Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

Juin 983 (suite)

C’est l’absence de bruit qui réveilla Célia. Le feu crépitait encore faiblement, Meldan était toujours inconscient, mais au moins, en dehors de leur abri, le vent avait cessé. Célia se redressa avec l’impression qu’elle venait de faire une journée complète d’entraînement avec Eagle. Elle grimaça en sentant ses muscles protester. Mais il fallait qu’elle bouge, ne serait-ce que pour raviver le feu et vérifier plus en détail l’état de Meldan. Oui, dans cet ordre là, après le coup qu’il venait de lui faire, il pourrait attendre deux minutes de plus. Elle attisa donc le feu, tout en retirant lentement son manteau. Avec le vent qui avait cessé, il était plus encombrant qu’utile. Quand la flambée fut belle, elle s’approcha alors de Meldan et observa sa blessure à la tête.

– Je te jure, tu me refais un coup pareil, je te laisse te geler les ailes dans la neige.

Elle n’en pensait pas un mot, rien que la douceur de ses gestes à son égard étaient révélateurs. Meldan grogna quand les doigts de Célia effleurèrent la bosse impressionnante à l’arrière de son crâne. Il appuya son visage contre la cuisse près de lui, essayant de chasser le mal de crâne parfaitement horrible qui essayait de le sortir d’une inconscience salvatrice. Non merci, il était bien là. Célia lui massa doucement les tempes, se doutant bien qu’il n’allait pas apprécier le réveil et c’était tout ce qu’elle savait pouvoir le soulager un peu. Et puis, ça la détendait aussi, parce que sinon, elle allait lui vriller les oreilles dès qu’il aurait un œil entrouvert. Meldan mit presque vingt minutes à réellement émerger.

– Célia ?

Ils… n’étaient pas dehors ?

– … Je crois qu’il me manque des événements, je ne me souviens pas être rentré… On était sortis pour du bois… et après ? Tu vas bien ?

Elle lui tacla le front de la main. Autant pour le calme.

– Moi, je vais très bien. Mais la prochaine fois que tu te sentiras à l’étroit dans un endroit, je te ligote !
– C’est une proposition ?, plaisanta-t-il.

Meldan ne se rappelait pas du tout pourquoi il se faisait enguirlander mais, se connaissant, il l’avait sans doute mérité.

– Je me sens toujours à l’étroit si je suis enfermé trop longtemps. Ça rend ma sœur complètement folle.

Et sa mère avant elle, et Edharn, et pleiiin de monde. Il se ramassa un second coup sur le front.

– Sauf que tu n’es pas prêt pour les Terres Boréales ! Si je n’avais pas réussi à te retrouver dans la tempête, on faisait quoi ? Tu étais au fond d’une crevasse, Meldan. Assommé, inconscient sous la neige.

Elle était en colère et n’avait aucune envie de plaisanter.

– Demain, on redescend vers Froidroche. Tu ne sais pas gérer la neige et ses dangers, passer par Gora sera plus sûr que d’essayer de progresser plus loin.

Elle se leva alors, l’abandonnant dans son coin et retourna vers le feu. Ses mains lui faisaient mal. Le coup de Célia sur le front avait fait résonner le crâne de Meldan qui avait entendu sans comprendre les phrases suivantes, devant les repasser dans sa tête pour en analyser le sens.

– Désolé… ?, s’excusa-t-il en se redressant pour ensuite se rapprocher d’elle. Tu es sûre ? Je peux apprendre…, promit-il.

Il vit les mains de Célia et grimaça.

– Mince, je suis vraiment désolé.

Elle s’affaissa un peu sur elle-même, ses épaules s’abaissant de manière marquée.

– Je pourrais t’apprendre, mais pas dans un milieu aussi sauvage et loin de tout. C’est trop dangereux. A Trapeglace, ça sera faisable. Je t’apprendrai tout ce que je sais et quand tu seras prêt, on reviendra ici. Mais en attendant, c’est vraiment trop risqué.

Elle tourna la tête vers lui.

– Tu m’as fait très peur. J’aurai pu ne pas te retrouver. On peut mourir de froid en quelques heures par un temps pareil. Alti ou non.

Meldan s’agenouilla et posa sa tête sur son épaule.

– Je te crois. Je voulais que ce voyage te fasse plaisir, pas peur, mais j’ai sous-estimé le “Boréal” dans Terres Boréales.

Il passa le bout de son doigt sur les engelures et grimaça.

– J’ai un remède dans mes fontes, pour m’excuser, dit-il, l’embrassant sur la joue. Merci d’être venue chercher l’idiot que je suis.

Elle fit la moue.

– Tu as surtout de la chance que j’ai pas réfléchi aux risques. Sinon, je te prie de croire que tu y serai peut-être encore au fond de ta crevasse.

Elle regarda ses mains et grimaça à son tour.

– Aucune manucure ne va pouvoir rattraper ça avant des semaines, ironisa-t-elle pour ne pas s’appesantir sur la douleur lancinante.

Meldan fit l’aller-retour avec ses fontes et revint se glisser contre le dos de Célia, massant avec précaution les mains abîmées avec le baume qui sentait fortement les plantes.

– Deux idiots qui ne réfléchissent pas aux risques, nous formons une paire efficace, je pense.
– Efficace pour se faire tuer, oui, y’a aucun doute, dit-elle déjà plus calme, mais quand même vindicative.

Elle ne s’était pas appuyée contre Meldan, assez raide dans sa posture mais laissait le baume soulager ses mains et l’odeur lui calmer l’esprit.

– Je crois que la tempête s’est arrêtée.

Meldan l’embrassa juste derrière l’oreille.

– Tant mieux, j’ai envie de voler et bouger et faire autre chose que m’assommer stupidement.

Mais pour l’instant, il réparait ses bêtises et les mains de Célia. Elle soupira et regarda ce qu’elle pouvait voir de l’extérieur. Elle n’était pas particulièrement ravie de remettre le nez dehors pour le moment. Elle avait envie de confort.

– … mon royaume pour un bain chaud. Avec de la mousse, du savon et une montagne indécente de chocolats !
– Je te prête mon royaume pour faire l’échange, rit-il. S’ils ajoutent une montagne d’oreillers dans l’accord.

Elle eut un air rêveur.

– Oh oui, une montagne d’oreillers. Avec un vrai lit et des draps frais. Un service d’étage et des repas chauds, cuisinés pendant des heures…

Elle le regarda par-dessus son épaule, avec un air de chien battu.

– On retourne à la civilisation, hein, dis ?

Meldan rit et l’embrassa.

– Oui, ça me paraît une bonne idée.

Elle eut une expression marquée de tendresse, puis regarda ses mains avant de soupirer. Elle se leva, coupant encore le contact avec Meldan, s’éloignant pour aller chercher du bois et alimenter un feu qui n’en avait pas encore spécialement besoin.

– J’ignore quelle heure il peut être. Tu as faim ? Je prépare quelque chose ?
– Oui, étonnamment, répondit Meldan. Et si nous faisons demi-tour, je peux sacrifier ce qu’il me reste de fruits secs.

Elle fit une moue peu ravie.

– Ça se mange difficilement chaud… Mais bon, vu mes talents de cuisinière, c’est peut-être pas plus mal. Il te reste quoi ?

Elle revint vers lui, s’asseyant de sorte d’avoir leur sac entre eux, cherchant à voir ce qu’il pouvait contenir. Il y aurait peut-être une bonne surprise, mais elle n’était pas très convaincue. Meldan lui prit doucement la main.

– Célia ? Je parlais pour le dessert, dit-il en lui souriant.

Elle soupira à nouveau et retira sa main pour la passer dans ses cheveux, rompant à nouveau le contact.

– Désolée, je suis plus fatiguée que je ne le pensais, je crois. Je n’ai qu’une envie, c’est d’aller me rouler dans un coin et dormir. Tu veux qu’on mange quoi, du coup ?

Meldan avait laissé passer les deux autres fois où elle s’était esquivée, pensant qu’elles n’étaient pas volontaires, mais trois fois, c’était un signe évident.

– Célia ? Ça ne va pas ?

Elle détourna les yeux.

– Je te l’ai dit, je suis fatiguée. Je vais aller dormir et ça ira mieux.

Mais elle n’avait pas bougé de sa place. Meldan fronça légèrement les sourcils.

– Célia, je suis vraiment navré, qu’est-ce que je peux faire pour me faire pardonner ?

Elle secoua la tête.

– Rien, ce n’est pas ça. Je…

Elle soupira et leva enfin ses yeux bleus vers lui, mais ils restaient assez durs.

– J’ai eu ma dose de morts violentes dans ma vie, Meldan. Avoir eu peur pour toi… ça me renvoie tout ça à la figure, tu comprends ? Je ne t’en veux pas, faire une erreur de ce genre, ça arrive. J’ai juste de vieilles choses pas très agréables qui remontent à la surface. Ça va passer.

Meldan poussa le sac hors du chemin.

– Je comprends, Célia, dit-il, remettant une mèche de cheveux bouclés en place. Tu peux me dire ce genre de choses, plutôt que de m’esquiver.

Elle recula presque instinctivement quand sa main toucha ses cheveux. Mais elle baissa les yeux, comme en faute d’avoir réagi ainsi.

– J’ai… j’ai du mal à gérer les choses… quand je suis comme… comme ça.

Le toucher de Meldan sur sa joue était presque inexistant quand il la frôla.

– Veux-tu que j’arrête, meleth nîn ? Je veux te réconforter, mais…

Elle le regarda plus fixement, avec quelque chose de plus dur encore dans les yeux.

– Arrête de me demander la permission, Meldan. C’est agaçant.

Meldan posa la main sur sa joue.

– Si je ne me forçais pas à m’arrêter de temps à autre, Célia, je ne te lâcherais plus jamais.

Elle inclina la tête dans sa main, acceptant enfin le contact et semblant même l’apprécier.

– Je sais, dit-elle dans un souffle. Mais si tu continues à t’arrêter comme tu le fais sans cesse depuis des semaines, je te jure que je vais finir par ne plus le supporter.

Elle posa sa main sur la sienne.

– J’ai un frère pour jouer les âmes secourables et veiller sur moi si j’en ai besoin. Arrête de jouer les gentils garçons.

Elle braqua des yeux enflammés vers lui.

– Je brigue la vocation de Démon, Meldan. Prouve-moi que tu es bien vivant ! Et pas d’une petite tape sur l’épaule !

Meldan traversa les quelques dizaines de centimètres les séparant en une fraction de seconde, venant l’embrasser à en perdre haleine. Célia se laissa emporter par l’élan et ils finirent au sol alors qu’elle lui rendait son baiser sans retenue. Elle le serrait contre elle de toutes ses forces, se lovant contre lui, lui embrassant les lèvres mais aussi le visage, le cou. Elle voulait le sentir bien vivant tout contre elle sans ses esquisses de contact frustrantes et trop sages. Meldan n’avait désormais plus rien de sage, alors qu’il lui rendait chaque baiser et se pressait contre elle, moulant son corps au sien. Ses mains caressaient ses cheveux et ses épaules avec une tendresse qui faisait un plaisant contraste.

Le seul inconvénient aux yeux de Célia, c’est que Meldan s’était enfin décidé alors qu’ils étaient emmitouflés dans assez de vêtements pour habiller quatre personnes. Elle se retrouva donc à se battre avec assez de tissu et de fourrure pour y perdre le peu de calme qu’elle avait encore et peut-être qu’il y eut quelques coutures mises à mal alors qu’elle voulait sentir la peau de son hutani. Elle plaqua ses seins contre sa peau brune avec quelque chose proche du soulagement, tandis que ses sens étaient déjà enflammés et qu’elle embrassait son cou avec avidité. Dire qu’elle avait résisté à tout ça pendant des semaines parce qu’elle voulait qu’il se décoince… Elle lui en égratigna le dos pour la peine. Meldan sourit contre ses lèvres, ondulant contre elle, sa cuisse se pressant entre ses jambes. Lui avait attendu qu’elle lui fasse un signe, comme dans l’eau, lui montre un nouvel élan… En résumé, ils avaient attendu bêtement comme deux idiots chacun de leur côté que l’autre fasse le premier pas.

De leurs gestes de plus en plus indécents, la jeune femme en bascula la tête en arrière, avide d’un peu d’air et guidant les baisers de Meldan sur elle, en savourant la douceur tout en frissonnant de plaisir. Ils n’étaient même pas encore complètement déshabillés mais peu importait, ce qui restait ne gênerait pas leurs élans. Les jambes de Célia vinrent emprisonner la taille de Meldan alors qu’elle plongeait son visage vers le sien pour dévorer à nouveau ses lèvres. Elle n’avait pas fait ça depuis plus d’un an. Elle en était à la fois ivre et affamée. Surtout que l’homme tout contre elle avait tout pour la rendre folle de lui. Meldan ne semblait pas pouvoir se lasser de ses lèvres et, comme promis, était incapable d’arrêter de la toucher.

Instinct animal

D’un mouvement de reins, il inversa leurs positions et Célia était sur lui, en contrôle des choses, alors qu’il lui souriait en l’embrassant encore. A croire qu’il avait lu dans ses pensées, car Célia ne se fit pas du tout prier. Profitant de sa liberté, elle jeta un dernier vêtement encombrant et se mit en devoir ensuite de faire découvrir à son compagnon tout ce qu’elle entendait par les termes “s’amuser”. Elle avait un corps blanc et élancé qui ondulait sous les mains du Kel’, une chevelure assez longue pour venir lui caresser les épaules quand elle venait l’embrasser. Des yeux à se damner, des lèvres enivrantes et le reste, c’était pire. Même ses cicatrices sous les paumes n’arrivaient pas à gâcher le plaisir.

Le jeu de l’Hasperen fut de rendre Meldan fou sans s’être encore donnée à lui; et son exploit, d’arriver à lui tenir plus chaud que tous les feux du monde. Elle en emplissait la grotte de sa présence, de ses soupirs, de ses rires, de ses mots à peine susurrés dans un souffle. Elle parvenait si bien à remplir ses objectifs que Meldan était tremblant de désir sous elle, serrant ses hanches assez fort pour laisser des marques.

– Célia…, implora-t-il finalement, cédant, cherchant à nouveau ses lèvres.

Elle lui offrit ses lèvres et le reste presque dans un même mouvement. Le baiser en fut court alors que la jeune femme prenait une profonde inspiration sous la vague de sensations que ça réveilla en elle. Elle en voulait déjà plus et alors que son bassin se mettait à bouger lentement, ses ongles marquèrent la peau du torse tendu de Meldan. Mais pas de précipitation, elle le fixait comme une lionne fixait sa proie, le provoquant du regard de lui contester son rôle de prédateur. Avec l’envie évidente qu’il le fasse, car s’il était un alpha, il allait falloir qu’il le prouve. Or, plutôt que d’inverser à nouveau leurs places et de soumettre physiquement Célia, Meldan se redressa, jusqu’à ce qu’ils soient tous les deux plus ou moins assis, et planta ses dents dans le cou de Célia, juste au-dessus de la carotide, sentant l’artère pulser sous ses lèvres, alors qu’il rendait chacun des mouvements de bassin de l’Hasperen. Surprise de son attitude, très animale, elle ne mit pourtant pas longtemps à en trouver tous les avantages. Au moins, aucun homme ne lui avait jamais fait l’amour comme ça et elle l’apprécia à sa juste valeur. Elle en eut même un léger rire entre deux halètements d’une respiration de plus en plus courte. Son ventre était brûlant, les muscles de ses jambes et de ses bras étaient tendus, tout son corps répondait à chaque assaut de Meldan. Elle en perdit pied et s’abandonna complètement, lui laissant les rênes de leurs ébats alors qu’elle ne voulait plus que ressentir cet homme en elle, contre elle, autour elle.

Elle découvrit assez vite d’autres avantages à faire l’amour avec un Kel’antan. Fred avait eu du mal à suivre le rythme, Sean avait été insatiable… Alti et ayant besoin de moitié moins de repos que n’importe quel autre Alti d’une autre Caste, Meldan aurait pu continuer pendant des jours. Lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin, Meldan sur le dos et Célia allongée sur lui, l’air était chargé de sueur et ils n’avaient certainement plus froid. Mais surtout, l’Hasperen était épuisée. Pas juste fatiguée ou fourbue. Non, elle était épuisée et elle somnolait plus qu’autre chose sur le corps confortable de Meldan. Elle avait sa main entrelacée dans l’une des siennes et elle le regardait avec des yeux qui se fermaient à moitié. Elle prit le temps de retrouver un peu de courage avant de lever le nez et de venir embrasser le cou de son inépuisable amant.

– Définitivement pas un gentil garçon, ronronna-t-elle en se glissant sur son côté pour venir s’allonger sur leurs vêtements éparses et entamer un doux et monstrueux câlin.

Meldan eut un rire et l’embrassa.

– Non, mais tu me le rends bien, dit-il, sentant les griffures le long de son dos.

Il la serra dans ses bras et ferma les yeux, satisfait.

– Je t’aime, murmura-t-elle alors qu’elle cédait à l’appel du sommeil.
– Et je t’aime, meleth nîn, lui susurra Meldan quand elle s’endormait, dans un rituel familier.

A se demander si le Kel’ lui avait bien dit ces mots pour la première fois après leur dispute, ou si depuis le début de leur périple, il ne lui avait pas plutôt murmuré chaque fois qu’elle succombait au sommeil.

Quand Meldan s’éveilla, il fut surpris de voir que Célia était déjà réveillée. Ensevelie sous une montagne de vêtements tirés vers elle à l’aveuglette, la jeune femme était pensive. Apparemment quelque chose la tracassait, mais vu comment elle était encore lovée contre lui, ça n’était pas à propos de ce qu’ils avaient fait. Meldan lui caressa la peau qu’il pouvait atteindre et lui embrassa la tempe.

– Pensées désagréables ?, demanda-t-il en serrant un peu ses bras.
– Oui, enfin non, bredouilla-t-elle en reprenant un compte mental sur ses doigts. Je crois que j’ai fait une grosse bêtise…

Elle se tourna un peu plus vers lui et fit une moue adorable de gamine en faute.

– J’ai… j’ai perdu le compte des jours depuis…

Elle se racla la gorge, pas très à l’aise et rougissante.

– … depuis mes dernières règles, avoua-t-elle en baissant le nez. Et je sais pas si on a pris un risque… ou pas.

Meldan lui fit un sourire et l’embrassa doucement.

– Dès qu’on sera dans une partie où des plantes poussent, je pourrais te faire un remède pour ça. Mais…

Il lui caressa la joue.

– Même si on a pris un risque, comme tu dis, ou que tu ne voulais pas prendre de remède, ce ne serait pas grave. Dans neuf mois ou dans un an ou deux ou cinq… je veux fonder une famille avec toi, Célia, si tu le veux aussi.

Il se doutait que c’était un sujet difficile, avec l’enfant qu’elle avait perdu. Célia en resta d’abord tout bête, le regardant comme si ce qu’il avait dit était on ne peut plus ridicule. Puis elle réalisa et elle s’en redressa pour l’observer avec des yeux de plus en plus ronds. Elle en avait perdu quelques couleurs aussi.

– Tu… tu voudrais un enfant ?, bredouilla la jeune femme à présent livide. Avec moi ?

Elle était bouleversée, c’était évident. Meldan eut l’air surpris.

– Bien sûr, Célia. J’en veux un, deux, trois, autant que tu en voudras, dit-il avec un sourire. Des petits bonhommes avec tes cheveux et mon amour du chaud…

Elle eut un rire nerveux, la main devant la bouche comme pour cacher son émotion. Elle ne put pas cacher les larmes qui lui montaient aux yeux.

– Un bébé ? Tu voudrais vraiment un bébé ?

Meldan lui caressa la joue, souriant tendrement.

– Oui, Célia, dit-il avec douceur, qu’elle comprenne bien. J’en veux un, voire plus. Avec toi.

Elle eut un nouveau sourire presque trop large alors qu’elle étouffait un sanglot, nerveuse mais soulagée comme elle ne l’aurait pas cru possible. Elle s’en mordilla les doigts, avant de regarder Meldan.

– Je crois que j’en veux un aussi.

Elle rit à nouveau, n’arrivant pas à soutenir le regard clair de Meldan.

– Je ne suis pas sûre d’être prête à en avoir plusieurs…

Elle se mordit la lèvre inférieure.

– Mais un, oui. Peut-être… enfin…

Elle perdit son sourire et baissa la tête.

– En fait, je ne sais pas…

Elle releva la tête pour prendre une profonde inspiration.

– Je ne veux pas refaire les erreurs passées. Et j’ai tout fait à l’envers avec mon … premier bébé.

Elle n’aimait vraiment pas parler de ça. Surtout avec Meldan. Mais il fallait bien qu’il en sache un minimum.

– Son père n’en voulait pas. Je suis tombée enceinte sans l’avoir prévu et je l’ai découvert alors que j’étais loin de lui, dans la Fosse. Je n’ai pas eu le temps de lui annoncer que je perdais mon bébé. Quand il a appris tout ça… Il a été… si cruel que mon frère l’a jeté dehors… Et ça m’a anéantie.

Elle était de toute façon en pleurs, il n’y avait pas besoin de plus de détails.

– Je ne veux pas d’un bébé si je n’ai pas une vie stable à lui offrir.

Elle leva les yeux vers le plafond de la grotte.

– Et on ne peut pas dire que ce soit le cas actuellement.

Meldan gronda doucement, certain que l’état de Célia était en grande partie dû à l’attitude de cet amant mystérieux – peut-être le danseur à Trapeglace – et pas juste à la torture des goranii et la perte de son bébé.

– Alors on fera en sorte que ce le soit, meleth nîn, lui promit-il, embrassant sa joue humide. On s’installera… On bâtira une maison et on fera notre vie… à trois.

Elle pleura de plus belle et se jeta à son cou pour le serrer de toutes ses forces.

– Meldan…

Elle se recroquevilla tout contre lui, sans le lâcher. Elle mit un moment à se calmer, avant d’arriver à parler à nouveau. Elle en eut un léger hoquet qui la fit rire.

– Meldan… si tu savais comme ça me rendrait heureuse. J’ai tellement envie d’une vie… normale ?

Meldan rit avec elle.

– Oh, je ne suis pas sûr qu’avec nous, elle soit normale, mais je vois ce que tu veux dire.

Il l’embrassa avec tendresse, passant une main sur son ventre.

– Peut-être que c’est pour maintenant, ou peut-être que c’est pour plus tard, mais ce sera une sacrée bonne nouvelle.

Célia eut un sourire plus large qu’elle n’aurait voulu, rougissant de plaisir.

– Arrête, tu vas finir par me faire regretter de ne pas l’être, si ce n’est pas le cas, dit-elle en posant sa main sur la sienne. En tout cas, on va déjà voir pour quitter les Terres Boréales et rejoindre Froidroche. Et puis, j’ai en fait hâte de te présenter à mon frère finalement…

Meldan l’embrassa encore. Elle avait été prévenue, il ne la lâchait plus.

– Et j’ai hâte de le rencontrer.

Elle vint s’asseoir sur ses genoux et s’entoura de ses bras. S’il ne la lâchait plus, ça tombait bien, elle avait vraiment besoin de se sentir proche de lui.

– Il s’appelle Nathan…

Et elle se mit à lui parler réellement de son frère pour la première fois. De sa famille aussi, du passé et des menaces. Tout ce qui touchait les Avonis. Cela occupa le reste de la journée et attisant régulièrement le feu, Célia raconta vraiment toute son histoire à Meldan. Elle lui faisait assez confiance pour tout lui dire, tout lui avouer. Même si certains passages furent plus durs à aborder que d’autres. Comme le pourquoi de ces cicatrices…

Mais elle ne nomma jamais Sean par son nom. Et encore moins par son nom complet. Elle lui devait ça, pour les bons moments qu’ils avaient eu ensemble, malgré tout.

– … toujours partant pour faire ta vie avec moi ?, demanda-t-elle finalement, pas très sûre de sa réaction.

Meldan lui embrassa la nuque.

– C’était censé me décourager ? Auquel cas tu échoues lamentablement, Célia. Tu es une femme formidable, au courage d’acier et au cœur d’or. Je t’aime et m’estime chanceux, dit-il en la serrant contre lui.

Son amant précédent était mort avant d’avoir pu la guérir… Celui d’avant avait été assez idiot pour la laisser partir… C’était peut-être la seule gratitude qu’il aurait pour le Dissonant. Elle soupira d’aise en se tapissant un peu plus dans ses bras, tirant de quoi se réchauffer, malgré le feu.

– Je ne pensais pas pouvoir rencontrer quelqu’un d’aussi … incroyable que toi, Meldan.

Elle avait un sourire radieux sous des yeux emplis d’émotion.

– J’avais perdu espoir. Tu apparais et… tu changes tout. J’arrive même à envisager d’avoir une vie comme tout le monde. Et une famille ? C’est juste… je t’aime Meldan. Je ne sais pas quoi dire d’autre.

Elle l’embrassa tendrement.

– Après toutes ces années, j’ai enfin l’impression de ne plus errer dans ce monde sans rien contrôler. Et ça, ça fait du bien.

Meldan lui caressa le visage.

– Je suis juste heureux que tu ne me prennes pas pour un fou pour vouloir déjà fonder une famille avec toi, après seulement quelques mois.

Il savait que certains l’enguirlanderaient déjà assez pour ça. Ça commençait par Edh et ça finissait par arn…

– J’avoue que ce n’est pas ce qui pourrait paraître le plus raisonnable. Mais on vit ensemble depuis tous ces mois, justement. Je crois qu’on peut l’envisager sans avoir vraiment de doute. Et puis, si je ne suis pas enceinte, on pourra prendre plus de temps pour s’installer et calmer les esprits que ça pourrait choquer. Pour ma part, je vois que je suis bien avec toi et que pas mal de femmes dans ce monde ne choisissent même pas leur époux elle-même. Moi, j’ai un compagnon qui me rend heureuse, c’est tout ce que je demande.

Meldan lui sourit.

– Et tout ce dont j’ai besoin, répondit-il. Même si pour l’instant, je prie toujours pour ce bain et ce lit.

Il l’embrassa avec tendresse.

– Froidroche puis Trapeglace, donc ?

Elle lui rendit son baiser et sourit contre ses lèvres.

– Oui. On avisera pour la suite plus tard.
– Nous avons tout notre temps, confirma Meldan.

Ils passèrent ensuite le reste de la soirée, toujours enlacés en parlant encore de leurs nouveaux projets d’avenir. S’imaginant une vie avec un petit mélange d’eux deux apprenant à marcher ou à parler. En commençant à parler concrètement de ce qu’il faudrait pour réaliser leur rêve. Au point que quand ils eurent mangé et qu’ils se couchèrent, ils avaient des projets plein la tête.

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11 Comments

  1. Elle fut une moue peu ravie. -> le “fit”, je vais te le faire bouffer à force!!! 😛

    Houuuus chaleeeeur!!! <3

    • Vyrhelle

      23 juin 2018 at 18 h 19 min

      Nooon, mais c’est ma marque de fabrique ! Ma signature secrète ! Ma patte !

      … Comment ça pas crédible ?…. tsss

      • En fait, je suis surtout étonnée qu’une certain personne, dont je ne citerais pas le nom sinon qu’il commence par C et finit par line, ne t’ait pas encore sauté à la gorge pour le nombre incroyable de fois où tu fais cette faute… même sans tout relire à chaque fois…
        😛

        • Vyrhelle

          24 juin 2018 at 5 h 35 min

          Mdr !! Je ne sais pas. Peut-être parce qu’elle a l’attention détournée par mes moultes erreurs entre futur et conditionnel \0/

  2. Je suis en train de faire des recoupements et je ne veux pas spoiler. Mais en même temps, je suis très curieuse et me moque d’avoir des éléments à l’avance (sauf quand je lis des polars). Comment faire pour vous poser juste une petite question qui n’impliquerait pas les autres adorateurs du blog ?

    • Vyrhelle

      26 juin 2018 at 20 h 38 min

      Le blog ne possèdant pas de messagerie privée, un gros “ATTENTION – SPOILER” en début de commentaire devrait suffire à ce que les lecteurs ne lisent pas s’ils ne veulent pas être spoilés. Sinon, il reste l’utilisation d’un message privé sur Facebook ou sur DeviantArt, voire même un mail.

  3. NB : je pense que mon cerveau a fait abstraction totale du fit/fut quand je viens lire ici ! Du coup, fit/fut, c’est tout pareil maintenant

  4. Hé bah, voilà, ils ont trouvé le moyen d’avoir moins froid en plein milieu de ces terres boréales finalement !!! Uh uh..

    Bon j’ai repéré deux petites “fautes”, du même style… pas très éloigné l’une de l’autre ! :p

    “Définitivement pas un gentil garçon, ronronna-t-elle en se glissa sur son côté pour venir s’allonger sur leurs vêtements éparses et entamer un doux et monstrueux câlin.”
    –> Je pense que cela doit être “en se glissant”

    “Arrête, tu vas finir par me faire regretter de ne pas l’être, si ce n’est pas le cas, dit-elle en posa sa main sur la sienne.”
    –> idem, je pense que c’est “en posant sa main”

    Voilà voilà… ^^

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