HAPPY BIRTHDAAAAAAAAAAAAAY ! brailla Ian en entrant dans l’appartement.

Sean jeta un œil à son réveil indiquant 6h30 et grogna.

Je vais le tuer…
Poison, arme blanche ou arme virtuelle ? lui proposa de choisir Célia qui se plaqua l’oreiller sur la tête juste après.

Sean gronda de plus belle.

Retrait total de sucre, marmonna-t-il en se lovant contre elle.

Célia baragouina sous son oreiller quelque chose d’inintelligible avant de finalement balancer son oreiller au sol dans un geste de défaite.

– … et je lui colle un documentaire sur la mécanique en guise de dessin animé.

Sean eut un soupir entre le rire et la défaite.

Je vais faire des brocolis à midi.
J’ai entendu et c’est pas gentil et alleeeez debouuuuut !! protesta l’adolescent royal.
Avec des rognons, conclut Sean.
BEEEH.

Célia soupira et finalement se leva la première comme souvent dans ces cas-là. Et c’était d’autant plus valable que c’était effectivement l’anniversaire de Sean comme l’avait si brillamment claironner Ian.

Profites-en pour moi, mon cœur.

Un bisou dans le cou et elle se glissa hors de lit pour enfiler sa robe de chambre. Elle sortit en refermant la porte derrière elle. Ian lui fit un grand sourire.

Ouaiiiis !

Il brandit une pancarte en commençant à parler à cent à l’heure.

On va faire un super petit-déjeuner et préparer l’appart’ et…

Sur la pancarte, il y avait écrit “Edward a une urgence familiale et doit fermer le garage et faut aller chercher la voiture dessuiiite !” Célia étouffa le juron qu’elle sentit lui monter aux lèvres et choppa Ian pour l’amener à la porte d’entrée.

J’enfile un truc et j’arrive.

Elle mit rarement aussi peu de temps pour enfiler un pantalon, un pull, une veste et des mules. Ian était à peine à l’ascenseur qu’elle l’avait déjà rejoint. Elle arrangea sa tignasse comme elle put avec les doigts devant le miroir.

Bon, on fait comment du coup ? On devait amener Sean au garage… T’as une idée d’où on pourrait entreposer la voiture et la lui faire découvrir ?
L’immeuble a un parking, répondit-il sans hésiter. Et j’ai piqué les clés en faisant le barouf tout à l’heure mais je sais pas conduire alors j’ai préféré venir te chercher. Si j’abîme son cadeau, j’ai comme l’impression que je verrai pas MON prochain anniversaire.
Ça, c’est une certitude, mon grand, lui confirma Célia avec cette expression qui lui disait qu’elle se chargerait sûrement elle-même de cette difficile, mais au combien justifiée, besogne.

Elle siffla un taxi et poussa Ian à l’intérieur. Elle promit le triple de la course au chauffeur s’il arrivait au garage en moins de dix minutes et neuf minutes quarante plus tard, ils étaient devant l’établissement d’Edward. Le garagiste était prêt à fermer, valise en main, mais il les attendait.

Les clés sont sur le contact, Célia, je suis désolé de vous avoir fait lever si tôt.
Pas de souci, Edward. J’espère qu’il n’y a rien de grave de votre côté, hein ?

Edward secoua la tête.

Au contraire, au contraire, je suis papy depuis une heure. Alors vous comprenez…

Célia eut un air surpris mais ravi.

Alors filez vite ! Et félicitations ! Aux parents aussi !

Edward hocha la tête, la laissa sortir l’Elit du garage et partit après avoir tout fermé. Dans la voiture, Ian restait complètement immobile pour résister à l’envie de tout toucher – il avait eu peur du regard que Célia lui avait envoyé quand il avait commencé à le faire. Elle, était un peu fébrile. Elle n’avait jamais conduis la voiture depuis qu’elle était arrivée et se sentait un peu coupable de goûter à sa conduite avant Sean. Mais en même temps, c’était terriblement tentant. Elle sentait le moteur faire légèrement vibrer tout ce qu’elle touchait et quand elle se sentit prête, elle lança lentement la précieuse voiture sur la route. L’avantage, c’était qu’avant sept heures du matin, la circulation restait très peu dense et Célia n’eut pas de frayeur à cause d’un imbécile. Par contre, elle fut terriblement raisonnable sur sa vitesse, malgré son pied qui la démangeait sur l’accélérateur. Ce n’était pas à elle de goûter à ce plaisir la première. Une chose était sûre, l’Elit attirait les regards… et Ian trépignait.

J’ai l’impression que c’est un crime de faire du cinquante avec ce bijou, marmonna-t-il.
Je sais, me tente pas, lança Célia. Mais c’est le cadeau de Sean, c’est à lui de vraiment la baptiser. C’est comme ça, c’est une question de principe. Je devrais même pas être derrière le volant normalement. Et puis, on arrive bientôt. T’inquiètes pas, t’auras l’occasion de rouler plus vite dedans. Mais pas maintenant.

Ian soupira.

Ouais. En tout cas, c’est du super cadeau. J’espère qu’il va aimer autant le mien !

Célia tourna son attention rapidement vers Ian.

Je ne sais pas ce que tu lui as trouvé, mais à moins que tu lui offres un portrait de son père, je vois pas pourquoi il n’aimerait pas.

Ian fit une moue vexée.

J’ai pas dit qu’il aimerait pas ! J’ai dit que j’aimerais bien qu’il aime AUTANT ! Nan mais ! … et si je lui offre un portrait de son père, je lui offre avec une boîte de fléchettes.
Oublie les fléchettes, c’est un lance-flamme qu’il faut que tu lui offres avec…

Célia tourna à un carrefour. Et là, route déserte. Grande ligne droite… Le pied de Célia réagit avant son sentiment de culpabilité et Ian fut collé à son siège avant même de comprendre ce qui se passait.

Hiiiiiiiiiiiiiiiiaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhh

Célia n’avait pas pu résister…

Woooooooooooooooooooohooooooooooo !!!!!

Deux adultes matures, si si.

Une fois l’Eden Elit en sécurité au garage, ils retournèrent à l’appartement, où Sean s’était rendormi. Son premier cadeau étant une grasse matinée, il était OBLIGÉ d’en profiter. Célia referma doucement la porte de la chambre après l’avoir regardé dormir quelques instants. Puis elle avait rejoint la cuisine avec un regard plus attendri.

Il va dormir encore un moment. On lui prépare ce petit-déjeuner, finalement ? On a le temps maintenant.

Ian hocha la tête.

Toutafé.

et décrocha le téléphone pour appeler le cuisinier en chef du palais. LUI ? Cuisiner ? Elle voulait vivre ? Célia resta perplexe devant sa réaction puis se mit à rire quand elle comprit la raison du coup de fil. Elle secoua la tête et se prépara un café. Elle n’avait même pas eu le temps de s’en préparer un dans la précipitation. Elle attendit donc que Ian passe commande au seul chef du pays de qui personne d’autre n’aurait pu obtenir une commande et elle tendit un panier de viennoiseries.

Oui, on en a toujours de réserve…

Ian dévora les pâtisseries.

Remercie le ciel que Sean soit un mec et moi aussi, articula-t-il autour d’un croissant. Si ça avait été différent, c’est moi qu’il aurait épousé et c’est moi qu’aurait eu toutes les pâtisseries !

L’Elam Evir manqua de s’étrangler dans son café. Puis elle leva un regard incrédule sur Ian.

Tu en as beaucoup des fulgurances dans ce genre, le matin, toi ?
Plein, ricana le jeune homme. Surtout le matin, en fait.

Elle le menaça d’un croissant.

Et bien, en attendant, dommage pour les alliances politiques et autres raisons d’état à deux balles, vous êtes deux hommes, et c’est moi qu’il va épouser. Point.

Elle en revint à son croissant qu’elle mordit à pleine dent.

– … et la première qui fait mine de l’approcher, je la massacre.

Ian attendit qu’elle soit encore en train de boire du café pour balancer fulgurance numéro deux.

De toute façon, y’a un contrat de mariage entre nos deux familles, alors ça sera p’tet pour la génération suivante !

Cette fois, il fit mouche, Célia manqua de s’étouffer dans son café. Elle toussa en essayant difficilement d’attraper de quoi essuyer les dégâts. Quand elle arriva à respirer à nouveau, elle regarda Ian, sidérée.

Attends, une minute. Ça veut dire que si Sean et toi avez respectivement un garçon et une fille… Ils devront forcement se marier ?

Ian ricana et lui tendit une serviette.

Alors, d’abord, ce serait mon fils, sans doute, et ensuite, non. Rien d’obligatoire, pas avec moi, mon père aurait probablement forcé les choses même si j’avais détesté la version féminine de Sean, mais moi ? Je ne forcerai jamais mon fils.
T’as plutôt intérêt mon grand, parce que parti comme c’est parti, c’est de MA fille aussi dont il sera question. Et que j’aurai largement mon mot à dire.

Elle fit la moue, boudeuse comme une enfant.

Je suis contre les mariages arrangés. On a essayé de forcer la main à mon père pour que je sois promise au fils du comte de Litsenshire s’il venait à en avoir un. J’avais huit ans. Ce qui dans les faits actuels, m’aurait mariée à un gamin même pas encore né... Heureusement mon père a réussi à m’épargner ça. Je crois que ça date de cette époque que je m’étais jurée de ne jamais me marier…

Elle eut un rire.

C’est un peu raté, je crois…
De toute façon, pour l’instant, le comte, il n’a qu’une fille, renchérit Ian en ricanant de plus belle.

Il sourit à Célia.

Tu sais, je crois que si y’a quelqu’un qui peut motiver Sean pour une famille, c’est toi. Pour l’instant, avec son père, je sais que l’idée d’enfants ne… disons qu’il doit pas être chaud. Vous en avez parlé ?

Célia secoua doucement la tête par la négative.

On a déjà du mal à parler mariage, alors enfant… Non, on n’en a pas du tout parlé. On n’a même jamais abordé le sujet, je crois.

Elle s’accouda à la table et regarda par la fenêtre.

Mais avoir un enfant, c’est avoir quelqu’un sans défense à protéger… On a déjà du mal à se protéger nous-mêmes, Sean et moi. Ce serait de la folie.

Ian fit tourner la fin de son café au fond de sa tasse.

Boooarf, moi déjà, il me manque l’autre moitié avant d’y penser. On a le temps, on est jeunes !

Le chef arriva peu de temps après, avec une partie du petit déjeuner et il fit cuire le reste avant de quitter l’appartement avec discrétion. L’odeur de bacon grillé tira Sean du lit.

Bon anniversaire, mon cœur, lança joyeusement Célia en voyant son grand et ténébreux Démon mal réveillé, baillant et se frottant un œil. Le petit déjeuné est servi !

Sean l’embrassa distraitement et observa la table bien garnie.

… Ian n’a pas cuisiné, n’est-ce pas ?
Hey ! J’aurais pu, d’abord.

Ayant eu confirmation qu’il ne risquait pas l’empoisonnement, Sean attaqua son assiette. Célia lui avait attrapé le bras et le câlinait sans vergogne, la tête sur son épaule.

Et donc, il paraît que tu aurais pu épouser Ian ?

Sean ferma les yeux, essayant de trouver la logique de la phrase.

Quoi ? Ah… oui, si j’avais été une femme, sans doute, finit-il par comprendre. Je ne veux pas savoir comment vous êtes arrivés à parler de ça…

Célia fut la moue avant de lui embrasser la joue.

Sincèrement, je me rappelle plus. On a parlé de tout et de rien en t’attendant et j’ai failli m’étouffer dans mon café quand il m’a dit ça. En fait, je crois qu’il l’a fait exprès.

Elle tourna des yeux froncés vers Ian.

– … tu l’as fait exprès !

Ian ricana.

Ah, bah choisir son moment, c’est un art !

Il en était fier, en plus. Sean soupira.

Et ça t’étonne encore ?

Elle papillonna des yeux.

Oui, je suis trop naïve, j’ai encore de l’espoir pour notre bon roi. Que veux-tu, je suis une idéaliste.
Insubordination, lèse-majesté, j’vais vous faire pendre, marmonna Ian autour de son toast.

Dès que le petit-déjeuner fut englouti et Sean habillé, il recommença à trépigner.

On fait les cadeaux, dites, dites, dites, on fait les cadeauuux ?
C’est à Sean de décider, Ian. C’est SON anniversaire, pas le tien, lui précisa Célia en croisant les bras.

Elle regarda quand même vers Sean. Mine de rien, elle aussi était impatiente de savoir l’effet de son cadeau.

A toi de voir, love.

Sean haussa un sourcil.

J’imagine que tu as prévu toute ta journée autour du fait qu’on ouvre les cadeaux ce matin ?
Oui ! affirma Ian sans hésitation.

Le Shaïness secoua la tête, amusé.

Alors ouvrons les cadeaux.
OUAIIIS ! dit Ian en allant chercher un gros paquet.

Célia se mit un peu en retrait, s’asseyant sur le dossier du canapé. Elle avait aussi envie de trépigner que le blondinet royal mais elle le cachait un peu mieux.

Le cadeau de Ian ? Il s’avéra être une console de jeu et une bonne dizaine de cartouches de jeux. Sean observa les faux pistolets en plastique rouge avec un sourcil haussé.

Des jeux ?
C’est la Master TES, Sean ! Oh, fait pas le blasé, tu sais très bien ce que c’est !

Sean rit.

Oui. Merci, Ian.

Il se tourna ensuite vers Célia.

Tu es aussi allée chercher mon cadeau dans un magasin de jouets ? demanda-t-il en souriant.

Célia le regarda avec un sourire en coin absolument diabolique.

Un magasin de jouet pour très grand garçon, dit-elle en riant à moitié. Tu veux le voir maintenant ? Ou tu préfères étrenner ta console de jeu avant ?

Elle papillonna des yeux, histoire d’enfoncer le clou. Ian avait une très mauvaise influence sur elle. Sean haussa un sourcil.

Est-ce que tu es en train d’imiter Ian ? Parce que ça ne va pas être possible, Célia, j’utilise déjà tout mon quota de patience avec le vrai, plaisanta-t-il.
HEY ! protesta Ian.

Elle se redressa et s’approcha de Sean.

C’est ma patience que je mets à rude épreuve là… Allez, viens donc, suis-moi.

Elle lui prit la main et l’attira doucement mais sûrement en direction de la sortie de l’appartement.

Et quand on montera dans l’ascenseur, je veux que tu fermes les yeux. D’accord ?

Sean ferma donc les yeux et ne vit pas qu’ils descendaient plus bas que le rez-de-chaussée. Mais le garage était plus frais.

… Le garage ? demanda-t-il alors qu’ils approchaient de l’Elit.

Célia gloussa en le guidant toujours, tenant ses deux mains dans les siennes. Puis quand il fut juste devant son cadeau, pile au meilleur endroit pour en apprécier toute la vue au premier coup d’œil, elle passa derrière lui et posa son menton sur son épaule, plaçant ses mains sur ses hanches.

Ouvre-les. Et bon anniversaire, mon amour.

Sean ouvrit les yeux et resta complètement muet pendant de longues secondes, observant la voiture.

Elle est…

Il ne trouva pas ses mots, regardant la couleur, la ligne…

Splendide. Parfaite, dit-il finalement, approchant de l’Elit pour passer une main sur la carrosserie et observer l’intérieur.

Derrière lui, Célia gloussait encore, se mordant la lèvre pour laisser à Sean le temps d’apprécier la découverte. Mais elle avait fait mouche et elle sautillait presque sur place, regardant aussi vers Ian, seul témoin de cet instant. Puis quand elle considéra que Sean avait envie de conduire l’engin, elle sortit les clés de sa poche et les agita devant elle.

Elles sont à toi.

Elle se mordit à nouveau la lèvre, incapable de diminuer le sourire qui lui dévorait la figure. Sean vint lui manger à même les lèvres, avant de la faire tourner en l’air.

Allons l’essayer !
Ouaiiiis ! se réjouit Ian.

Il avait même un gros caméscope juste pour ça ! Célia fila vers la portière, fit monter Ian à l’arrière et elle se glissa sur la place passager, les mains serrées sur ses genoux, excité comme une puce. Sean prit le temps de s’installer et de se familiariser avec les éléments de la voiture. Elle n’avait rien à voir avec une voiture de série, c’était le moins que l’on pouvait dire.

Tu vas voir, on a fait le réglage ensemble avec Edward, le moteur réagit au quart de tour. Alors attention à tes accélérations quand même, hein ? Les freins, pareil, vas-y doucement. Oh et tu as une boîte séquentielle, donc quand tu vas changer de vitesse, le moteur va te sembler ne pas avoir …

Elle ferma la bouche et retourna à sa place.

– … je me tais. Apprécie !

Sean sourit.

Merci. Tu me feras tout le speech après le tour de circuit, ok ?

Parce qu’évidemment qu’il allait l’étrenner sur circuit !

Ian filma leur traversée rapide de Phoenix et les tours de circuit, le discours technique de Célia, son petit cri quand Sean dépassa largement les 180 km/h, les paysages, la voiture filant à toute allure, une fois sorti de l’Elit pour filmer de dehors… Une matinée entière de Sean, Célia et Ian avec la nouvelle voiture.

Célia était ravie et se sentait le cœur terriblement léger. Elle voyait Ian et Sean évoluer autour de la voiture alors qu’elle s’était assise dans l’herbe. Elle venait de passer des moments inoubliables et elle pensait sincèrement que c’était la même chose pour Sean. Il lui suffisait de le regarder pour en être persuadée. Elle aimait surtout les petits regards qu’il lui envoyait parfois, sans rien dire. Son rire aussi, si rare donc si précieux. Quand il tourna la tête vers elle, elle lui fit signe de venir la rejoindre. Elle ouvrit les bras pour un câlin. Sean la rejoignit après avoir interdit à Ian d’ouvrir le capot.

C’est un merveilleux cadeau, dit-il à Célia une fois assis dans l’herbe.

Évidemment, Ian ne perdit pas de temps, les filmant de loin. C’était pour la postérité ! Elle était calée contre lui, ayant pris son bras pour l’avoir autour de ses épaules, ses doigts toujours entrecroisés avec les siens. Le meilleur endroit au monde à ses yeux.

Tu sais que c’est un exemplaire unique ?

Elle leva le nez vers lui.

Il n’y en a pas deux comme elle. Et il n’y en aura jamais.

Sean posa sa main sur sa joue.

Exactement comme toi, dit-il avant de l’embrasser longuement.

Ian eut un petit soupir béat. Lui aussi il voulait une histoire d’amûûûr !

Célia avait gardé les yeux ronds pendant plusieurs secondes après les derniers mots de Sean, avant de fondre sous son baiser. Mais il restait qu’elle avait été touchée en plein cœur par sa réplique et qu’elle sut qu’elle en aimait Sean que d’avantage. Le baiser dura assez pour que Ian finisse par trouver ça long. Célia s’était retrouvée allongée dans l’herbe et tenait le visage de Sean, juste devant le sien. Elle ne disait rien. Ce n’était pas nécessaire. Son regard et son sourire qui répondaient à ceux de Sean en disaient bien plus que tous les mots. Elle finit par rire, heureuse comme jamais et serra son Shaïness contre elle.

Je veux que tous les jours ressemblent à ça.

Sean sourit et la garda contre lui.

Je payerai très très cher pour que vous soyez vautrés dans une crotte de chien, soupira Ian, après, bien sûr, avoir photographié la scène. On rentre ? Je veux essayer la console aussi ! Et puis j’ai faim.

Le couple se releva, la magie de l’instant ayant été brisé par un Ian et tout son tact habituel. Sean aida Célia à se relever et ils furent bientôt tous à nouveau à bord de la Eden Elit pour rentrer à la maison. Si Ian avait passé la tête par la fenêtre, Célia se serait presque attendu à le voir tirer la langue, la truffe… euh, le nez au vent.

Après avoir rangé la voiture au garage, ils terminèrent autour de l’îlot de la cuisine.

Alors, et pour le déjeuner, qu’est-ce qu’on fait ? demanda Célia qui se voyait mal laisser Sean faire la cuisine le jour de son propre anniversaire.

Ian ouvrit la bouche et Sean leva la main.

Si tes prochains mots sont “Mac” et “Mo”, je te tire dessus, Ian.

Le Shaïness marmonna que c’était pas juste.

On peut prendre à commander, concéda Sean. Mais pas de la daube surgrasse !
Ni de sushi ! Je mets mon veto direct, coupa Célia. Je ne veux plus jamais avoir à avaler un de ses trucs gluants et cru de ma vie.

Elle planta son menton dans ses mains.

Mais par contre, pour le reste, je ne suis pas difficile. A toi de voir ce qui te tente Sean, c’est Ian qui offre.

Ils appelèrent donc le même restaurant que Fred avait contacté pour son quart de chevreuil et le gâteau. Aaah, bah si Ian payait, autant que ça serve à quelque chose… Il y eut profusion de nourriture sur la table en tout cas. Chacun avait choisi un plat et une entrée différente, chacun selon ses goûts et ils en avaient profité pour commander ce qui allait être le gâteau d’anniversaire. Ils en trouveraient difficilement un meilleur ailleurs. La seule condition de Célia pour tout ça fut qu’elle ne voulait pas savoir combien ça pouvait coûter. Elle s’en souvenait encore, du gâteau au chocolat…

Le repas fut mangé tranquillement par les deux amoureux qui en profitèrent pour se faire du pied, alors que Ian engloutissait pour rejoindre plus vite la console. Voir son plat disparaître aussi vite avait quelque chose de désolant. Célia ne se laissa pourtant pas avoir et mangea à son rythme un plat dont elle n’avait même pas réussi à retenir le nom. Un truc Lo’kindjaleph, si elle ne se trompait pas. Il faut dire que la console de jeu, elle savait à peine ce que c’était. Elle n’avait jamais eu l’occasion d’y jouer et elle restait assez mitigée devant les pistolets en plastiques qui l’accompagnaient…

Ian se débattit avec les trois fils et demi de la console pendant vingt minutes, Sean brancha finalement la Master TES tout seul et lança le premier jeu, un jeu de tir sur des oiseaux très pénibles avec un chien de chasse encore plus agaçant. Ian changea le jeu quand Sean faillit sortir sa propre arme EV pour tuer cet agaçant canidé qui se foutait de sa gueule. Célia s’était stratégiquement installée sur un coin du canapé et observait les deux hommes devant cette fameuse console. C’était un spectacle assez original, elle devait bien l’avouer : L’homo nobilius masculus, les deux grands du royaume de Fardenmor (ou presque) en pleine action contre la Machine. Et la machine gagnait haut la main ! Célia ne pouvait cacher qu’elle se moquait sans beaucoup de pitié. Sean se lassa assez vite du jeu de course que Ian avait lancé et donna la manette à Célia.

A toi, puisque ça te fait rire, sourit-il.

Elle leva les mains, comme si la manette allait la brûler vive.

Ah non, non, non. J’ai jamais dit que je voulais jouer.

Sean insista sans un mot, laissant la manette devant le nez de Célia, qui finit par capituler, avec grands yeux au ciel et soupir de rigueur.

T’es vraiment impossible. Bon pousse-toi que je trouve comment on joue à ce truc.

Elle s’assit au sol, à hauteur de Ian et commença à étudier les boutons de la manette et les effets sur le jeu.

Bon, ok, avec ça, je tourne, avec ça, j’accélère… Le frein est là… Ok, je devrais pouvoir m’en sortir…

Ce fut une lamentable catastrophe. Célia n’arrivait pas à coordonner ses doigts et tournait la manette plutôt que d’appuyer sur les touches. Alors non, la voiture ne tournait pas…

Mais ce jeu est truqué, c’est pas possible.

Ian se moqua d’elle cinq minutes avant de brancher la manette en forme de volant.

Essaye avec ça ?

Elle grommela quelques mots sur le fait que Ian lui fournissait encore plus de raisons de se moquer d’elle mais elle prit le volant et testa à nouveau le jeu.

Y’a du mieux, mais ça ne vaudra jamais un vrai bon volant, c’est certain.

Il faut dire que c’était la troisième course que Ian gagnait haut la main, alors que Célia voyait plus souvent sa voiture dans le gazon que sur le bitume. Ian mit finalement un troisième jeu, un de combat, et colla les manettes dans les mains de Sean et Célia. Pas besoin d’être un expert pour frapper tous les boutons pour que les deux personnages se tatanent la figure !

Et lui, il prenait les photos.

Ce fut assez sage au début. Sean et Célia mirent quelques minutes à comprendre le principe. Mais très vite, vu qu’il ne fallait pas trop chercher ce qu’on faisait avec les boutons pour arriver à quelque chose, la bataille rangée commença. Surtout de la part de Célia qui trouvait que Sean s’en sortait trop bien et commença donc à tricher en le gênant d’abord d’un petit coup d’épaule dans le bras ou en se penchant sur sa manette pour mieux voir… Bref, impossible de jouer tranquillement pour le Shaïness avec son Elam Evir qui n’en faisait qu’à sa tête et n’avait aucun scrupule. Ça finit très vite avec une Célia qui avait attrapé la manette de Sean et l’empêchait de la récupérer en s’asseyant dessus… Ils chahutèrent sans vergogne, Sean appuyant sur la manette de Célia pour mettre sur pause, tirant sur son fil pour la débrancher une fois la sienne récupérée, bref, deux enfants.

Le jeu fut bientôt oublié pour un chahut en bonne et due forme sur le sol du salon, Sean bénéficiant du fait qu’il savait Célia chatouilleuse et en profitant éhontément. La jolie rouquine finit au bord des larmes de rire et avait du mal à respirer.

Pitié !! Je me… rends !! Sean !! Arrête !!

Pour éclater de rire de plus belle, sous les éclats de Ian qui prenait des photos et rigolait tout autant. Ian ramènerait les films et les photos développées le lendemain et, même si Sean soupirerait et lèverait les yeux au ciel, il rangerait précieusement sa copie de l’album dans son étagère.

En attendant, Ian avait acheté assez de sucre pour leur faire faire un coma mais comme il avait aussi ramené les jeux de société les plus débiles de la terre, il restait dans le thème. Un Tweester, c’était drôle, quand même. Surtout avec trois Nobles qui trichent. Au goûter, Ian sortit donc le gâteau commandé à la pâtisserie et alluma la grosse bougie “18” dessus.

Allez, et tu fais un vœu !

Célia eut un air surpris et perplexe devant le gâteau.

Ian, pourquoi tu as mis un “18” ? C’est tout ce que tu avais comme bougie ?

Ian la regarda bizarrement.

Bah… non ? Sean, tu es bien de 61 ?
Oui.

Ian compta sur ses doigts.

6, 7, 8…. Non, c’est bon !

Célia écarquilla les yeux et tourna la tête d’abord vers Ian puis surtout vers Sean. Difficile à dire le cheminement qui venait de se faire dans sa petite tête, mais elle passa par pas mal de couleurs intéressantes. Allant du blanc crayeux au rouge vif.

Sean… Tu… n’as que 18 ans ?

Sean avait l’air inquiet.

Oui ? Célia, tout va bien ?

Il ne voyait vraiment pas le souci, lui. Célia mit les mains devant sa bouche. Sidérée. Oui, elle savait qu’il était Haut-Noble. Que ça faisait qu’il avait mûri plus vite que la normale… Mais ça restait que…

Sean, tu n’avais que 15 ans quand on a… !! La première fois… Mais !

Ian ricanait un peu, quand même, là, et n’était absolument d’aucune aide. Sean s’appliqua à ne pas dire que, techniquement, il n’en avait eu que 14 la toute première fois, puisque c’était avant son anniversaire. Visiblement, ça ne passerait pas très bien.

Et ? Célia, j’étais adulte dans ma tête depuis longtemps et légalement depuis plusieurs mois, ça ne t’a jamais dérangée avant…

Elle agita les mains devant elle en plissant les yeux.

Non, c’est que… Raah, j’avais pas réalisé et ça fait quand même bizarre ! D’accord, d’accord, tu es Démon, à 15 ans, tu devais être aussi mature que je le suis moi aujourd’hui… Mais 15 ans, Sean… J’étais une gamine, moi à quinze ans… Et… et c’est l’âge qu’à Ian quoi !!

Elle leva les yeux au ciel.

Le chiffre me fait bizarre d’accord ? Parce que je confirme, tu les faisais absolument pas !!

Ian grimaça.

Hey, ça veut dire quoi, j’suis mature !

Sean secoua la tête.

Je vois. Mais, vraiment, Célia, ça n’a pas d’importance.
Hey ! J’suis mature ! C’est Sean qu’est trop vieux dans sa tête !

Célia eut un coin des lèvres qui s’étira. Et finalement, Sean eut droit à un joli sourire.

Non, tu as raison, ça n’a pas d’importance.

Elle se pencha sur la table où elle s’était accoudée et vint l’embrasser.

Mon morveux à moi, dit-elle en riant à moitié.

Sean fit une grimace pendant que Ian ricanait.

Je préfère tes autres surnoms…

La soirée fut agréable et Ian les laissa pour le dîner et ne repassa qu’en éclair le lendemain, déposant les albums photos et les copies des cassettes vidéos, ayant un conseil qu’il ne pouvait pas esquiver. Sean et Célia restèrent enfin tous les deux, et les choses commencèrent à devenir agréables. Évidemment ce fut donc le moment que choisit le téléphone pour sonner. Très peu de personnes ayant ce numéro, les chances que ce soit important étaient conséquentes et que ce soit le Front non-négligeables. Célia, jusque là confortablement installée contre un Sean qui travaillait, se leva assez vite pour aller décrocher, ne demandant pas son avis à son travailleur concentré, puisque de toute façon, c’était leur apparemment, donc LEUR téléphone.

Oui, allo ?

Sean protestait, pas à cause du fait qu’elle décroche mais qu’il avait d’autre projet, là. Si c’était urgent, ils rappelleraient…

Mademoiselle Avonis ? demanda une voix difficilement identifiable à cause de la friture sur la ligne.

Communications du Front, donc. Le visage de Célia se ferma aussitôt.

Oui, c’est moi. Vous avez des nouvelles du soldat Frédéric ?
Oui, répondit le soldat. Soyez rassurée, il s’est réveillé et n’aura pas de séquelles. Mais je n’appelle pas seulement pour ça, Major. Le Capitaine Eagle sait que vous êtes en perm, mais il a besoin de vous pour un tir.

Ce qui voulait dire soit un coup exceptionnel, soit un nom de la liste. La rapide euphorie de la bonne nouvelle pour Frédéric s’évapora pour laisser Célia sombre et fixant le vide du regard.

Vous avez plus de précision sur le quand et le comment ?
Briefing dans trois jours, Major, c’est tout ce que je sais, répondit le soldat.
Dites au Capitaine que j’y serai. Bonne journée soldat.

Elle raccrocha et elle frappa le mur du poing. Sean fronça les sourcils.

Tu dois repartir, devina-t-il. Quand ?

Il n’aimait pas ça. L’urgence d’un tir. Le fait que leurs vies et leurs parenthèses commencent à interférer. Célia leva les yeux vers lui puis les baissa au sol.

Briefing dans trois jours. Le capitaine me rappelle pour un tir. Et s’il me demande en personne, c’est qu’il y a une bonne raison. Il a assez d’excellents tireurs dans l’unité pour que je ne sois pas indispensable. Sauf pour deux cas de figure : on doit voir Célia sur un tir exceptionnel. Soit…

Elle sembla plus apprécier l’option suivante.

Soit ça concerne ma liste. Ça peut être un nom en moins ou enfin une piste intéressante. Dans un cas comme dans l’autre, je dois partir…

Elle ferma les yeux.

Je suis désolée, Sean.
Ça nous laisse deux jours.

Il voulait lui demander de rester, qu’un Aigle avec une perruque pouvait faire le tir, qu’elle pouvait laisser sa liste aux autres pour une fois, quels que soient les accords avec Eagle, mais il savait qu’elle le prendrait très mal. Qu’il n’avait pas le droit d’exiger ça.

Profitons-en au maximum, dit-il à la place.

Célia le regarda avec un petit air attendri alors qu’elle abandonnait l’espace du téléphone pour venir vers lui. Elle resta debout et caressa sa joue.

Au moins, Fred est sorti d’affaire. Ça fait quand même une bonne nouvelle.

Maigre consolation de l’avis de Sean.

Oui, c’est une bonne chose.

Il tendit les bras vers elle pour qu’elle reprenne sa place précédente, sur ses genoux, à l’embrasser. S’il devait se séparer d’elle dans deux jours au lieu de deux semaines, il la voulait contre sa peau le plus longtemps possible, le reste pouvait attendre. Elle ne se fit pas prier, elle en avait autant besoin que lui. Ils se retrouvèrent enlacés sur le canapé, recroquevillés l’un sur l’autre comme pour former un cocon que rien ne devait atteindre avant deux jours. Célia frottait son nez contre la tempe de Sean avant d’embrasser sa peau. Ses doigts ancrés sur ses épaules et ses bras rivés autour de son cou, les jambes repliées sur ses cuisses. Non, elle ne voulait plus bouger.

Il aura intérêt à me donner une nouvelle perm’ derrière. Et complète ! Pour compenser.

Elle glissa sa tête contre son cou.

Au moins, “elles” sont presque terminées… Ce soir, on devrait enfin pouvoir faire l’amour.

Sean embrassa sa tempe.

Le monde entier s’était ligué contre nous, cette semaine, soupira-t-il. J’ai hâte de pouvoir envoyer le monde se faire voir.

Célia resta quelques instants silencieuse, puis elle redressa assez la tête pour venir savourer les lèvres de Sean, sans modération.

Ton anniversaire était quand même réussi. C’est déjà ça.

Sans lui laisser l’occasion de répondre, elle reprit son baiser, déjà avide d’être enfin en état pour aller bien plus loin. Deux jours. C’était si peu. Deux jours qu’ils passèrent collés l’un à l’autre, perdus l’un dans l’autre. Quand Ian passa, Sean le fit sortir peut-être plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu, soupirant et promettant à mi-voix de s’excuser quand Célia serait partie.

Au soir du 9 octobre, il la gardait contre lui alors qu’elle devait partir, ses bras comme une prison d’acier autour de la taille de sa presque fiancée.

Non, gronda-t-il quand elle bougea.

Immédiatement après, ses bras se relâchèrent, conscient qu’il ne pouvait pas l’empêcher de partir. Mais il avait brisé son élan et elle avait du mal à retrouver l’envie de faire ce premier pas qui l’éloignerait de lui. Elle tourna sa tête vers lui et posa son front contre son menton.

C’est peut-être la chance que j’attends de finir tout ça, essaya-t-elle de se convaincre. Je dois y aller…

Mais elle n’avait toujours pas bougé, et elle avait la gorge qui se serrait. Elle détestait les adieux depuis avant même qu’ils ne se connaissent. Avec Sean, les adieux étaient devenus une vraie déchirure qu’elle ne tolérait plus. Sean avait les poings blancs de les serrer pour s’empêcher de l’enlacer encore.

Je sais. Vas-y, Célia, avant que je ne te garde contre moi le reste de la nuit, demain, jusqu’à l’année prochaine et la suivante encore…

Elle laissa sa tête retomber et dans l’élan amorcé, elle fit enfin ce premier pas. Profitant du mouvement initié, elle en fit un deuxième et un troisième… Elle quitta l’appartement en courant presque, finissant au fond de l’ascenseur de s’y être jetée avec violence. Elle frappa le miroir et elle se recroquevilla sur elle-même alors que l’engin la faisait descendre. Il fallut toute le descente le long du building pour qu’elle se remette debout… Quand elle quitta Phoenix à nouveau, au guidon de sa Grande Dame, elle maudissait le monde entier.

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