Le temps d'un tango

Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

Avril 983

Alors que le soleil printanier restait de plus en plus longtemps dans le ciel limpide, et que ses rayons chauds traversaient la canopée de manière de plus en plus marquée, le duo de voyageurs arriva dans le village des musiciens sundariens après quelques jours de trajet supplémentaires. Meldan avait retrouvé l’anonymat de ses lentilles et Célia, son attrait pour toute nouveauté tandis que leur venue fut l’excuse pour tous de donner un air festif à l’endroit. Les villageois n’attendirent même pas le crépuscule pour sortir leurs instruments et emplir le village de musiques variées. Des discrètes depuis presque toutes les plates-formes des ifaës durant la préparation du repas mais ensuite, des plus rythmées particulièrement appréciées par les enfants, autour d’un grand feu allumé au niveau du sol. Puis des plus savantes mais toujours enjouées, pour les adultes, une fois les premiers partis se coucher dans les hauteurs. Meldan tendit bientôt la main à Célia.

– Dansez avec moi ?

Elle répondit en prenant la main tendue et en se levant.

– Avec plaisir.

D’abord un peu hésitante, de n’avoir pas dansé depuis une éternité, Célia reprit très vite ses marques. Surtout que, comme il n’y aurait ni tango, ni valse en Sundarî, elle put se laisser aller à des danses plus exotiques sans nostalgie ni remords. Elle en retrouvait tous les plaisirs, dans un élan bien plus sain qu’avec Sean mais bien plus maîtrisé qu’avec Frédéric. Il ne fallut pas une heure pour qu’elle en vienne à rire et montrer toute son habileté dans des danses qui lui étaient pourtant inconnues quelques minutes plus tôt. Car elle dansait à en faire pâlir de jalousie plus d’une As’Corvaz, alors que tout le monde savait à quel point cette famille de noblesse mettait un point d’honneur à la pratique de la danse. Quant à Meldan, il était le partenaire parfait, connaissant chaque danse et improvisant pour laisser la place aux mouvements que sa partenaire ajoutait, gracieux dans sa gestuelle, instinctif pour s’accorder aux siens… ils formaient un duo que beaucoup applaudirent ou regardèrent danser pour le plaisir des yeux.

Cela dura un bon moment. Mais peu à l’aise de trop attirer l’attention sur elle, contrairement à la Célia de Phoenix, elle finit par s’arrêter.

– Allons trouver quelque chose à boire. Et je meurs de faim, avoua-t-elle en riant à moitié.

Elle n’était pas aidée par les odeurs de viande grillée qui flottait tout autour d’eux. Comme chaque soir, le village faisait cuire une grande pièce de gibier, un des animaux pris durant une chasse commune. Libre d’accès à tous, c’était un repas offert gratuitement, pour que même les visiteurs de passage, même le Khyan le plus pauvre, ou le plus mauvais cuisinier, le plus mauvais chasseur, puisse manger à sa faim quoi qu’il arrive. Meldan alla découper de belles parts de viande, sachant quels morceaux étaient les plus goûteux, et rapporta assiette et verre d’eau claire à Célia. Elle n’était déjà plus essoufflée alors qu’ils avaient dansé plus de deux heures durant. Mais elle accueillit quand même le dîner avec envie. Le verre d’eau d’abord, mais la viande suivit de près et disparut assez rapidement de l’assiette de l’Elam Evir, qui savourait la soirée autant que son repas.

– J’adore cet endroit ! C’est incroyable… Il semble si bon y vivre…

Elle avait un air rêveur, peut-être s’imaginant vivre ainsi pendant quelques temps. De danse, d’un peu de chasse et d’eau fraîche. Ça n’avait tellement rien à voir avec tout ce qu’elle avait vécu. C’était simple, franc, généreux et sans arrière-pensée. Elle en reposa son assiette dès qu’elle fut vide et entraîna Meldan à nouveau sur la piste de danse, presque enivrée. Meldan, lui, savait que la Sundarî n’avait pas que de bons côtés, avait évité avec applications les villages de puristes qui prendraient mal la présence d’une ettelëa, d’une étrangère comme Célia. Il avait aussi fait quelques détours pour contourner les lieux trop dangereux, mais il avait ses raisons, et le sourire et l’entrain de Célia en étaient deux des principales. Bien loin de se douter de tout ça, Célia montrait les côtés les plus vivants de sa personnalité. Elle allait tellement mieux que quelques semaines plus tôt. Elle commençait à se sentir revivre, et ce, sans avoir l’impression d’être totalement dépendante de quelqu’un. Meldan était là, présent, en soutien si nécessaire, mais il la laissait réapprendre à avancer seule. Avec lui, elle ne se sentait pas comme une enfant en quête d’un père parti trop tôt. Ni d’une jeune fille perdue. Non, elle ne mettait pas encore de mots sur ce qu’elle ressentait mais elle devenait une femme à part entière.

Célia adorait la Sundarî. Elle découvrait un monde de couleur et de parfums. Un hymne à la vie qui l’aidait à renaître de ses propres cendres. Et ce, avec un compagnon de route qui lui offrait tout ce dont elle avait besoin. Bientôt, il restait très peu de Meldan qu’elle n’avait pas vu. Elle l’avait vu pleurer pour son bébé perdu sur le toit de la Sundarî, l’avait vu rire plus souvent qu’à son tour, en colère, amusé, fatigué même, alors qu’il revenait tâché de boue et avec un sourire en disant qu’il préparait “une surprise”, soucieux, embarrassé, même un peu ivre, une fois dans un village… Elle n’avait pas non plus besoin de beaucoup d’imagination pour tout ce qui était physique : le Lo’k semblait vivre torse nu la moitié du temps. Et, pour le reste, après une averse torrentielle qui les surprit tous les deux, leurs vêtements étaient si collés à leur peau qu’il aurait pu tout aussi bien ne rien porter. Malgré tout, Meldan était hilare.

– La douche, version sundarienne !, rit-il, alors qu’ils trouvaient un abri de fortune, les cheveux plaqués sur son visage.

Célia riait tout autant alors qu’elle essayait de secouer ses vêtements de toute l’eau qui les recouvrait, les rendant lourds et collants. Avec ses cheveux roux devenus sombres et presque raides hormis quelques boucles collées à son visage et son cou, elle avait des airs de chat tombé dans une rivière.

– C’est… surprenant. Et ça tombe souvent comme ça, d’un seul coup, sans prévenir ?
– C’est même la norme, mais ce n’est pas la saison. Non, là, c’est une petite surprise pour nous dire qu’on ne s’est pas lavés depuis trop longtemps !

Le cheval de Meldan s’ébroua juste après que le Lo’k ait fini d’essorer ses cheveux, le forçant à recommencer.

– Heureusement que mes fontes sont huilées, je dois avoir quelques habits secs…

Célia s’était mise à essorer ses cheveux, désespérant déjà du temps qu’il allait falloir pour les discipliner après ça. Mais ses gestes se ralentirent bientôt alors qu’elle avait les yeux qui s’étaient attardés plus que de raison sur quelques détails, disons intéressants d’un Meldan de dos. Elle en resta un peu idiote, la tête inclinée sur le côté à vouloir sans doute essorer ses cheveux mais oubliant de bouger pour le faire. Elle eut droit à absolument tous les détails qu’elle aurait pu vouloir puisque Meldan entreprit d’ôter sa chemise et son pantalon trempés pour en passer un sec et rester torse nu – ses cheveux détremperaient une autre tunique immédiatement.

Célia en resta toute idiote.

Sous une pluie sundarienne

Toujours immobile, elle avait les yeux rivés sur Meldan sans même réaliser qu’elle devait être dans la même posture depuis bien une bonne grosse minute, tenant encore ses cheveux torsadés pour être essorés, mais finalement gouttant allègrement sur sa propre tunique. Enfin, sa robe, enfin, ce qu’il en restait vu qu’elle était si collée à l’Elam Evir qu’elle n’avait plus vraiment de forme sinon celles de la jeune femme qu’elle moulait totalement. Meldan finit par se retourner, moins indécent mais toujours pas correct, l’eau gouttant de ses cheveux et soulignant ses muscles alors qu’elle glissait sur son torse.

– Je dois avoir une tunique assez longue si vos fontes ne… Célia ? Il y a un souci ?
– Hein ?

Elle réagit enfin et le mot cramoisi n’était pas de trop pour décrire la couleur qu’elle prit alors. Elle se retourna même très vite, retournant s’essorer les cheveux, secouer sa tunique, vérifier l’état de ses fontes et voir si les champignons étaient jolis de ce côté-ci…

– Non, rien. Rien. J’étais dans la lune… oui, c’est ça la lune.

Meldan eut un lent sourire.

Aah ?

– Rien de mal à ça, c’est un bel astre, dit-il, souriant.

Célia finit le nez dans ses ô combien intéressantes fontes, essayant de ne pas repenser à ce qui venait de se passer. Et vira aussitôt à nouveau au cramoisi. Parce que plus elle essayait de ne pas penser à ce Meldan ruisselant… Rhaaaaa, plus justement, elle y pensait. Elle réussit à trouver de quoi se changer, une tunique qui n’était pas trop humide et se concentra sur cette tâche. S’habiller. Oui, c’était nécessaire là…

Meldan jugea que ce n’était qu’un échange de bons procédés d’observer le dos de Célia alors qu’elle se changeait. Un dos fin et pourtant bien dessiné d’une femme athlétique, à la peau si claire qu’elle lui rappelait l’aspect du lait, et si fine que ces cicatrices n’en étaient que plus visibles sans pourtant l’enlaidir. Meldan n’avait pas osé demander d’où elles venaient, se doutant que si elle en gardait la trace, c’est qu’elle avait de sérieuses raisons. Elle était belle, c’est tout, et il souriait encore de son allusion subtile de tantôt.

– La pluie ne cessera pas de sitôt, vous n’avez pas froid au moins ?

Célia tourna son air de chat mouillé vers Meldan alors qu’elle avait bien changé de tunique mais qu’elle était déjà presque aussi mouillée que la précédente. Merci les cheveux bouclés Avonis.

– … et pas question de faire un feu, hein ?

Meldan rit et lui tendit la main.

– Je crains que le bois ne soit un tout petit peu trop humide.

Elle hésita devant cette main tendue. Elle ne l’aurait pas fait autrement, habituée à dormir près de lui, le côtoyant depuis des semaines. Mais là, il y avait eu ce petit quelque chose de différent. En plus, il ne portait pas ses lentilles, alors qu’ils voyageaient depuis plusieurs jours en dehors des routes balisées et des villages. Quand elle prit sa main, elle n’avait pas du tout son attitude habituelle.

– Meldan…

Et elle ne trouva rien d’autre à dire. Elle était à nouveau cramoisie. Meldan referma doucement sa main autour des doigts de Célia et l’attira lentement contre lui.

– As-tu froid, Célia ?, demanda-t-il doucement, la tutoyant pour la première fois, posant mille questions à travers cette simple phrase.

Elle ne réussit pas à répondre, plongée comme elle était dans ses yeux si clairs et à nouveau sous le charme de sa voix grave. Elle eut un mouvement léger en avant, aussitôt suivi d’un mouvement arrière.

– Je… je ne sais pas, réussit-elle à articuler alors qu’elle se sentait comme la créature la plus stupide des environs.

Meldan caressa doucement sa main mais ne tira pas, ne vint pas à sa rencontre et elle sut que ce serait à elle de traverser ce dernier pont, que le Lo’kindjaleph ne prendrait rien qu’elle ne lui ait déjà offert.

– C’est déjà mille fois mieux qu’un oui, dit-il avec un sourire qu’il n’aurait jamais que pour elle.

Elle en rougit de plus belle, se maudissait elle-même d’être aussi prompte à réagir au moindre détail. Elle regarda sa main sur la sienne, c’était moins piégeant que ses yeux et son visage encadrés de ses cheveux mouillés. Mais finalement, alors qu’elle se sentait enfin un peu plus calme, elle releva les yeux. Elle souriait d’un air qu’elle n’avait encore jamais eu.

– Il ne fait froid que lorsque tu n’es pas là, Meldan.

Mais elle ne fit pas ce dernier pas. Pourtant son expression avait bel et bien changé. Meldan serra sa main dans la sienne.

– Bientôt, tu auras chaud, jura-t-il. Même si je ne suis pas là.

Il lui sourit.

– Bien que je n’ai aucune intention de partir.

Elle baissa les yeux et eut une expression plus douce. Un peu hésitante aussi puis presque douloureuse.

– Alors promets-moi de rester. Surtout ne m’abandonne pas.

Meldan l’attira un peu plus près pour pouvoir plonger dans son regard, sans qu’ils soient pour autant trop près.

– Je vais tout faire pour que tu sois capable d’être seule, Célia. Tu es une lionne, tu ne peux rester à marcher sur deux pattes en pensant trouver en moi celles qui te manquent. Je veux que tu puisses marcher seule, puis courir, sauter, chasser, filer comme le vent. Et ainsi, quand je resterai à tes côtés, ce sera en égal, en partenaire, pas parce que tu as besoin de moi mais parce que tu veux de moi, et que je veux de toi. Alors je resterai, aussi longtemps que tu voudras de moi, promit-il.

Elle en resta comme figée. Elle le regardait avec étonnement et pourtant, plus ce qu’il disait faisait son chemin dans son esprit, plus elle réalisait qu’il n’avait que trop raison. Elle avait souffert jusque là d’être totalement dépendante des gens. Sean, Frédéric, Nathan et même son père. Elle s’approcha de Meldan et posa sa tête contre son torse, pensive, mais à l’aise cette fois d’être tout contre lui. Finalement, elle ne rougissait plus, mais les yeux qu’elle leva ensuite vers lui étaient ceux d’une femme. Quant à son sourire, il n’était ni candide, ni innocent mais pas non plus avide ou concupiscent.

– Je crois que je commence à comprendre mes erreurs.

Meldan sourit, bien aise avec sa compagne contre lui, à l’abri de la pluie qu’ils regardaient tomber, dans une petite niche à l’écart du monde.

– Et c’est le premier pas, dit-il, son bras autour de ses épaules.

Elle passa les siens autour de lui, glissant ses mains sur cette peau plus matte que la sienne mais toujours pâle pour un sundarien. Sur ses muscles bien dessinés sans être trop marqués. Elle s’en mordit discrètement la lèvre.

– Quel est le second ?

Meldan lui fit un sourire tendre même si elle vit ses yeux s’attarder quelques secondes sur ses lèvres.

– Ne pas les refaire. Et vivre.

Elle fixa le bleu clair de ses iris, rapprochant un peu son visage du sien.

– … et ne plus avoir peur d’aimer ?

Meldan opina légèrement.

– L’amour fait parfois mal, mais c’est un cadeau, c’est un fait indéniable. C’est quelque chose dont il ne faut pas avoir peur, Célia. C’est naturel, une part infinie de chacun et le plus beau présent qui soit entre deux personnes.

Elle posa ses doigts sur les lèvres du prince sundarien pour qu’il se taise. Le son de sa voix était toujours aussi envoûtant, peut-être plus encore en cet instant, mais elle ne voulait plus le voir comme un professeur attentionné.

– Meldan, est-ce que tu m’aimes ?
– Oui, dit-il, le mot simple mais sûr, comme une vérité immuable.

Il put alors voir le sourire de Célia s’élargir lentement alors qu’elle s’approchait un peu plus de lui, son souffle sur ses lèvres.

– Alors, je crois que j’ai un présent pour toi, souffla-t-elle.

Elle effleura alors ses lèvres, prenant le temps d’en découvrir la saveur comme un fruit nouveau, et y succomba bien vite. Fermant doucement les yeux sous ce délice sundarien. Meldan glissa une main douce dans ses cheveux, sur sa nuque, alors qu’il l’embrassait avec la même tendresse, la même patience. Célia n’avait vraiment embrassé que trois hommes dans sa vie et, une fois de plus, ils n’avaient rien à voir les uns avec les autres. Trois flammes distinctes. Fred, celle qui avait rendu la lumière à sa vie, et avait failli l’éteindre à nouveau en mourant ; Sean, le feu passionné, destructeur, auquel on se brûle jusqu’à se faire mal… Meldan était le feu dans l’âtre, sûr, durable, auquel on se réchauffe le corps et l’âme après une longue journée dans le froid, et près duquel on peut rester longtemps sans craindre d’être blessé. Cette sensation fit que Célia perdit toutes ses défenses. Ces barrières qu’elle avait soigneusement dressées unes à unes après chacune de ses blessures. Elle en prolongea d’autant plus ce baiser, incapable de s’en lasser. Elle sentait son cœur engourdi se mettre à bondir dans sa poitrine comme s’il renaissait à la vie. Elle en avait le souffle court mais les âmes apaisées. Elle se sentait à sa place. Meldan paraissait parfaitement satisfait de juste rester là à l’embrasser, rien d’autre, durant de longues minutes, des heures si elle le voulait. Il lui avait dit qu’il refusait de se rendre indispensable à son bien-être, indissociable d’elle, et ça voulait dire ne pas aller plus loin avant d’être certain qu’elle était de nouveau entière, elle-même, guérie, forte et heureuse. Et c’était aussi bien. Célia n’était pas encore prête à brûler toutes les étapes. Au contraire, elle voulait prendre ce temps offert. Réapprendre à vivre et à aimer en demandait. A aller trop vite avec Sean, elle en avait payé très cher les conséquences. A aller trop lentement avec Fred, elle l’avait perdu trop tôt. Apprendre de ces erreurs voulait dire pour elle, être raisonnable. Mais sans se priver de ses envies et ses rêves. Or Meldan était son nouveau rêve. Elle finit par poser son front sur le sien, le souffle court sur ses lèvres chaudes. Les yeux ouverts sur ceux de son sundarien. Elle ne dit rien pendant un instant. Une minute offerte à son esprit pour qu’il s’apaise.

– Ikti a gagné son pari, on dirait… Parce que je t’aime, Meldan Sundar.

Elle vit la légère surprise dans les yeux du sundarien, puis le pur plaisir que sa simple phrase avait provoqué. Un cadeau, en effet.

– Ikti a toujours été terriblement romantique, je ne suis pas surpris, dit-il, embrassant rapidement les lèvres de Célia avant de se contenter de la garder contre lui. Mais je suis heureux qu’elle ait eu raison.

Elle en soupira d’aise, alors qu’elle se fondait contre lui avec bonheur.

– Moi aussi.

Elle se réchauffait à son contact et en ferma les yeux.

– Il va pleuvoir encore longtemps ?

Meldan opina, aimant soudainement encore plus la pluie que d’ordinaire.

– Au moins une bonne demi-heure, peut-être plus, répondit-il.

Elle soupira d’aise et ajusta les bras de Meldan autour d’elle.

– Tant mieux. Et peut-être qu’avec un peu de chance, le jour sera alors trop avancé pour continuer notre route pour aujourd’hui.
– Je te découvre du totem du koala, sourit Meldan.

Célia avait découvert ces animaux ici, avec lui, avec leur bouille adorable et l’impression de faire des câlins permanents à leurs arbres.

– Mais parfaitement, répliqua-t-elle sans bouger d’un pouce. Je suis assez douée pour zoomorpher en plusieurs animaux au choix, moi, monsieur le sundarien.

Elle leva un nez arrogant.

– Et aujourd’hui, c’est koala. C’est tout.

Meldan rit et embrassa ledit nez.

– Va pour le koala, ce n’est pas comme si je me plaignais.

L’averse dura encore près d’une heure et Meldan n’eut aucun problème à dresser leur camp au même endroit pour la nuit. Après tout, leurs chances de trouver un autre abri sec étaient minimes. Il retrouva Célia, perchée sur une haute branche, observant les alentours malgré la pluie. Elle souriait, amusée par la vue d’il ne savait quel animal ou plante. Mais Meldan sut quand elle ramena son visage dans sa direction qu’elle ne le regarderait plus jamais comme avant et que c’était terriblement agréable parce qu’il ne pouvait avoir aucun doute : elle était heureuse. Meldan s’autorisa l’orgueil d’en être fier, de prendre cette victoire comme la sienne.

– Après le koala, te voilà singe, sourit-il. La vue est-elle belle ?

Elle eut cette expression absolument carnassière qu’il allait devoir apprendre à connaître.

– Tout à fait superbe.

Elle avait remonté une jambe sur la branche et s’y était accoudée, toisant Meldan de haut. Ou plus tôt le dévorant des yeux pour être plus exact, sans la moindre vergogne. Meldan rit.

– Me voilà flatté.

La rejoindre ne prit qu’une seconde et un battement d’ailes, et il s’accroupit sur la branche en face d’elle. Elle avait failli être très mesquine pour le coup, très tenté de parler du magnifique buisson fleuri derrière Meldan, mais s’était retenue. Parce que la vue était toujours aussi belle mais que c’était loin d’être une question de décor, maintenant qu’il était face à elle. Elle se mordilla un doigt, bien consciente qu’elle était transparente quand à ses envies. Meldan sourit et la rejoignit pour un baiser chaste.

– Pourquoi cette envie soudaine de monter aux arbres ?
– Et pourquoi pas?, dit-elle appréciant l’absence d’une quelconque pression de la part de son compagnon.

Elle leva les yeux vers la canopée.

– En fait, je crois que le ciel commence un peu à me manquer. La jungle est superbe, mais j’ai de plus en plus l’impression d’être dans un lieu clos. Je viens d’une région de plaines et de vallons. Je suis montée pour avoir un peu plus de ciel. Même si avec cette pluie, il n’est pas très bleu.

Meldan sourit.

– Je nous ai ramenés sur la grande route. Encore deux bonnes semaines, moins si on va un peu plus vite, et on quittera la Sundarî. Les Terres Arc-en-Ciel sont arides, on ne manquera pas de ciel.
– Tant mieux. Je ne voudrais pas me gâcher le voyage à cause d’une simple mauvaise sensation naissante.

Elle lui rendit alors son sourire en redescendant son attention sur lui.

– Après ça, nous quitterons ton pays pour un bon moment. Pas de regret ?

Le Lo’k secoua la tête.

– Jamais si je peux l’éviter. La Sundarî sera encore là dans un mois, dans un an, dans un siècle. Je pars mais ce sont mes racines, je ne suis jamais vraiment loin.

Célia eut un sourire plus doux.

– Je comprends. Même si je sens que mes racines sont bien moins profondes. Mais apparemment ta dynastie est bien plus vaste que la mienne. Ça doit jouer.
– C’est aussi très sundarien. Nous portons avec nous des graines d’Asmodée, qui proviennent de l’Arbre du Mouvement. Chaque fois qu’un sundarien se rend dans un nouvel endroit, il plante une graine, pour que les racines de l’Arbre s’étendent à travers tout le Cratère. Nous ne sommes jamais vraiment seuls.

Célia offrit un air surpris et un regard curieux.

– Je l’ignorais. Mais je trouve ça très beau comme coutume. C’est bien à l’image de ton peuple… Tu en as donc sur toi ?

Meldan hocha la tête, tirant une petite bourse de sa ceinture, révélant des graines à l’intérieur.

– Toujours.

Célia les observa, aussi fascinée par l’histoire que par la taille minuscule de graines.

– Pour des graines d’un arbre aussi gigantesque que ce que tu m’as décris, je m’attendais à quelque chose de plus gros. Elles sont minuscules. J’aurais peur qu’elles s’envolent si je venais à souffler dessus.

Elle leva le nez.

– Je pourrai en planter quelques-unes avec toi ?

Meldan l’embrassa.

– Je vais voir un tas de régions pour la première fois pendant ce voyage, Célia. Je planterai chaque graine avec toi.

Il eut droit à un baiser en retour, alors que Célia souriait contre ses lèvres.

– Arrête d’être aussi craquant, maudit sundarien. Comment je fais pour ne pas tomber amoureuse après ça ?
– Là, je ne donnerai aucun conseil, ce n’est pas dans mon intérêt !

Elle plissa les yeux dans une parodie d’air offusqué, retroussant le nez et saisissant Meldan par l’un des colliers ornant son cou.

– Alors fais-toi pardonner et embrasse-moi.

Ses lèvres étaient déjà près des siennes.

– Assume d’être trop beau pour être vrai.
– Oh, je suis très, très réel, jura-t-il, avant de l’embrasser.

Le baiser dura un long moment, alors qu’ils étaient encore perchés sur leur branche à plusieurs mètres du sol. Célia ne montrant aucune envie d’y mettre fin, tenant toujours Meldan par son collier, l’attirant toujours un peu à plus à elle. Bientôt adossée au tronc, elle finit par se perdre dans le regard clair qui s’était levé quand leurs lèvres s’étaient séparées.

– Je vais essayer d’être raisonnable pour aujourd’hui. Un pas après l’autre.

Elle eut un sourire doux alors qu’elle caressait sa joue.

– Ne pas refaire les mêmes erreurs… Alors si on redescendait pour simplement manger et dormir ?
– Bonne idée.

Traverser la Sundarî avec lui, maintenant que les choses avaient changé, ne fut pas si différent, avec le seul ajout de baisers ici et là et d’une proximité plus marquée. Tout ça avait le mérite d’apaiser chaque jour un peu plus Célia. Il n’y avait pas de tension, pas de conflit, pas de peur ou de crainte entre eux. Tout était calme, serein, reposant et doux avec Meldan. L’Elam Evir pouvait se reconstruire à loisir, pouvant compter sur lui quand elle trébuchait mais avançant la tête haute, le cœur léger et les âmes sereines. C’était inespéré à ses yeux. Elle plaisantait parfois en disant qu’elle allait vraiment finir par croire à cette histoire de Karma.

<- Chapitre précédent             Chapitre suivant ->

6 Comments

  1. Je n’ai pas repéré de fautes non plus, mais j’ai “trébuché” si je puis dire sur la lecture de cette phrase :
    “Cela durant un bon moment, mais peu à l’aise à trop attirer l’attention sur elle, contrairement à la Célia de Phoenix, elle finit par demander une pause.”

    Je sais pas si c’est le “durant”, ou j’avais envie de lire “dura” pour ma part, ou autre, mais le début de cette phrase n’a pas été fluide pour moi à lire.. voilà.

    Bon sinon, j’adore ! L’image est très belle, le texte un régal à lire… dépaysement, exotisme, douceur… et je découvre Meldan au fur et à mesure en fait et je l’aime bien aussi ! ^^
    Et oui comme vous pouvez le remarquer j’ai plusieurs semaines de retard dans ma lecture (quotidien compliqué et chargé ces derniers temps), mais je compte bien tout rattraper au plus vite ! 🙂

    • Vyrhelle

      21 juillet 2018 at 19 h 20 min

      … peut-être parce que c’était “dura” et pas “durant” XD J’écris assez régulièrement des mots pour d’autres et je ne le vois mal quand je me relis. J’ai quand même modifié un peu la phrase. Ça devrait être plus fluide comme ça ^_^

      Bonne lecture en tout cas et merci encore pour les remarques, ça m’aide vraiment beaucoup !

      • Ah , donc j’avais bien deviné ! ^^
        Je trouve le passage plus fluide à lire avec ce remaniement. Enfin c’est mon avis perso en tout cas, voilà… :p
        Après cela change des “fit/fut” ou autres comme inversion de mot. :p

        Me reste quelques chapitres à lire pour rattraper mon retard, c’est au programme de demain ! Le quotidien m’a rappelé à l’ordre avant que je n’aies pu finir aujourd’hui… mais j’ai pas dis mon dernier mot ! 🙂

        • Vyrhelle

          22 juillet 2018 at 14 h 54 min

          Le quotidien aime à nous imposer ses lois 😛
          Perso, je relis des passages du livre 3 et j’ai aussi un peu de mal à lire tout ce que je veux XD

  2. Raaaah, avec un mec comme ça en face, comment ne pas bugger…. xD

    Je n’ai pas repéré de fautes perso…
    Bref instant douceur et mignonnerie… je veux bien le même monsieur à la maison!! <3

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

© 2018 Le temps d'un tango

Theme by Anders NorenUp ↑