Evir ramena ses épaules vers Sean et l’embrassa de manière totalement obscène.

Allons-y. Maintenant.

Ce n’était ni une demande, ni un fait. C’était bien un ordre impérieux d’une femme qui ne se contrôlerait plus d’ici très peu de temps. Sean la garda contre lui en gérant la sortie du club, ce qui impliqua plusieurs arrêts pour s’embrasser contre les murs et contre la porte de la limousine avant de parvenir à l’ouvrir.

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26 juin 979

Le lendemain matin, Ian boudait dans le canapé.

Célia s’était levée la première, même si elle avait été la dernière à se réveiller. La nuit avait été particulièrement courte et occupée, et la jeune femme allait avoir un peu de mal à s’en remettre. Pour une rare fois, elle n’avait pas eu envie de récidiver au matin, ayant la sensation que Sean et elle y étaient peut-être allés un peu fort. Sa chevelure en bataille, une fine robe de chambre de soie nouée à la taille en guise de seul vêtement, elle s’était dirigée comme une automate vers la machine à café. Et farfouilla dans un placard pour trouver de quoi manger un morceau, pendant que sa boisson se préparait. C’est tasse en main et gaufre en bouche qu’elle se rendit au salon et s’assit en face de Ian.

Bonjour, dit-elle d’une voix un peu cassée.

Elle se racla d’ailleurs la gorge. Sean n’y était vraiment pas allé doucement… Ian lui fit un sourire malgré tout.

C’est toujours comme ça, avec Sean ? demanda-t-il. Sans modération ?

Célia eut un sourire un peu plus large alors qu’elle buvait une gorgée de café.

Non, c’est aussi parfois doux et tendre. Mais je crois qu’un an de séparation nous a pas aidé à être très raisonnables.

Elle posa sa tasse sur ses genoux et regarda Ian.

– … et c’est pire après un tango. C’est en en dansant un qu’on s’est embrassés la première fois.

Ian siffla.

D’accooooord. Donc si vous venez danser à la Cour, j’interdis les tangos, noté.

Cela fit rire la jeune femme qui s’enfonça dans son fauteuil.

C’est un bon deal. Déjà que je ne suis pas très étiquette, on va éviter de provoquer un scandale. Et puis, on pourra toujours en danser un en rentrant à la maison si ça nous manque trop.

Elle mordit dans sa gaufre et soupira d’aise.

J’adore danser avec Sean. Autant que d’aller faire un tour en moto. C’est grisant.

Ian eut un sourire en coin.

Moto-moto ou… “moto”-de-Sean ? demanda-t-il quand elle but une gorgée de café.

Elle haussa un sourcil.

On prend la mienne. Sean n’a pas de moto. Enfin pas que je sache…

L’allusion crasse de Ian étant passé à la trappe, il soupira.

Nope, pas de moto, rien. D’ailleurs, tu lui offres quoi à son anniversaire ? Je sais que le tien est avant mais comme je te dirai pas ce que c’est…

Célia eut le nez qui se retroussa sous son air de gamine.

De toute façon, je ne veux pas savoir, j’aime les surprises et aucun cadeau de Sean ne m’a déçue. Quant à mon cadeau, j’ai bien une idée.

Elle se pencha en avant, pour parler plus bas, même si c’était bien inutile.

Je veux voir pour lui offrir un modèle rare de voiture. Un modèle un peu racé mais vintage, avec de belles formes et un moteur de fou. Quitte à le régler moi-même si besoin. Tu penses que ça pourrait lui faire plaisir ? Il a adoré quand je lui ai offert ses cours de conduite et sa journée en circuit, pour son anniversaire et Noël. Je reste dans le thème, on va dire.

Ian opina.

Oui, je pense que ça lui fera plaisir, mais pitié, attendez la fin de la fête et que je sois parti pour l’étrenner, d’ac ?

Célia rit à nouveau.

On va déjà aller faire un tour avec, et pour le reste, tu n’auras qu’à t’éclipser dès qu’un baiser se prolongera un peu trop.

Elle continua son café, tourna la tête vers la fenêtre.

Il faut juste que je trouve le bon modèle. Je vais contacter mon garagiste et voir s’il peut m’avoir un catalogue des plus beaux modèles d’Eden.

Ian opina vivement.

Et je sais pas comment sont tes finances, même en étant Avonis, alors si y’a besoin tu me dis, hein ! Prends pas le second choix parce qu’il est plus raisonnable.

Célia haussa les épaules.

Acheter la voiture devrait aller. Les frais de livraison pour Phoenix depuis Eden, par contre, risquent d’être conséquents. Ce que je te propose, c’est qu’on essaie de voir ça ensemble. Tu trouves un truc à faire faire à Sean et on va chez mon garagiste en douce. On en saura plus.

Elle termina sa gaufre.

Techniquement, ma solde de l’armée devrait suffire, je n’y touche pas spécialement et elle est loin d’être anodine. Être l’un des meilleurs tireurs d’élite du Front, surtout depuis que j’ai accepté qu’on m’utilise comme visage à abattre pour protéger toute mon unité, mine de rien, ça a le mérite de bien payer.

Ian hocha la tête même s’il se doutait que ça ne devait pas plaire à certains, à commencer par le frère de Célia et Sean.

Ça marche, je lui trouverai un truc à faire samedi prochain, on ira voir le garagiste à ce moment-là. Et dimanche, fiesta et anniversaire ! Et mardi soir, y’a un match d’hydromako ! Ciné ce soir ?

Célia s’étira comme un chat.

Pourquoi pas. Visiblement, tu as déjà planifié le programme des prochains jours. Tu as envie de voir quelque chose en particulier ? Comme je t’ai dit, je n’y connais pas grand chose.

Ian opina.

J’ai choisi !

Aussi se retrouvèrent-ils le soir-même devant “Partie avec le vent” avec un seau gigantesque de popcorn et un bon litre de cola. De quoi passer un très bon moment. Sauf qu’il fallut plusieurs fois modérer Célia dans ses réactions face au scénario du film. Parfois enthousiaste, elle eut surtout une incommensurable envie de râler contre les protagonistes qui évoluaient sur l’écran. Elle continua alors qu’ils sortaient enfin.

Mais comment on peut être aussi … aussi … Rhaaaaa. Et là, à la fin, lui, il s’en va !! Mais c’est pas possible d’être aussi bêtes !! Et aveugles !!

Elle se moucha pour la énième fois, ayant pleuré à plusieurs reprises.

Et l’autre abruti, mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien lui trouver, franchement. Il est fade, ridicule et inintéressant.

Ian avait aussi les yeux rouges d’avoir pleuré comme une madeleine.

Mais à la fin, elle ouvre les yeux et elle lui dit qu’elle l’aimait, qu’elle l’aime et il s’en vaaaaaaaaaaaa !!!

Sean en soupira.

Je vais envoyer des sous au réalisateur, qu’il change la fiiiin ! continua Ian en se mouchant.
Non, mais ça peut pas finir comme ça, y’a forcément une suite de prévue. Sinon, c’est juste…

Célia renifla et se moucha à nouveau.

– … juste crueeeeeel, pleura-t-elle à nouveau. En plus, ils ont tué la petite fille !! Mais ils n’avaient pas le droit de tuer la petite !!

Sean les dirigeait vers le kebab de Sahib sans faire de commentaires. Le film avait eu une belle esthétique mais ne l’avait absolument pas touché, si ce n’est qu’il n’aimait pas voir Célia pleurer.

Il fallut deux galettes complètes pour la calmer. Avec les frites et un dessert aussi énorme qu’il était sucré pour les accompagner. Elle semblait compenser sa frustration et ses émotions, dues au film, par la nourriture. Par un câlin de Sean aussi, qu’elle collait comme une moule à son rocher. Mais le pauvre dut endurer sa rousse et son ami qui se faisaient déjà tout un film d’une suite possible. Sean finit par craquer.

Vous savez que c’est tiré d’un livre, n’est-ce pas ? demanda-t-il en finissant son assiette. Il n’y aura pas de suite, c’est une tragédie.

Pas le fait qu’il n’y est pas de suite, ça, c’était plutôt une bonne nouvelle. Célia fut la moue.

C’est débile les tragédies ! Comme si on avait pas assez du monde réel pour en avoir notre lot. Je te préviens, Ian, tu ne me ramènes pas voir une tragédie, ou je jure que je te pourris la vie pendant au moins un mois. Et la menace d’une tireuse d’élite qui sait qu’elle peut te tirer dessus à volonté sans te tuer, ça peut être très énervant !

Ian hocha la tête.

Demain on va en voir un autre ! Y’a East Block Story, ça a l’air bien !

Sean se pinça le nez et alla payer.

Ah non ! protesta Célia. Je ne vais pas m’enfermer deux jours de suite dans une salle noire pendant des heures ! Alors pas de cinéma ! J’ai envie de soleil !

Ian hocha la tête.

D’accord. On va à Andeli ?

Sean grogna à l’évocation de la ville Edenienne « qui ne dort jamais ».

Ian, on ne part pas pour une ville à plusieurs milliers de kilomètres sur un coup de tête quand tu dois être demain soir chez Lahey.
Et de toute façon, pour ma première fois à Eden, je veux y aller avec Sean. Il m’a promis qu’on irait voir la mer, dit Célia en regardant son Sean d’un air rêveur. Qu’on irait faire du bateau.

Puis elle ramena ses deux pieds sur terre.

Non, on pourrait aller se balader en dehors de la ville. Oh, un pique-nique vers un plan d’eau, ce serait génial !

Et de l’ordre du beaucoup plus raisonnable. Du coup, ce fut pique-nique et baignade. Celle de Sean ne fut pas volontaire, au départ, Ian ayant réussi à le lancer à l’eau…

Deux soirs plus tard, après avoir pleuré comme des madeleines devant East Block Story et une confirmation de Célia qu’elle allait pourrir l’existence de Ian, ils arrêtèrent un peu le cinéma. Ce fut match d’hydromako pour leur sortie suivante et Ian était surexcité, maillot de l’équipe et casquette vissée sur la tête, ayant acheté assez de hot dogs pour douze.

Célia n’y connaissait pas grand chose en matière d’hydromako. Elle connaissait le principe du jeu, à savoir un sport d’équipe dans une grande sphère d’eau, avec deux équipes de joueurs rivalisant de prouesses pour mettre un ballon dans les buts adverses. Le tout en apnée. Les sportifs d’hydromako étaient d’ailleurs connus pour pouvoir réaliser l’exploit de tenir plusieurs minutes sans respirer tout en s’agitant dans tous les sens. Mais elle n’y avait jamais assisté. Ce n’était pas le genre de divertissements qu’appréciait la famille Avonis et comme ils n’avaient jamais eu la télévision… Bref, elle était curieuse, excitée et l’enthousiasme de Ian était contagieux. Sauf que la jeune femme redoutait quand même d’être face à autant d’eau… Manquer de mourir noyée, ça n’était pas son souvenir favori. Sean était assis contre elle, leurs places excellentes, en vue parfaite de la gigantesque sphère d’eau, qui tenait suspendue grâce à une technologie EV spécifique. Le Shaïness resta évidemment dans sa retenue habituelle et lui expliqua de temps à autre telle ou telle action ou règle, alors que Ian, lui, criait, pointait du doigt, braillait au moindre but et scandait les noms des joueurs avec le reste de l’arène. C’était amusant, mais Célia sut très vite qu’elle ne partagerait pas la passion débridée de Ian pour ce sport. L’intérêt plus mesuré de Sean lui plaisait bien plus et malgré le brouhaha assourdissant de la foule, elle passa un bon moment. Mais c’était surtout parce qu’elle était dans les bras de Sean et que l’atmosphère générale était bonne enfant. Lui, accompagnait Ian un peu pour les mêmes raisons, parce qu’il savait que l’adolescent avait peu de liberté, quoi qu’il fasse et dise. Sean craignait que, si Ian n’avait pas cet échappatoire, il fasse quelque chose de stupide. Comme s’engager sur le Front…

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Le samedi suivant, Ian envoya Sean voir ailleurs sans aucun mal, genre au palais pour évaluer les compétences des Gardes Royaux, et il sourit à Célia en entrant dans l’appartement.

Cordélia, c’est boooon, il est éloigné pour au moins trois heuuures !

Il eut droit à un taquet derrière la tête.

Célia ! Ou je t’appelle Yannick !

Puis comme si de rien n’était, elle prit son sac, enfila ses chaussures.

Bon, allez, en piste. J’ai pu téléphoner au garagiste y’a trois jours, il m’a promis de me préparer une sélection des meilleurs catalogues d’Eden.

Ils sortirent.

Il paraît qu’il y a de tout nouveaux modèles cette année qui sont somptueux !

Ian lui fit un graaaand sourire.

Oui Cordéliaaaa !

Qu’est-ce qu’il s’en moquait, qu’elle l’appelle Yannick, ça ne l’énerverait jamais autant que l’inverse, d’autant que ce n’était pas son vrai nom, aloooors…

On est partiiis !

Ils prirent un taxi et en moins de quinze minutes, ils étaient au garage. En moins d’une demi-heure, ils étaient le nez dans les catalogues et Célia avait les yeux qui brillaient devant les belles carrosseries autant que devant leurs caractéristiques techniques.

Hum, celle-ci est pas mal. Une Chevaliet, c’est le genre de marque racée et puissante qui lui irait bien. Ou alors une Derby ? Tiens regarde, t’en penses quoi ?

Elle tourna son catalogue vers Ian qui abandonna un peu le sien.

Le modèle rétro est peut-être un peu trop anguleux, mais la version de cette année n’a pas le même charme.

Ian feuilleta, enchaînant grimace sur grimace.

Ouais mais… je sais pas, tu sais, Sean et le fait de posséder quelque chose qu’on trouve dans un catalogue, que cent, mille, collectionneurs peuvent aussi avoir… j’sais pas.

Heureusement, le garagiste n’était pas loin et entendit la remarque.

Ah, je vois. Célia, regarde plutôt ceci alors, ce sont les photos d’une exposition automobile récente, on y trouve des concept cars, des voitures qui normalement ne sont pas destinées à être vendues.

Sauf à quelqu’un de très déterminé et, généralement, très riche. Elle prit aussitôt les photos.

Edward, t’es vraiment le meilleur.

Elle ne pouvait pas si bien dire. Les concepts cars photographiés étaient de vrais bijoux. Impossible de trouver quelque chose de similaire dans les catalogues. Elle ne mit pas deux minutes à s’arrêter sur un modèle bien particulier. Elle regardait la photo comme elle aurait pu regarder Sean.

Celle-ci…

Elle mit la photo en évidence devant Ian.

C’est celle-ci que je veux pour Sean. Et exactement dans cette couleur.

A savoir un rouge si sombre qu’il faisait noir mais avec des reflets entre carmin et bordeaux qui mettaient les lignes racées et les chromes de la voiture bien en valeur. Si on ajoutait son design très rétro entièrement revisité dans un style épuré et graphique de la dernière tendance Edenienne, le concept-car semblait avoir été conçu spécialement pour le Démon Shaïness. Ian ne put qu’en acquiescer aussitôt le choix.

Elle est splendide !!

Edward se pencha pour observer le modèle.

Magnifique. Tu veux que je me renseigne, Célia ? Voir si elle est disponible à l’achat, qui contacter ?

Elle avait les yeux toujours aussi brillants, toujours rivés sur la photo, comme si elle pouvait déjà voir Sean au volant.

Trouve-moi un contact, il me la faut absolument ! L’Eden Elit … Même le nom est parfait.

Edward hocha la tête.

Je te trouve ça.

Ian tendit la main vers Célia.

High Five !

Les mains des deux amis se frappèrent et Célia était euphorique.

Il me la faut, Ian. J’aurai enfin un cadeau digne des cadeaux que peut me faire Sean. Ma solde entière y passera si nécessaire, j’irai la chercher moi-même à Eden si besoin, mais il l’aura !
Je ne vois personne d’autre que Sean dans cette beauté ! confirma un Ian enthousiaste. S’il te manque une cendre ou une platine, tu me dis, je compléterai. Quelque soit la somme, je m’en fiche, promit-il.

Il repassa d’ailleurs voir Edward plus tard dans la journée, seul et en catimini, donnant à l’homme une somme astronomique avec interdiction d’en parler à Célia et de ne donner à l’Elam Evir que le reste à payer, ou une somme importante mais qu’elle pourrait sortir de ses poches, pour que le cadeau ne soit “que” d’elle.

Ouiii, il était le boooon samaritain.

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3 juillet 979

Mais en attendant, le lendemain, c’était l’anniversaire de Célia ! La soirée serait réservée aux amoureux, mais en journée, Ian avait bien l’intention de faire la fête ! Sauf que son dernier anniversaire fêté autrement qu’au palais ou calmement, c’était celui de ses douze ans, à l’Académie, et ça impliquait des chapeaux, des bonbons et une sortie à la fête foraine locale. Il avait donc préparé exactement la même chose. Célia avait éclaté de rire devant son idée, mais il eut surtout droit à un bisou sur la joue.

– C’est parfait, Ian ! Mais il y a une condition…

Elle lui glissa son idée à l’oreille, idée qui impliquait la présence d’un certain appareil photo… Célia voulait des souvenirs. Pleins de souvenirs, même idiots, ridicules ou touchants.

– Ce sera mon cadeau, d’accord ?

Ian hocha la tête.

– Ça marcheeeee !

Sean dut donc endurer le chapeau de carton multicolore et ils passèrent la journée dans une fête foraine à se goinfrer de sucreries en faisant des attractions et dépensant une fortune aux stands d’adresse. Sean s’offusqua quand, malgré des tirs parfaits, il ne réussit pas à sectionner la corde du prix qu’il visait, un fil de métal ayant été mélangé à l’apparent coton, dans une arnaque classique. Plutôt que de le laisser massacrer l’homme tenant le stand, Ian éclata de rire et le tira loin, ayant une photo impayable de la tête du Shaïness avec la licorne en peluche blanche et rose qu’il avait eue en « prix de consolation ». Quand à Célia, elle ne valait guère mieux que Ian. Avec son propre chapeau couvert de paillettes rouges, un énorme « 21 ans » doré sur le devant, elle en avait mal au ventre à force de rire. Il y eut donc une autre photo d’une Célia, prête à éclater de rire à nouveau qui embrassait son Shaïness sur la joue, comme autre prix de consolation. Ian dut utiliser trois ou quatre pellicules cet après-midi-là, souvent aux dépends de Sean, mais volant aussi des instants de tendresse entre les deux tourtereaux. Le soleil déclinait quand ils retournèrent enfin à l’appartement.

– Cordélia, ça été un plaisir de te rencontrer, à bientôt, j’espère, sourit Ian. Pas de bêtises sur le Front et pas de bêtises ce soir !

Elle leva les yeux au ciel et passa sur l’énième utilisation de son prénom. Après tout, elle venait de passer un de ses meilleurs anniversaires grâce à lui. Ça valait bien l’oubli d’une petite remise à l’ordre, pour une fois. Il eut même droit à une accolade tout à fait sincère.

– Tu commences pourtant à me connaître. Ne pas faire de bêtise ? Je ne peux pas promettre ce genre de choses, voyons. Mais être prudente, oui. Compte sur moi. On se revoit le plus vite possible.

Ian hocha la tête.

– Yep. Bonne soirrréééeee !

Enfin seuls, pour fêter beaucoup plus dignement son anniversaire, Sean emmena Célia en limousine dans un petit restaurant à l’écart de Phoenix, choisi tout spécialement pour l’occasion. La salle ne devait pas comporter plus de dix couverts et la leur était même dehors, à l’écart de tout, éclairée par les bougies mises en place au milieu des vignes encadrant la terrasse. La nourriture était savoureuse, délicate, bref, un petit bonheur de fine gastronomie.

– Joyeux anniversaire, ma Célia, dit Sean en lui glissant une enveloppe entre le plat et le dessert.

D’abord un peu dubitative de ce simple pli, mais connaissant assez Sean pour savoir qu’elle devait s’attendre à tout, elle l’ouvrit avec une expression amusée, complice et un peu suspicieuse. A l’intérieur, une simple photo qui laissa Célia sceptique. Elle pouvait y voir une mer turquoise à perte de vue, une île verdoyante aux plages de sable blanc et comme seule variation de couleur, les murs en construction d’une maison sur un promontoire rocheux clairement visible.

– Elle sera finie pour l’été prochain, dit doucement Sean.

Célia en resta muette de stupéfaction dès qu’elle comprit. Elle regarda la photo, première image de la mer qu’elle voyait vraiment. Avec cette construction…

– Sean… tu… Une maison ?! Mais c’est…

Elle bégayait et elle en avait les larmes aux yeux. Mais essayait de les retenir pour ne pas ravager son maquillage.

– … Une maison à nous… en bord de mer…

Les larmes coulèrent. Autant pour le maquillage. Sean se déplaça immédiatement pour venir près d’elle, essuyant doucement les larmes avec sa serviette.

– Est-ce que c’est le bon moment pour dire que j’ai acheté l’île ? dit-il avec un sourire tendre.

Elle eut un rire un peu étranglé.

– Tu es … complètement fou, laissa échapper Célia alors qu’elle regardait à nouveau la photo, aussi sidérée qu’heureuse.

Elle ramena son visage vers le sien et elle vint plonger dans son cou, se serrant contre lui, à presque l’étouffer.

– Sean… C’est encore un merveilleux cadeau. Comment fais-tu pour trouver toujours des idées plus folles les unes que les autres et qui me touchent autant ?

Elle ferma les yeux.

– Je suis si heureuse.

Sean la serra contre lui.

– Je prends l’idée la plus extravagante que je trouve. Et qui nous corresponde, répondit-il en lui embrassant la tempe.

Ils ne restèrent pas pour le dessert.

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4 Comments

  1. L’île, déjà…
    Sean est trop meeegnon avec sa licorne!!!! xD

    • Vyrhelle

      17 décembre 2016 at 3 h 49 min

      Oui, déjà, on avance vite vers les chapitres qui justifient le titre de cette deuxième partie…
      Sinon, pour la licorne, je l’ai fignolée. Mine de rien, elle fait partie des souvenirs marquants ! Et la tronche de Sean est juste par-faite !

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