Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

29 août 983

C’est ainsi qu’avant même l’heure du repas, et sans un au revoir, Célia fut dans l’héliporteur avec Ismaël en direction de Phœnix, le visage fermé et sans autre bagage qu’une moto louée en soute. Pour une fois, c’est elle qui était aux commandes quand ils atterrirent à la capitale le lendemain matin, incapable de rester désœuvrée des heures durant. Et bénissant le peu de conversation du vieux vétéran. La moto fut déchargée et Célia l’enfourcha presque aussitôt.

– Nous repartirons demain. Allez à la maison Avonis pour cette nuit, je vous y rejoindrai peut-être ce soir. Sinon, je vous retrouverai ici demain à 11h.

Ismaël hocha la tête.

– Appelle-moi, petite, si tu ne rentres pas ce soir, demanda-t-il.
– D’accord. A plus tard Ismaël, dit-elle en démarrant et en filant hors du tarmac de l’héliport.

En cette fin de mois d’août, Célia se retrouva à rouler sur les routes de Phœnix avec un sentiment étrange de vide et surtout de ne pas être à sa place. Elle se sentait de plus en plus étrangère à cette cité. Elle n’avait pas pris l’habituel contournement extérieur, roulant avec nostalgie dans les petites rues du centre ville que des nuages grandissant rendaient sombres. Tous les endroits qu’elle reconnaissait lui en parurent gris et sans éclat. Même les néons des enseignes avaient quelque chose de moins lumineux.

Quand elle arriva au garage d’Edward, elle avait encore le cœur lourd. Le vassali le remarqua immédiatement et il s’efforça de la faire sourire, lui montrant ses dernières motos, ses dernières pièces. Mais il n’obtint que des sourires presque de politesse, à peine esquissés qu’ils disparaissaient aussitôt. Pourtant, les mains qu’elle promenait sur les engins étaient toujours ceux d’une femme aimant ces machines bruyantes.

– … je vais quitter Keranor, Ed, avoua-t-elle finalement. Je suis venue dire au revoir. C’est pour ça que je ne suis pas très enjouée.

Elle eut un sourire plus franc pour le vassali qui était devenu un ami avec le temps. Edward lui fit un sourire.

– Tu as trouvé quelque chose qui en vaille la peine ? Quelqu’un, peut-être ? Ton Kel’antan de la dernière fois ?

Son sourire se fit plus large.

– Oui. Je vais commencer une nouvelle vie avec lui.

Elle observait la moto sur laquelle elle était encore assise.

– Dommage qu’il n’aime pas les engins élysians. Je crois que j’aurai beau faire, je ne le convertirai pas. Mais je peux être très heureuse avec lui. Alors je tente le coup.

Edward sourit.

– Alors cours, ma belle. L’amour, c’est si rare…
– Oui, c’est rare, dit-elle avec un regard plus lointain.

Elle finit par quitter le siège de la moto et s’approcha du vieux garagiste.

– C’est pour ça que je vais le suivre, même si c’est loin d’ici.

Elle se força à avoir un vrai beau sourire et prit le vieil homme dans ses bras pour une accolade sincère.

– Souhaite-moi bonne chance, Ed.

Le garagiste eut un petit rire.

– Nous faisons notre propre chance, Célia. La tête droite, le cœur sûr et l’esprit libre, comme sur une moto.

Il la serra encore un peu contre lui puis s’écarta.

– Et ne laisse pas ce sauvage te convaincre, rien ne vaut une bonne mécanique !

C’eut le mérite de la faire rire à son tour.

– Aucune chance, je suis tombée trop tôt dans le cambouis pour y renoncer.

Elle lui embrassa la joue et elle prit la direction de la sortie.

– Au revoir, Ed… Je n’aime pas dire adieu.

Puis elle sortit en refermant lentement la porte derrière elle.

Ses pas la menèrent alors naturellement vers le centre ville alors qu’elle remontait vers le nord et le quartier ancien. Elle passa devant le bar des Aurores d’Acier, ne s’y arrêta que le temps d’en lire l’enseigne, d’en observer les gens à l’intérieur, puis repartit.

Elle passa devant la tour de verre où Sean et elle s’étaient installés. Elle leva les yeux sur le dernier étage. Elle avait appris, elle ne savait même plus trop quand ni comment, que c’était une société qui y avait installé des bureaux à présent. Il ne restait plus rien de leur nid dans les nuages. Elle ajusta le col de son manteau et reprit sa route d’adieu. Ainsi, elle marcha plusieurs heures, passant devant ici une boutique, ici, un restaurant qu’ils avaient fréquenté ensemble. La discothèque de leur premier tango, le Chat Bleu, et même la maison Moonshade et l’hôtel de leur première nuit. Elle marcha de lieu en lieu, les âmes en déroute mais sans une larme. Elle finit devant l’entrée secondaire du palais. Il s’était mis à pleuvoir mais elle était là, dans la même ruelle sombre qui lui avait amené un Ian plus royal qu’à l’accoutumé. Elle attendit.

Elle ne vit pas Ian, le roi était sur le front. Mais elle entendit les sons d’un groupe d’hommes, en entraînement malgré la pluie. Une voix grave insult… encourageait les recrues qui, apparemment, devaient être tétraplégiques tant elles se faisaient incendier. Le vent porta une autre voix jusqu’à elle.

– Falcon, laisse-moi faire.
– Oui, Commandant.

Célia ne broncha pourtant pas en entendant la voix de Sean pour la première fois depuis une éternité. Elle resta encore à observer un moment au travers des barreaux de la grille d’entrée, guettant l’instant où il passerait peut-être dans son champ de vision. Bien sûr que son cœur s’était serré, bien sûr qu’elle avait envie de le voir. Mais elle restait en retrait. Elle devait obtenir des certitudes ou elle n’arriverait rien à construire avec Meldan qui ne s’écroulerait trop vite. Elle entendit Sean jouer les Commandants durs et intransigeants des Commandos de Keranor. Ce fut au bout d’une bonne demi-heure, qu’elle quitta finalement le secret de la rue pour s’avancer vers la porte. Que Ian la foudroie sur place si ça lui chantait, elle devait savoir. Elle devait le voir.

Son premier obstacle fut un garde. L’entrée était surveillée, bien que jusqu’à ce qu’elle ne s’approche, l’homme était resté invisible, fondu dans les ombres.

– Madame, je ne suis pas certain que vous ayez le droit d’être là, dit-il, poli et distant mais alerte, l’observant.

Elle leva un visage neutre vers l’homme.

– Je suis venue voir Messire Moonshade. Je n’en ai pas pour longtemps. S’il accepte de me voir, je n’aurai même pas besoin d’entrer.

Le garde était sceptique.

– Ahem. On ne voit pas le Commandant comme ça, Madame. Vous avez un nom ?
– Cordélia Amaris Avonis, Alti Hasperen du Quatrième Cercle et ancien Major de l’unité de Forces Spéciales des Aigles. Plus souvent connue sous le surnom de “Célia la Rousse” ou “la tueuse d’Harmonii”, dit-elle comme un militaire déclinant son identité. Et encore vivante malgré les rumeurs des derniers mois.
– Je vois ça, siffla le garde. Un instant, Major. Derek, tu vas voir ?
– Yep, répondit un deuxième garde qu’elle n’avait pas vu jusque là, passant la grille.

Elle l’entendit interrompre l’entraînement, la routine reprendre avec la voix du dénommé Falcon et les pas de deux hommes revenir vers eux.

Elle prit une profonde inspiration aussi discrètement que possible, essayant de rester calme. Elle se détourna un peu, regardant le fond de la cour et se forçant à penser à Meldan. Ses poings se serrèrent dans le secret des poches de son manteau. La grille se rouvrit et Célia et Sean se retrouvèrent l’un face à l’autre pour la première fois en plus de trois ans.

Le Kristaris de Métal avait ses courts cheveux noirs lourds de pluie, quelques mèches collées à son front, et il observait Célia avec des yeux qui n’étaient plus les abîmes glaciaux et fermés qu’il avait eu lorsqu’elle l’avait secrètement observé. Il n’était pas chaleureux, il ne l’avait jamais été qu’avec elle, mais il n’était plus détaché du monde.

– Célia, salua-t-il avec un peu de chaleur, masquée par beaucoup de perplexité. Je… ne m’attendais pas à te voir.

Elle le trouva beau dans son uniforme noir. Elle leva son regard vers le sien, sans réussir à le fixer de sentir son cœur se serrer un peu plus.

– Je sais, dit-elle simplement. C’est peut-être une mauvaise idée d’être venue. Mais il fallait que je le fasse.

Elle resta en retrait malgré l’envie grandissante qu’elle avait de s’approcher. Elle resserra un peu son manteau détrempé.

– J’ai appris que tu étais un grand du royaume à présent, que tu imposais ta position. J’ai même entendu des gens commencer à craindre ton nom.

Sean haussa les épaules.

– Uniquement parce que désormais, c’est plus utile pour moi. J’ai avancé, en trois ans. Tu voulais quelque chose, Célia ?

Face à face

Pas de questions sur sa vie, pas de commentaires sur ce qu’il avait pu et dû entendre. Célia soupira avant de lever enfin les yeux vraiment dans les siens.

– J’aurai pu te le faire savoir par bien des intermédiaires, mais je préférai te l’annoncer en personne. Je quitte le pays.

Elle eut le mérite de le voir surpris.

– Vraiment ? Ça a un rapport avec ta traque ?
– Ça a rapport avec le fait que je l’arrête, dit-elle en passant un doigt dans une des mèches de ses cheveux mouillés qui lui collait à la joue. Je m’en vais pour commencer une nouvelle vie, Sean. Alors je suis venue dire… au revoir.

Sean lui fit alors un sourire… tendre. Il n’y avait que de l’amitié dans le regard qu’il lui envoyait, alors qu’il hochait la tête.

– Je vois. Je suis content de t’avoir revue avant, dans ce cas. Je te souhaite d’être plus heureuse dans cette nouvelle vie, tu le mérites.

Célia se sentit sourire en retour, comme dans une mimique automatique, alors qu’elle n’en avait absolument pas envie. Parce qu’elle avait compris qu’il n’y aurait pas de miracle, rien d’inattendu. Que lui, était passé à autre chose depuis longtemps.

– Merci, Sean. Je pars pour l’Hutandara dans quelques jours. Je suis venue régler quelques détails à Phœnix, en vue de mon départ. Et de mes fiançailles, conclut-elle un ton plus bas.

Sean pencha la tête.

– Fiançailles ? Ah, mes félicitations, alors, Célia. J’espère… qu’il t’offrira ce que tu souhaites.

Et que lui, lui avait renvoyé dans la figure. Célia baissa la tête. Elle avait sa réponse. Alors qu’elle rajustait le col de son manteau, elle eut un sourire plus marqué.

– C’est prévu. Après plusieurs mois à Gora, j’ai fini par déposer les armes grâce à mon fiancé… C’est dans une paisible vie de famille que je m’engage à présent. Mariage, maison, enfant et peut-être même un chien ou deux.

Elle eut un léger rire peu enthousiaste.

– Mais je quitte Keranor. Alors voilà, tu sais que je déteste les adieux, mais je devais te le dire.

Elle s’approcha d’un pas vers lui.

– Je te souhaite aussi le meilleur pour l’avenir, Sean.

Sean s’interdit de faire le pas qui l’aurait rapproché d’elle.

– C’est un nouveau commencement pour toi, Célia. Sois heureuse, belle Hasperen, le sourire te va bien.

Il fit un pas, mais en arrière, pour retourner vers la grille.

– Au revoir, Célia.

Elle sentit son cœur vouloir lui faire faire un autre pas vers lui. Mais elle se retint avec une boule dans la gorge. Il n’y avait plus rien à sauver.

– Au revoir, Sean.

Elle fit demi-tour sans avoir le courage de soutenir encore son regard, pour ne pas montrer à quel point il venait à nouveau de lui briser le cœur. Lui avait franchi la grille pour disparaître sans un mot dans les ombres. Au moins, Célia savait à présent qu’elle retrouverait Meldan sans un regret. Elle ferma les yeux en quittant l’entrée du palais et sentit une larme se mêler aux gouttes de pluie.

– Adieu, mon amour.

Elle remonta la rue en marchant de plus en plus vite, pour finir par courir comme une folle sous la pluie battante. Elle ne vit jamais le masque parfait de Sean craquer et ses yeux brûler de peine et de colère avant qu’il ne les ferme.

– Au revoir, ma Célia.

Il revint dans la cour, la lueur turquoise du Lai de vie guérissant les plaies profondes que ses ongles avaient cisaillé dans ses paumes alors qu’il avait lutté de tout son être pour ne pas faire les quelques pas qui le tenait à distance, la prendre dans ses bras et la sentir une fois encore contre lui.

– Adieu, mon amour.

Les Commandos ne surent jamais quelle terrible nouvelle avait été annoncée à leur Commandant qui leur revint les mains rougies de sang mais l’entraînement resta dans les annales comme l’un des pires jamais reçus.

Quand Célia arriva à la demeure Avonis, elle n’avait pas arrêté sa course à un seul moment, elle rentra comme une furie, trempée jusqu’aux os et sans s’arrêter devant un Andreï surpris et perdu. Surtout quand elle pénétra directement dans le salon maudit et qu’elle y hurla à perdre haleine.

– Que ce pays soit maudit ! Que toute cette ville soit maudite !

Elle termina à genoux, frappant un tapis qui n’était plus tâché de sang mais qui l’avait été par le passé.

– Je pars ! Je ne mettrai plus jamais les pieds ici ! Et que les flammes du Phénix vous emporte tous !

Andreï et Ismaël la laissèrent exprimer le feu de sa peine avant que le premier n’ose s’aventurer dans le salon. Elle était à présent recroquevillée au sol, le nez dans les genoux, ses bras entourant son torse encore secoué de sanglots.

– Mademoiselle, est-ce que je peux faire quoi que ce soit ?

Elle prit la main du vieil homme et posa son front contre la peau fripée.

– Vous devriez rejoindre le domaine de Trapeglace, Andreï. Mon frère ne reviendra pas ici. Moi non plus. Je vais lui dire de vendre cette maison. Et vous, vous passerez une retraite méritée au domaine. Nathan et Sofia vont avoir un bébé, ils auront besoin d’un bon vieil Andreï pour jouer les grands-pères.

Elle leva un visage au sourire triste vers le vieux serviteur.

– J’ai réussi à entrer dans cette pièce… Je vais commencer une nouvelle vie plus heureuse. Ne restez pas seul, ici. Cette maison ne le mérite pas. Moi, je repars dès qu’Ismaël le pourra. Dès ce soir si possible. J’ai terminé ce que j’avais à faire à Phœnix.

Ismaël soupira.

– Je ne suis pas encore trop vieux pour un vol de nuit, petite, dit-il de sa voix bourrue. On repart quand tu veux.

Andreï caressa doucement la joue de Célia.

– Je vais commencer l’inventaire de cette demeure, dit-il. Ne soyez pas triste, Mademoiselle. Le changement est parfois douloureux, mais c’est pour offrir des bases plus saines.

Elle lui adressa un large sourire derrière ses larmes.

– Je l’espère de tout mon cœur, Andreï. Je l’espère de tout mon cœur, répéta la jeune femme en se levant lentement. Ismaël, rentrons. J’ai un homme à rassurer à la maison. Et un frère qui ne doit pas valoir mieux.

Le pilote hocha la tête.

– Oui, je pense que c’est mieux. Allons-y, petite, mais laisse-moi me faire un sandwich avant.

Célia eut un joli sourire pour le pilote.

– Prenez le temps qu’il vous faudra. Je vais me doucher et aller voir dans les armoires de l’étage si je trouve de quoi me changer. Je suis trempée.

Elle quitta le salon pour rejoindre les chambres encore familières. Après une longue douche chaude sous laquelle elle lava ses dernières larmes, elle trouva de quoi se vêtir dans l’armoire de sa mère. Quelque chose de joli, très Hasperen donc très féminin. Loin de ce qu’elle portait en arrivant. Quand elle redescendit, elle était à l’image de ce que Sarah Elinor aurait voulu pour sa fille en passe de se fiancer. Célia était plus souriante avec une valise à son côté qu’elle avait remplie de vêtements en tout genre qui lui manquaient à Trapeglace.

– Je suis prête, Ismaël.

Ismaël lui sourit.

– Comment vais-je réussir à regarder la route ?, la complimenta-t-il.

Elle en eut une légère coloration des joues.

– Il faudra vous y habituer, il est largement temps que je me fasse vraiment jolie, non ? Et puis, au pire, je pourrai toujours conduire à votre place.

Son sourire ensuite était radieux. Ismaël rit.

– Je vous ai laissée le manche à l’aller, mais laissez-moi me sentir utile !

Elle s’approcha de lui et lui serra doucement l’avant-bras. Puis elle se tourna vers Andreï.

– Prenez contact avec mon frère pour lui dire que j’arrive demain. Et voyez pour organiser la vente de la maison. J’aimerai vous voir au plus vite dans un endroit plus vivant que celui-ci.

Elle se pencha pour embrasser le front de l’homme qu’elle dépassait d’une bonne tête du haut de ses escarpins.

– A bientôt, Andreï.

Elle sortit ensuite, escortée par Ismaël qui avait récupéré un parapluie et la protégeait le temps de faire venir un taxi. Ils rejoignirent l’héliport en moins d’une demi-heure et dans l’heure, ils étaient en vol pour le nord du pays.

Célia vit le palais depuis sa place de copilote et posa une main fine sur la vitre froide.

Amis…

Elle eut un sourire et finalement soupira en venant s’enfoncer dans son siège. Elle pensa alors à la voix de Meldan et à ses yeux clairs. Elle s’endormit peu après, les yeux humides mais un léger sourire aux lèvres.

Nathan l’attendait quand elle descendit de l’héliporteur et la serra dans ses bras.

– Tu es partie sans prévenir…, chuchota-t-il contre son cou.

Il savait qu’elle allait mieux, mais ça lui avait rappelé de durs souvenirs. Elle lui rendit sa douce étreinte et plongea son nez dans le creux de son épaule.

– Je devais faire quelque chose d’important. Je devais le faire seule. Mais je te promets d’être plus sage à l’avenir. Meldan m’en veut beaucoup ?

Nathan soupira.

– Je voudrais te dire qu’il a été insupportable mais il a passé la journée à me rassurer et me dire que tu allais revenir. Il a probablement plus confiance en toi que moi, quelle que soit la peine que ça me fasse de l’admettre.

Célia eut un sourire compatissant alors qu’elle encadrait le visage de son frère de ses mains, le regardant d’un air attendri.

– Tu connais la Célia impulsive. Il connaît davantage celle qui s’assagit. Où est-il ?
– Dans les jardins, répondit-il en souriant.

Célia lui embrassa la joue.

– Je vais le rejoindre. Va rassurer Sofia et tout le monde. Je suis bel et bien rentrée.

Elle s’élança alors en direction des jardins, dans la mesure de ce que sa tenue Hasperen lui permettait de faire, marchant d’un pas rapide mais sans beaucoup d’ampleur. Elle arriva à l’entrée des jardins sans avoir hésité, sans un regard derrière elle. Elle n’avait plus rien à regretter et son avenir était devant elle. Elle eut un large sourire quand elle aperçut Meldan et qu’elle s’arrêtait en haut des quelques marches descendant aux jardins à proprement parlé.

Le Kel’ rangea un ouvrage en cuir dans une pochette à son côté et leva les yeux vers elle, souriant.

– Bonjour, meleth nîn. Ton voyage t’a fait du bien ?

Elle s’approcha lentement, dans des gestes mesurés et élégants.

– Bonjour, darling. Je crois que oui. Il m’a permis de tourner une page douloureuse. Je peux envisager mon avenir sans ombre à présent.

Elle descendit les marches.

– Je suis désolée d’être partie comme ça. Mais j’avais besoin de le faire seule.

Meldan se leva et la rejoignit.

– Je sais, dit-il. Tu m’as demandé de te faire confiance, Célia, et c’est aussi simple que de respirer.

Il lui caressa la joue.

– Et regarde, tu es revenue.

Elle eut un sourire éclatant et les yeux pétillants d’une joie plus grande qu’elle ne l’aurait cru.

– Oui, je suis revenue. Pour ne plus partir sans toi.

Elle le regarda avec une expression beaucoup plus attendrie et avec son style différent, elle donnait l’impression d’être une nouvelle personne. Mais amoureuse et heureuse de l’être.

– Je t’aime, Meldan.

Meldan l’enlaça aussitôt.

– Je t’aime aussi, meleth nîn.

Elle vint l’embrasser avec tendresse sous un soleil brillant, à des kilomètres de la pluie de Phœnix, et d’aussi loin que Meldan se souvenait, Célia ne l’avait jamais embrassé comme elle le fit ce jour-là. Son baiser était plus… intense. Plus enflammé. Parce qu’elle était enfin entièrement à lui. Meldan sentit la différence et la pressa un peu plus contre lui, possessif. Parce qu’il avait une assez bonne idée de ce qu’était allé faire Célia et il était conscient que, malgré son assurance, il y avait eu une mince possibilité qu’elle ne lui revienne pas. Célia aima sa réaction, aima qu’il soit plus démonstratif. Elle en avait besoin, elle le sentait, et elle le serra contre elle avec un peu plus de force aussi. Elle venait de dire adieu à un ancien amour, elle voulait tout faire à présent pour conserver le nouveau. Elle ferait tout pour qu’il l’aime chaque jour un peu plus. Elle attendrait qu’il fasse sa demande et elle dirait oui. Elle voyagerait avec lui et ils prépareraient la construction de leur maison. Ils feraient ce bébé tant espéré.

14 septembre 983

L’enquête avait été rapide et simple. En quelques jours, Sean avait su que Célia allait épouser rien de moins qu’un prince hutani, le frère de la reine de l’Hutandara. La réputation de l’homme était bien meilleure que celle qu’il n’aurait jamais lui-même et elle partait donc à l’autre bout du monde… Au moins avait-il fait en sorte qu’elle ne soit plus en lien avec l’Armée où elle ne serait jamais considérée comme déserteur. Sa belle Hasperen appartenait désormais à un autre, à une autre vie. Assis à son bureau dans la grande demeure Moonshade, Sean faisait jouer entre ses doigts une tresse de cheveux roux. Un feu qu’il ne caresserait jamais plus.

Quelques dernières pensées, quelques souvenirs trop doux, d’autres trop violents et il rangea le bracelet de cheveux dans le tiroir de son bureau, puis quitta la pièce. Il devait oublier. Surtout qu’après un été complet à leur courir après, les insaisissables Darhàn masqués n’avaient pas arrêté leurs méfaits. Pas une semaine ne s’écoulait sans que l’on entende parler d’eux et le Démon trouverait bien dans la perspective de leur mettre la main dessus une échappatoire providentielle à sa frustration.

Après une douche, Sean enfila lentement cet uniforme qu’il portait depuis plusieurs années, maintenant, et qui réclamerait un remplaçant d’ici peu. Mais en attendant, son large phénix dans le dos, le Démon quitta la maussade maison familiale pour le palais, au guidon d’une moto flambant neuve qui, dans un autre temps, aurait mis des étoiles dans les yeux d’un beau souvenir.

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Ambiance de vieux film en noir et blanc, avec des accents de regrets passés.
C’est vraiment dans cette atmosphère particulière que cette première partie du livre “Sans Couleurs” a été écrite et travaillée. Malgré les couleurs de l’Hutandara, malgré les couleurs vives de la culture Darhàn, on a voulu faire, de cette partie de l’histoire, un scénario de vieux film.  J’espère qu’on y est parvenu.
Au moins un peu.

Comme à chaque fin de partie, je partage avec vous une musique parmi lesquelles je me suis inspirée, voire imprégnée, lorsque l’on a écrit l’histoire de Tango.

Partie I “Blessures” :
The Seatbelts  ( Cowboy Bebop ost ) :  Adieu …

… Je trouve que cette musique va tellement bien avec ce dernier chapitre… comme beaucoup de musiques de Cowboy Bebop d’ailleurs…

8 Comments

  1. Ce dernier chapitre a effectivement des allures de films en N&B. C’est réussi. Je me suis demandé jusqu’au dernier moment ce qui allait vraiment se passer (puisque, jusqu’à maintenant, j’ai eu l’occasion de me faire retourner les tripes mille fois par des rebondissements) et j’ai hâte de voir la suite, même si quelque chose me dit qu’on est loin de la fin des bouleversements.
    Chapeau bien bas en tout cas ! C’est toujours un plaisir de te lire.

    — A.

    • Vyrhelle

      30 novembre 2018 at 23 h 26 min

      Merci beaucoup ^_^
      Et oui, il y a encore beaucoup à raconter, nous n’en sommes même pas encore à la moitié de l’histoire. Ça laisse effectivement l’occasion de pas mal de bouleversements encore…

  2. Émouvant et poignant, j’en avais la boule au ventre et les larmes aux yeux. Tu as su en quelques mots transcrire tant de choses dans ces “Adieux”. J’ai adoré et détesté cette séparation douloureuse comme il se doit, j’aime ce sentiment d’insatisfaction mais je suis sûre que tu nous réserves bien des aventures et bien des rebondissements dans la vie mouvementée de Célia.
    Maintenant je vais attendre patiemment les prochains chapitres comme à chaque fois. Prends ton temps et pense à te reposer dans ces 24h de ces petites journées :).

    • Vyrhelle

      1 décembre 2018 at 1 h 03 min

      Promis, je me ménage assez pour tenir la distance.Il reste encore beaucoup à faire, et je veux arriver au bout. Donc, je dois savoir être raisonnable.

  3. Une fin frustrante mais tellement eux.
    Vivement la suite, mais prend ton temps, prend soin de toi, de boucler la BD, de faire les choses bien!!
    A bientôt pour la suite des aventures!

  4. Bonjour !

    C’est toujours un tel plaisir de lire les aventures de Célia.
    L’hésitation, qu’on ressentait dans son introspection dans le chapitre précédent, était très présente et prenant dans ce chapitre-ci. On l’a sent à la recherche de repères dans Phoenix pour se donner le courage d’affronter son avenir, celui qu’elle a choisi désormais.
    Et Sean joue tellement bien son rôle pour faire en sorte qu’elle n’ait aucun regret… tout comme il assume les conséquences de son choix d’être sorti de sa vie pour la protéger ou lui laisser le temps de se reconstruire. Le pauvre, je crois qu’on devine à peine la souffrance que cela doit lui donner… mais il doit savoir qu’il a réussi à faire avancer Célia en agissant ainsi.

    On en a pas fini avec ces deux-là ! On aimerait tellement les revoir ensemble et d’un autre côté, on aime bien Meldan et la vie qu’il propose à Célia aussi ! ^^ Même si l’issue semble compliquée en perspective de ce côté pour les bribes d’infos que j’ai cru comprendre pour la suite des aventures.

    Très belle image… ambiance adéquate avec ce côté film N&B.
    La suite au prochaine livre et prochain chapitre ! 😉
    Merci beaucoup pour cette “saga” qu’on suit avec très grand plaisir. 🙂

    PS : Au fait, j’adore le nouvel onglet “Galerie” pour retourner voir une image plus facilement ! Merci !

    • Vyrhelle

      13 décembre 2018 at 4 h 06 min

      Merci beaucoup pour ton commentaire enthousiaste ! Ça aide à rester motiver de lire ce genre de choses 😛
      J’ai hâte de m’y remettre, mais je dois être raisonnable. Je vais faire de mon mieux pour recommencer les publications au plus tôt.

      Et la galerie, j’aurai voulu quelque chose de plus fonctionnel, mais c’est tout ce que j’ai trouvé en option pour ce type de blog. J’avais dans l’idée de la faire depuis longtemps pourtant, mais comme j’avais pas trop de choix de présentation, j’ai un peu laissé traîner XD

      Allez, je reviens bientôt avec plein de nouvelles choses !

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