Fiction par Vyrhelle et A. Conroy

24 février 987

Après les heures de voyage où Nathan était resté terriblement silencieux, ils atterrirent sans ostentation à l’héliport de Phoenix. Mais dès qu’ils s’en éloignèrent pour rejoindre la clinique de Lee, dans une voiture qui avait été mise à leur disposition, Nathan eut l’impression d’être observé. Les événements récents le rendaient plus craintif que jamais, mais, quand il devint vraiment trop nerveux, il aperçut du coin de l’œil un uniforme de garde royal et comprit que ce n’était pas un ennemi qui les suivait, mais que des précautions avaient été prises pour protéger sa famille à Phoenix. Quoi que, si le responsable de cette surveillance était celui auquel il pensait, c’était surtout pour protéger Célia. La famille fut accueillie directement par Lee qui salua Nathan sobrement.

– Je suis heureux que vous ayez pu faire le déplacement. Mais je vous préviens de suite, votre sœur est dans un sommeil provoqué pour épargner ses âmes. Suivez-moi.

En temps normal, les enfants n’étaient pas admis dans le service où était Célia. Mais pour une fois, Lee ne fit aucune remarque à Sofia sur la présence de son fils à ses côtés. Quand ils arrivèrent dans la chambre, Célia était allongée dans la même position que celle qu’elle avait quand Sean l’avait découverte. Immobile, pâle et reliée à des machines et autres respirateurs, elle dormait effectivement profondément. Par contre, le petit nez d’une Athina sortit de derrière sa mère. Elle était réveillée depuis un moment mais était restée obstinément lovée contre Célia. Ces grands yeux bleus clairs regardaient à présent Nathan, et la petite fille avait une petite moue qui se décomposa en quelques secondes.

– Onton Nat’, dit-elle la voix tremblotante. Nanny dort et Ada l’est pas là….

Nathan récupéra Athina en l’espace de quelques secondes, la serrant contre lui.

– Oh, snowfreckle, je suis tellement soulagé de voir que tu vas bien… Ta Nanny va bientôt se réveiller, milachka, tu vas voir. Elle va aller vite mieux grâce aux médecins. Mais toi ? Tu vas bien ? Tu n’as pas mal ? Pas froid ?

La petite se serra dans les bras familiers de son oncle, retrouvant celui qui, encore quelques jours plus tôt, pour son anniversaire, jouait avec elle dans la neige à Froidroche. Elle eut un gros soupir de petite fille qui se sentait mieux.

– J’ai un peu faim, avoua-t-elle enfin alors que les infirmiers avaient tenté, en vain, de lui faire manger quelque chose.

Nathan connaissait sa nièce et il ne lui vint même pas à l’esprit d’en blâmer quelqu’un. Il réussit à obtenir deux pommes pour faire patienter Athina et, lorsqu’il ne réussit plus à contempler le visage pâle de Célia, trop semblable à celui de Frédéric sur son lit de mort, il emmena la famille manger dans un restaurant discret, non loin de la clinique.

– Si nous devons rester, il va falloir s’installer. Sinaï t’accompagnera pour trouver un hôtel et je vous rejoindrai, dit-il à Sofia. Athina, est-ce que tu veux aller te reposer avec Sofia et Erik ?

La petite, qui reprenait un comportement plus serein depuis qu’elle était avec des gens de sa meute, leva une bouille adorable, barbouillée de chocolat, alors qu’elle avait enfin mangé un vrai repas complet.

– Vi !, annonça-t-elle, souriante, ne réalisant pas vraiment la situation.

Surtout que se reposer n’était pas vraiment dans son idée. Jouer avec son cousin la tentait déjà beaucoup plus. Nathan la laissa donc avec sa femme et son fils, lui ne pouvant s’y résoudre, incapable de faire autre chose que retourner à la clinique. Sauf que par malheur ou chance, c’était difficile à dire, il trouva Sean Moonshade à l’entrée du bâtiment. Un Sean qui ne s’attendait pas à croiser le jeune Baron, le pensant parti s’organiser pour un séjour prolongé de sa famille à la capitale. Loin de le montrer, il resta impassible et le salua d’une main tendue.

– Messire Avonis…

Nathan mit un instant à tendre la main en retour pour une poignée de main conventionnelle élysiane. L’Hasperen était à la fois mal à l’aise et rassuré, un mélange en fait assez étrange de sentiments plutôt contradictoires.

– Merci de l’avoir ramenée, messire Moonshade, finit-il par dire. Comment avez-vous su ?

Car ça, c’était un point qui chiffonnait particulièrement Nathan. Parce qu’à l’évidence, soit Sean avait eu vent de l’attaque, soit Célia l’avait elle-même contacté. Et ce, plutôt que de contacter son propre frère ? Sean serra la main de Nathan avant de lui répondre.

– Il y a… quelques années, lorsqu’elle était dans la Fosse, Célia me contactait parfois en rêve, à l’aide d’un Lai de votre Caste. Hier, j’ai eu cette vision d’elle me demandant de venir l’aider et la sensation était trop familière pour que je pense à un rêve. J’ai préféré être sûr…

Nathan soupira de réaliser que si Célia l’avait contacté ainsi, lui aurait juste conclu à un rêve désagréable. Il invita d’un geste Sean à le suivre à l’intérieur de la clinique où à l’évidence les deux hommes se rendaient.

– Vous lui avez certainement sauvé la vie. Surtout d’avoir récupéré sa fille. Elle ne s’en serait jamais remise si la petite avait eu quoi que ce soit.

Nathan baissa la tête car tous deux savaient que trop bien pourquoi Célia l’aurait mal vécu. Mais il ne pensait pas si bien dire quand ils arrivèrent à l’étage de la chambre de Célia et qu’ils trouvèrent tout le service en effervescence, les machines sonnant à tout va et les infirmiers courant en tout sens. La secrétaire de Lee intercepta Sean et Nathan.

– Elle a quitté son lit ! Elle a une dose de sédatif à assommer un cheval et elle est debout, elle a gelé toute sa chambre et réclame sa fille ! Faut que vous veniez, Messire Lee arrive à peine à lui empêcher de tout détruire autour d’elle.

Sean fronça les sourcils.

– J’y vais. Pouvez vous aller chercher Athina ?, demanda-t-il à Nathan avant de suivre l’infirmière.

Le mouvement de Nathan pour retourner à la sortie de la clinique était une réponse explicite en lui-même. Il savait que trop bien combien sa sœur allait être ingérable si on ne lui ramenait pas Athina. L’Ange avait rarement couru aussi vite quand il arriva à l’hôtel pour venir prendre la petite avec lui.

– Viens, milachka, ta maman te réclame.

Athina lui sauta presque au cou.

A la clinique, Sean vit Lee en premier, debout à l’entrée de la chambre et qui essayait de raisonner sa patiente qui fulminait du côté de la fenêtre. Le sol était gelé sur plusieurs centimètres et à en croire ce que ressentit Sean, elle utilisait la Résonance en guise de réponse. Pourtant, quand il vit Célia, elle n’était pas l’image d’une Dame en pleine possession de ses moyens. Elle titubait, les tuyaux et perfusions encore accrochés à ses bras, ses bandages étaient mis à mal et son regard noir se percevait à peine derrière ses cheveux en bataille. Elle tenait de la bête sauvage acculée qui ne restait debout que par instinct de survie. Mais qui utilisait le Lai de mort à en avoir fait fuir tous les infirmiers qui n’étaient pas des Seigneurs et ne pouvaient se protéger de ce danger plus que mortel. Sean utilisa une barrière de Résonance contre le redoutable Lai Noir.

– Célia, c’est moi, il faut que tu te calmes, dit-il en entrant dans la chambre. Athina arrive, elle ne doit pas te voir dans cet état, tu ne penses pas ?

Instinct de survie

Elle inclina la tête, dans un mouvement presque animal, observant Sean, les yeux vitreux et pas vraiment fixes. Ses paupières se firent lourdes mais elle luttait pour rester éveillée.

– Snezhinka, dit-elle dans un souffle avant de manquer de perdre l’équilibre.

Sean se trouva près d’elle dans la seconde, l’empêchant de tomber.

– Elle arrive, Célia. Viens t’allonger et elle sera là, promit-il.

L’Hasperen le regarda comme si elle ne comprenait pas tout à fait ce qu’il disait. Ou comme si elle faisait un effort surhumain pour y parvenir. Puis ses jambes cédèrent enfin et elle glissa au sol, sans force, mais s’agrippant encore aux bras de Sean.

– Elle va bien ?, articula-t-elle avec difficulté, le sédatif agissant toujours.

Sean la souleva dans ses bras comme si elle ne pesait rien.

– Elle va très bien, elle s’inquiète beaucoup pour toi, dit-il en quittant la chambre ruinée, suivant Lee pour emmener Célia dans une autre chambre qui serait plus chaude. Le temps de la coucher, de réinstaller la plupart des machines lui injectant médicaments et calmants, tout en surveillant ses constantes, Nathan et Athina les avaient rejoints et la petite fille tendit immédiatement les mains vers sa mère.
– Nannyyyy !

Célia écarta les bras, le visage blême et en sueur, mais souriant d’une oreille à l’autre de retrouver son petit flocon de neige. Malgré les blessures de son dos, elle se redressa assez pour presque saisir l’enfant à même les bras de Nathan et la serra contre elle, l’embrassant frénétiquement. Athina finit par en rire, surprise des élans de sa mère. Puis l’Hasperen fondit en larmes, revoyant dans le regard bleu de sa fille, celui désemparé de son père. Elle cacha les yeux d’Athina contre son cou démuni de collier, la cajolant.

– Athina, tu es là, tu…

Elle ne termina pas sa phrase, ses pleurs l’en empêchaient. De son côté, Athina était allée d’émotions en émotions durant les vingt-quatre dernières heures et si les baisers et la joie de sa mère l’avaient fait rire, les pleurs en revanche… Ses yeux clairs s’emplirent de larmes alors que ses lèvres se mettaient à trembloter, peur, fatigue et inquiétude lui retombant dessus d’un seul coup. Célia se mit à la bercer alors qu’elle avait enfin accepté de s’étendre dans son lit. Elle ne pouvait pas s’arrêter de pleurer et elle n’empêcha pas Athina de le faire non plus. Elle la consola de ses bras, de ses caresses et de ses gestes, mais elle ne disait rien de plus que des murmures tendres pour sa fille. Elle mit un temps considérable à ne plus la garder comme seul centre de l’univers, pour lever des yeux fatiguées sur Nathan et Sean. Elle leur était reconnaissante et elle leur sourit pour leur exprimer son sentiment, mais son sourire était tellement triste que ça en était douloureux. Nathan dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux et put réaliser qu’au moins, aussi triste qu’elle était, elle n’était pas brisée. Pas comme elle avait pu l’être par le passé. Sean accepta le sourire de Célia et lui en rendit un mince accompagné d’un hochement de tête, avant de quitter la pièce en silence pour la laisser avec sa famille. Il lui avait apporté son aide, mais sa place n’était plus dans cette chambre… Athina s’était calmée mais si fermement collée à sa mère que rien n’aurait pu la déloger. De toute façon, le fou qui aurait tenté de les séparer aurait eu à faire à l’Hasperen. Nathan s’approcha de sa sœur pour venir serrer son bras.

– Tu m’as fait peur, Cordélia…

Elle posa une main sur la sienne, la serrant un peu fort.

– Tu avais raison… Nous avons été fous… croire qu’on pouvait vivre à Froidroche…

Elle prit une profonde inspiration pour ne pas se remettre à pleurer.

– Tu pourras prévenir la sœur de… Meldan … que… Oh par tous les Célestes, Nathan. Qu’est-ce que… j’ai fait ?

Nathan secoua la tête et c’est dans ses yeux que les larmes dansaient.

– Non, Cordélia, c’est de ma faute… Si j’avais insisté plus longtemps pour que vous n’habitiez pas là-bas, et surtout, si je ne t’avais pas relancée sur la piste de notre ennemi… Oh, moya sestra, pourras-tu me pardonner ?

Célia amena la main de son frère contre sa joue alors qu’elle se mordait la lèvre inférieure.

– Nathan, je t’en prie, non. Tu n’as rien fait de mal.

Elle ferma les yeux, serrant toujours sa main dans la sienne. Athina, elle, s’était endormie et sa mère n’avait plus la force de lutter contre le sédatif et son esprit épuisé. Au moins, elle n’avait pas rouvert ses blessures.

– Athina n’a rien eu. Elle est indemne… Qu’est-ce que je vais faire, maintenant, Nathan ?

Nathan embrassa sa sœur sur le front pour cacher le fait qu’il n’en savait rien.

– Continuer à avancer, Célia. Pour ta petite fille.

Elle soupira et eut un léger sourire très marqué de lassitude.

– Oui, avancer. Toujours. Mais avant, je crois que je vais dormir… Un peu.

Elle avait de toute façon les yeux qui se fermaient tout seuls mais elle n’avait pas lâché la main de Nathan.

– Fais juste en sorte… que je ne reste pas seule, entourée d’inconnus, Nathan. S’il-te-plaît. Je le supporterai pas, je crois… Au moins pour le moment… Je ne m’en sens pas la force.

Nathan lui serra la main.

– Je ne te quitte plus, Cordélia, pas avant un très long moment. C’est passé trop près.

Les doigts de sa sœur s’entremêlèrent dans les siens et elle se laissa retomber complètement dans son lit, abandonnant la lutte et s’endormant en un claquement de doigt. Elle était si pâle que Lee profita de l’occasion pour vérifier son état de santé et la rebrancher lentement aux dernières machines, celles qui la nourrissaient et surtout l’aidaient à respirer. Mais il le fit sans déranger Athina qu’il couvait parfois d’un regard attendri.

– C’est une sacrée battante et sa fille sait de qui tenir apparemment.

Il plaça le masque d’un respirateur sur le visage de Célia et ouvrit lentement l’arrivée d’oxygène.

– On va tous prendre bien soin d’elle. Elle ne va pas se réveiller avant un moment, maintenant. Vous devriez en profiter pour vous organiser.
– Je ne sais même pas par où commencer, admit le jeune baron. Pendant quinze ans, j’ai cru faire les choses correctement et voilà où ça nous a mené. Je n’ai qu’une envie, c’est de nous enfermer tous chez nous, couper tous les ponts et espérer que notre ennemi se contentera de cette humiliation.

Lee termina de s’occuper de Célia, caressa la joue d’Athina puis se tourna vers Nathan, les bras croisés sur le torse.

– Vous pensez vraiment que c’est un nouveau coup porté par ce mystérieux ennemi ? Comme par le passé, après toutes ces années ? Et vous n’avez donc jamais contacté les autorités pour que cela cesse ? Je ne suis pas certain que Kerann apprécie que l’un de ses barons et sa famille soit ainsi menacés depuis des années et que rien ne soit fait pour l’aider.

Les épaules de Nathan s’affaissèrent un peu plus.

– Je travaille avec les instances de Trapeglace et ce sont elles qui éliminent une partie de mes pistes avant que je n’envoie des noms de suspects à Cordélia mais…

Mais depuis plusieurs mois, comme Célia, il doutait de l’efficacité des instances et suspectait qu’avoir une Alti partant assassiner des goranii agaçants les avait beaucoup arrangés, ces dix dernières années. Lee resta sceptique.

– … mais c’est la quatrième fois qu’on me la ramène entre la vie et la mort. De plus, je ne pense pas que beaucoup de monde apprécie d’apprendre que Célia la Rousse a été abattue comme du vulgaire gibier. Profitez de sa notoriété, jouez le jeu des alliances. Regardez autour de vous. Rien que Lord Moonshade fait partie des gens qui pourrait vous aider, dont vous pouvez avoir confiance, non ?

Nathan cacha mal sa grimace.

– Lord Moonshade et moi avons un… passif qui risque de s’immiscer là-dedans. Mais vous avez raison, ma famille n’est pas sans alliés.

Sans même chercher, il pensait au Comte d’Ardénie, son allié, peut-être même un ami, comme leurs pères respectifs l’avaient été avant eux. Il lui demanderait conseil et aide. Il avait aussi quelques facilités à pouvoir s’entretenir avec son suzerain direct, le vieux Comte Armory de Trapeglace et même avec Lord Sitwell, Comte du Litsenshire… Lee sembla satisfait et opina de la tête en écoutant le jeune baron.

– En attendant, elle va être à la clinique pour au moins plusieurs semaines et il lui faudra plusieurs mois pour se rétablir totalement. Voyez tranquillement avec elle, quand elle sera en état, ce qu’elle envisage pour la suite. A commencer par savoir si elle veut garder quelque chose dans les guenilles qu’elle avait sur elle. Mais surtout ne l’enfermez pas chez vous si elle ne le veux pas. Quand je vois ce qu’elle peut faire comme dégâts à moitié morte et sous calmant, je crois que vous ne ferez rien contre sa volonté.

Nathan eut un sourire fataliste.

– L’histoire de ma relation avec Cordélia. Ne vous en faites pas, je pense qu’elle voudra se reposer quelques temps à Trapeglace mais elle voudra sûrement changer d’air et de décor : notre maison est pleine de trop de souvenirs.

Certains trop présents, comme les tableaux.

– Pour le moment, je vais vous laisser. Elle est stabilisée et j’ai d’autres patients qui m’attendent. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez une infirmière, elles se feront toutes un plaisir.

Lee quitta alors la pièce après avoir serré la main de Nathan pour le saluer, le laissant seul avec les deux belles endormies. Nathan s’assit sur le fauteuil, observant sa sœur et sa nièce, avant d’enfouir son visage dans ses mains. Comment était-il censé agir, à présent ? Son entêtement venait encore de coûter un homme à Cordélia. Sean, d’abord, puis Frédéric et à présent Meldan… Il remerciait le ciel que le prince Nàdar ait refusé d’être une béquille pour Célia, car s’il avait été la même bouée que Fred avait été, il aurait perdu sa sœur.

– Célestes, le prince…, laissa-t-il échapper.

Un groupe de goranii venaient d’assassiner le frère de la reine de l’Hutandara. Il voulait s’occuper de Cordélia et de rien d’autre, mais la situation avait aussi des enjeux politiques gigantesques…

– Préoccupez-vous juste de votre sœur, Messire Avonis, énonça simplement la voix de Sean.

Nathan leva le nez, surpris du retour du Démon. Depuis quand était-il là ? Était-il réellement parti en fin de compte ?

– … je pars pour le palais, continua le Kristaris sans s’interrompre. Et, certainement après, pour l’Hutandara.

Sean voulait aider Célia mais il avait déjà accompli ce pour quoi elle avait eu besoin de lui. Il ne pouvait pas l’aider à pleurer son époux, pas quand lui-même ne pleurerait jamais Meldan Nàdar. Alors il s’était tourné vers la seule option qui lui restait : gérer le cauchemar politique qui se profilait si personne n’intervenait rapidement, et que ni Nathan et encore moins Célia n’étaient de taille à affronter. L’Ange leva des yeux fatigués vers le Démon.

– Évitez juste que tout ça ne cautionne une guerre, messire Moonshade. Célia et Meldan avaient choisi de vivre à Gora pour préserver la neutralité de l’Hutandara. Utiliser la mort de son mari pour prôner l’ouverture d’hostilités irait totalement à l’encontre de tout ce pour quoi ils ont fait de dangereux sacrifices. Célia ne supporterait pas de se sentir responsable de quelque chose d’aussi grave. Mais je vous fais confiance.

Il eut un léger sourire douloureux.

– Vous saurez agir pour son bien.

Sean était plutôt pour une guerre, lui. Un nouveau front au sud de Gora qui verrait le pays coincé en étau entre deux ennemis, forcé de prendre des mesures drastiques pour éviter le massacre, c’était une perspective plutôt intéressante pour enfin pouvoir porter le combat directement aux portes d’Harmonie et de l’Impératrice, là où le combat aurait toujours dû avoir lieu. Histoire de voir comment Norya se porterait sans un Royaume entier pour se battre à sa place ? Célia ne serait pas responsable d’une guerre, mais bien d’un changement radical des forces engagées et peut-être même de la fin de leur conflit millénaire. Mais bon. Restait à avoir l’avis de Ian.

– Sean ?, l’interrompit Nathan, coupant le fil de ses pensées et utilisant son prénom pour la première fois depuis des années, avec une intonation plus que mesurée. La situation me met mal à l’aise…

Il posa ses yeux bleus sur Célia qui dormait profondément.

– … Je ne lui ai jamais rien dit. Elle avait trouvé une nouvelle vie, vous comprenez. Pourtant nous revoilà, à nouveau, tous les trois, dans une chambre d’hôpital.

Il en eut un rire sans joie.

– Je suis incapable de savoir si je dois vous laisser revenir vers elle ou vous demandez de partir. Je crois qu’en fait, ce n’est pas à moi de décider. Je l’ai fait par le passé, jouant les frères protecteurs. Et voilà le résultat.

Sean resta impassible.

– Promesse ou non, Nathan, si je suis parti autrefois, c’est parce que nous nous détruisions. Je suis un homme qui tient ses promesses, mais croyez-moi, si nous n’étions pas sur le chemin de la destruction, rien n’aurait pu m’éloigner de Célia. Vous n’êtes pas responsable.

Il secoua la tête, coupant court à la discussion et quitta la chambre sans regard en arrière. Là, dans une suite logique, il aurait dû se rendre au palais, utiliser les communications royales pour joindre aisément Ian. Sauf que faire ça, c’était risquer que ”Kerann père” mette son nez là-dedans. Or Sean connaissait que trop bien les idées bien arrêtées du Régent. Il décida donc à la place de partir directement pour la Fosse, évitant ainsi tout intermédiaire entre lui et son Roi.

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6 Comments

  1. LuCiel

    Bon, je me lance pour un premier commentaire !
    En fait je viens d’enchainer toute l’histoire, en un mois à peu près !
    Et plus le temps passait et plus j’accrochais ! Jusqu’à maintenant où je me dis ” nonnnn! Me voilà obligée d’attendre pour avoir la suite !! ”
    Alors vous avez gagné une nouvelle fan 🙂
    J’ai hâte de connaître le fin mot de tout ça !
    Et j’adore vos illustrations **

    • Vyrhelle

      Bienvenue !!
      C’est toujours agréable d’avoir des retours comme le tien. C’est motivant quand les gens se manifestent 😉
      On est donc très heureuses, ma co-autrice et moi, de compter une fan de plus. En espérant que l’attente des prochains chapitres ne sera pas trop frustrante XD
      On se dit à la semaine prochaine, du coup 😀

      • LuCiel

        Je ne dirais pas que c’est frustrant, mais ça me paraît trèèès long !!!

        En tout cas je suis très contente de vous avoir découvert ! (merci à ma copine Marion qui a flashé sur vos illustrations à Quai des Bulles a Saint Malo 😉 )

        Par contre je vous en veux beaucoup d’avoir fait mourir Meldan ! Grrrrr…. Il me plaisait bien ** hahaha!

        Au plaisir de continuer à vous lire !

        • Vyrhelle

          Ah, la mort de Meldan… Ça n’a pas été simple, mais elle était un des éléments établis avant même que l’on ne commence l’histoire. Au fur et à mesure qu’on avançait dans l’intrigue, on aurait voulu l’épargner, mais ça changeait vraiment trop de choses plus tard. Je l’ai déjà dit dans d’autres commentaires, les morts dans Tango ne sont pas gratuites, mais ça reste difficile. A chaque fois.

  2. Lulu-folle

    Ouf, maman en colère, ne pas se mettre en travers ! Célia finit toujours tellement fracassée que j’avais en partie oublié à quel point elle est forte et résiliente. Surtout pour Athina. Sans Athina, elle se serait laissée mourir.
    Moi je suis d’accord avec Sean, il est temps de marcher sur les Goranii et de les écraser comme de sales cafards. Bien que je comprennes l’envie de Nathan de respecter le vœu de Meldan, les Goranii sont allé trop loin !
    Mais c’est vrai que Lathiana risque d’avoir du mal à lancer son peuple en guerre. Pas sûr qu’elle le veuille, et pas sûr non plus que les plus xénophobe ne retournent pas le choix de vie de Meldan contre lui, l’accusant d’être responsable de sa mort.

    • Vyrhelle

      Ah, on a vite fait d’oublier que Célia est une Alti. Avec sa carrure d’allumette, on a tendance à zapper qu’elle peut survivre à une explosion. C’est bien pour ça qu’on ne peut pas faire dans la demi-mesure parfois <_<; Quant au reste, goranii et implications politiques, on va en parler bientôt 😉

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