Le temps d'un tango

Fanfiction par Vyrhelle et A. Conroy

8 septembre 982

Phoenix, la Capitale fardenmorienne. Le Vieux Quartier Est.

Quatre heures du matin.

La porte du salon de la sinistre demeure dynastique des Moonshade s’était ouverte pour laisser entrer le dernier et seul héritier de la lignée. En silence, Sean avait allumé la lumière, plissant les yeux. D’abord devant le changement de luminosité mais ensuite, mécontent, devant la trace qu’il venait de laisser sur le mur. Il avait oublié que son bras droit était souillé jusqu’au coude d’un sang majoritairement sec – mais visiblement pas totalement – et avait laissé une marque rougeâtre sur le papier peint. Le Démon ferma la porte derrière lui et commença à se défaire de ses différents holsters, puis ôta la veste à capuche qu’il portait toujours lors de ses descentes dans les bas-fonds de la ville. Le Shaïness la souleva devant les yeux, avant de la jeter vers une corbeille au fond de la pièce. Une veste ruinée, une fois de plus.

– Tu sais, Ian, si tu continues à entrer chez moi par effraction quand je ne suis pas là, à attendre comme un psychopathe sur mon canapé que je rentre, je vais finir par me poser des questions.

Sean n’attendit même pas que son invité importun ne réponde, même s’il l’avait remarqué dès qu’il était entré et aussitôt royalement ignoré. Il avait rendez-vous avec du savon, le reste, Roi ou pas, attendrait. D’autant qu’il avait déjà une assez bonne idée de ce que son royal ami d’enfance voulait lui dire. Ou plutôt lui répéter. Encore. Ian ne se fatigua même pas à bouger de son siège, sirotant son soda dans un verre immense à l’effigie très visible de la chaîne de fast-food McMohan. Il eut un reniflement dédaigneux.

– Tu pues l’alcool. Comme je te connais assez pour savoir que tu ne l’as pas bu, tu t’es roulé dedans ou un tonneau t’est malencontreusement tombé dessus ? Ça couvre un peu l’odeur habituelle du sang, remarque.

Sean n’était encore dans la pièce que parce qu’il avait remarqué qu’après sa main laissant des traces sur le mur, c’étaient ses chaussures qui laissaient d’autres genres de traces sur son sol, et qu’il n’avait pas l’intention de ruiner le plancher ancien. Il était donc en train de les enlever quand il envoya une réponse froide à Ian.

– Tu pues la graisse. Et je te préviens, la prochaine fois que tu fais entrer ces horreurs de fast-food chez moi, je te jette par la fenêtre. Maintenant, je vais aller prendre une douche. Mais je t’en prie, continue ton sermon, tu as l’air lancé, ce n’est pas comme si j’avais besoin de l’entendre, je commence à le connaître par cœur.
– Le connaître par cœur ? Première nouvelle, parce que si c’est le cas, tu n’en as visiblement pas grand chose à faire.

Ian, s’accouda au dossier du canapé en observant son ami se débarrasser de ses affaires. Aussi bien vestimentaires que nobiliaires.

– Mais va, va prendre ta douche. Au moins, je sais que pendant ce temps, je n’aurai pas à rallonger la liste des morts à ton actif.

Déni

Quant à la menace de le passer par la fenêtre, Ian espérait que Sean la mettrait à exécution. Ça permettrait au jeune homme,  à défaut de remettre les idées en place à un certain Démon, de calmer ses propres nerfs. Parce que là, Ian n’avait aucune envie de rire. Sean eut un reniflement de dérision mais ne se donna pas la peine de répondre, disparaissant du salon. Il ne revint que vingt bonnes minutes plus tard, portant un simple pantalon noir assez lâche, enroulant avec méthode des bandages autour de son ventre, plusieurs compresses plaquées sur son estomac et contre ses côtes.

– Termine, Ian, que je puisse aller me coucher, dit-il d’un ton las.

Ian avait posé son verre vide sur la table basse et n’était plus sur le canapé mais devant une des hautes fenêtres du salon qui donnaient sur le jardin. Le jeune roi n’avait jamais beaucoup aimé la demeure familiale des Moonshade, mais de nuit avec un Sean qui faisait encore sa tête de… de Démon caractériel, c’était pire. Il tira un des lourds rideaux pour s’épargner la vue des ténèbres extérieures et se tourna vers son ami.

– Aujourd’hui, tu étais attendu au palais, Sean. Tu te souviens ? Ton rôle officiel de Duc d’Umbras ? Celui de bras droit du Roi, de protecteur… Pas celui d’éboueur de la pègre locale. Ce rôle que tu oublies un peu trop souvent depuis quelques mois.
– Je n’ai rien oublié, Ian, et je me souviens très bien t’avoir dit que je n’y serais pas. Le rôle officiel, comme tu le dis, ne m’intéresse pas. La signification du Duc d’Umbras a toujours changé selon les générations. Bras droit, conseiller politique, commandant en chef de la garde, et j’en passe… Je prends juste un autre aspect, un qui ne m’oblige pas à paraître à la Cour. Moins j’y suis, mieux je me porte.

Il termina son bandage, lequel maintenait en place les compresses imbibées d’onguent qui devait soulager les bleus et contusions récoltés, et Sean passa une chemise qu’il ne prit pas la peine de fermer.

– Tu as terminé ?

Ian resta aussi impassible qu’immobile.

– Tes “commandos” et mes Gardes n’ont pas réussi à arrêter l’assassin hélian cette fois. J’ai dû m’en charger moi-même, en pleine cérémonie. Est-ce que tu commences à cerner le problème, Sean ?
– Oui, tes gardes sont plus incompétents que je ne le pensais, répondit Sean avec sérieux. Je m’occuperai d’eux, et de mon unité, demain.
– Tout comme mon père attend des comptes de ta part à la première heure demain matin, compléta Ian, l’air toujours fermé. Tu as des devoirs envers la Cour en tant que Moonshade et mon père semble déterminé à te le rappeler.

Puis, pour la première fois depuis le début de la discussion, Ian sembla se montrer plus humain, soupirant en plantant ses mains dans les poches de son jean et regardant le plancher.

– … Tu vas juste réussir à te faire tuer, Sean.

Le jeune Démon resta silencieux, puis soupira.

– Ian, tu t’inquiètes trop. Il faudra plus que quelques délinquants pour me tuer. Je ne suis pas suicidaire, contrairement à ce que tu essayes de sous-entendre.

Il n’était pas idiot, il savait très bien ce que Ian redoutait.

– Je n’ai jamais eu et n’aurai jamais le talent politique qu’avaient Théodor ou ma mère. Je ne suis pas fait pour la Cour. Tu n’aimes pas ça non plus, pourquoi t’acharner à vouloir m’y traîner ? Je suis ton bras droit, pas ton chien de garde.

Ian haussa les épaules d’un mouvement qui trahissait un peu son manque d’assurance. Il avait gagné en maturité sur pas mal de points en trois ans, mais tout ce qui concernait Sean le laissait encore assez hésitant. Parce que c’était important à ses yeux et qu’il craignait de faire une erreur. Son ami était devenu tellement instable…

– Tu es aussi mon ami, Sean. Et là, je te perds de plus en plus pour des bandits que tu élimines à tour de bras et qui seront remplacés demain par d’autres, peut-être plus capables.

Sean observa Ian. Depuis leur enfance, le Démon n’avait jamais vraiment su cacher quoi que ce soit à l’Archange, même après le voyage de formation secrète du jeune roi à Kadam Hel, qui les avait séparés pendant cinq ans.

– Tu es pénible, Ian, dit-il, sans aucune véritable animosité.

Sean était fatigué, il voulait aller se coucher, pas avoir une discussion à cœur ouvert, mais il ne pouvait pas non plus regretter que le jeune monarque se fasse du souci pour lui. Il savait qu’il n’était pas un modèle de stabilité, mais sans Ian… Sans Ian, ça aurait été bien pire.

– Tu ne me perds pas, idiot. Je sais ce que je fais, assura-t-il.

Mais vu que c’était au moins la cinquième fois sur les trois derniers mois qu’ils avaient une conversation semblable, il était clair que Ian avait du mal à y croire. Le Phénix s’approcha du Duc d’Umbras et après avoir laissé filer pas mal des arguments qui lui brûlaient les lèvres, les sachant inutiles de les avoir rabachés, il posa une main sur l’épaule de son ami et soupira.

– On se voit demain au palais, de toute façon. Parce que… l’invitation de mon père n’est malheureusement pas optionnelle.

Le jeune Archinoble, du haut de ses presque dix-neuf ans, fixa son ami qui n’avait, mine de rien, que trois ans de plus. Mais qui à cet instant faisait plus vieux. Comme souvent, depuis ce maudit printemps 980, il faisait beaucoup plus vieux. Une dernière tape sur l’épaule et Ian quitta les lieux, la tête basse et pas l’air bien convaincu d’arriver un jour à faire entendre raison à un ami qui se voilait la face.

Sean le laissa partir sans un mot. De son avis, Ian dramatisait. Il n’était pas suicidaire, il n’était pas dépressif, il ne passait pas ses journées à se morfondre dans une chambre noire à ressasser. Il avait de la rancœur, oui, de la colère et de la haine, mais il n’était pas du genre à en oublier d’avancer. Il avait fait payer à De Casotti et toute sa Dynastie d’avoir osé se dresser contre lui, il s’était vengé et s’il ne pourrait jamais récupérer ce qu’il avait perdu… Il pouvait trouver comment vivre sans. Secouant la tête, il quitta le salon pour rejoindre son bureau. Il ne dormirait plus cette nuit, c’était inutile d’essayer.

28 février 983

Phoenix était encore sous la neige en cette dernière nuit de février. Depuis des semaines, un épais manteau blanc faisait la joie des plus jeunes et râler ceux qui devaient se rendre au travail en affrontant les routes verglacées. Mais les klaxons agacés dans le centre-ville et sur le contournement de la ville attendraient encore plusieurs heures. L’aube était encore lointaine, et la majorité de la ville était endormie quand ceux qui étaient réveillés étaient rarement des gens fréquentables.

Un bruit agaçant et incessant tira le jeune monarque de son sommeil. Ce qui devait être un crime de lèse-majesté, parce que Ian n’était couché que depuis environ deux heures. Il lui fallut un certain temps pour ouvrir un œil, se rappeler qu’il était rentré du Front pour quelques temps et qu’il n’était donc pas sous sa tente de commandement, mais bien au palais, à Phoenix, sans officier pour répondre à sa place à ce maudit truc… et durant tout ce temps, la sonnerie du téléphone retentissait dans sa chambre sans s’interrompre. Un téléphone privé, plus personnel encore que la ligne dans son bureau, un téléphone dont seules trois personnes avaient le numéro et ce fut bien la seule raison qui fit que l’engin ne termina pas broyé sous un poing d’Archinoble. La main du Shaïness avait quand même émergé des couvertures pour chercher à tâtons l’immonde machin bruyant qui s’obstinait à ruiner sa nuit. Une fois saisi, Ian glissa le combiné jusqu’à son oreille et soupira. Il n’avait pas encore ouvert les yeux.

– Mmmoui ?, marmonna-t-il sans conviction.

Il entendit d’abord un soupir qui semblait venir de loin. Soit son interlocuteur était loin du combiné, soit Ian tenait le sien à l’envers. Ce qui était fort probable.

– Ian.

La voix de Sean était claire et distincte, bien trop réveillée pour une heure pareille, et il avait un ton peu assuré que Ian ne lui avait jamais entendu. Ou alors, pas depuis plus de douze ans.

– Sean ?, demanda pourtant Ian qui comatait toujours. Je te jure que si c’est pour te venger de la rayure que j’ai fait sur ta moto, je te le ferai payer. Cher. Mais alors très cher…

Ce ne fut qu’alors que Ian percuta la bizarrerie qu’il avait inconsciemment noté quand Sean avait parlé. Il fronça les sourcils en remettant le combiné dans le bon sens.

– Sean… Qu’est-ce que t’as fait ?

Sean ne releva même pas la mention de sa moto rayée. C’était une preuve en soi qu’il appelait pour une raison importante, parce que ses deux dernières conversations avec Ian, dont une par lettres reçues sur le Front, ne parlaient que de ça.

– Ian, j’ai besoin…

Si Sean demandait de l’aide – parce que cette phrase avait de grandes chances de finir comme ça – alors on passait de raison “importante” à “grave”, voire “catastrophique”. Le Shaïness ne demandait pas d’aide. Ordonnait parfois à son unité naissante de l’accompagner, certes, mais demander ? Et à Ian, en prime, alors qu’il lui maintenait mordicus depuis bientôt trois ans qu’il allait très bien et qu’il n’avait besoin de personne ?

Jamais.

Ça, ajouté au ton de sa voix, entre indécision et… Ian aurait dit remords, ce qui était totalement improbable… Non, tout ça n’était pas bon.

– …de toi, conclut finalement Sean.

Pas forcément mieux… Au moins, c’eut le mérite de réveiller Ian plus efficacement qu’une douche froide. Il se redressa dans son lit, l’air grave des situations importantes sur le visage avant de se pincer l’arête du nez en grommelant quelques récriminations que personne n’avait besoin de comprendre. Puis il se mit à se lever et à chercher de quoi s’habiller tandis qu’il se remettait à parler intelligiblement.

– Bordel, Sean… Bon, j’arrive. Tu es où ?

Sean eut un autre soupir, et cette fois, Ian identifia clairement le sentiment derrière : du soulagement. Soulagé que Ian soit là, soulagé qu’il ait décroché, qu’il accepte de venir…

– A la frontière Est du quartier Rouge.

Évidemment, le quartier le moins sûr de tout Phoenix, où il fallait être majeur pour mettre les pieds, ne serait-ce que parce que la prostitution y était autorisée. Et que le concept même de loi y était très, très vague.

– Prends une voiture, conclut Sean avant de raccrocher.

Sean n’eut donc pas la joie d’entendre à quel point vivre sur le Front avait diversifié le registre d’insultes de son ami. Parce qu’il en avait un sacré stock en réserve et qu’il se retrouva habillé, traversa les différents couloirs du palais et se mit au volant d’une des voitures de fonction du parking royal, qu’il n’avait toujours pas fini de les grommeler toutes. Et accessoirement, il avait eu son permis que depuis peu et ne manqua pas de passer un peu trop près d’un pilier en quittant les lieux. Ce fut un retour en force des grognements alors que Ian était heureux de ne pas avoir pris une des voitures de Sean…

Ce fut une vieille et massive Buig Rivera noire à la portière passager joliment rayée qui se mit alors à arpenter avec lenteur les premières rues du quartier Rouge, tandis que Ian cherchait dans le moindre recoin sombre, le responsable de cette virée nocturne.

**Sean ? T’es là ?**, demanda le Shaïness qui regrettait déjà son lit et tentait un lien télépathique pour régler ça au plus vite.
**Le bar ‘Dark Lights’**, répondit sommairement Sean. **La rue qui passe derrière.**

Ian ne mit pas longtemps à retrouver les néons violets du bar, alors qu’il était passé devant en arrivant dans le quartier. La ruelle derrière était peu éclairée et juste assez large pour deux voitures. Peut-être pas avec la massive Rivera, d’ailleurs, mais le trafic étant quasi-inexistant, il aurait été malchanceux de croiser quelqu’un.

Sean était adossé à un des murs, immobile, son visage faiblement éclairé. Il fumait, et un Sean avec une cigarette n’était jamais un Sean qui allait bien. Ian prit le temps de grommeler encore un peu, par principe déjà, et par envie, ensuite, alors qu’il arrêtait la voiture le long d’un maigre trottoir, éclairant Sean de la lumière des phares. Il coupa le contact et sortit sans grand enthousiasme, relevant le col de son manteau doublé avant d’enfoncer sa tête dans ses épaules et ses poings au fond de ses poches, tout en s’approchant de son… ami. Si, si, c’était un ami, sinon, Ian n’aurait jamais sorti un orteil de son lit cette nuit-là pour venir se les geler dans une ruelle sombre d’un quartier qualifié, très ironiquement pour ce mois de février, “de chaud”.

– Sean…, soupira Ian, plus inquiet que fâché en fin de compte. Qu’est-ce qui s’passe ?

Sean releva la tête vers Ian et le Shaïness put immédiatement remarquer les traces de sang. Pas celui du jeune Moonshade, non, plutôt comme une projection l’ayant atteint, laissant des gouttes et des traînées de sang sur son épaule, son cou et la moitié de son visage. Sauf qu’il en fallait généralement bien plus pour déranger Sean. Ian l’avait vu retirer des bouts de chair de ses chaussures avec seulement une grimace pour l’état du parquet.

– J’ai tué quelqu’un, répondit Sean.

Là encore, malheureusement, rien de nouveau. Sean tuait fréquemment, depuis l’assassinat de Théodor Moonshade et encore plus depuis le duel au Dernier Sang contre De Casotti. Beaucoup de petites frappes, des trafiquants et des bandits, des membres de la pègre de Phoenix dont il se faisait progressivement maître. Vraiment pas de quoi le déstabiliser, ou le forcer à appeler Ian à trois heures du matin.

Sean eut un mouvement de menton, et tournant son attention dans la direction indiquée, Ian remarqua alors la neige tâchée de sang, puis complètement rougie. Il remonta les traces du regard pour découvrir la forme sombre d’un corps dans l’ombre du local à poubelles du bar. Maintenant qu’il savait où regarder, il put distinguer une silhouette plutôt fine et déterminer qu’il s’agissait sûrement d’une femme.

– Elle n’avait rien fait, laissa échapper Sean.

Ça, en revanche, c’était une première. Sean n’avait jamais tué quelqu’un qui n’avait pas, selon ses propres critères, encouru le couperet de la justice. Toujours des criminels, toujours des gens en voulant au Royaume ou au Phénix, des dangers pour Ian, ou pour lui-même. Toujours des intrigants aux mains sales. Ian s’était donc figé devant le corps sans vie, avant de lever les yeux au ciel pour se calmer. Raté. La Symbiose fit vibrer les lieux mais c’est un poing bien physique qui s’abattit sur la mâchoire de Sean et l’envoya voler à plusieurs mètres de là.

– Abruti, siffla-t-il en essayant de retrouver un peu de calme de s’être enfin libéré de l’envie de plusieurs mois de transformer en fresque murale son ami en chute libre.

Sean resta au sol, pas sonné, même pas blessé d’avoir utilisé Cosmos par pur instinct dès que Ian avait bougé trop près de lui. Mais il resta assis par terre, dans la neige, soupirant.

– Je l’ai mérité, reconnut-il, ce qui était déjà un progrès. Je pars en vrille, Ian. Si j’ai pu tuer quelqu’un, pas pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il serait capable de devenir… Si j’en suis vraiment aussi loin… Ian, je refuse de devenir mon père.

Il refusait de se mettre à craindre âme qui vive, de ses serviteurs aux Ombres alliées à sa famille, à combattre non pas des ennemis pour leurs actes, mais pour ce qu’ils pourraient potentiellement faire ou devenir. Théodor Moonshade avait succombé à cette paranoïa maladive, au point qu’il s’était mis à avoir peur de son propre fils. Une peur qui l’avait mené à la colère puis à la haine. Ironique, quand Sean aurait pu être la plus mortelle et la plus efficace des armes à son service. Car malgré leurs désaccords, Sean n’avait jamais été rien d’autre que loyal envers son père et son héritier avant tout, incapable de se retourner contre lui. Sauf que Théodor en était venu à attenter à sa vie et que Sean s’était découvert un instinct de survie plus aiguisé que sa fidélité pour un père empli de haine.

– Ian, aide-moi, demanda-t-il finalement après un long silence, admettant en deux mots ce qu’il avait refusé de voir durant des mois.

Ian ne bougea pas durant un long moment, observant un Sean comme il ne l’avait encore jamais vu : à terre. Mais qui était enfin honnête avec lui-même. Ian sembla hésiter, mesurant déjà les tenants et les aboutissants du cirque dans lequel il allait plonger la tête la première pour Sean. Et déjà il faisait un pas et se retrouva bientôt agenouillé devant cet ami, une main sur sa nuque pour le forcer à le regarder bien en face.

– Ça va aller, Sean.

Puis d’un sourire en coin timide, Ian eut bientôt un sourire plus marqué.

– Faut bien quelques avantages à me supporter comme ami, non ?

Il redevint ensuite plus sombre, la main toujours rivée sur la nuque de Sean, comme un point d’ancrage, un signe de soutien.

– Une chose à la fois. On fait le ménage. Ensuite, on va chez toi faire le point. Parce que crois-moi, là, on va sérieusement discuter.
– Oui, je m’en doute.

Sean se redressa avec l’aide de Ian et ils s’occupèrent déjà du corps.

D’ordinaire, les cadavres des malfrats et autres pourritures que Sean éliminait, il n’avait aucun scrupule à les laisser pourrir sur place jusqu’à ce que la police tombe dessus et ne s’en occupe. Les autorités de la ville mettaient alors ces meurtres sur le dos de guerre de gangs ou de règlements de comptes et fermaient les dossiers sans ciller. Personne pour pleurer ou regretter ces morts. Mais cette fois, c’était différent. Parce que cette femme n’était pas comme eux, pas encore assez impliquée dans les affaires louches de la capitale, commençant juste à étendre sa toile, à peine remarquable par la pègre, jamais remarquée par les autorités… Là, il y aurait eu enquête. Des questions posées, des conséquences pour le quartier Rouge, une attention de la police là où elle n’était pas voulue. Bien sûr, même dans cette situation épineuse, Sean savait faire en sorte de ne pas être impliqué. Jamais il n’aurait été incriminé. Sauf que pour ce meurtre-ci, il aurait dû. Il avait tué au-delà de ce que son rôle et son rang l’autorisaient à faire. Il avait fait le pas de trop et en prenait à présent conscience. Après des mois sur le fil du rasoir, des mois à se voiler la face, il savait qu’il devait s’arrêter, immédiatement, où il allait basculer et devenir lui-même l’un des hommes qu’il condamnait. Non, il ne voulait à aucun prix suivre la voie criminelle de son père.

Chute libre

Pourtant, quand Ian le vit soulever le corps sans vie de la jeune femme pour le mettre dans le coffre, le jeune homme blond put se demander quel pourcentage de la décision qui avait coûté la vie à cette pauvre femme était dû à la force morale de Sean, à ses convictions, et quel pourcentage appartenait à la robe de soie noire et aux longs cheveux auburn de sa victime, cheveux qui se mêlaient, sans distinction de couleur, avec le sang qui maculait une peau très pâle. Ian préféra le regarder faire en silence, puis se mit au volant de la voiture. Quand Sean monta à son tour, il mit le contact, toujours sans un mot, et ils quittèrent les lieux alors que la neige recommençait à tomber. Ils sortirent de Phoenix et trouvèrent un lieu isolé, un peu boisé, pour enterrer le corps. Le nom de la malheureuse viendrait bientôt s’ajouter à la liste des quelques disparitions annuelles inexpliquées.
Les lueurs de l’aube éclairaient timidement les environs quand les deux amis d’enfance rentrèrent en fin de compte à la demeure Moonshade et s’installèrent au salon. Ils étaient seuls. Sean avait depuis longtemps congédié tous les serviteurs qui y officiaient quelques années plus tôt, ne laissant l’entretien de la demeure qu’à quelques Khyans de manières épisodiques.

– On devra brûler la voiture, dit platoniquement Ian alors qu’il servait un verre d’alcool fort à Sean.
– Pas une grande perte, répondit Sean en avalant le verre cul-sec. Les Rivera de ce modèle ont toutes des problèmes de carburateur.

Cette ridicule information technique resta la seule phrase prononcée pour encore quelques minutes, le temps d’un second verre et d’un moment de répit.

– Merci d’être venu, dit finalement Sean en observant le fond de son verre. Tu aurais eu le droit de refuser.
– Ouais, je l’aurais eu, répondit un Ian qui leva les bras pour mettre les mains derrière sa tête et observer le plafond. Sauf que t’aurais fait la même chose pour moi. Tu l’as déjà fait d’ailleurs. A plusieurs reprises… On avait quoi, la première fois, pas plus de 7 et 4 ans ?

Le Shaïness baissa alors les yeux sur Sean et afficha un air plus doux.

– Tu es plus qu’un frère pour moi, Sean. Je ferai tout ce qui sera nécessaire. Toujours.

Sean avait un mince sourire alors qu’il observait Ian à travers le cristal fin de son verre. Frères était une faible définition. Il savait d’expérience que la famille n’avait rien à voir avec les liens forts qu’il avait avec l’autre Shaïness. Mais il comprenait le sentiment. Il avait décidé que protéger Ian était son devoir alors qu’il avait cinq ans passés, et Ian tout juste trois, et n’avait pas changé d’avis depuis. Il aurait dû se rendre compte, depuis le temps, que le jeune Farden pensait sans doute la même chose. Ian abandonna le fond du fauteuil pour s’avancer et se servir aussi un verre.

– Alors j’espère que maintenant, tu vas arrêter de faire semblant de m’écouter.

Ian baissa les yeux au sol.

– D’accord, j’ai pas perdu ce que tu as perdu. J’essaie de me mettre à ta place mais j’ai l’impression de tout faire à l’envers depuis des mois, alors que je veux juste t’aider.
– Je ne suis pas très doué pour recevoir de l’aide, concéda Sean. Mais je suis prêt à écouter. Pour de bon. Combien de temps restes-tu à Phoenix ?

La question eut le mérite de faire revenir les expressions plus délurées et habituelles du jeune homme blond.

– C’est l’hiver, Sean, il n’y a rien à faire sur le Front et mon père le sait que trop bien. Ma mère le sait que trop bien. Et Erei le sait encore plus. Uuuun mois ! Un long mois entier au palais, pleura-t-il. Ils ne m’ont pas laissé le choix. J’ai un conseil tout à l’heure, un autre dans deux jours, trois réunions avant la fin de la semaine. Et pire que tout…

Ian eut alors un regard de supplique théâtralement incomparable.

– Il y a un bal, samedi prochain !

Il en réprima un frisson avant de redevenir plus sérieux.

– … et si tu commençais par revenir montrer le bout de ton nez au palais ? Histoire de…

Sean savait que, pour le coup de main de cette nuit-là et parce que Ian s’était escrimé depuis des mois pour lui faire entendre raison, son ami aurait très bien pu lui ordonner de rentrer au palais. Que Ian transforme cet ordre potentiel en suggestion était une preuve supplémentaire que le Shaïness était d’une nature facile à pardonner, envers ses proches. Trop facile, parfois.

– Je n’ai pas entraîné mes hommes moi-même depuis des semaines, et ils n’ont pas l’habitude de me voir plus de deux jours d’affilée, dit-il finalement. Ça changera un peu.

Ian retint mal un ricanement avant de reprendre une gorgée de son verre.

– Ils vont adorer le changement…

Pour ensuite faire une grimace plus douloureuse.

– Sean… je sais que je vais me maudire de le faire… Mais je dois savoir. Tu continues à prendre des nouvelles d’elle, n’est-ce pas ?

Sean le foudroya immédiatement du regard, toute camaraderie envolée.

– Non. Tu n’as pas à savoir, tu n’as même pas à demander. Maudis-toi et garde ces questions pour toi, à l’avenir.

Il se leva, abandonnant son verre sur le guéridon.

– Je vais reprendre figure humaine, je te vois demain au palais.

Avant que Ian ne puisse parler, il continua :

– Bonne nuit, Ian.

Sean déserta le salon. Ian se contenta alors de se lever et laisser derrière lui la pièce puis la demeure sans se retourner, abandonnant verres et voiture à brûler au bon soin du Démon. Car rentrer au palais à pied à la lueur du petit matin hivernal lui parut être une bonne idée. Pour réfléchir et faire le point. Au moins, une chose était certaine, parler de Célia était une très mauvaise option pour apaiser Sean. Si pour certaines personnes, parler permettait de crever l’abcès, ce n’était visiblement pas le cas de son ami. En même temps, avec un peu de recul, Ian se traita d’idiot. Sean étant ce qu’il était, il avait forcément cherché à savoir ce qu’était devenu Célia. Sauf que même avec son influence de Duc, même avec l’énorme réseau de relations qu’il s’était constitué, son ami n’avait pas dû en apprendre plus que quiconque à Fardenmor ou même dans tout le Cratère. Car Célia était une dangereuse ombre insaisissable qui rôdait et frappait sans prévenir dans tout Kadam Hel. Un fantôme fou de vengeance qui ne laissait personne l’atteindre pour tenter de l’arrêter de quelque manière que ce soit… Sur le Front, Ian avait eu l’occasion de parler avec le Général Exclésiasth et le Capitaine Eagle, les anciens supérieurs de la tireuse d’élite qui avait marqué à jamais le cœur de Sean. Et tout ce qu’on pouvait apprendre sur Célia, c’est qu’aux dernières nouvelles, elle était peut-être encore vivante. Un Colonel hélian avait encore été abattu d’une balle à tête rouge, tout juste une semaine avant que Ian ne rentre à Phoenix. Mais quant à savoir où elle était, comment elle survivait, si elle était en bonne santé ou non… Personne ne pouvait même avancer la moindre hypothèse. Desdémone l’avait trop bien formée et les Aigles l’avaient trop bien entraînée. Tout ça alors qu’elle errait comme une ombre vengeresse, volontairement seule, dans un pays où sa tête était mise à prix pour une somme de plus en plus exorbitante. Elle était sans doute recherchée par tous les Stellaires de l’Empire capables de tenir une arme. De fait, Sean devait vivre avec l’idée que d’un jour à l’autre, il allait apprendre que la femme qu’il aimait était finalement tombée…

Ian arriva au palais après presque une heure à traîner des pieds dans les rues grises qui s’éveillaient à peine, et tout ce qu’il trouva à faire, ce fut de regagner son lit et s’y laisser tomber sans même se déshabiller. Par conséquent, il passa le début de cette journée dans un brouillard flou, journée qui avait démarré si peu de temps après son deuxième coucher qu’il n’était même pas sûr de s’être endormi. Il savait qu’il avait assisté à un conseil. En revanche, pouvoir répéter ce qu’il s’y était dit… probablement pas.

– Avec cet air réveillé et ce regard à faire peur, c’est un miracle que tu n’aies pas encore marché droit dans un mur, persiffla Sean, subitement à ses côtés, comme s’il avait toujours été là.

Un Moonshade en habits de cour, qui portait l’insigne de sa famille sur ses vêtements et la bague de son rang à sa main, lavé et rasé de près, comme s’il n’avait pas été debout, lui aussi, toute la nuit. Certaines choses étaient injustes et le regard de Ian, qui aurait dû être assassin et incisif d’accusations, ne fut que blasé et peu convainquant. Il renifla ensuite son dédain face à l’injustice de la situation – les Démons, c’est cheaté, tout le monde le sait ! – et se passa les deux mains de haut en bas sur le visage pour le laisser avec une sorte de grimace meurtrie de martyr au sommeil écourté.

– Je te jure que si le téléphone sonne encore une fois au milieu de la nuit, ce sera pour apprendre à voler, grogna-t-il alors qu’ils arrivaient au bout du couloir qui les menait à la salle à manger. Je crois que je préfère encore le clairon du Front.

Il fit ensuite une drôle de grimace.

– Hein ? Non mais je raconte quoi, moi ? Rien n’est pire que le clairon du matin ! Et tout ça mérite un café ! Double !

Sean secoua la tête.

– On va surtout aller déjeuner avant ton après-midi chargée.

Merci de lui rappeler ce petit détail.

– Libre à toi de noyer ton repas dans le café.

Ian soupira de plus belle, le dos voûté et la mine déconfite… jusqu’à ce qu’il passe la porte pour accéder à la dite salle à manger où les attendaient déjà Farden père et mère. Là, Ian sembla avoir laissé sa place à son Incarna tant il devint … royal. Rien de quoi surprendre Sean, cependant, c’était un tour de force dans lequel Ian était passé maître depuis bien des années. Mais ça restait toujours impressionnant de le voir passer de “Ian” à “Sa Majesté” en un claquement de doigt.

Il s’avança jusqu’à Madeleine, que seuls lui et Sean pouvaient appeler Maddie, et fit un baisemain parfait à la Régente-Mère puis salua le Régent-Père comme il se devait. Aucune fausse note, aucun faux-pas à prévoir, Ian savait tenir son rang. Le haussement de sourcil du père ne fut donc pas à l’adresse du fils, mais bien d’un jeune Duc qui avait brillé par son absence depuis quelques temps. Sean s’inclina autant qu’il le fallait, ni moins, ni certainement plus.

– Votre Majesté, dit-il sobrement.

Tant que le Régent ne faisait aucune remarque orale, Sean n’avait certainement pas l’intention de parler. Il n’était pas un enfant qui se justifiait pour une bêtise. Et le père de Ian de se rappeler parfaitement que la dernière fois qu’il avait parlé à Sean, c’était pour lui remonter les bretelles quand à son absence au palais lors d’une des dernières tentatives d’assassinats sur Ian… Ce qui avait fait littéralement disparaître le jeune homme durant plusieurs mois. L’ancien souverain était assez sage pour ne pas faire deux fois la même erreur, surtout quand le jeune Moonshade semblait vouloir reprendre de bonnes habitudes.

– Je suis heureux de vous voir, Sean, dit-il au contraire.

Son épouse, avec laquelle il avait dû discuter du cas du jeune Duc, s’avança d’un pas.

– Vous nous avez manqué, Sean, annonça-t-elle avec un sourire un peu amusé alors qu’elle prenait ensuite place à table.

Et ce fut tout. Les Farden ne firent aucune remarque, aucun reproche et la conversation tourna autour des affaires courantes du palais, de quelques articles de journaux et de plus rares potins mondains. Un repas classique avec la famille royale dont Sean avait su prendre l’habitude depuis qu’il était devenu ami avec Ian. La seule différence fut bien la consommation de café de ce même Ian, car Sean, lui, semblait n’avoir jamais quitté le palais. Il était au courant des derniers événements importants, plaisanta avec la Reine sur un article récent, discuta avec Farden des dernières affaires… Au moins, quand il rattrapait son absence, il ne le faisait pas à moitié. Et ce soir-là, n’importe qui aux oreilles baladeuses, qu’il fut courtisan, serviteur ou même espion, aurait pu témoigner du fait que le Duc d’Umbras était toujours au plus proche de la famille royale et des soucis de la capitale.

– Puisque nous parlons de distractions…, dit-il pour clore un sujet militaire avec Farden. Maddie, j’espère que vous m’accorderez une danse au bal de cette semaine.

Oui, Ian avait bien entendu, Sean venait de s’auto-condamner à venir audit bal. Il essayait vraiment de faire amende honorable. Maddie en fut la première perplexe durant peut-être un quart de demi-seconde avant de sourire plus largement.

– Mais vous n’y échapperez pas, mon jeune ami. Vous savez bien que la question est inutile. Tant que vous n’aurez pas de cavalière officielle à quelque bal de la Cour que ce soit, vous me devrez systématiquement une danse.

Elle tourna son visage amusé et souriant vers son fils.

– Il en va de même pour toi, Ian.

Le jeune homme de pas encore vingt ans réussit à ne pas soupirer avant de lever le nez de son assiette.

– Personne ne peut rien vous refuser voyons, mère.

Adieu plans d’esquive, fuite à l’autre bout du pays et disparition inexpliquée… Merci Sean ! Un Sean qui lui envoya un regard par en-dessous, du genre “Tu ne croyais quand même pas que tu allais me traîner au palais ET parvenir à m’y laisser seul, tout de même ?”.

– Et c’est ce qui vous rend si redoutable, ajouta-t-il pour Maddie, n’ayant aucun scrupule à la flatter un peu.

Elle avait Ian pour fils, elle le méritait. En réponse, elle se contenta d’un sourire complice, car elle avait une tendresse toute particulière pour le jeune Duc solitaire, et accessoirement orphelin, qui s’était dévoué dès le plus jeune âge à veiller sur son roi devenu ami. Une tendresse plus marquée encore depuis plusieurs années alors que les aléas de la vie semblaient vouloir s’acharner sur lui. Mais si Maddie ne faisait jamais l’erreur d’une curiosité mal placée, elle n’en restait pas moins une mère qui voyait bien des choses. Le retour de Sean au palais était donc un véritable soulagement et elle espérait que cela annonçait enfin des temps meilleurs pour lui.

– Je sais, se contenta-t-elle de dire avant de s’essuyer les lèvres d’une serviette, signe qu’elle avait terminé de déjeuner. Mais n’oubliez pas, jeunes gens, pour le bal, le thème de la soirée sera Ven’Sakuraï : à l’ombre des cerisiers.

Farden-père de compléter les propos de son épouse.

– Nous recevons un ambassadeur de Shen Ming et sa famille.

Il essayait de le cacher, mais l’homme ne semblait pas particulièrement enthousiaste. Mais comme les deux jeunes Nobles n’étaient pas certains d’avoir déjà vu le roi Régent enthousiaste, aussi ne s’en inquiétèrent-ils pas trop. A la place, Sean tourna la tête vers Ian avec un fin sourire.

– Comment est ton Ven’Sakuraï ?, demanda-t-il dans la langue officielle du royaume de Shen Ming, sans la moindre trace d’accent.

S’il avait été élevé à la Shaïness avec une pointe de tradition Elam Evir, Sean connaissait toutes les langues Nobles et était capable de se fondre dans la masse dans n’importe lequel des grands Royaumes. Mais il n’avait pas vraiment la carrure As’Corvaz, ni l’apparence Lo’kindjaleph. En revanche, il faisait un excellent Ven’Sakuraï et c’était la Maison de l’Air Céleste qu’il connaissait le mieux en dehors de la sienne. Ian, lui, baragouina un truc pas très intelligible durant une petite seconde avant de se rappeler où il était, et surtout avec qui, et donc de se racler bientôt la gorge pour répondre avec un accent atroce.

– A travailler…, avoua-t-il en sachant pertinemment que Sean allait donc profiter de l’occasion pour ne plus lui parler QUE Ven’Sakuraï jusqu’au bal. La semaine allait être longue…

Chapitre suivant (à venir) ->

2 Comments

  1. Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!!! Ils m’avaient manquééééés!!!
    Un début épic, qui annonce la couleur!!!

    Les illus sont vraiment chouettes!!! On voit la différence avec les pures digitales, mais sont tout aussi sympa!!
    La suiiiiiiiiite!!!! <3

    • Vyrhelle

      10 mars 2018 at 4 h 20 min

      Oui, ça annonce la couleur ! Toute l’intrigue autour de Sean et Ian est un gros ajout qui a été fait il y a peu. Il n’est d’ailleurs pas encore tout à fait fini sur la partie 2 du livre, mais d’ici à ce que la partie 1 soit publiée en entier, j’aurai terminé ce qui manque. Mais en gros, c’est tout un passage qui manquait réellement à mes yeux dans l’intrigue générale de Tango. Et qui va permettre de mieux expliquer certains choix des personnages plus tard.
      Quant aux images, je crois que j’ai eu une belle période d’overdose de digital qui a entraîné un vrai retour au crayon, avec lequel je m’amuse beaucoup plus. Sur la BD d’Arcea déjà, mais sur Tango aussi du coup. Peut-être que j’aurai encore une autre technique pour le livre 3, qui sait ?

      En tout cas, la suite est prête 3:) mais faudra attendre un peu 😀

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