Le temps d'un tango

Fanfiction par V. Gomez et A. Conroy

5 janvier 980

Elle eut de la compagnie dans son lit pour la première fois depuis qu’elle avait quitté Sean. Mais Rogue était à la fois beaucoup plus petit et terriblement plus encombrant. Elle mit un moment à s’habituer à sa présence et elle y parvenait enfin quelques jours après son retour au camp. Elle émergeait donc d’une vraie nuit de sommeil quand une voix joyeuse lui cria pratiquement dans l’oreille.

– CORDELIAAAA !!

Il y eut un grondement de contrariété et un coup de feu aussitôt après. Puis la jeune femme se redressait, son pistolet Elam Evir en main, émergeant à peine de sous les nombreuses couvertures de son lit de camp.

– Je m’appelle Célia ! Je vous avais pourtant prévenu, Exclésiasth, de ne plus m’appeler par un autre prénom.

Sauf que ce n’était pas l’exubérant Général As’Corvaz devant elle mais Ian, et il avait l’air stupéfait, regardant alternativement Célia et sa rotule explosée.

– …Aïe, ça pique, la vache !

Célia bondit de son lit de camp, trébuchant à moitié.

– Ia… Ian ?! Mais enfin, espèce d’abruti, qu’est-ce que tu fous ici !

Elle s’agenouilla devant le genou en bouillie de son ami – et accessoirement roi – pour voir l’étendue des dégâts. Ian grimaça.

– Laisse, laisse, faut juste un coup de Vitae et d’Héritage Shaïness et ça ira. Vache, ça fait mal quand même. Je suis enfin assigné sur le Front, je pars dans un Régiment du côté de Tournerive, j’ai promis à Sean de venir te proposer de venir avec moi.

Elle leva le nez.

– Tu l’as vu, il y a longtemps ? Il va bien ?

Ian hocha la tête.

– Mieux depuis quelques jours, mais je crois avoir une idée de pourquoi. Tu m’aides à rejoindre votre infirmerie ?

Elle se leva et vint se placer à côté de lui, passant son bras par-dessus ses épaules.

– Ça ira encore mieux quand on aura pu vraiment discuter. On a promis de le faire à mon prochain départ pour Phoenix.

Elle escorta alors Ian dehors, l’empêchant de trop s’appuyer sur sa jambe blessée.

– … et aller avec toi vers Tournerive… je suis engagée sur le Front avec des conditions particulières. J’ai mes enquêtes et je n’accomplis mes missions pour Eagle qu’en échange d’un soutien armé et logistique pour mes propres recherches. Si tu peux me proposer la même chose… Oui, je serai d’accord. Mais sinon, je reste ici.

Elle tourna son visage vers Ian.

– Il ne me reste que trois noms, Ian. Trois et je rentre à Phoenix avec Sean.

Ian secoua la tête.

– Non, pas d’unité de snipers là où je suis, ce que Sean sait bien. Il demandait mais se doutait de ta réponse. Si j’avais su qu’en plus d’un refus, je prendrais une balle dans le genou, je serais pas venu !
– J’suis désolée, Ian. Mais Exclésiasth passe son temps à me faire rager avec mes prénoms. J’en peux plus. J’ai cru que c’était encore lui… Il s’y serait attendu, ce n’est pas la première fois que je lui tire dessus à cause de ça…

Elle soupira.

– Quand est-ce que tu vas te mettre dans la tête de m’appeler Célia comme tout le monde, aussi, hein ?

Ian sourit.

– Ja-mais. Je ne suis pas tout le monde !

Bel euphémisme qui fit sourire Célia.

Heureusement, ainsi que Ian l’avait dit, entre l’Héritage Shaïness accessible aux Suprêmes Hauts Nobles et Vitae, son genou fut comme neuf en quelques dizaines de minutes.

– Je ne faisais que passer, mais mon offre tient toujours, Cordélia, dit le Shaïness. Je dois au moins ça à Sean.

Elle caressa sa joue et eut un sourire attendri.

– Ian, j’aurai accepté les yeux fermés si ça m’avait permis de terminer plus vite ce que je suis venue faire ici. Mais au contraire, ça compliquerait tout. Alors que je ne veux que rentrer au plus tôt.

Elle eut une expression d’une douceur plus grande encore.

– On essaiera de se voir à Phoenix. J’aurai définitivement tourné la page “Front” d’ici là.

Elle lui embrassa la joue.

– On ira voir un match d’hydromako tous ensemble.
– Ça me va, répondit l’Archinoble. Fais attention à toi, Célia, et n’oublie pas ce que je t’ai dit.

S’il la voulait en vie, il voulait surtout qu’elle ne brise pas Sean.

– Je n’oublie pas Ian. J’y pense souvent et je vais faire tout mon possible pour que ça n’arrive jamais. Bon courage pour ton arrivée sur le Front.

Elle lui adressa un dernier sourire et sortit de l’infirmerie pour retourner à sa tente et à un petit déjeuner qu’elle risquait de manquer si elle ne se dépêchait pas. Comme une vieille habitude, sur la table, elle avait préparé son mug de café et une tasse de lait. A peine assise, Rogue l’escalada et colla sa tête dans la tasse.

– Un jour, il va se noyer, dit Fred en s’asseyant en face d’elle. Petit déjeuner tardif ? On commence dans vingt-cinq minutes…
– Je sais, je sais… J’ai eu une… visite imprévue ce matin.

Elle leva les yeux au ciel.

– J’ai explosé le genou de Ian à coup de pistolet. J’ai dû l’amener à l’infirmerie… Ce couillon est venu me réveillée en m’appelant “Cordélia”. J’ai cru que c’était cet abruti de général qui me refaisait le coup.

Fred resta silencieux.

– …Ian… par “Ian”, tu veux dire, le Roi ? demanda-t-il, un peu… dépassé. Ce Ian-là ?

Elle lui fit signe de parler plus bas. Tout le monde n’était pas censé savoir que Farden était sur le Front…

– Bah, oui, ce Ian-là. J’en connais pas trente-six. Mais en même temps, s’il pouvait arrêter avec ses blagues à deux stels…

Fred soupira.

– Je déteste tous les Nobles et leurs priorités. Boaaarf, j’ai tiré sur mon Roi, allons petit-déjeuner.

Célia fit la moue et se mit à embêter Rogue qui voulait aller voir si son mug de café n’avait pas aussi un peu de lait.

– Sincèrement, tu le connaîtrais mieux, tu n’aurais aucun scrupule. Il est déjà guéri de toute façon. Cinq minutes top chrono et plus de bobo. Les archinobles, c’est complètement cheaté.

Fred haussa un sourcil.

– Sérieusement, c’est à moi que tu dis ça ? De mon point de vue, vous êtes tous cheatés !

Il secoua la tête.

– Allez, tire ta boule de poils de son orgasme lactique, on a entraînement et Eagle a un lot de missions.

Célia se leva en attrapant Rogue par l’échine, qui se mit aussitôt à protester en miaulant et en agitant les pattes dans le vide.

– Alors va pour l’entraînement. Et j’espère que les missions vont me permettre d’enfin boucler mes enquêtes. Marre du mauvais café et de tout le reste.

Fred rit et se promit de lui offrir une cafetière à l’As’Corvaz pour qu’elle puisse se faire son nectar personnel. La mission d’Eagle s’avéra être un Nom et, si elle ne croisa pas Hyl’ioss, ce ne fut pas non plus une partie de plaisir, un tir ardu, même pour elle. Au moins, eut-elle en rentrant la satisfaction d’être entière et de rayer consciencieusement un nom de plus. Il n’en restait plus que deux.

LOGO PHOENIX copie

19 Février 980

– Céliaaaa, allez, je sais que t’es rentrée hier de mission et que t’es en repos mais tu as promis de venir t’entraîner quand même, pour fêter que t’as plus qu’un seul nom sur ta liste. Et il est onze heuuuures, gémit Fred en la secouant encore.

Roulé en boule près de la tête de Célia, Rogue, qui avait un peu grandi en un mois et demi, bailla. Célia grogna sans retenue.

– Laisse-moi dormir, fit une voix pas très claire du fin fond des trois couvertures qui s’accumulaient sur le lit.

Fred soupira.

– Mais quand est-ce que tu t’es transformée en ours des caveeeernes ? Je croyais que tu aimais l’hiver ?

Une main émergea du tas de laine verdâtre.

– Amènes-en une autre, j’ai encore froid… Et je veux du chocolat.

Puis, elle émit un bruit bizarre, comme un hoquet mal retenu.

– Non, en fait, pas de chocolat. Je veux dormir.

Fred soupira.

– Bah dors, alors. Mais essayes de te lever avant quatorze heures, quoi, sinon la reprise, tu vas souffrir.

Il n’y eut que des ronflements discrets mais présents pour lui répondre. L’Elam Evir n’émergea que vers treize heures trente, avec une tête à faire peur, l’énergie d’un bulot mort et l’envie furieuse de retourner se coucher. Il ne fallait même pas parler de son humeur. Ça amusa Fred une semaine et il compatit l’entièreté de la semaine suivante alors qu’elle devait suivre le rythme militaire. D’autres n’avaient pas la patience de Fred et quelques Aigles lui firent des remarques peu plaisantes. Mais malgré ce que la jeune femme avait fini par se demander, non, elle ne semblait pas vouloir tomber malade. Elle était juste patraque comme elle ne l’avait jamais été sans tomber au bout de deux jours avec une fièvre de cheval. Elle essaya bien l’Héritage Lok’ pour calmer tout ça, mais rien. Ça n’eut aucun effet. Du coup, elle avait abandonné l’idée d’aller à l’infirmerie et essayait de se faire violence pour tenir le rythme. Il faut dire que les réflexions la blessaient dans son orgueil et qu’elle commençait à en avoir assez d’être prise à partie.

Une réplique de trop lui avait valu la corvée de patate qu’elle se coltinait ce matin-là. Elle avait froid, elle avait envie de manger mais n’arrivait rien à avaler et l’odeur de l’endroit l’insupportait… Un régal.

LOGO PHOENIX copie

2 Mars 980

– Vision enchanteresse parmi les mirages, sourit un Fred fatigué en l’approchant, fusil en travers de l’épaule, un peu de sang sur le visage. My, la pelure de patate te sied au teint.

Elle ne leva même pas le visage de son ouvrage, continuant à éplucher une montagne de fécules.

– Va chier, Fred.
– Bonjour à toi aussi, mon tir s’est bien passé, qu’as-tu fait ces trois derniers jours ? demanda le Khyan sans se démonter.

Elle balança la patate épluchée avec humeur dans un seau.

– Je me suis faite rembarrée tous les matins, j’ai pété mon nouveau fusil, j’ai insulté Eagle et j’ai frappé Leslie. Ah et j’ai épluché plus de patates que le Front entier compte d’hommes à nourrir. A part ça, tout baigne. Le panard intégral.

Fred avait haussé un sourcil à “pété mon fusil” mais quand elle mentionna avoir frappé Leslie, il avait l’air complètement ébahi.

– Putain, mais t’as tes règles ou quoi ?
– Non, je n’ai pas mes règles, monsieur je sais tout, répliqua-t-elle avec un ton qui montait de plus en plus. J’ai le droit d’être une chieuse patentée même sans les avoir, surprenant hein ? Mais crois-moi, je te ferai signe quand je les aurais si tu t’intéresses tellement de…

Là, elle se stoppa net. Parole, gestes, tout. Et toutes couleurs disparurent de son visage. Fred regrettait déjà sa blague sexiste si ça résultait en détails sanglants et féminins. Berk berk. Et mit une seconde à réaliser le changement brutal d’expression chez son amie.

– Célia ? Célia, tu es toute pâle, ça va ? T’es sûre que tu n’es pas malade ?

L’éplucheur qu’elle avait en main tomba au sol et le regard de la jeune femme se perdit quelque part, loin, mais vraiment loin.

– Ok, Célia, tu commences à me faire flipper, dit Frédéric en s’accroupissant devant elle. Woohoo ? Ma belle, y’a quelqu’un ??

Il la ramena à peine de là où l’avait emportée ses pensées. Elle fixa Frédéric avec un air totalement perdu.

– Je suis enceinte…

Fred resta silencieux.

– Ok, bonne blague, tu m’as complètement eu, plus de blagues sexistes, finit-il par dire en souriant, incertain. C’est une blague, hein ? Pitié, Célia, c’est une blague ?

Elle se leva comme un automate mais alors qu’elle ne savait pas où elle voulait aller, elle regarda Fred, les yeux hagards.

– …

Elle avait la bouche ouverte mais aucun son n’en sortait. Non, à l’évidence, ça n’était pas une blague. Le message passa et Fred la regarda avec la même expression hagarde pendant dix secondes.

– Oh merde. Ok. Merde. Bon. Assise, tu bouges plus. Non, non, on va voir Massis !

Elle opina de la tête sans rien faire d’autre, au bord de la panique derrière son inaction. Elle n’avait pas prêté attention au retard de ses règles jusque là, et ne réalisait qu’à présent que depuis son passage à l’hôpital, après l’épisode malheureux de Torin, elle avait oublié de reprendre la pilule Shaïness qui aurait dû lui éviter ce genre de surprise. Elle était patraque, avait des nausées, des sautes-d’humeur. L’évidence était là : elle était enceinte. C’était tout ce qu’elle avait comme information qui tournait en boucle dans sa tête, comme si la nouvelle était là, mais que son cerveau refusait de réellement comprendre. Massis fit une drôle de tête quand il comprit le charabia de Fred qui paniquait un peu. Mais le médecin réagit avec sobriété en asseyant Célia derrière un paravent, virant Fred et laissant une de ses médecins s’occuper de faire les tests.

– Bonne déduction, dit la femme aux cheveux bruns retenus en queue de cheval sur sa nuque. Tout juste deux mois, je dirais. Qu’est-ce que vous voulez faire, Célia ?

La jeune femme regarda la médecin, regarda son ventre et resta muette un bon moment.

– Qu’est-ce que je suis censée faire ? demanda-t-elle alors que la femme d’une trentaine d’année pensait ne plus avoir de réponse.

Célia avait levé les yeux vers elle, avec l’expression de quelqu’un complètement dépassée par les événements.

– J’ai… je n’y connais rien, moi…

La médecin eut un regard de compassion.

– La première question est simple : est-ce que vous voulez le garder ? A partir de là, on pourra décider du reste, mais tout dépend de votre décision. Il est encore assez tôt pour interrompre la grossesse sans aucun risques. Si vous voulez le garder, et bien, prévenir le père déjà si vous avez un compagnon, voir quand est-ce que vous souhaitez quitter le Front…

Célia se prit la tête entre les mains, toujours aussi perdue.

– … j’ai combien de temps pour… choisir ?

Sa voix était hésitante. Elle ne se sentait pas prête à avoir un enfant. Elle était même pas sûre de comment allait évoluer sa relation avec Sean dans les prochains temps et il fallait qu’elle décide si elle voulait garder leur bébé ou non ? Le médecin posa sa main sur son genou.

– Un mois, c’est préférable si jamais c’est l’interruption qui l’emporte. Et, de toute façon, je ne laisse pas mes patientes enceintes rester sur le Front une fois passé la barre du premier trimestre.

Célia leva le nez vers la femme en blouse blanche.

– … et si je voulais le garder ? Qu’est-ce que je dois éviter de faire pendant ce mois ? Est-ce que je continue comme avant ?

Elle eut droit à une liste complète de quoi faire et ne pas faire, manger, pas manger et des ordres stricts pour sa santé, celle du bébé en attendant de savoir son destin. Eagle aussi eut droit à quelques instructions… et s’il osait provoquer la colère de la femme médecin, elle n’était pas Massis, mais elle avait un sacré revers du gauche et connaissait plus de poisons vicieux que de lentilles dans une gamelle de l’armée.

Ça permit à Célia de dormir jusqu’à huit heures tous les matins ! Un vrai luxe ! Mais elle dut renoncer au café ! Un vrai sacrifice ! Rogue adorait pouvoir profiter des matins avec sa maîtresse. Mais si Célia jouissait de quelques avantages, il restait qu’elle n’avait toujours pas de réponse aux questions en suspend : est-ce qu’elle allait garder ce bébé ? Et qu’est-ce qu’elle allait dire à Sean ?

Les jours passaient avec chacun une réponse différente. Au début, elle s’était dit qu’elle ne le garderait pas et qu’elle n’en dirait rien à Sean. Que ça serait un incident de parcours qu’elle garderait pour elle. Mais une heure plus tard, irrémédiablement, l’idée la faisait frémir. Elle se trouvait alors un truc à frapper ou elle se roulait dans un coin pour se faire oublier. Puis, elle pensait à le garder et mettre Sean au courant au plus vite. Elle s’était retrouvée ainsi au bureau des communication devant un soldat qui n’eut qu’un silence en guise de réponse à la simple question de quel numéro il devait composer. Elle pensa aussi en parler à Sean pour prendre une décision en commun. Mais ils s’étaient disputés sur sa simple venue au Front, comment ils allaient pouvoir gérer un choix pareil ? Au bout d’une semaine, elle était toujours perdue, indécise. Le souvenir de paroles de Ian lui étaient revenues un soir alors qu’elle se demandait si elle allait “rêver” de Sean : qu’elle était peut-être celle qui pouvait lui donner envie d’une famille, mais que pour le moment, Sean n’était pas du genre chaud à l’idée d’avoir un enfant…

Et puis, finalement, un matin, elle se leva plus tôt que prévu, sereine pour une fois et en meilleure forme qu’elle ne l’avait été jusque là : elle avait accepté l’idée de garder l’enfant. Elle retrouva Fred qui sortait de la cantine et lui adressa un sourire qui faisait plaisir à voir.

– Je vais le garder, Fred.

Fred lui répondit d’un sourire tout aussi radieux.

– Génial. Je pourrai être le parrain de Fred Junior ?

Célia éclata de rire.

– Pourquoi pas ? Mais si c’est une fille, je ne l’appellerai pas Fred !
– Frédérique, c’est aussi un nom de fille ! rit-il. Félicitations, alors. Tu rentres ? Tu vas prévenir Sean ?

Elle leva les yeux au ciel puis redevint plus sérieuse.

– Je vais voir avec Eagle quand il pourra me libérer. De toute façon, dans moins de trois semaines, il n’aura plus le choix, mon état m’interdira de rester sur le Front. Donc au plus tard, dans trois semaines, je rentre sur Phoenix. Et je préviendrai Sean à ce moment-là. Je veux lui dire de vive voix, pas par courrier ou par téléphone. C’est trop important.

Elle eut un air un peu désolé, mais pas tant que ça.

– Je veux ce bébé, Fred, alors il faudra qu’il se fasse à mon choix. Et dans le cas contraire…

Elle eut un sourire plus triste.

– Je l’assumerai seule le temps qu’il faudra.

Fred posa sa main sur l’épaule de Célia.

– Pas seule, ma belle. Si Sean est trop con pour te rejeter à cause de ce petit bout, je serai là, promit-il.

Dire que cette déclaration toucha la jeune femme enceinte était bien en deçà de la vérité. Il en fut quitte pour un énorme câlin.

LOGO PHOENIX copie

Évidemment, pour inquiéter Célia, les trois semaines ne furent pas trois semaines de camp. Eagle était partagé, car il était au courant de sa grossesse et lui épargnait beaucoup de choses mais…

– C’est Shawl, le dernier et le plus élusif des noms de votre liste, Célia. Dans trois jours, il va sortir de l’ombre, pour quelques jours à peine. Je ne sais pas quand l’opportunité se représentera, mais dans votre état…

Célia ne savait pas quoi faire. Elle demanda une heure pour réfléchir et elle la passa à peser le pour et le contre. Avec la mission à Torin, elle avait agi presque sur un coup de tête, histoire de se débarrasser d’un nom de plus. Elle ne voulait pas refaire l’erreur. Surtout pas maintenant. Mais elle n’avait pas eu une seule opportunité d’approcher Shawl depuis que Nathan lui avait donné son nom. Pas une seule fois. Et avec le bébé, elle ignorait combien de temps elle allait devoir s’éloigner du Front…

– Trop longtemps, réalisa-t-elle en posant ses mains sur son ventre qui commençait à avoir un petit rebondi.

Mais d’un autre côté, elle prenait à nouveau des risques alors qu’elle était à deux doigts d’être mère, qu’elle sentait que sa vie allait prendre une toute autre direction. Puis elle releva la tête : une piste négligée, c’était un risque de plus pour sa famille, et le petit être qui grandissait en elle serait aussi bientôt une cible. C’est ce qui la décida plus que tout le reste.

– Capitaine, on prépare cette mission. Je veux me débarrasser de ça avant de partir, annonça-t-elle sans détour.
– Si vous êtes sûre… Mais après, je vous renvoie à la Capitale, décida-t-il. Mia et Leslie sont en mission. Je mets Qi Lin et Xan sur le coup, elles viendront avec vous : Shawl est un coureur de jupons et seules des femmes seront autorisées à former le personnel.

Il expliqua la mission, consistant à se faire engager dans la demeure de Ri Ven’Sakuraï, Baron de Nethös, dans le Comté de Volpoussière, où Shawl se trouverait pour célébrer les cinquante ans du Shaïness, les deux Nobles ayant été de très bons amis à l’Académie. Hommes à femmes tous les deux, la fête promettait de tourner autour de l’alcool, de la débauche et de sûrement tourner à l’orgie. Entre l’alcool et le sexe, Célia aurait le champ libre pour agir, quand les jours précédents la fête lui serviraient à enquêter sur l’évasif Shaïness. Une mission qui était donc très loin d’enchanter Célia sur plusieurs points. Déjà Volpoussière, c’était à l’autre bout de Kadam Hel, à l’extrême ouest du pays Hélian. Comme pour Torin, ça signifiait “pas de rapatriement facile ni de porte de sortie simple”. Et participer à une orgie ? Jouer les filles de joie ? Célia avait failli s’étrangler quand Eagle avait parlé de ça. Le regard qu’elle lui avait lancé était plus qu’explicite. Elle en avait reposé le dossier et commencé à faire les cent pas dans la tente du capitaine.

– Je peux me contenter d’être une danseuse ? finit-elle par demander.

Eagle secoua la tête.

– Ne vous en faites pas, je ne vous demande pas de vous prostituer, Célia. Le staff est uniquement composé de femmes mais ce sera essentiellement pour le plaisir des yeux. Les vraies participantes seront des invitées aux mœurs légères ou des femmes engagées à la Cité de Nacre. Tout au plus quelques volontaires parmi le staff aussi mais vous ne serez forcée à rien, j’en suis sûr.

Célia sentit un frisson la parcourir et elle serra ses bras autour d’elle.

– Je ne sais pas… Je sais que si un homme commence à trop me tourner autour, je vais avoir beaucoup de mal à jouer le jeu, je vous le dis de suite. Je ne suis pas en état de jouer ce genre de chose. Je veux un rôle qui m’exposera le moins à ce genre de risque.

Eagle réfléchit.

– Mmmh, je suppose que c’est faisable mais, dans ce cas, partez plus tôt, il me semble qu’ils sont déjà en train de recruter les divertissements de la soirée, danseuses et autres musiciennes.
– Oui, je préfère largement, répondit-elle en revenant s’asseoir. Une danseuse, je peux la jouer sans problème. Je serai bien plus crédible. Voyons au plus vite le reste des éléments de la mission si je dois partir à l’aube.

Ils y passèrent la nuit. Qi Lin et Xan n’étant pas spécialement bonnes danseuses, elles s’engageraient avec les musiciennes. Excellentes joueuses, elles allaient tenter de se faire engager pour garder un œil sur Célia et pouvoir plus facilement faire entrer leurs armes dans leurs étuis d’instruments. Restait que tout était assez incertain et Célia sentit plusieurs fois une envie furieuse de tout laisser tomber. Elle était morte de peur, une main continuellement posée contre son ventre, autant dans un geste de protection que pour lutter contre le nœud qu’elle avait à l’estomac.

Le transporteur décolla quand même le lendemain à l’aube avec les trois femmes à son bord et, après un passage par Eden et Golem, atterrit à Volpoussière le lendemain matin.

LOGO PHOENIX copie

<- Chapitre précédent                                              Chapitre suivant->

12 Comments

  1. j’m’arrête là… ok… non, la blague, je pourrais pas… si seulement je pouvais.

    • Vyrhelle

      6 février 2017 at 16 h 05 min

      *taptap* Si ça peut te consoler, je dois choisir et réaliser l’image qui va aller avec… J’ai un peu trop de choix T__T

  2. Mon intuition de la semaine dernière sur cet.. « oubli » était bon finalement. ^^
    Hâte de lire la suite, comme d’habitude…

    Juste deux/trois trucs relevés :
    – « Célia fut la moue et se mit à embêter Rogue qui voulait aller voir… » -> je pense que c’est « fit » la moue.
    –  » Il est déjà guéri de tout façon. » -> je pense qu’il s’agit de « toute » façon.
    – « My, la pelure de patate te sied au teint. » -> ce n’est peut-être que moi, mais j’ai l’impression qu’il manque un mot…

    Voilà, c’est ce que j’ai vu en première lecture… ^^

    • Ou pas, non, manque pas de mot pour mon troisième point, compris entre temps. ^^

      • Vyrhelle

        6 février 2017 at 16 h 04 min

        Merciii pour les corrections. C’est le genre de fautes toutes bêtes que je finis par ne plus voir à force de relecture <_<

    • pour « fut la moue », tu remarquera qu’elle fait l’erreur à chaque fois…. dans TOUS les chapitres… ^^

    • C’est le genre de fautes qu’on ne voit plus avec le temps, même en se relisant, c’est normal.. on est déjà tellement dedans en écrivant ! C’est pour cela qu’on a toujours besoin de relecteurs que ce soit pour un mémoire de recherche, un livre ou un chapitre de Tango ! ^^

      Une chose me rassure.. j’ai les mêmes réactions matures quand on me corrige à la longue ! xD

  3. Ahhhhh, j’en étais sûre 😁
    Dès les symptômes, fatigue, irritabilité, odorat plus sensible … je pariais sur la grossesse surprise 😉

    Ahhhhh, et quel suspens ! Le dernier tir à venir, la réaction de Sean, etc. Je veux être là semaine prochaine 😅

    • Vyrhelle

      6 février 2017 at 16 h 07 min

      Ah, c’était assez évident, vu les symptômes. C’est pour ça que j’ai pas fait durer le suspense très longtemps sur ce point 😛

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

© 2017 Le temps d'un tango

Theme by Anders NorenUp ↑