Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

21 février 987

Quand sa conscience s’éveilla, si ce que Célia commençait à ressentir était ce que l’on nommait la mort, c’était très, mais alors très loin de ce qu’elle s’était imaginée. Elle aurait misé sur quelque chose de bien différent. De plus réconfortant, en tout cas. Et certainement pas de subir le réveil progressif et douloureux de toutes les parties de son corps, meurtri comme si on l’avait roué de coups pendant trop longtemps. Était-ce ce qu’avaient dû endurer tous ses proches, quand ils en étaient passés par là, eux aussi ?  Était-ce ce que ressentait aussi Meldan en cet instant ? D’ailleurs, pourquoi la douleur transcendait-elle les mondes ? Le corps d’un nouveau-né Nefer pouvait-il ressentir la douleur de l’ancien corps physique ? Célia protesta d’un grognement assourdi, ce qui lui fit réaliser qu’elle avait le fond de la gorge en feu et la tête comme prise dans un étau. Elle soupira et essaya de bouger pour soulager la douleur générale qui s’intensifiait encore. S’éveiller à une nouvelle vie n’était-il donc que souffrance ? Est-ce pour cela que l’on ne gardait pas de souvenir de sa propre naissance dans le monde des vivants ? Elle fronça imperceptiblement les sourcils devant la dérive ridicule de ses pensées.

Puis une évidence commença à s’imposer à ses neurones récalcitrants : elle se souvenait… Comment pouvait-elle avoir des souvenirs ? De ce qu’elle savait de l’Au-delà, les Nefers naissaient sans souvenirs. Alors pourquoi avait-elle toutes ces scènes qui défilaient à présent dans son esprit ? Et si en fin de compte, elle n’était tout simplement pas encore morte ? Elle grogna à nouveau de réaliser que c’était une probabilité. Pourtant, elle s’était sentie partir. Son cœur ne s’était-il pas arrêté à un moment ou un autre, entre les blessures par balles dans son torse et l’alanguissement de toutes ses fonctions vitales par la drogue des goranii ?

Le Grand Lai Kel’antan ! Elle le sentait ! Vibrant tout au fond d’elle ! Travaillé depuis des années via son opale de feu, et déjà assailli par le poison dans ses veines, il avait été chanté par son inconscient quand le monoxyde de carbone de la fumée tentait de l’étouffer. Elle aurait été incapable d’expliquer comment elle venait de comprendre tout ça, mais elle savait. Tout comme elle eut alors la confirmation de quelque chose de cruel : elle n’était donc pas morte et s’était réveillée. Elle souhaita très vite ne l’avoir jamais fait. Pourtant maintenant qu’elle se savait vivante, son instinct de survie, plus travaillé encore que le Grand Lai maladroit, lui intima l’ordre de reprendre le dessus et c’est ce qu’elle fit en s’obligeant à ouvrir les yeux.

Le spectacle fut pire que l’enfer. Elle gisait au milieu des ruines de sa vie : la maison qui avait abrité son paradis durant plus de deux années était en flamme, envahie d’une épaisse fumée noire et Célia était étendue contre un corps sans vie qu’elle savait être celui de Meldan. Elle sentit sa gorge se nouer plus encore et elle chercha la main de son époux. Après quelques tâtonnements hésitants et infructueux, elle se força à bouger et rouler pour regarder la fatalité bien en face. Sauf que lorsqu’elle voulu trouver le visage sans vie de Meldan, elle ne trouva que le néant : quelqu’un lui avait tranché la tête, emportant un macabre trophée. Célia en vomit sous le choc, aidée par un corps déjà mis à mal, un corps qui voulait rejeter le poison autant que la douleur. Elle se recula ensuite, dans un mouvement réflexe qui la remit sur des jambes fébriles. Perdue et cherchant comment sortir de ce cauchemar, elle tourna son attention tout autour d’elle. Elle avait chanté son Lai de rêve alors qu’elle tombait, non ? Tout cela n’était peut-être que le fruit de son esprit paniqué ? Elle chancela jusqu’à la cheminée et s’y agrippa.

Non, c’était bien réel, elle aurait dû avoir le contrôle d’un tel cauchemar et elle n’arrivait pas à le modifier. C’était la réalité. Elle en eut un nouveau haut-le-cœur et ses jambes manquèrent de se dérober sous elle. Elle réalisa qu’elle était plus morte que vivante… et avait un nouveau choix à faire, entre facilité et entêtement, entre paix et combat. Car elle pouvait s’allonger là, fermer les yeux, faire taire le Grand Lai qui la gardait consciente et faire comme si elle ne s’était jamais réveillée, s’endormir, mourir, rejoindre Meldan de l’Autre Côté…

Ou vivre. Car il n’y avait nulle part de corps de petite fille.

Ce simple constat lui fit relever la tête. Sa fille était peut-être vivante ? Oui, elle devait être vivante ! Et si elle ne l’était plus, alors Célia en mourrait, tout simplement. Mais pas avant d’être sûre ! Célia avait déjà perdu un enfant, elle mettrait ce monde à feu et à sang pour sauver Athina. Elle tourna un regard en arrière sur Meldan. Son état à peine conscient trompait ses émotions et lui épargna de ressentir réellement la peine et la perte. Mais si elle devait survivre à son prince hutani, sauver Athina serait la seule raison valable d’être encore en vie. Hébétée, elle ramena son attention devant elle dans un mouvement lent. Puis la colère s’éveilla… Célia se mit alors en mouvement, cherchant dans les flammes de quoi rendre au centuple ce que les goranii venaient de faire et aperçut son fusil de chasse au milieu des flammes grandissantes. Sa vieille arme était à sa place, sur la cheminée. Les parties en bois portaient plusieurs traces de brûlure mais l’arme était peut-être encore en état de fonctionner. Ce qui n’était pas le cas de Célia. Marcher était douloureux, bouger était douloureux, respirer était presque insupportable. Le sang qui maculait ses vêtements n’était pas uniquement celui de Meldan et elle sentait que ses forces ne tiendraient pas assez longtemps pour traquer qui que ce soit, encore moins se battre. En fait, même si elle ne voulait pas l’admettre, elle avait juste de quoi se traîner hors de la maison en feu.

Elle prit quand même le fusil et regarda autour d’elle pour apercevoir une issue à travers la fumée noire et épaisse. Elle vit l’une des fenêtres brisées de la façade ouest de la maison qui n’était pas encore léchée par les flammes. Elle s’y avança lentement et s’adossa au mur adjacent pour voir ce qui l’attendait dehors. Elle priait à la fois qu’il n’y ait personne et qu’il y ait une Athina bien vivante, même au milieu de soldats. Il faisait sombre, en partie parce que le soir tombait vite en hiver et que plusieurs heures s’étaient écoulées depuis le début de l’attaque ; en partie parce que la tempête qui menaçait depuis le matin même, était bien installée sur ce petit coin perdu de Froidroche. La maison était peut-être en flammes mais dehors, il neigeait à gros flocons. Et il n’y avait personne.

N’ayant ni la force ni la clarté d’esprit d’être plus méfiante, Célia se glissa au dehors. Elle s’éloigna de la maison, chancelante, en se forçant à ne pas regarder derrière elle. Ne pas regarder sa vie qui partait en fumée. Elle serra son arme plus fort entre ses doigts, autant qu’elle serrait les dents et elle s’enfonça dans le paysage familier et enneigé. Le froid lui faisait du bien, réveillant un peu ses sens et la maintenant debout. Elle cherchait toujours une trace d’Athina, craignant de trouver un petit cadavre mais espérant que les goranii avaient eu pitié, pour une fois. Elle réalisa qu’elle devait trouver un abri. Qu’elle devait trouver de l’aide. Elle réalisait douloureusement qu’elle n’arriverait à rien toute seule. Elle se remit à pleurer et avança droit devant elle, s’agrippant à son fusil comme à une bouée de sauvetage.

Puis ce fut le black-out. Un instant, elle avançait, quand une lance de douleur foudroyante lui remonta dans la jambe. Le suivant, elle était allongée dans la neige, contre le bois intact de la cabane de fumage, assez éloignée de la maison pour ne pas avoir aussi pris feu et assez proche pour que la chaleur du brasier ait gardé un peu de vie dans le corps de Célia. Elle était incapable d’évaluer combien de temps elle avait perdu connaissance. Assez, en tout cas, pour que la neige ait commencé à recouvrir son corps. Elle se traîna alors à l’intérieur de l’abri et referma la porte avant de s’écrouler contre le mur du petit cabanon aux fortes odeurs familières. Elle percevait la chaleur du brasier tiédir les planches de bois dans son dos. Elle laissa alors sa tête retomber sur son veryanwë mîr tâché de sang, son fusil entre ses mains molles reposant contre ses cuisses trop lourdes, l’esprit embrumé et le cœur en déroute. Elle avait besoin de se reposer, de reprendre des forces. Elle avait besoin de lutter contre son envie de lâcher prise alors qu’elle devait sauver sa fille. Son seul but, son seul moteur. Essoufflée, le corps perclus de douleur, elle ferma les yeux.

– Athina, snezhinka, articula-t-elle avec peine. Maman arrive… Maman arrive…

Mais blessée, à la merci du froid et du feu, elle n’irait nulle part sans aide. Seulement, si loin de tout, quelle aide pourrait-elle espérer ? Qui pourrait venir ? Comment contacter qui que ce soit quand l’incendie n’avait même pas alerté les villageois ? Elle dodelina de la tête et leva le nez vers le ciel, à travers une large fente du toit de la cabane. Sombre, nuageux, elle y aperçut pourtant la faible lueur d’une étoile. A moins qu’elle ne l’ait imaginée, qu’elle ne se soit perdue dans l’émotion d’un lointain souvenir réconfortant. Elle ferma les yeux et son corps se recouvrit d’un léger halo d’énergie rosée. Elle sourit en réalisant qu’elle avait encore assez de lucidité pour utiliser la Résonance. Juste assez pour entrer en transe… Elle se retrouva en présence du grand dragon, gardien de l’esprit de Sean, mais ce dernier disparut rapidement alors que le Kristaris utilisait lui aussi le Lai, plus dans un élan réflexe que réfléchi. Il parut presque transparent pendant un instant avant de se solidifier, prenant l’apparence ordinaire et familière de Sean.

– Célia ?, demanda-t-il, et loin des masques qu’il portait chaque jour, il avait l’air inquiet.

Et pour cause, la Célia face à lui n’était qu’une flamme éteinte, une silhouette blessée, avachie sur le flanc, sans force et qui se recouvrait doucement de flocons de neige. Une silhouette à peine visible dans le noir de la nuit.

– Aide… moi. Je n’ai… plus la force. Ma fille. Ils ont pris… Ils ont tué… Je suis… seule. Pitié, aide-moi.

Elle se laissa glisser un peu plus au sol. Sean resta figé de stupeur. Mais plutôt que de se ruer vers elle, de la serrer dans ses bras, de lui faire mille promesses et de la rassurer, comme un certain monarque aurait adoré qu’il le fasse, il se contenta de se couvrir d’ombres, preuve de sa colère.

– J’arrive.

Il disparut. Célia cessa son Chant, à bout de force, et en perdit connaissance. N’ayant pas eu le temps de réaliser qu’elle n’avait même pas dit où elle se trouvait.

Dans la cour d’entraînement du palais de Phoenix, Sean sortit de sa transe improvisée aussi rapidement qu’il y était entré, faisant sursauter Falcon.

– Rassemble les Commandos, nous partons pour Gora. MAINTENANT !

Il contacta Lee par télépathie dans la seconde suivante.

**Je passe te chercher à la clinique, prépare de quoi sauver trois vies d’à peu près tout en commençant par la perte de sang et l’hypothermie. Je suis là dans dix minutes.**

La clinique était au moins à quinze minutes en voiture, mais ça, c’était un détail. Les Commandos n’avaient pas souvent vu Sean perdre son sang-froid. Assez pourtant pour comprendre en une fraction de seconde que pour leur survie à tous, aucun de ses ordres ne devrait être contesté. Gora ? Ok. Pourquoi ? Aucune importance, ne pas se faire démonter par le Démon était une raison tout à fait valable. Samson veilla à ce que tous les hommes soient correctement armés. Mike fila faire préparer un héliporteur avec assez de carburant pour emmener et ramener tout le monde par-delà la frontière. Falcon coordonna le tout. En moins de vingt minutes, ils étaient prêts à bord de l’héliporteur, rejoignant le toit de la clinique privée de Lee.

Pendant ce temps, Sean était parti dans le parkour le plus fulgurant qu’il n’avait jamais réalisé. Il fut à la clinique en huit minutes, et Lee sut très vite de quoi il retournait : Sean était essoufflé, tremblant et à fleur de peau sous trop d’émotions conjuguées. Peu de personnes étaient capables de mettre le Démon dans cet état et la demande pour trois exclut Ian des possibilités. Restait donc Célia et les siens.

–  Vous avez plus d’informations ?
– Aucune, et trois personnes, c’est être optimiste, trancha un Sean qui retrouvait déjà un peu plus de son self-contrôle habituel. Emmène tout sur le toit, on part dès que mes hommes seront là.

Là encore, impossible de lui désobéir, d’autant que Lee s’inquiétait pour Célia et la petite fille qu’il avait aidé à mettre au monde. Il ne pouvait nier qu’il s’était attaché à l’une comme à l’autre.

Il faisait nuit noire à leur départ du toit de la clinique de Phoenix, mais l’aube n’était plus très loin quand ils atterrirent sur les ordres de Sean, près des ruines fumantes d’une maison, à quelques kilomètres d’un petit village de Froidroche, indiqué sur leurs cartes sous le nom de Lanval. Il les avait briefés sur le fait de retrouver une Hasperen et sa fille. Il fut moins prompt à s’occuper de l’époux hutani, mais il le mentionna quand même…

– Cherchez partout !, ordonna Sean alors qu’ils n’avaient pas encore tous posé pied sur le sol enneigé.

Les hommes se séparèrent en groupe de deux, couvrant le plus de terrain possible autour de la maison. Un duo entra dans les ruines fumantes et en ressortit assez vite.

– Il y a les restes d’un corps décapité, Commandant, annoncèrent-ils sans hésiter. Il est  assez grand, en partie brûlé, difficile de l’identifier. Mais à ce qu’il reste de sa tenue, on dirait bien le Kel’antan que l’on cherchait. Personne d’autre à signaler.

Sean serra les dents. Il ne serait jamais peiné de cette perte, mais il savait qu’elle aurait des conséquences. Il eut aussi un frisson irrépressible de réaliser que les chances de retrouver Célia vivante venaient de tragiquement se réduire. Pendant ce temps, les autres Commandos ratissaient toujours les environs, annonçant à voix haute ce qu’ils trouvaient.

– Il y a eu du monde dans le coin avant la tempête de neige, Commandant. Les empreintes sont difficilement visibles, mais bien là. Une dizaine d’hommes au moins, venus du sud et repartis dans la même direction.
– Il y a des empreintes d’une personne seule par ici ! Adulte !, lança un Mike qui était parmi les meilleurs en pistage.

Sean se dirigea aussitôt vers lui, Lee suivit son mouvement.

– Continuez à chercher !, ordonna-t-il. Une petite fille, de deux ans ! Samson, prends deux hommes et suivez les traces autant que possible.

Lui rejoignit Mike et se rapprocha de la maison de fumage. Les empreintes y menaient de manière plus ou moins directe. Le manteau de neige fraîche, malgré son épaisseur, trahissant quand même des creux réguliers, dont un particulièrement grand de quelqu’un s’étant effondré au sol. Le reste de la piste était quasiment un couloir jusqu’à la porte de la petite cabane de bois.

Sauvetage

Quand Sean ouvrit la porte, Célia était là, assise à même le sol, dos au mur, inconsciente, pâle comme une morte, ne serrant plus son fusil de ses doigts gelés, ses vêtements hutanii couverts de sang et de givre. Ses larmes étaient devenues deux traînées de glace sur son visage.

– Lee !, rugit le Démon, bien que le Darhàn ne soit qu’à quelques pas derrière lui, avant de s’agenouiller près de Célia, vérifiant son pouls en tout premier lieu.

Ses doigt un peu tremblants perçurent de faibles pulsations.

**Fares ! Viens immédiatement à la cabane de fumage, derrière la maison, j’ai besoin du Lai de feu !**, ajouta-t-il, contactant par télépathie, avec quelque chose de rugissant, le Kristaris de feu du groupe maîtrisant le Lai avec le plus de maestria.

Lee fut le premier aux côtés du Démon et se mit aussitôt à prodiguer les soins d’urgence sur l’Hasperen. Elle était vivante, oui, mais sa vie ne tenait qu’à un maigre fil.

– Elle se raccroche à quelque chose, annonça le Darhàn qui chantait déjà son Lai de vie. Elle s’y accroche désespérément. Sinon, elle serait déjà morte.

Fares arriva alors, les mains déjà fumantes, et resta stupéfait devant cette femme inconsciente et sa chevelure à la célèbre couleur, toujour identifiable malgré le givre qui l’ornait.

– Célia la Rousse, souffla-t-il. Mierda. Les goranii lui ont pas fait de cadeau…
– Moins de stupéfaction et plus d’utilité !, aboya Sean, laissant la place à Fares pour qu’il réchauffe la blessée.
– Lee, essaye de voir si elle peut se réveiller, au moins quelques secondes. Qu’on sache ce qu’ils ont fait d’Athina.

Lee s’exécuta du mieux qu’il put. Même s’il garda pour lui-même sa surprise quant au fait que Sean connaissait le nom de la petite fille. Il était persuadé de ne lui avoir jamais dit. Mais comme tout bon Darhàn, d’autant plus s’il était médecin, il le cacha à merveille. Célia, un peu réchauffée et bien aidée par la Résonance, entrouvrit les yeux après de longues minutes de lutte. Elle avait tellement envie de dormir, elle n’y voyait presque rien, percevait que des sons déformés. Elle grogna sous le réveil de ses douleurs aussi bien physiques que morales. Sean s’accroupit près d’elle.

– Célia, prononça-t-il. On va s’occuper de toi, mais il faut que l’on trouve Athina. Où est-elle ?

Célia tourna son regard vers Sean et leva maladroitement son fusil vers cette voix et cette silhouette.

– Touchez pas à ma fille !, cracha-t-elle en impérial.

Elle tira. Il n’y eut pas de détonation, juste le clic du percuteur libéré par la gâchette. Le fusil n’était même pas chargé… mais elle avait tiré avant que ses bras ne retombent, sans force.

– Vous l’avez prise. Vous n’avez pas… intérêt à l’avoir… tuée… Ou je vous tuerai tous… jusqu’au dernier…  snezhinka… maman arrive… snezhinka…

Fares aurait à vie un crush admiratif pour Célia qui, aux portes de la mort, n’aurait pas dû avoir la force de lever un doigt, encore moins de tirer et qui avait pourtant essayé d’exploser la tête du Commandant. Sean passa sa main dans le cou de Célia, entre le cuir de son collier et sa peau, serrant doucement, se penchant vers elle, ses mots audibles uniquement par l’Hasperen.

– Célia, c’est moi, ma flamboyante. Aide-moi à trouver Athina, pour la mettre en sûreté.

Les yeux rougis de la jeune femme s’arrondirent et elle eut un vertige, avant de s’accrocher à la veste de Sean, le regardant enfin fixement, mais semblant à peine le voir.

– Les soldats. Ils me l’ont prises… avec eux… Je sais pas… où…

Elle eut un visage déformé par la peur et la peine.

– S’ils… l’ont pas tuée… elle est avec eux. Les goranii.

Son visage se décomposa et elle se mit à pleurer.

– Mon bébé, réussit-elle à peine à articuler. Je veux… mon bébé…

Même Fares et Lee en eurent les larmes aux yeux. Sean serra doucement le cou de Célia, son pouce caressant la nuque loin des yeux de tous.

– Je vais te la ramener, Célia, je te le promets.

Et s’il n’y avait pas de petite fille en vie à ramener, il offrirait les corps des goranii pour essayer d’apaiser Célia. Il se leva.

– Emmenez-la à l’héliporteur. Si tu as besoin de la transférer de suite à la clinique, Lee, fais-le, on se débrouillera pour rentrer.

Il partit ensuite rejoindre ses hommes déjà en traque des goranii : il avait une petite fille à trouver et des meurtriers à abattre. Lee opina et continua sa tâche cruciale. A commencer par faire retomber Célia dans l’inconscience pour ne pas avoir la mauvaise surprise de se retrouver avec une Alti Hasperen ingérable car désorientée. Fares souleva la jeune femme qui ne pesait presque rien dans ses bras, escorté par un Lee qui conservait au maximum le contact avec sa patiente, prolongeant ainsi l’action de son Lai. Les deux hommes ne refirent que très lentement le chemin jusqu’à l’héliporteur et purent voir la troupe des Commandos partir sur la trace du groupe gorani, avec en tête un Sean qui, dans son armure en plates de métal, n’avait plus grand chose d’humain. Depuis un certain vieil incident avec un Pisteur Impérial, Sean portait toujours une armure et surtout un masque quand il devait se déplacer en pays Harmoni. Becca avait bien sûr amélioré le tout. En particulier d’un remarquable et inhumain masque métallique, lisse comme un miroir, dépourvu de faciès, qui cachait parfaitement ses traits. Devant cet harnachement que le médecin lui voyait pour la première fois, Lee eut l’impression fugace de voir une véritable machine de métal que la marche dans l’épais manteau de neige n’arrivait même pas à ralentir. Le Darhàn, qui avait connu quelques uns des épisodes malheureux qui avaient autant lié que séparé les deux Altii, soupira de les voir encore pris dans la tourmente. Au moins, s’appliquait-il encore du mieux qu’il pouvait à son rôle récurrent de médecin de la dernière chance. Dans l’héliporteur, il put examiner Célia dans un environnement chaud et protégé. Pour en conclure très vite que des soins bien plus conséquents seraient nécessaires : il venait de constater le nombre de ses plaies par balles.

– On doit retourner à Phoenix. Je ne peux pas garantir l’évolution de son état sans l’aide de mes assistants et du matériel adéquat.

L’héliporteur s’envola donc avec un Fares aux commandes, moins bon pilote que Mike, mais qui saurait se débrouiller pour atterrir correctement, tandis que Lee faisait de son mieux pour maintenir Célia en vie avec tout ce qu’il avait à disposition. Aussi bien en matériel de premier secours dans l’appareil militarisé, que par Résonance. Il n’économisa ses forces que pour être sûr de ne pas en manquer avant la fin du long trajet de retour.

<<- Partie II        <- Chapitre précédent            Chapitre suivant ->

8 Comments

  1. Géraldine LEBRUN

    Ah… la traque commence !
    J’ai longtemps été partagée quant à la survie de Célia : était-il bon de la faire survivre après toutes les épreuves passées, se faire abattre comme du bétail, l’assassinat de Meldan, sa fille enlevée et tout ce qu’il y eu avant ? Je me suis dit que c’était cruel, mais… comme je suis mère moi aussi, je peux comprendre l’instinct de survie, le fait d’espérer que sa fille est peut-être vivante, pourra être un motif suffisant de survie et plus tard, si elles sont réunies de nouveau, une raison suffisante de vivre tout court, certes, pas comme dans leur rêve initial, mais “ce qui est mort …”

    • Vyrhelle

      J’ai eu la même réflexion quand la question de la faire survivre s’est posée. Je suis maman aussi, et sauver sa fille, quand Célia a déjà perdu son premier enfant, m’a paru être un bon moteur. Ensuite, sa survie va enclencher un certain nombre d’événements qui constitueront le livre 3, livre qui va donner la justification de tout ce qui s’est passé depuis le début de l’histoire. Ce n’est pas gratuit du tout. La faire survivre sans vraie raison aurait été effectivement très cruel. Mais avec ma co-autrice, on a très vite vu l’implication de sa survie et le bilan était bien plus positif que sa mort.
      Après, c’est vrai qu’on aurait pu aborder la suite avec seulement Athina, Nathan, Ian et Sean, mais Célia a cette aura lumineuse qui a permis de partir sur une trame beaucoup plus joyeuse. Rien qu’imaginez Sean ayant définitivement perdu Célia, ça n’aurait pas été fun du touuut. Même Ian n’aurait pas permis de contrebalancer ça.
      Donc oui, le livre 3 sera clairement moins noir que les deux livres précédents et la survie de Célia n’est pas juste pour se donner bonne conscience 😛

      • Géraldine LEBRUN

        Enfin une petite lueur d’espoir !
        J’attends avec impatience l’atomisation de goranii à la mode Sean.
        J’imagine aussi que le mot incident diplomatique va prendre tout son sens quand Lathiana aura reçu la tête de son frère … bref, la machine à hypothèses tourne à plein régime !
        Je saurai être patiente, ça en vaut la peine.
        Je n’ai pas eu l’occasion de vous dire encore bravo et merci pour tout ce que vous faites et le boulot incroyable que vous abattez pour notre plus grand bonheur. C’est chose faite.

        • Vyrhelle

          Ah, y’a de quoi envisager plein de choses. On a eu tellement de possibilités… les 6 chapitres de la partie 3 portent justement là-dessus.

          … et merci beaucoup ! J’adore ce que je fais mais c’est toujours agréable de lire ou entendre que ça a de l’impact et que ça plait. C’est une vraie source de motivation ^_^

  2. Melckia

    J’adore comment tu glisse de petites traces d’humour malgré le tragique de la situation avec les réactions des commandos aux ordre de Sean.
    Il y tient à sa Flamboyante, notre démon, et c’est ce qui rend ce passage aussi beau que douloureux à lire.

    • Vyrhelle

      Ah, les pointes d’humour, je n’ai aucun mérite, c’est A. qui est très forte pour placer la réplique et la pointe d’humour qui tape juste.

      Et oh oui, il y tient. Il a déjà prouvé à quel point…

  3. Lulu-folle

    Pauvre Célia, découvrir le corps décapité de son époux…
    Sean et elle continuent de se retrouver dans la douleur. Et je pense qu’un certain démon va tout faire pour retrouver Athina, même s’il doit mettre le pays à feu et à sang.
    Ce très cher Fares n’est pas au bout de ses surprises quand aux interactions entre Sean et Célia.
    Célia va survivre, Sean va retrouver Athina, et si les Goranii osent envoyer la tête de Meldan à Lathiana, l’Hutandra leur marchera dessus. Enfin je pense… Et Nathan va être bouleversé d’apprendre ce qui est arrivé à sa sœur, il risque de considérer l’idée de s’allier avec Sean.

    • Vyrhelle

      Je ne confirmerai ou ne corrigerai aucune de tes hypothèses, mais je vois que vous commencer à plutôt bien cerner les personnages 😀
      Et puis, le prochain chapitre apportera déjà quelques confirmations/corrections…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2021 Le temps d'un tango

Theme by Anders NorenUp ↑