Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

12 mars 983 – partie 3

Fidèle à sa promesse, Meldan emmena Célia grimper dans les arbres pour atteindre la canopée. Ce qui n’était pas dur avec une invitée qui se montrait extrêmement douée. Les premières minutes à lutter contre le vertige passées, Célia fit montre de beaucoup d’agilité et d’une souplesse toute féline. Il faut dire que plusieurs années dans les Forces Spéciales, plus sa tendance à être toujours très active et le fait non négligeable qu’elle était Commandeur, ça lui avait sculpté un corps d’athlète avec des réflexes indéniables. Elle était capable de prouesses avec une facilité déconcertante. Mais elle restait toujours aussi impressionnable et fascinée par des paysages nouveaux. Or la canopée en offrait un des plus incroyables.

– On dirait… une mer de feuillage ! Et pourtant, je n’ai jamais vu la mer autrement qu’en photo, rit-elle.

Mais plutôt que de verser dans des qualificatifs en tout genre, elle s’installa sur sa branche et resta à admirer le spectacle, à nouveau comme une enfant émerveillée. Meldan lui montra les secrets des hauts feuillages : les citernes d’eau qui alimentaient les “douches” et des réseaux d’eau “courante” dans les ifaës les plus élevés, l’Oisellerie, les postes d’observation… Mais il s’assura qu’ils aient la tête par-dessus les feuillages au moment du coucher du soleil. Tout pour faire oublier ses peines à l’Elam Evir en lui donnant de quoi se remplir la tête d’images nouvelles. Le coucher de soleil en fut donc le point d’orgue, laissant Célia plus rêveuse que jamais, mais aussi un léger brin mélancolique face aux couleurs du crépuscule. Elle s’était assise sur une large branche, adossée à un tronc qui montait encore plus haut vers le ciel.

– Il y a trois ans, les hélians m’ont piégée et j’ai été leur prisonnière. C’est de ce qu’ils m’ont fait pour avoir des informations sur mon pays et mes proches que me viennent ces cauchemars.

Meldan sentait que passer du temps avec Célia allait lui faire perdre l’amour qu’il pourrait avoir pour les hélians, même s’il aimerait toujours le pays.

– Je suis heureux que la Sundarî ne soit pas en guerre, dit-il. C’est un pays parfois fermé, avec ses défauts, mais il est pacifique et pour ça, je remercie le Seigneur Vert. La torture n’est pas quelque chose que je peux approuver, quelles que soient les circonstances. Surtout quand il existe des drogues capables d’obtenir des réponses sans briser les corps et les esprits.

Bien sûr, il se doutait que les prisonniers préféraient ne pas parler, mais combien cédaient sous les coups et devaient porter à la fois les stigmates de la torture et de la “honte” d’avoir cédé ?

– Oh, certaines les brisent, répondit Célia en regardant l’horizon. Elles les brisent si sûrement qu’on n’en reste marqué à jamais. Ça ne laisse juste aucune trace visible… Mais ça doit faire partie des règles de ce vieux jeu millénaire entre Stellaires et Quérulents.

Elle se redressa, avec quelque chose qui se voulait fier dans l’attitude.

– J’en ai réchappé. Ils n’ont pas réussi à me faire parler. Et je les ai presque tous tués pour ce qu’il m’ont fait. Il ne reste qu’Hyl’ioss. Et lui…

Elle eut un regard de haine pure.

– Lui, je lui réserve une fin à la hauteur de ce qu’il a osé me faire. A la hauteur de l’horreur du choix qu’il m’a demandé de faire. Dodiane n’était qu’un rappel à son bon souvenir. Je lui veux une mort lente… Une véritable agonie.

Meldan tendit la main pour prendre la sienne.

– Voulez-vous me dire pourquoi ? Le dire à voix haute ? Vous n’êtes pas obligée, mais si vous le désirez, je suis là.

Elle le regarda fixement, comme le jaugeant pendant de longues secondes. Meldan crut même qu’elle allait  se braquer et le rabrouer pour sa curiosité. Mais ensuite, elle changea d’attitude et sembla chercher une échappatoire, alors qu’elle se montrait bien moins sûre d’elle. Ses yeux se tournèrent vers les étoiles et s’immobilisèrent sur l’une des plus lumineuses alors que l’air d’une vieille comptine s’imposait à nouveau à son esprit meurtri.

– J’étais… enceinte quand ils ont commencé à me droguer… Ils le savaient.

Son visage se décomposa et elle cacha son regard dans sa chevelure.

– L’enfant n’a pas… Je pense que je n’ai pas besoin d’en dire plus.
– QUOI ?!

Meldan, qu’une arme EV n’avait pas fait tiquer, qui n’avait pas réagi devant une meurtrière fardenmorienne, qui était resté impassible et doux devant ses larmes et ses cauchemars, venait de perdre son calme. Il s’agitait, visiblement perturbé, et s’ils n’avaient pas été au sommet d’un ifaë, sur des branches peu larges, il aurait sûrement passer un moment à imiter un lion en cage.

– Comment oser… un enfant… toute vie est sacrée ! Je…

Ses yeux brillaient de larmes pour un enfant qui n’était pas né, dont il ignorait le nom, dont il ignorait l’existence à peine quelques secondes plus tôt.

– Je suis navré, Célia, je voulais être un support mais je suis bien incapable d’avoir des mots tendres alors que…, s’excusa-t-il.

Elle eut un bien maigre sourire. Alors que ses yeux aussi s’emplissaient de larmes, elle posa une main sur son bras.

– C’est le choix qu’Hyl’ioss m’a obligée à faire : trahir les miens ou sacrifier mon bébé.

Elle eut une grimace douloureuse.

– … Je n’ai juste pas imaginé que j’en sortirai vivante. Que je ne partirai pas avec lui… Alors je n’ai rien dit. Mais voilà, j’ai survécu.

Meldan serra son bras et puis, n’en pouvant plus, l’attira contre lui autant qu’il se serrait contre elle, dans une étreinte de réconfort qu’il arrêta vite, figé.

– Pardonnez-moi, Célia, je n’ai aucun droit…

Mais ce furent ses bras à elle qui vinrent alors entourer son torse tandis qu’elle enfouissait son visage dans le creux de son épaule.

– Surtout, ne vous excusez pas.

Meldan resta figé quelques instants de plus avant de se détendre et de la garder contre lui, pleurant en silence avec elle une vie qu’il n’aurait pas l’occasion de connaître. Alors que le soleil finissait sa course et que le ciel devenait noir, piqué d’étoiles brillantes qu’aucun nuage ne venait cacher. Célia était toujours dans ses bras quand les derniers rayons disparurent et elle ne savait pas si ça lui faisait du bien ou plus de mal encore. Parce qu’elle s’y sentait un peu trop bien. Elle finit par se redresser, sans réussir à le regarder.

– Depuis cet anniversaire où nous avons dansé, ma vie, ça n’a été que ça. Une succession de bonheurs trop vite brisés. Souvent avec violence. J’y ai perdu des gens que j’aimais, j’en ai eu le cœur trop souvent brisé. Au point que j’ai préféré vivre seule et isolée. Pour ne plus avoir personne à perdre. Ne plus souffrir.

Meldan secoua doucement la tête.

– Mais ce n’est pas vivre.

Il lui caressa doucement la pommette pour chasser une larme traîtresse.

– Je crois au Karma, Célia, cette loi qui met en balance toute chose, et après autant de malheurs, vous avez droit à un bonheur équivalent, et il viendra, il va vous trouver, pour équilibrer votre vie. Vous verrez.

Ses paupières s’étaient closes sous la douceur de la caresse et Célia ne semblait pas avoir la force de les rouvrir.

– … ou bien le Karma n’existe pas et à tenter d’espérer, je me retrouverai à nouveau au fond du gouffre parce que nous vivons dans un monde cruel. Alors aujourd’hui, je vis une heure après l’autre, mais je n’espère plus rien. Je me contente de rêves d’autres mondes pour ne pas voir à quel point je hais le mien.

Meldan aurait pu s’avancer et lui prendre un baiser à cet instant, pour lui prouver qu’elle avait tort, parce qu’elle était belle et fragile, sous la lumière de la lune. Mais il voulait qu’elle vienne à lui, qu’elle le choisisse, il voulait une Célia heureuse, et consentante, entière, qui l’embrasserait parce qu’elle le voulait. Pas parce qu’elle avait besoin de son aide.

– Il y a encore des choses à aimer ici, et je vous les montrerai, promit-il à la place.

Les paupières de la jeune femme se soulevèrent à nouveau et elle posa ses iris bleus sur les siens à la couleur inconnue derrière ses lentilles colorées.

– Et vous chanterez encore pour moi ?

Meldan sourit doucement.

– Tous les jours, si vous le souhaitez.

Il ne quitta son regard que pour regarder le ciel.

– Regardez, l’œil du Seigneur Vert est là.

Célia connaissait sous un autre nom l’étoile qui semblait briller avec la plus forte lumière juste au-dessus de la Sundarî, et savait qu’à Kadam Hel, ou à Golem, on lui donnait aussi d’autres noms encore, mais Meldan lui fit découvrir les constellations sundariennes et leurs légendes. Elle l’écouta sans un mot, attentive mais lointaine, se laissant porter par les récits autant que par le son grave et chaleureux de sa voix. Elle réalisait qu’elle venait de créer un nouveau lien avec quelqu’un et essayait de se convaincre que cette fois, peut-être, elle n’en souffrirait pas. Après un long moment, Meldan rit contre son oreille.

– Ne vous endormez pas, Célia, on est un peu trop haut pour cela.

Il était assis et elle était adossée à son torse, en train de s’endormir contre lui. Qu’elle était la dernière histoire qu’elle ait écoutée en entier ? Elle était incapable de le dire. Elle soupira en passant une main dans ses cheveux bouclés.

– Désolée. Je crois que je n’ai plus l’habitude d’être aussi au calme et en paix. Ça me joue des tours… Et j’en dis que vous trichez. Votre voix est traîtresse.
– Vous trouvez ?, demanda-t-il, un peu étonné. Mon neveu dit que j’ai une voix de vieux monsieur.

Célia ne put réprimer un rire qu’elle cacha derrière sa main.

– Oui, je trouve que c’est une voix très agréable. Mais ce n’est que mon avis de femme étrangère.
– Il est plus flatteur que celui de Gazill, alors c’est celui que je préfère, dit-il en souriant. Redescendons, vous avez un lit parfaitement acceptable qui vous attend.
– Oui, je ne me sens pas encore assez en osmose avec cet ifaë pour y dormir à la belle étoile, lança-t-elle avec cette petite pointe d’ironie qui lui était normalement si coutumière.

Elle se mit alors en mouvement, se mettant à descendre avec tout autant d’aisance que pour monter, mais avec plus de prudence, de ne pas y voir aussi bien. Meldan descendait avec la fluidité et l’aisance nées de l’habitude et il surveillait la progression de Célia avec attention. Ils arrivèrent sans mal sur les passerelles et rejoignirent l’ifaë, Meldan souriant à Célia.

– Bonne nuit, Célia. Voulez-vous…

Craignant d’être importun, il ne posa pas entièrement la question mais elle sut qu’il lui offrait à nouveau de dormir avec elle, dans le sens le plus littéral du terme.

– Oui, dit-elle sans hésitation avant même qu’il ne finisse sa phrase. Oui, répéta-t-elle ensuite avec moins de précipitation. Je sais que je peux vous faire confiance pour garder mon sommeil…

Elle avait repris ses propres mots. Car ils étaient terriblement justes.

– Vous me protégez des mauvais rêves.

Meldan lui sourit et l’accompagna, la laissant s’installer à son aise contre ou sur lui, n’ayant aucun problème à servir de coussin ou de doudou vivant. Elle choisit après quelques essais infructueux de se rouler en boule contre son flanc, la tête sur son épaule. Et malgré la douceur des températures sundariennes, dans sa quête d’une posture agréable, elle s’était emmitouflée dans au moins trois couvertures. Cette fois, Meldan s’était allongé, parce qu’il n’avait peut-être pas besoin de dormir mais il en avait envie, et il observa le visage blanc et paisible de Célia, jurant qu’avant longtemps, elle sentirait la chaleur de la Sundarî plutôt que le froid qui la tenait prisonnière.

Mars 983

Célia et Meldan passèrent encore deux jours dans le village de Lotëu avant que la jeune femme ne soit assez à l’aise à cheval pour débuter le vrai voyage. S’enfonçant un peu dans les terres, loin de la frontière, il s’engagèrent sur des routes étroites qu’ils n’auraient jamais pu prendre avec la Grande Dame de Célia. Dès les premières heures, l’Elam Evir s’étonna d’un rien. De la forme d’une feuille, des couleurs d’un papillon, de la hauteur d’un arbre. Même des parfums dans l’air, souvent sucrés ou capiteux. Contrairement à bien des visiteurs de la Sundarî, même s’ils n’étaient pas légion, elle ne se plaignait pas de la chaleur, voire même l’appréciait ouvertement. S’ajoutant à cela plusieurs nuits calmes et reposantes, elle affichait déjà un teint plus lumineux et des traits moins marqués. Avec sa chevelure libre et mouvante, son regard curieux de tout, elle avait l’air bien plus vivante. Ce qui fit que Meldan mit un point d’honneur à lui montrer les merveilles de son pays et ses secrets. Ils virent plus d’animaux sauvages en une semaine que Célia n’en avait vu de toute sa vie. Le sundarien lui montra comment reconnaître telle ou telle plante rare, aux effets précieux ou dévastateurs, comment siffler comme une bonne dizaine d’oiseaux différents, comment chasser des animaux aux goûts exceptionnels… Meldan lui offrait la Sundarî sur un plateau d’argent pour lui rendre son sourire et c’était un vrai succès. Célia était intéressée, curieuse, douée, agile, insatiable de connaissances et de découvertes, infatigable, une excellente partenaire de chasse autant qu’une compagne de route plus qu’agréable. Mais surtout les ombres dans ses yeux devenaient de plus en plus rares, ses sourires étaient de plus en plus éclatants. Ses rires plus encore.

– Meldan ?, demanda-t-elle un soir alors qu’ils étaient devant le fruit de leur chasse qui cuisait tranquillement. Pourquoi cachez-vous toujours la couleur de vos yeux ?

Meldan eut un mince sourire, cachant d’autres émotions.

– Parce que c’est le moyen le plus simple pour moi de cacher qui je suis. Lotëu le sait, j’aurai pu me passer de cet artifice, mais c’est devenu une habitude…

 

Il baissa la tête, ôtant les deux lentilles teintées qui masquaient ses iris, les rangeant avec précaution dans une petite boîte. Ça et la petite bouteille de liquide clair qui la complétait étaient les seuls objets Shaïness qu’il n’avait jamais possédés. Et quand Meldan regarda Célia, c’était avec deux yeux d’un bleu si clair qu’ils paraissaient blancs. Célia en resta bouche bée, les yeux ronds de surprise. Déjà parce que c’était un regard qui n’avait absolument rien de commun, il était fascinant. Mais surtout parce qu’elle le reconnut presque aussitôt. Elle s’approcha de lui, posant ses doigts sur son visage, l’air grave tout à coup.

– Alors c’était bien vous… Qui m’avez soignée…

Elle fronça un peu plus les sourcils.

– Dans ma fièvre… je me souviens de vos yeux… mais je ne voyais pas de visage.

Meldan eut l’air surpris.

– Vous étiez si peu cohérente que je m’étonne que vous ayez un quelconque souvenir de ces moments, dit-il. Et je ne peux prendre le crédit que de vous avoir emmenée à un médecin, j’ai bien peur d’être un piètre guérisseur.

Mais il l’avait veillée, en attendant le retour d’Edharn, parti trouver un Coureur Echo acceptant de se rendre à Fardenmor. Elle agita la tête, prise dans les quelques bribes de souvenirs qu’elle avait de cet épisode brumeux.

– Je me souviens de quelques sensations, des flash. Une main fraîche sur mon front, mon nez contre une fourrure… Des odeurs d’herbes. Et votre regard me fixant.
– La fourrure, ce n’est pas moi !, protesta Meldan. C’est Edharn qui continue de s’habiller comme un sauvage…, plaisanta-t-il.

Elle eut un rire.

– Je vous dois la vie, en fin de compte. Quand avez-vous donc décidé de devenir mon ange gardien à chaque fois que je mets les pieds en Sundarî ?
– Quand ? Mmh… je ne sais pas. Quand j’ai dansé avec vous, peut-être. Ou ce n’est pas de mon fait, juste le hasard. Et le Karma.

Le sourire de la belle rousse s’élargit et même son nez se retroussa légèrement.

– Vous tenez vraiment à me faire croire à vos histoires de Karma, hein, Meldan.

Elle eut un rire bref puis elle le fixa avec un regard qui laissa comme un frisson agréable dans la nuque du Lo’kindjaleph.

– Il faudra que nous dansions à nouveau ensemble alors.
– Justement, je pensais m’arrêter dans un village que l’on atteindra d’ici quelques jours, l’informa Meldan. Les meilleurs instruments du pays y sont fabriqués et ils ont d’excellents musiciens. Pas un soir ne passe sans musique…

Il lui sourit.

– Vous verrez, je vous ferai croire au Karma.

Le rire de l’Elam Evir s’éleva alors à nouveau sous les feuillages des hauts arbres de la jungle sundarienne.

– En attendant, je ne comprends pas pourquoi vous cachez vos yeux. Ils sont pourtant magnifiques, finit-elle par avouer avec un air fasciné.

Meldan eut une expression surprise, puis secoua la tête.

– J’oubliais que vous n’aviez jamais mis les pieds en Sundarî auparavant. Je pense ne pas me tromper en affirmant que vous ne vous y étiez jamais intéressée non plus ?

Il sourit devant le haussement d’épaule de Célia.

– Si je ne mets pas ces lentilles, nous perdrons le doux anonymat que nous avons eu dans chaque village que nous avons traversé. Il n’y a qu’une seule Dynastie dans tout ce Royaume, dans tout le Cratère, même, qui possède cette couleur spécifique d’iris.

Il lui fit une révérence outrancière qui trahissait à quel point il ne prenait pas au sérieux ce qu’il allait lui dire, et à quel point il espérait que ça ne changerait rien.

– Prince Meldan Sundar, frère cadet de l’Impératrice, pour vous servir.

Célia cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Puis une troisième fois beaucoup plus longue histoire de faire bonne mesure.

– Vous êtes… Ok, là, mon frère va me tuer.

Meldan pencha la tête sur le côté.

– Je… dois admettre que je ne m’attendais pas à cette réponse. Pourquoi ?

Elle fit la moue en commençant à tricoter des doigts.

– Pour faire simple, disons que mon frère est un politicien né. Il est fait pour ça. Et que moi, pas du tout ? Des années qu’il essaye de m’apprendre les dynasties fardenmoriennes, les rangs et les noms… En pure perte.

Elle leva un air de sale gosse vers Meldan, un sourire allant d’une oreille à l’autre.

– Imaginez sa tête si je lui dis que je côtoie un prince impérial sundarien depuis plus d’une semaine et que je n’ai pas percuté avant qui il était ? Alors qu’il m’a sûrement appris un jour le coup des yeux pour la dynastie Sundar… Mais que comme d’habitude, je n’ai rien dû écouter…

Le rire de Meldan éclata, si tonitruant et franc qu’il fit s’envoler un couple d’oiseaux.

– Et bien, en ce qui me concerne, ça m’arrange, et je préférerai que tout le monde vous imite !

Il lui fit un grand sourire.

– Peut-être qu’un jour, je pourrai raconter ce détail à votre frère, et le voir s’étrangler d’indignation…

Célia redevint aussitôt plus sérieuse.

– Oui, peut-être. Si je trouve le courage d’aller le revoir.

Meldan sourit, sachant très bien ce qu’il avait demandé. Il croisa les bras derrière la tête.

– Et bien, je me disais… une fois que nous aurons vu les Terres Arc-en-Ciel, ce serait dommage de faire demi-tour et de refaire le même chemin à l’envers, alors pourquoi ne pas continuer vers le nord, à travers les Terres Astrales ? Vous savez que je n’ai presque jamais vu la neige, et jamais de tempête ? Et de là, les Terres Informelles et leurs aléas, et puis après, ce n’est que logique que de continuer vers le Nord, pour éviter le Front, et nous voilà à Fardenmor. Si d’ici là vous avez envie de revoir votre frère, nous serons juste à côté, et sinon, nous redescendrons par transporteur, pour aller chercher votre moto…

Il manquait la dernière étape classique à tout voyage, à savoir, rentrer chez soi. Mais pour Meldan ? Ren…trer ? Quel drôle de mot… Célia, elle, semblait surtout surprise par la révélation des projets de Meldan.

– Je n’avais pas envisagé un aussi grand périple. Mais si vous arrivez à me supporter jusqu’à Fardenmor… Oui, peut-être que j’aurai trouvé assez de paix pour affronter ce que j’ai laissé là-bas.

L’ombre dans ses yeux en disait bien plus long que ses mots. Son sourire s’était assez affadi pour trahir à quel point retourner chez elle serait difficile. Meldan savait qu’il n’avait fait que la moitié du chemin, et encore. Ils mangèrent leur dîner et s’allongèrent pour la nuit, Célia toujours contre le Lo’kindjaleph qui reprit ses balades. Il commençait à savoir lesquelles Célia préférait et chantonna ce soir-là les favorites de l’Elam Evir pour l’endormir doucement.

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8 Comments

  1. Et bien moi, très sincèrement, j’ai une petite préférence pour Meldan. J’adore son apparence, le mix peau mate/yeux clairs c’est un must, la sophistication de son look, bijoux, coiffure … et puis j’aime surtout son côté jouisseur sensuel, sans compter la façon dont il apprivoise Celia : Respectueuse. Après comme je ne connais pas l’univers de Priax, peut-être qu’en réalité c’est un enfoiré 1ère catégorie, mais bon … laissons-moi rêver un peu, dans ce décor onirique en plus c’est facile

    • Vyrhelle

      10 mai 2018 at 15 h 05 min

      Ah ah ah ! Oui, dans l’univers de Priax, ça pourrait en être un… donc peut-être que oui, peut-être que non. Vous verrez bien 😛
      En attendant, j’ai pas mal mis en avant son côté plus exotique. Même s’il l’est moins que des personnages comme Loteü. Tango avait cet avantage de présenter des ethnies très diverses, bien plus que dans un univers de fantasy classique. Et c’était un vrai défi pour moi qui suis très axée “elfes”. Ça change et ça fait du bien !

  2. Bah pourquoi? Sean il fait pas dans la guimauve et la mignonitude…. ça m’étonne de lui ça dit donc…. 😛

  3. Elle fut la moue en commençant à tricoter des doigts. -> tu l’apprendras un jour le “fit”, j’y crois!!! 😛

    Meldan, sale gosse. J’aime cette partie de leur histoire. Ils sont mignons! ^^

    • Vyrhelle

      5 mai 2018 at 1 h 46 min

      Nan, je suis irrécupérable <_<; Et oui, ils sont mignons tout plein. Peut-être un peu trop d'ailleurs, parce que j'ai pas rechigner à contrebalancer ça avec l'intrigue du côté de Sean pour éviter la surdose de guimauve XD

      • J’aime bien Meldan … mais je préfère Sean 😣, j’attends toujours qu’ils se retrouvent 😄

        • Vyrhelle

          6 mai 2018 at 23 h 35 min

          Ah, si on suit encore tout ce qui se passe du côté de Sean, c’est bien que leurs histoires vont se recroiser… Mais paaaas tout de suite.
          Après si j’en dis plus, ça va un peu trop spoiler 😛 ( et je préfère Sean aussi, mais shuuuut )

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