Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

16 février (suite)

Ian et Sean arrivèrent en clin d’un œil à l’étage suivant. Pour être accueillis par plusieurs dagues qui volaient dans leur direction. Ils les esquivèrent sans mal en s’écartant de quelques pas dans deux directions différentes, laissant les armes se planter dans le mur derrière eux. Pas le temps d’admirer la décoration de l’étage, cette fois, ils eurent aussitôt chacun un adversaire masqué qui tombait du toit, armes en main, prêt à frapper. Et à leur vitesse d’action, ce n’était pas des vassalis. Bon, grande vitesse d’action ou non, Ian n’était pas vraiment en difficulté. Il voyait tous les mouvements au ralenti, aucun coup ne pouvait l’atteindre, et s’il en laissait un le toucher, histoire d’encourager son adversaire, il ne le sentait pas réellement. Impossible de ne pas voir qu’il ne prenait pas la situation au sérieux, surtout quand il commença à faire la causette avec son adversaire. Et à l’encourager. Sean avait un peu plus de mal, lui. Du moins, il eut du mal quand son adversaire eut de l’aide et qu’il se retrouva encerclé par quatre Seigneurs de très bon niveau. De ce qu’il pouvait deviner, et surtout littéralement entendre par Résonance, c’est qu’il y avait deux altii et du Cinquième Cercle. A un contre un, ça aurait été. Mais à quatre contre un, avec la vitesse des Darhàn, il ne put esquiver un coup vicieux qui l’envoya voler à travers la pièce. Il ne toucha jamais le mur. Ian l’avait arrêté avant et le tenait façon prince charmant et princesse. En souriant de toutes ses dents, le sagouin !!

–  Tu veux un coup de maiiiiin ?

Parce que ses adversaires à lui étaient sur le sol, gémissant ou totalement immobiles. Le Démon ne  put que se montrer blasé.

– Non, ça ira. Mais si tu pouvais me reposer au sol, j’y arriverai sûrement mieux.

Alors que Ian ne l’avait pas encore lâché, Sean soupira. Encore.

– Je voudrais aussi pouvoir m’amuser un peu, ne t’en déplaise.

Mine de rien, l’Alti n’avait pas non plus souvent l’occasion de tester ses limites et s’être senti voler l’avait plus fait sourire qu’autre chose. Pouvoir se défouler ? Après des mois de frustration ? Ian ne le priverait pas de ça ! Le sourire de Ian s’élargit et il le déposa sur le sol.

– A vos ordres, votre Seigneurie Démoniaque, j’entends et j’exécute. Enfin… non, tu exécutes, plutôt. Moi je te regarde, j’apprends, j’observe, tout ça…

Il fit donc un pas de côté pour laisser la place à Sean et observer le combat, tout en restant malgré tout attentif à ce que son ami ne se fasse pas tirer dans le dos. Sean eut alors pour lui cinq Seigneurs parfaitement bien entraînés, parfaitement bien armés et parfaitement mortels. Deux l’attaquèrent de concert tandis que les trois autres filaient vers les cintres du plafond. Utilisant le Grand Lai des Kristaris de Terre, Sean fila aussi droit vers les hauteurs de la pièce, courant sur les murs pour finir tête en bas, au niveau du plafond. Son déplacement rapide avait séparé ses adversaires et il se tourna vers le plus proche pour lui tirer plusieurs balles en pleine tête alors qu’il se fondait déjà dans les ombres et s’évaporait littéralement pour réapparaître instantanément derrière un second adversaire. Il avait tellement de Lais à disposition et pour une fois, tellement de possibilités pour les utiliser… Il frappa l’arrière du crâne de son adversaire avec un poing renforcé de magma et une rapidité d’action obtenue par Résonance. L’homme ne put esquiver et tomba lourdement au sol, plusieurs mètres plus bas. C’était l’un de ses adversaires les plus faibles, il n’attendit même pas d’entendre l’impact qu’il était déjà à voler vers sa proie suivante. Stoïque, efficace, maître de lui-même et de la scène, mais aussi, et surtout, se sentant libre d’être lui-même. Il poussa même le vice à jouer de son apparence et couvrir son corps d’ombres et laisser derrière lui une inquiétante traînée d’énergie violacée. Ses yeux étaient entièrement noirs à présent et son sourire mauvais. Un peu plus, et en frappant son adversaire suivant, il aurait presque pu en rire.

L’utilisation de trop de Lais de Castes différentes surprit suffisamment l’un des attaquants pour l’immobiliser momentanément. Il prit de plein fouet un coup de poing renforcé par un peu trop de Résonance, s’écrasa sur le sol et ne se releva pas. Au final, il ne resta bientôt plus que deux adversaires. Un Seigneur au masque de singe et l’Alti au masque de tigre. Et celui-ci ne s’arrêta pas devant le surprenant spectacle des Lais de Sean. En revanche, il utilisa l’un des siens à pleine puissance. Et Sean reçut une vague écrasante de Résonance qui lui coupa le souffle et lui donna l’impression que son âme était aspirée. Le Lai de mort était dangereux même chanté par des Bas Seigneurs. À hauteur d’un Alti, c’était redoutable. Il fallut une courte seconde au Démon pour réagir. De son point de vue, c’était une réaction que les effets du Lai Noir avaient rendu lente. Abandonnant le Grand Lai des Kristaris de Terre qui le maintenait au plafond, il endossa son armure harmonique de métal et put ainsi s’immuniser de cette attaque de Résonance. Et de toutes les autres d’ailleurs. Mais il chutait toujours et usa encore de sa maîtrise sur les ondes pour rebondir sur l’air et stabiliser sa trajectoire, alors que ses jambes s’étaient nimbées d’énergie bleutée. Après la débâcle de Lais qu’utilisa Sean, son adversaire ne manqua pas l’occasion de cette chute et se rua sur lui, le frappant aussi fort que possible, le projetant au sol. Le Darhàn ne s’arrêta pas là et continua son attaque. Mais cette fois, il utilisa son katana.

Il n’eut pas le temps d’arriver sur Sean. Ian avait laissé son ami s’amuser mais décida que le katana était de trop. Le Darhàn se retrouva stoppé, le poignet de son bras armé bloqué dans un véritable étau. Il eut beau tirer et se débattre, allant jusqu’à frapper Ian avec son poing libre et ses pieds, le Suprême Alti resta inébranlable.

– Mmmh nope, ça marchera pas.

Ian poussa un petit soupir et l’envoya voler contre un mur, avec une force supérieure à celle d’un Seigneur mais pas encore assez pour arriver à celle d’un Suprême Alti. Il ne voulait pas le démembrer, non plus. Ça faisait des tâches qui ne partaient pas, après. A quelques mètres de là, Sean prit le temps de se relever lentement.

– Il est à moi, Ian !, protesta-t-il d’une voix plus rauque que d’habitude.

Il est à moi, Ian !

Déjà que l’aura sombre et violacée qui continuait à onduler autour de lui ne lui donnait pas un côté très engageant, alors avec ce timbre de voix, il devenait inquiétant. Mais quand il se releva, ce fut pire. Dans un réflexe peut-être plus instinctif que réfléchi, surtout quand sa tête avait percuté le sol, c’est le Grand Lai Kel’antan qui s’était mis à résonner… Les Commandos arrivèrent sur les lieux et ce ne fut que pour rester sidérés devant une scène presque irréelle. Leur Commandant se tenait dos à eux, faisait craquer sa nuque rendue un peu raide par le poids supplémentaire de deux lourdes cornes noires sur sa tête et une crête dorsale disproportionnée. Il regardait sa main aux griffes noires impressionnantes et aux écailles luisantes. Il étira ce corps différent mais qui lui faisait quand même sentir les conséquences des coups qu’il avait reçus. Quelques ecchymoses qui disparaîtraient rapidement. Il maîtrisait mal la zoomorphie de son totem très particulier et fut presque amusé de la voir sous sa forme la plus poussée qu’il n’ait jamais eue. Puis il prit conscience qu’il y avait plus de spectateurs que prévus. Un grognement et il coupa le Grand Lai qui modifiait son apparence pour ensuite en revenir à son adversaire sonné, mais toujours vivant.

L’homme portait une tenue de combat Darhàn noire, jumelle à celles portées par tous les autres combattants au sol, et il ne s’en distinguait que par sa carrure et son masque. Sean n’eut aucune hésitation à lui ôter pour enfin voir à quoi ressemblait l’un des trois criminels qui lui avaient fait passer quelques nuits blanches depuis presque un an. Le Démon resta dubitatif devant ce visage inconnu. Il avait pourtant listé tous les Darhàn de la capitale et fort de sa mémoire exceptionnelle, il aurait dû pouvoir l’identifier dans la seconde. Mais rien. Il secoua alors l’homme sans beaucoup de ménagement pour lui faire reprendre ses esprits.

– Ton nom !, ordonna-t-il quand l’homme commença à entrouvrir les yeux.

Mais l’homme resta muet. Pire, il afficha peu à peu un sourire provocateur avant de serrer fortement ses deux mâchoires l’une contre l’autre. Sean eut beau comprendre de suite ce que l’homme faisait, il ne put rien faire. Le poison fut foudroyant, ôtant toute possibilité d’interrogatoire.

– Damn, souffla le Démon dans une manifestation rare d’agacement.

Ian s’approcha de lui et lui tapota l’épaule.

– Allez va, le big boss doit plus être loin, on va juste monter et poser les questions à qui de droit.

Il regarda autour de lui et s’approcha des cadavres des agresseurs masqués.

– On n’aura pas de réponses de ceux là non plus. On aurait peut-être dû faire plus doucement… Tsss…. Tu parles que personne ne pouvait donner un descriptif précis de leur physique, avec ces tenues, on peut à peine les différencier les uns des autres, même en les ayant sous le nez. Je crois bien qu’ils étaient tous tes trois fameux agresseurs. Ils avaient qu’à échanger leurs masques.

Il s’agenouilla près d’un des corps.

– Ah… y’avait une femme parmi eux.

Il ôta le masque de renard qu’elle portait toujours et resta silencieux un moment.

– Sean…

Pas de réponse.

– Seaaaan !!
– Quoi ? Elle est morte, que veux-tu qu’elle m’apprenne ?
– C’est Kaori.

Sean se retourna brusquement vers son ami, délaissant toute considération pour les autres morts. Il s’avança rapidement pour s’arrêter face à Ian et le corps désarticulé de la jeune femme. C’était bien Kaori Anuda, la Darhàn du Cinquième Cercle qu’il avait lui-même placée à la tête de la garde rapprochée de la fiancée de Ian ! Certes, sur la demande express du père de ladite fiancée, mais il avait vérifié les antécédents de cette femme ! Il avait enquêté sur elle et n’avait rien trouvé ! Ses poings se serrèrent et il leva un regard chargé de sombres questions vers Ian.

– Laisse tout ça aux Commandos. On monte, on doit vraiment avoir des réponses.

Ian soupira et opina, se redressant.

– Comment je vais annoncer ça à Kaede… elle va être tellement peinée… et son père…

Ian suivit Sean vers les escaliers, sourire envolé, inquiet pour sa jeune fiancée. Sean non plus n’était pas très enjoué. Mais si c’était plus habituel chez lui, ce n’était actuellement pas pour les mêmes raisons que son ami amoureux. Déjà parce que découvrir que Kaori était impliquée trahissait qu’il avait été berné bien au-delà de ce qu’il avait cru être possible, mais aussi parce qu’il redoutait de plus en plus ce qu’ils allaient découvrir. Les hypothèses qui s’amoncellaient rapidement dans son esprit étaient peu réjouissantes.

Quand ils arrivèrent au dernier étage, ils étaient juste sous les toits de la pagode. Le plafond était un enchevêtrement de poutres qui suivaient la forme complexe et courbée d’un toit à la Darhàn et l’endroit était rempli de caisses, de tonneaux et de toutes sortes d’affaires entreposées. Un grenier silencieux et peu éclairé. En fait, la seule lumière venait d’un trou dans la toiture où les faibles rayons d’un soleil morne de matin d’hiver se mêlaient à de lourds flocons de neige. La poussière qui flottait encore dans l’air trahissait que c’était un orifice très récent. Sans hésiter, Sean plongea dans cette direction, craignant déjà que leur proie n’ait réussi à leur filer entre les doigts. Il finit sur le toit blanc de neige, le visage soudain frappé par l’air glacé et les cheveux déjà parsemés de quelques gros flocons. Il leva le nez et observa les alentours. Il fut rapidement suivi par Ian, qui frissonna en levant le nez vers le ciel gris.

– Je vais déménager mon royaume dans le sud, ça va être vite vu, grommela-t-il. Tu vois quelque chose ? Ça serait bête d’avoir toute la clique sauf le big boss…
– Là-bas, affirma Sean en tendant le bras vers le sud.

Deux silhouettes se tenaient face à face, plus loin sur l’un des toits voisins. Deux personnes au gabarit très différent, l’un dans la même tenue noire que ceux aux masques, l’autre en long kimono de cérémonie. Deux personnes qui semblaient assez en désaccord pour se taper dessus. La silhouette au kimono glissa au sol et l’autre continua sa fuite avec un équilibre et des sauts améliorés par Résonance. Ian eut un grand sourire et regarda Sean.

– Je te laisse celui par terre, je prends celui qui court, d’accord ? D’accord. Merveilleux. À tout à l’heuuuure.

Avant que Sean ne puisse répondre, Ian filait déjà après la silhouette, compensant les Lais par ses capacités surhumaines, que ce soit en vitesse ou en sauts. Jusqu’à ce qu’il se retrouve devant le fuyard, lui bloquant la route.

– Saluuuut. On peut causer deux minutes ou on se tape dessus, je te lamine et ensuite on cause ?

Le fuyard s’immobilisa aussitôt. Dans sa tenue de combat Darhàn noire, l’inconnu avait le visage en grande partie cachée par sa cagoule et ne laissait deviner qu’un regard qu’il gardait autant que possible dans le secret de son avant-bras levé.

A quelques distances de là, Sean était arrivé à hauteur du deuxième fuyard. A sa tenue luxueuse, il devina assez vite qu’il avait enfin à faire au fameux “Nouveau Sensei”. L’homme rampait en se tenant le flanc. La trace rouge de sang qu’il laissait dans la neige trahissait la blessure qu’il venait de recevoir. Sean eut un sourire sardonique.

– Ah, votre dernier soutien vient de vous lâcher, on dirait.

L’homme se figea. A genoux dans la neige, son visage était encore dissimulé à la vue du Kristaris de Métal, ce qui agaça ce dernier.

– Rendez-vous, vous n’irez plus nulle part. Et s’il vous prenait l’envie d’essayer, je n’aurai aucun scrupule à vous abattre. Levez les mains, fermez les yeux et retournez-vous !

Un Seigneur ne pouvait utiliser correctement un Lai les yeux fermés. Hormis pour quelques rares exceptions, il devait voir sa cible, que ce fut quelqu’un d’autre ou lui-même. Du coup, l’homme ne se montra pas très enclin à obéir.

Du côté de Ian, rien de nouveau. Le fuyard était totalement immobile. Et ne disait rien. Ian était patient quand il voulait et il ne perdit pas son sourire. Croisant les bras, il fit une moue tout en regardant son fuyard. Oui, son fuyard, Sean avait le sien, on partageait l’amusement !

– Ça risque de durer. Pas envie de parler, pas envie de se montrer… ça caille, des fois que vous l’auriez pas remarqué. On va pas y passer la journée, non plus. Quoi, z’êtes moche ? Dans ce cas, n’essayez même pas de changer de minois par un Lai Darhàn, je l’entendrai.

Il eut un petit reniflement amusé.

– Après si c’est par espoir de filer sans que je puisse vous reconnaître, ça va pas le faire non plus, vous serez jamais assez rapide.

Et pour le prouver, il se déplaça pour se mettre derrière le Darhàn. Un mouvement tout à fait normal mais exécuté à une telle vitesse que ce fut comme s’il venait d’utiliser la téléportation. Et plus encore car il n’y eut presque aucun décalage entre sa disparition et le moment où il parla à l’oreille du lâcheur.

– Aloooors, on discute ?

Après un soubresaut de surprise qu’il ne put réprimer, le fuyard prit une posture plus neutre, renonçant apparemment à toute tentative de fuite. Mais il gardait son visage à l’opposé de Ian tandis qu’il repoussait le tissu du bas de son visage. Sa voix fut guère plus forte que le vent d’hiver qui sévissait autour d’eux. Une voix de femme, froide et aigrie.

– J’étais si près du but.

Elle tourna alors son visage vers Ian et le fixa de tout le vert de ses yeux clairs. Le sourire de Ian disparut et il écarquilla les yeux alors qu’il reconnaissait que trop bien la jeune femme.

– M… Kaede, comment… ?

Il secoua la tête et posa ses mains sur les épaules fines de sa fiancée.

– Enfin, ce n’est pas… Que faites-vous là ??

Elle le regarda un instant avant de soupirer puis de changer d’expression pour quelque chose proche du soulagement.

– J’aurais tellement voulu que vous ne me trouviez pas ici. Tout aurait été plus simple.

Elle lui adressa un léger sourire puis tourna son regard vers Sean et son prisonnier.

– Mon père. Depuis le début, il a tout manigancé. C’est un homme mauvais, à l’ambition dévorante, mais c’est mon père… La malchance a voulu que je sois avec lui quand vous avez attaqué, ce matin.

Elle fixa Ian à nouveau de son regard clair.

– Si j’avais réussi à fuir, vous l’auriez simplement arrêté et j’aurais alors été libérée de son emprise.

Ian fronça les sourcils et serra un peu sa poigne sur les épaules de Kaede. Pas pour lui faire mal ou en menace, juste parce qu’il n’aimait pas ce qu’il entendait.

– Votre père… C’est lui le responsable de tout ça ??

Il tourna la tête dans la direction de Sean et soupira.

– Connaissant Sean, j’ai bien peur que le Seigneur Fukuda ne soit bientôt exécuté, ma dame. J’en suis navré. Mais venez, rejoignons-les, que nous ayons le fin mot de tout ceci.

Après une hésitation, elle se laissa guider sans résister, mais restait nerveuse et pensive. Elle ne dit pas un seul mot durant les quelques instants qui les ramenèrent vers Sean et Kazuo Fukuda. Alors que la neige tombait encore tout autour d’eux, l’homme était au sol, assis et essayant de se tenir un flanc rouge de sang malgré les menottes qu’il portait. Il avait les yeux bandés et gardait le silence. Sean, lui, avait un visage plus fermé que jamais, surtout depuis qu’il avait reconnu Kaede. Il fixa Ian pour essayer de voir si son ami allait se faire plus naïf qu’il ne l’était, pour les beaux yeux de sa Darhàn.

– Pourquoi avoir blessé votre père, mademoiselle ?, demanda le Démon avec aplomb.

Elle baissa le nez.

– Il refusait de me laisser fuir. J’ai paniqué… Je ne voulais pas…

Le regard de Sean se fit incisif. Croyait-elle vraiment qu’il allait la croire sur parole alors qu’elle portait une tenue de combattant ? Mais restait que si son père confirmait ses dires, il serait plus difficile de démêler le vrai du faux.

– Tu n’es qu’une lâche, Kaede, lança alors son père avec aigreur. Je t’ai placée là où tu es… et tu ne sais que trembler… et fuir… Tu n’auras jamais les épaules pour être reine !

Ian se mit immédiatement devant Kaede, de façon à la protéger de son père. Le regard glacial, il toisa ce traître qui s’en prenait maintenant à sa fille uniquement parce qu’elle ne suivait pas la même voie que lui. Oh, il n’était pas stupide, bien au contraire. Il aurait des questions pour Kaede, dont il craignait les réponses. Alors pour l’instant, il essayait de s’accrocher à un très, très maigre espoir. C’était de toute façon plus facile de contrer Kazuo Fukuda que Kaede.

– En l’occurrence, ce n’est pas à un traître et un meurtrier d’en décider. N’osez même pas parler d’honneur, vous avez perdu le vôtre dans la crasse des bas fonds.

L’homme eut un sourire mauvais et un hoquet sarcastique.

– Les bas-fonds, c’est le seul héritage possible que m’offrait ma dynastie… On n’a pas tous la chance d’être de lignée royale… Quoi qu’être roi n’a jamais empêché d’avoir les mains sales… Ni Duc, d’ailleurs… N’est-ce pas Messire Moonshade ? … Ou devrais-je dire, Lord Shaytàn ?

Puis il soupira en grimaçant, sa blessure le faisant visiblement souffrir plus qu’il ne laissait paraître.

– Allez, finissons-en.

Sean, qui n’avait que peu apprécié d’être comparé au criminel à ses pieds, le toisa en croisant les bras sur le torse.

– Oh, c’est loin d’être fini. Nous ne faisons que commencer, au contraire. J’ai beaucoup de questions et vous allez me donner des réponses, je vous le garantis.

L’homme leva le nez et même s’il avait les yeux toujours bandés, il donna l’impression de défier Sean. Il avait toutefois du mal à garder la tête haute.

– Non, je ne crois pas, mon garçon…

Il écarta alors un pan de son épais kimono rouge, révélant une plaie béante. Kaede eut un hoquet de panique en réalisant l’étendue de la blessure qu’elle avait infligée à son propre père.

– Je ne peux plus utiliser mes Lais depuis trop longtemps…

Il n’avait pas pu se soigner mais quand il vacilla, il affichait un air satisfait.

– … je vous dame le pion. J’ai perdu… mais vous n’avez pas gagné non plus…

Et il se laissa glisser totalement sur les tuiles enneigées, expirant lentement. Il ne reprit jamais son souffle. Kaede hurla son impuissance. Ian la serra contre lui. Sean observa la scène sans dire un mot alors que la neige continuait à tomber en silence sur la ville.

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2 Comments

  1. Houuuuu ça sent le chagrin d’amuuuur…. Pauvre pauvre Ian…. -_-

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