Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

6 novembre 983 (suite)

Après une douche plus que bienvenue pour chacun, Edharn et Meldan se retrouvèrent dans la plate-forme principale de l’hālau, Lotëu et Katar avec eux, ravis de parler entre hommes autour de quelques verres. Célia réapparut que plus tard, ayant dû passer entre les incontournables mains d’Ikti. Pourtant, ce ne fut pas faute d’avoir essayé de les esquiver. Quand la jeune femme arriva, elle portait une tenue qu’elle avait, à l’évidence, quand même choisie elle-même et imposée, à savoir un pantalon large et une tunique longue cintrée d’une large bande de tissu rouge. La tunique avait une encolure qui mettait son collier en valeur d’ailleurs. Mais surtout ses cheveux ne présentaient plus aucune tresse. Ils étaient toujours habillés de quelques ornements et étaient pris dans un large chignon, mais rien d’aussi sophistiqué que d’habitude et à la manière dont l’Hasperen passait ses doigts entre les mèches plus lâches, ça lui convenait plus que parfaitement. S’en suivit une longue conversation où Meldan et Célia racontèrent avec pas mal de précisions ce qu’ils avaient fait durant les neuf derniers mois. Passant quand même assez rapidement sur les moments trop intimes ou ceux qu’ils ne garderaient que pour eux. Par contre, les lieux où ils étaient allés et ce qu’ils avaient vécu comme aventures, ils ne s’en privèrent pas.

– … et voilà, nous sommes revenus chez vous, Heru Lotëu, fermant la boucle de notre voyage, conclut Célia, adossée à Meldan.
– Et vous comptez aller où maintenant, les tourtereaux ?, demanda un Edharn beaucoup plus débonnaire avec une chope à la main et de quoi manger pour quatre personne devant lui.

Meldan eut une expression parfaitement neutre en attendant qu’Edharn commence à boire avant de dire, avec un petit sourire en coin :

– Jhāada.

Résultat garanti. La bière du Kel’antan termina vaporisée devant lui alors qu’il s’étouffait à moitié, toussant à en avoir les larmes aux yeux. Il frappa la table d’une main, cherchant à reprendre son souffle.

Sérieusement ?

– Je… Je te demande pardon ?, réussit-il à dire sans trop s’étouffer.

Meldan sourit.

– Tu es tout pardonné. J’emmène Célia rencontrer Lathiana.

Edharn prit le temps d’avaler la salive qu’il avait en travers de la gorge, fixant son ami d’un air tout bonnement halluciné. Puis, connaissant justement ledit ami, il prit un instant pour bien digérer la nouvelle.

– Mäi… Mäi… Je comprends. Tu veux présenter ta fiancée à ta sœur… normal. Mais Meldan. Jhāada ? Sérieusement ?

Edharn écarta les mains comme en signe d’impuissance face à l’évidence.

– Tu lui as expliqué au moins à ta douce ce qu’elle risquait à se pointer comme une fleur à Jhāada ? Elle n’est pas Kel’antan, Meldan, dit-il en articulant particulièrement sur ces derniers mots.
– Oui, je sais, Edharn. Mais je veux présenter la femme de ma vie à Lathiana, et la reine ne quitte jamais l’Arbre de Jhāada. Elle me pardonnera cet écart.
– Ta sœur, c’est une évidence, Meldan. Elle t’adore et elle est plutôt tolérante. Mais pas la Cour ! Si jamais on apprend que tu as fait venir une ettelëa à l’Arbre de Jhāada, non seulement, tu vas te retrouver dans des ennuis plus gros que toi, mais ta Célia, elle va se faire tuer !

Célia n’apprécia pas la nouvelle.

– Me faire tuer ? Comment ça me faire tuer ?

Meldan foudroya Edharn du regard.

– Je n’ai pas l’intention de me moquer des courtisans, Edharn ! Ni de rester des semaines entières à l’Arbre. Je connais les lois, merci.
– Comment ça me faire tuer, Meldan ?!, insista Célia.

Edharn soupira et répondit avant son prince.

– La loi stipule qu’aucun étranger ne doit voir l’Arbre de Jhāada. Techniquement, fiancée à Meldan, tu n’es plus une ettelëa, mais certains nobles de la Cour sont… racistes au dernier degré. Ils pourraient vouloir faire assassiner une Hasperen qui aurait profané l’Arbre.

Célia fronça les sourcils, observant Edharn puis Meldan, les poings serrés sur ses genoux.

– … et tu comptais m’en parler quand exactement ? Avant ou après que j’ai risqué ma vie sans le savoir ? Tu m’avais dit que me balader dans certains coins de l’Hutandara était trop dangereux pour une Hasperen, tu n’as jamais précisé que Jhāada en faisait partie !
– Je l’aurais mentionné avant, bien sûr, mais Edharn dramatise. Si j’osais demander que Lathiana vienne me rencontrer loin de Jhāada, l’outrage serait encore plus grand. Je te jure qu’il n’est pas question de te mettre en danger, Célia.

Elle croisa les bras et détourna les yeux vers l’extérieur, les feuillages, les papillons, de quoi la calmer un peu… Puis elle soupira à son tour.

– D’accord, je suppose qu’en évitant les présentations officielles en grandes pompes ce sera plus facile ?
– Oui, c’est entre autre pour ça que je préférerai une visite informelle. Mais surtout, je voudrais y aller pour que Lathiana puisse nous marier.

Célia en resta sans voix mais s’efforça de rester immobile. C’est son silence qui encouragea Meldan à continuer son explication.

– J’ai beau ne pas aimer cette façon de voir les choses, dans les faits, je suis prince d’un pays reclus sur lui-même et je veux épouser une étrangère, Célia. Pour que notre mariage ne soit jamais remis en question par le premier Seigneur au front bas, pour que nos enfants soient considérés comme des Nàdar à part entière, il faut le consentement de la reine, elle-même. Et comment mieux le montrer qu’en lui demandant d’officier elle-même à la cérémonie ?

Célia semblait plus calme et appréhendait la situation avec plus de flegme que l’aurait cru Edharn. Les femmes étaient généralement moins stoïques quand on leur parlait de vie ou de mort. Enfin, sauf quand il s’agissait de guerrières ou qu’on se rappelait que Célia venait de faire exploser une auberge quand ils l’avaient retrouvée à Sàdaba. Donc à classer dans la catégorie “guerrières” justement.

– On resterait combien de temps, du coup ?, demanda Célia, vraiment plus posée. Est-ce qu’il y a quelque chose de particulier qu’il faut que je fasse pour faciliter les choses ? Dans l’absolu, aller à l’Arbre de Jhāada en secret ne me dérange pas plus que ça. Tu me connais, je n’aime pas particulièrement l’étiquette et les courbettes. Mais je ne veux pas provoquer un malheur par erreur. Mais surtout, tu es sûr que ta sœur sera d’accord pour nous marier ?

Meldan sourit.

– J’en suis persuadé. Et on ira discrètement, on ne restera que quelques jours, le temps de la cérémonie. Ce sera probablement un peu court, mais c’est pour le mieux. Et puis, plus j’évite les courtisans, mieux je me porte, de toute façon.

Célia semblait plus mitigée face à tout ça. Les mains croisées sur ses genoux, regardant ses doigts, elle n’était pas l’image de l’enthousiasme.

– Il y aura quand même quelques personnes présentes ? Ou on aura droit à une cérémonie tellement secrète qu’on aura l’air de criminels ?

Meldan se pencha vers elle pour lui caresser la joue.

– Discrets, meleth nîn, pas criminels. Ma sœur et Edharn seront là, probablement mon neveu, Katar s’il vient à Jhāada avec nous… demande à Ikti de venir, si tu le souhaites. Je n’ai pas l’intention de te cacher, je veux juste ne pas provoquer inutilement les déllyst de la Cour.
– Les déllyst ? Ah oui… les têtes vides…, réussit-elle à traduire rapidement. J’aimerai qu’il y ait autant de personnes que possible. Je n’ai pas une famille très nombreuse, une cérémonie à Trapeglace serait très réduite. Pour l’Hutandara, j’avais espéré, je ne sais pas, quelque chose d’un tout petit peu plus…

Elle baissa la tête.

– Non, rien. C’était idiot. J’aurai déjà la chance de voir Jhāada de mes propres yeux, je ne vais pas en demander trop.

Elle eut un sourire en coin.

– Mais je voudrais quand même être jolie pour l’occasion. Vraiment jolie. C’est faisable ?

Meldan continua sa caresse.

– Évidemment, Célia. Crois-moi, ma sœur ne te laissera pas faire autrement. C’est bien pour ça que je pense qu’on restera plusieurs jours à l’Arbre. Et bien sûr qu’on fera une cérémonie à Trapeglace, où, tu pourras inviter tes amis, les Seigneurs du comté, tout le village si ça te chante… dur d’être nombreux à l’Arbre, mais pour une cérémonie à Keranor, ou même à Froidroche, je te laisserai faire à ton envie, meleth nîn.
– Et si je peux me permettre, compléta Edharn, à Jhāada, je peux faire venir ma femme et Ej’ar, mon Écho, si vous voulez.

Elle prit une profonde inspiration et se remit à sourire.

– S’il est aussi imposant que vous, vous compterez tous les deux facilement pour quatre personnes, Edharn, rit Célia. Je serais ravie qu’ils puissent venir et de pouvoir les rencontrer. On fera plus grand à Keranor alors. Je demanderai à Nathan de nous préparer ça. Enfin, plutôt à Sinaï, Nathan va être bientôt gâteux avec le bébé qui arrive.

Edharn eut un sourire plus énigmatique et Meldan manqua de s’étrangler avec sa poignée de raisins.

– Non ?
– Peut-être, répondit le Kel’. Nous essayons, en tout cas.
– Seigneur Vert, quelle horrible image mentale, rit Meldan.

Célia leva un sourcil perplexe. Elle était certaine de ne pas suivre ce que disaient les deux amis. Elle les scruta l’un après l’autre, essayant de comprendre ce qu’elle avait manqué. Mais elle eut beau faire, c’était sûrement trop… subtil.

– … euh, mon kel’ n’est pas parfait. Vous venez de parler de quoi exactement, je n’ai pas compris.
– Edharn et Ileana essayent d’avoir un enfant, expliqua-t-il trop souriant, la faute ne venant pas tant de la maîtrise du Kel’ par Célia que du fait que Meldan connaissait Edharn et ses expressions.
– Oh !, s’exclama Célia. J’espère que vous y parviendrez bientôt, les enfants sont une telle bénédiction…

Son sourire de trahir qu’elle était très sincère. Et pour cause. Edharn sourit.

– Merci. Meldan, malgré son idiotie, étant mon frère de cœur, ça fera du mien et du vôtre des cousins, dit le Kel’. J’ai raison de penser que c’est prévu pour un avenir proche ?

Elle regarda Meldan avant de répondre, un peu rougissante de joie.

– Le plus proche possible. Nous allons prendre le temps de nous marier et de nous installer avant…

Elle prit la main de Meldan dans la sienne.

– … mais c’est la suite du programme. On commence à parler prénoms en attendant.
– Et vous avez trouvé ?

Meldan sourit, serrant la main de Célia.

– Kalen ou Athina, pour l’instant, ont nos préférences.

Edharn leur fit part des prénoms discutés avec sa douce, et le repas se termina sur une note joyeuse. Célia resta cependant moins enthousiaste face à la perspective de leur séjour à Jhāada qu’elle ne l’était avant l’arrivée d’Edharn. Protégée par Meldan, elle n’avait pas eu conscience jusque là de la radicalité de certains hutanii. Elle n’avait eu à faire qu’à des gens qui l’avaient accueillie chaleureusement, même pendant son voyage en début d’année. Elle réalisait le racisme réel qu’il pouvait y avoir dans l’Hutandara et cela noircissait de beaucoup le beau tableau qu’elle s’était fait de ce pays. Elle comprenait mieux aussi pourquoi Meldan et elle ne pouvaient pas y vivre. Assise sur le rebord d’une passerelle ce soir-là, elle était morose de ce constat. Elle se mit à rêver à Froidroche pour rester positive. Meldan vint s’asseoir près d’elle.

– Je suis navré, meleth nîn, que tu aies découvert les aspects les moins reluisants de mon royaume de cette façon. J’aurais préféré que tu ne les rencontres jamais, même si en y repensant, c’était utopique.

Elle posa sa tête sur son épaule, prenant son bras entre ses mains fines.

– Il faut bien un revers à toute médaille. Tu as un pays magnifique Meldan. Je comprends pourtant mieux maintenant pourquoi tu l’as fui si souvent. Comme moi j’ai fini par fuir le mien. On finit par ne plus en voir que la laideur… On se force à se concentrer sur ce qui fait qu’on l’aime, mais ça devient dur parfois.

Elle leva les yeux vers lui.

– Peut-être m’en as-tu montré les plus belles facettes pour continuer à l’aimer toi aussi ? Mais je suis flattée, parce qu’en fin de compte, tu m’as choisie, moi, à tout ça.

Meldan appuya son front contre le sien.

– Il n’y avait pas de vrai choix, Célia. Tu aurais gagné haut la main face à un pays de Cocagne et cent ans de paix. Tu es mon royaume, meleth nîn, je n’ai besoin de rien d’autre.

Il caressa son ventre du bout du pouce.

– Sauf d’une chose, peut-être.

Célia posa sa main sur la sienne. Et la serra assez fort. Trop peut-être.

– Meldan… Et si je ne pouvais plus en avoir ?, dit-elle à voix basse.

Meldan serra sa main et répondit sans hésitation, malgré ce que la phrase de Célia trahissait comme sous-entendus.

– Alors on ira voir le plus grand médecin du Creuset pour être sûrs que c’est impossible, et si c’est le cas, et que l’on veut quand même un enfant, on adoptera. Mais je suis sûr que tu t’inquiètes pour rien, Célia. Tu as assez de vie en toi pour porter un bébé.

Elle eut un sourire pas très marqué.

– C’est juste une crainte. Parce que je n’ai jamais su ce qu’ils m’ont vraiment fait à Amarantes… Et de ne pas être tombée enceinte après les Terres Boréales… Ce doute est né. Tu as sans doute raison, je m’inquiète sûrement pour rien. Mais je ne peux pas non plus garder cette crainte pour moi. Plus maintenant.

Elle enfouit son nez dans son cou.

– Je veux sentir à nouveau une vie en moi, Meldan. Je pense que je prendrais très mal de ne plus en être capable.

Meldan lui caressa le dos.

– On aura ce bébé, meleth nîn, tu verras, jura-t-il.

Elle ferma les yeux et se laissa cajoler un long moment.

– Meldan, chante-moi quelque chose, s’il-te-plaît… Et tu verras, je serai la plus jolie mariée que l’Arbre n’ait jamais connue.

Meldan ne se fit pas prier et, parce qu’il était dans l’ambiance, il chanta une longue ballade, une chanson d’amour typiquement hutani qui finissait bien. Célia s’endormit dans ses bras et il dut la porter lui-même jusqu’à leur chambre, tant elle était trop bien agrippée à lui. Comme à chaque fois qu’elle se sentait plus fragile. Il n’était pas le rocher indispensable qu’il craignait de devenir, mais son refuge quand elle avait besoin de réconfort. Or visiblement, ce soir-là, elle en avait eu besoin.

7 Novembre 983

Le lendemain, Célia se leva plus tard qu’à l’accoutumée et constata bien vite que Meldan avait déjà déserté le grand hamac qu’elle partageait avec lui. Un peu surprise mais pas déconcertée, elle prit le temps d’un bon déjeuner puis quitta le village. On lui avait appris qu’Edharn et Meldan étaient partis s’entraîner un peu à l’écart et elle retrouva vite les deux amis. Ce ne fut pas difficile, en vérité, il suffisait de suivre le chemin inverse de tous les animaux des environs qui fuyaient les lieux sans demander leurs restes. Il faut dire que deux Altii qui se “défoulaient” c’était plutôt impressionnant à voir. Célia, qui n’avait au final jamais eu l’occasion de voir Meldan se battre, resta en retrait pour observer. Elle n’était d’ailleurs pas le seul spectateur. Si les femmes du village s’étaient retrouvées autour d’elle ne savait quel préparatif, les hommes, eux, étaient quasiment tous là, formant un cercle enthousiaste autour des deux amis.

Bientôt perchée sur une branche, Célia avait pris le temps de s’installer et apprécia assez le spectacle. Malgré la différence de gabarit évidente, Meldan n’était pas dépassé, loin de là. La jeune femme réalisa alors qu’elle ne savait pas exactement quel était le Cercle de son hutani. Alti, oui, mais plus précisément, ils n’avaient jamais abordé la question. Tout comme il était difficile de dire s’il avait fait le choix d’une vocation. Célia, tout à son observation, était peu convaincue par celle du Démon. Meldan était trop posé, trop attentionné, trop réfléchi, même derrière son humour parfois douteux. Restait l’Ange. Ou peut-être aucune. Tous les Altii ne s’engageaient pas dans ces voies bien particulières. Elles avaient leurs avantages, mais aussi leurs exigences.

En attendant, le combat amical était plutôt rude et des Seigneurs de Cercle inférieur auraient vite déclaré forfait. Mais pour Célia, l’intérêt était totalement égoïste et elle contemplait son homme sans vergogne, avec ce petit sourire en coin qui trahissait le fond de ses pensées. Là, la lionne savourait un spectacle très animal et tout à fait à son goût. Meldan était loin d’être mauvais certes mais Edharn était le plus combattant des deux et, à forces quasi-égales, il l’emporta, envoyant finalement son ami au tapis d’un coup magistral qui aurait tué plus d’un vassali et quelques Bas-Seigneurs avec. Meldan rit, secouant la tête.

– On croirait que tu as des griefs à me reprocher, Edharn, s’amusa-t-il en acceptant la main tendue pour se relever.
– Oh rien qu’une bonne pinte et un bon rôti ne puissent aider à faire passer, clama le grand hutani en passant un bras énorme autour des épaules de son ami, qui sentit alors tout le poids de leur amitié. Mais il me semble évident que tu ne t’aies pas assez entraîné depuis les NEUF derniers mois. Plus de relâchement possible, tu as une femme à protéger maintenant. Je vais me charger de ton cas, mon grand.
– Edharn, je ne comprends toujours pas comment certains ont un jour pu te qualifier de subtil. Taciturne, quand tu es à la Cour, oui, mais subtil ? Heru Feris devait être ivre.
– Quoi, tu doutes de mes capacités ?, fit Edharn avec un air faussement indigné. Ma subtilité vient de m’adapter à mes interlocuteurs. Avec toi, ma subtilité est à la hauteur de ta capacité à être raisonnable. Ou alors Hiril Feris m’a confondu avec Ej’ar.
– Je préfère la seconde explication.

Meldan leva les yeux ensuite et croisa le regard de Célia.

– Bonjour, belle étrangère.

Elle eut un sourire depuis sa branche, accoudée à son genou replié.

– Bonjour, beau prince voyageur.

Meldan se fit charmeur et Edharn eut un sourire en coin.

– Elle confond avec le pigeon…

Meldan braqua un regard accusateur sur son ami alors que Célia arborait un léger air amusé. Elle devait admettre qu’Edharn commençait à beaucoup lui plaire par son côté franc et bon vivant. Il était à l’image de son totem, marqué aussi bien de physique que de mentalité, et ça le rendait fort sympathique quand il n’était pas en colère. Il dégageait cette irrépressible sensation qu’il était à l’aise n’importe où et avec n’importe qui, du moment qu’il y avait assez à boire et à manger pour régaler tout le monde. Un bon vivant à l’état pur et Célia était de moins en moins perplexe de le savoir ami avec Meldan.

– Oh, pigeon, merle… j’ai dû confondre les ramages, s’amusa-t-elle à répliquer, une main devant la bouche dans une parodie de femme dans l’erreur.

Meldan croisa les bras.

– Pourquoi est-ce que mon humour te laisse généralement sceptique, et que celui d’Edharn, qui est pire, te fait rire ?, demanda-t-il, faussement vexé.

Elle minauda et papillonna des yeux du haut de son perchoir.

– Je ne sais pas, il doit avoir un don que tu n’as pas. Ou alors j’ai côtoyé trop de soldats et mon humour en sera perverti à jamais.

Elle se laissa alors descendre de sa branche, en une glissade élégante, une chute fluide et une réception parfaite. Elle se releva, une main sur la hanche.

– Ou encore je préfère d’autres qualités chez toi et je reste sceptique sur le fait que tu perdes du temps à essayer de me faire rire de la sorte.

Edharn rit et Meldan fit une moue.

– Je pense que je vais aller me recoucher, ce n’est pas mon jour, soupira le Kel’. Mon meilleur ami et ma fiancée ligués contre moi…

Célia s’approcha de lui et prit le temps d’un petit examen de son cher et tendre, torse nu, dans un léger pagne de combat, avec encore des traces de coups et de sueur. Elle leva un sourcil appréciateur.

– Ouh, on est d’humeur bougonne ?, dit-elle en se mordant l’ongle du pouce d’un air absolument pas sage. C’est dommage… Moi qui avait faussé compagnie à Ikti et à toute la troupe des femmes du village.

Meldan eut un sourire chaleureux, déjà de meilleure humeur.

– Vraiment ? Heureuse coïncidence. Il paraît que j’ai été un rustre de ne pas te montrer les sources chaudes…

Edharn se sentit soudain de trop. Vraiment. Il roula des yeux et gratifia son ami d’une tape dans le dos à décoller les poumons à n’importe qui d’autre et trouva la première excuse venue, genre, il avait soif, pour aller voir plus loin s’il pouvait éviter de servir de porte chandelle. Bon, d’accord, disons plutôt qu’il fuit au plus vite les deux tourtereaux, qui, aux regards qu’ils s’échangeaient, n’avaient besoin de personne pour leur tenir compagnie, bien au contraire.

 <- Chapitre précédent            Chapitre suivant ->

2 Comments

  1. “les poumons à n’importe d’autre ” -> n’importe “qui” d’autre.

    Edharn fait encore trop petit …. je veux une illu d’Edharn qui rende honneur à sa stature. c’est un OURS!!!!! XD

    Sinon, toujours aussi bien et prenant!! Mais je dois avouer que j’ai encore un peu du mal avec les nouveaux noms…. (ceeeeee qui me rappelle que j’ai jamais finit mes relectures moi…. oups…. >____< )

    • Vyrhelle

      16 mars 2019 at 13 h 02 min

      Il a pourtant des bras qui font deux fois ceux de Meldan. Mais c’est vrai que Meldan étant lui-même grand, du coup, Edharn ne fait pas aussi impressionnant. Je ferai surement un dessin croquis pour qu’on le voit bien dans toute sa stature. Genre debout à côté de Célia ? 😛

      Quant au nouveau lexique, je dois être la seule à m’y être faite. Même A. et C. ont du mal et pourtant, elles m’ont aidée à en trouver une bonne partie. Comme on est très habitués aux anciennes appellations, il faut un moment pour s’y mettre. Mais ça vient. Je commence même à connaître l’effet inverse et ne plus me rappeler des anciens termes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2019 Le temps d'un tango

Theme by Anders NorenUp ↑